Skip to main content

Full text of "Bulletin de la Socit nationale d'acclimatation de France"

See other formats




'■m.- 



^ jrr.^--^- 






Xi^^^^^s 



%^ 



j"- ^ '•. / 



^^^^!^pi 



*^^P^'- 



"^^'hM^é^^ 




BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 



^. OE FftANOE 



I 11^ 



't. /o 

I2n 



'mprimeries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris 

i' , ». : 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 



D'ACCLIMATATION 

Fondée le 10 février 1854 

RECONNUE ÉTABLISSEMENT D UTILITÉ PUBLIQUE 

PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER 1855 





3« SÉRIE — TOIVI 


[E X 

'NÉE 

SOGJ 

LILLE, 






1883 






TRENTIÈME AN 




AU 


PARIS 

SIÈGE DE LA 

HÔTEL LAURAGUAIS, RUE DE 


ÉTÉ 

19 



1883 



1 I ' 



r r 



SOCIETE NATIONALE 

D'AGCLIMATATION 



I>E FFIAIXOE 



■ ORGANISATION POUR L'ANNÉE 1883 

Conseil. — Délégués. — ilniiimissinns. — Bureaux des Seclions. 






CONSEIL D'ADMINISTRATIOiN POUR 1888 



BUFtEA.TJ 

Président. 

MM. H. BOULEY (C. ^), Membre de l'Instilut (Académie des sciences) 
et de l'Académie de médecine, professeur au Muséum d'his- 
toire naturelle, inspecteur général des Écoles vétérinaires. 

Vice-présidents. 

MM. Ernest COSSON(0. ^), membre de rinstitut(Académie des sciences), 
ancien conseiller général, membre du conseil d'administration 
de la Société botanique de France. 

Le comte d'ÉPRÉMESNlL (^), propriétaire. 

De QUATREKAGES (C. *), membre de l'Institut (Académie des 
sciences), professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

Le marquis de SINÉTY, propriétaire. 

Secrétaire général. 

M. Albert GEOFFROY SAL\T-HILAIRE (^), directeur du Jardin 
zoologique d'Acclimatation du Bois de Boulogne. 

Secrétaires. 

MM. E. DUPIN (^), Secrétaire pour l'intérieur, ancien inspecteur des 
chemins de fer. 
ç;^ Maurice GIRARD, Secrétaire du Conseil, docteur es sciences, 

g C. RAVERET-WATTEL {Q A.), Secrétaire des séances, sous-chef 



de bureau au ministère de la guerre. 
<^ P.-L.-II. FLURY-HÉRARD (^), Secrétaire pour l'étranger, banquier 

""" du corps dipiomaliqne. 

Ou 



VI SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATA.TION, 

Trésorier. 

M. Saint-Yves MÉNARD, sous-direcleur du Jardin zoologique d'Accli 
matation du Bois de Boulogne, professeur à l'École centrale 
es arts et manufactures. 

ïîSftjj Archiviste-bibliothécaire. 

M. Amédée BERTHOULE, avocat, docteur en droit. 

IVIEINIBFIES OU OONSEIL. 

MM. Camille DARESTE, docteur es sciences et en médecine, directeur 
du laboratoire de tératologie à l'École pratique des hautes 
études. 

Aimé DUFORT (^ A.), directeur des domaines. 

Alfr. GRANDIDIER (^), voyageur naturaliste. 

Henri LABARRAQUE (^), docteur en médecine, propriétaire. 

Alph. LA VALLÉE (0.^), membre de la Société nationale d'agri- 
culture'de France, président de la Société nationale et cen- 
trale d'horticulture de France. 

Edouard MÈNE (^), docteur en médecine, médecin de la maison 
de santé de Saint- Jean-de-Itieu. 

A. MILNE EDWARDS (^), membre de l'Institut (Académie des 
sciences, professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

P. -A. PICHOT, directeur de la Revue britannique. 

Edgar ROGER, conseiller référendaire à la Cour des comptes. 

Le marquis de SELVE (^), propriétaire. 

Léon VAILLANT (^), professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

Henry de VILMORIN (^), ancien membre du tribunal de commerce 
de la Seine. 

Vice-présidents honoraires. 

MM. le prince Marc de BEAUVAU (0. ^), propriétaire, ancien con- 
seiller général. 
RICHARD (du Cantal), ancien représentant du peuple, propriétaire. 

Membres honoraires du Conseil. 

MM. Fréd. JACQUEMART (^), manufacturier, membre de la Société 
nationale d'agriculture de France. 
De RUFZ de LAVISON (0. ^), membre de l'Académie de méde- 
cine. 



Agent général. 
M. Jules GRISARD {U A.), gérant des publications de la Société. 



ORGANISATION. 



Y|[ 



OËLËGUËS DU CONSEIL EN FRANCE 



Boîilogne-s.-M ,MM.Carnier-Adam. 
Douai, L. Maurice. 

Le Havre, Henri Dela- 

ROCHE. 



La Roche-sur- Yon, MM. I). Golrdix. 
Poitiers, Malapert père 

Saint-Quentin, Theillier-Ues- 

JARD1NS. 



DELEGUES DU CONSEIL A L'ÉTRANGER 



Cernay{khm),mi. A. Zurcher. 
Mexico, Ghassin. 

Milan, Gh. Brot. 

New-Orleans, Ed. Sillan. 
Odessa, P. de BouRakoff. 

Pesth (Hongrie), Ladislas DE Wagner. 



Québec, MM. Henry Joly de ïiOT- 

BIN1ÈRE. 

Rio-Janeiro, De Gapanë.ma 

Téhéran, Tholozan. 

Wesserling, Gros-Hartmann. 



COMMISSION DE PUBLICATION 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 
D' E. GossoN, Vice-Président. 
E. DuPiN, Secrétaire pour l'intérieur. 
Maurice Girard, Secrétaire du Conseil. 
Raveret-Wattel, Secrétaire des séances. 
Flury-Hérard, Secrétaire pour l'étranger. 
Saint-Yves Ménard, Trésorier. 

olctur^Ed' MÈNE, I ^''''^'''' ^^ ^^"^^^^• 

COMMISSION DES CHEPTELS 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 



Membres pris dans le Conseil. 

MM. Amedée Berthoule. 
Maurice Girard. 
Saint-Yves Ménard. 
Docteur Ed. Mène, 
H. de Vilmorin. 



Membres pris dans la Société. 

MM. De Barrau de Muratel 
Xav. Dybowski. 
Jules Fallou. 
Jules Gautier. 
Paillieux. 



COMMISSION DES FINANCES 
MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 



MM. Amédée Berthoule. 
Aimé DuFORT. 



MM. Eug. DupiN. 

Saint-Yves Ménard. 



VIII 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



COMMISSION MÉDICALE 
MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 



MM. E. Hardy. 

H. Labarraque. 
Marais. 



MM. Edouard 3IÈNE. 

Saint-Yves Ménard. 
Léon Vaillant. 



COMMISSION PERMANENTE DES RÉCOMPENSES 

MM. le Président et le Secrétaire général, membres de droit. 
Délégués du Conseil. 



MM. H. Labarraque. 
Amédée Berthoule 



MM. Raveret-Wattel. 
Marquis de Sinéty 

Délégués des sections. 

Première section. — Mammifères. — MM 
Deuxième section. — Oiseaux. — 

Troisième section. — Poissons, etc. — 
Quatrième section. — Ins'xtes. — 

Cinquième section. — Végétaux. — 



Saint- Yves Ménard. 
C. Millet. 
Amédée Berthoule. 
Jules Fallou. 
Docteur E. Mène. 



BUREAUX DES SECTIONS 



1'^ Section. — Maniniirèrcs. 

MM. Geoffroy St-Hilaire, d. du Cons. 

E. Becroix, président. 

Saint- Yves Ménard, vice-président. 

Gautier, secrétaire. 

Xav. Dybowski, vice-secrétaire. 

Z^ Section. — Oiseaux. 
MM. Edgar Roger, dél. du Conseil. 
C. Millet, président. 
Baron d'Avène, vice-président. 
Sturne, secrétaire. 
Vicomte d'Esteri)o, vice- secrétaire. 

5*^ Section. 



3'^ Section. — Poissons, ete» 

MM. L. Vaillant, délégué du Conseil 

et président. 
DeBarrau de Muratel ,vice-président. 
Banmeyer, secrétaire. 
L. Vidal, vice-secrétaire. 

4* Section. — Insectes. 
MM. Maurice Girard,delégué du Con- 
seil et président. 
Jules Fallou, vice-président. 
A.-L. Clément, secrétaire. 
Xav. Dybowski, vice-secrétaire. 

- végétaux. 



MM. Alph. LdivaWée, délégué du Conseil 
Henri de Vilmorin, président. 
Paillieux, vice-président. 
Jules Grisard, secrétaire. 
Jean Dybowski, vice-secrétaire. 



YINGT-HUITIÊfflE LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES MEMBRES 



Admissions Jii 19 mai 1882 au 25 mai 1883. 



ACLOQUE (André), 53, rue de Lisbonne, à Paris. 

Allard (Jules), 60, rue de Londres, à Paris. 

Armet de LiSLE, industriel, à Nogent-sur-Marne (Seine). 

Aron (Henri), U, rue de Grammont, à Paris. 

Aron (Jules), 90, rue Lafayette, à Paris. 

Aronssohn (Léon), propriétaire, à Lagny-le-Sec (Oise). 

Babault de Lépine, à Douvy, près Brézé (Maine-et-Loire). 

Baillet (V.), 40, rue de Laborde, à Paris. 

Bailly (Louis-Joseph), chef de bataillon en retraite, 14, rue Charles Laf- 

fitle, à Neuilly (Seine). 
Banmeyer, 17, rue de Chateaudun, à Paris. 
Baré (docteur E.), à Nort (Loire-Inférieure). 

Barratt (le B. A. A.), Glenwood Thames Ditton, Surrey (Grande-Bre- 
tagne). 
Bass (W.-J.-M. de), notaire, à la Haye (Pays-Bas). 
Beauciiaine (Gustave), à Châlellerault (Vienne). 

Bellecombe (André de), homme de lettres, 43, rue Jacques Dulud, à 
Neuilly (Seine). 

Benoit (^Constant), avoué, 4, avenue de l'Opéra, à Paris. 

Bernard (Henri), industriel, à Ambert (Puy-de-Dôme). 

Bertheol, 7, rue de Poitou, à Paris. 

Bertoni, rédacteur de la Revue scientifique suisse, à Loltigna, Tessin 
(Suisse). 

Binet, 40, rue de Prony, à Paris. 

Blancherais (H. de la), conseiller municipal, à Cannes (Alpes-Maritimes). 

Blignières (de), homme de lettres, 38, r. de Longchamps, à Neuilly (Seine). 

Blocmann (Henri), chirurgien-dentiste, 18, rue des Pyramides, à Paris. 

Blot (Alexandre), tiâ, rue Charles Laffitte, à Neuilly (Seine). 

BoTTEY (Louis), propriétaire, à Charroux (Vienne). 

Boursier (Charles), aviculteur, à Houdan (Seine-et-Oise). 

BoYER-ViDAL (J.-B.-A.), à Besse (Puy-de-Dôme). 

BOYRON (docteur Georges), à Chatelus-Malvaleix (Creuse). 

Bravard (J. -Alfred), maire de Grandrif (Puy-de-Dôme). 

Broissia (comte de), au château de Neublanc, par Chaussin (Jura). 

Brosse (Gustave de la), maire de Messeix (Puy-de-Dôme). 

Brousset (Pierre), négociant, à Cette (Hérault). 



X SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 



Brun (F.-Eug.), médecin vétérinaire, 9, rue Casimir Périer, à Paris. 
BUHLER (A.-J.), 30, rue Vignon, à Paris. 

Cantrelle, propriétaire, 10, rue de la Préfecture, à Beauvais (Oise). 
Causans (Paul de), au château de Relibert, par Évaux (Creuse). 
Choppin (Louis), 2, rue Mogador prolongée, à Paris. 
Clerc (Hugues), inspecteur primaire de la Seine, 39, rue Saint-Ferdi- 
nand, Paris. 
COLLiN (A. -F.), juge de paix, à Lussac-les- Châteaux (Vienne). 
CoLLiNET (Edmond), 53, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 
Courteille (F.-A.), 37, rue Charles Laffitte, à Neuilly (Seine). 

Dalaut (François), 43, avenue de la Grande-Armée, à Paris. 

Daux (l'abbé Emmanuel), 47, faubourg Sapiac, à Montauban (Tarn-et 
Garonne). 

Danne (comte Léon de), 37, rue des Arènes, à Angers (Maine-et-Loire)- 

Delaquys (E.), 4, rue Favart, à Paris. 

Deltour (Paul-Félix), 8, rue Labordère, à Neuilly (Seine). 

Dequeker (Emile), propriétaire, à Bergues (Nord). 

Uesmatte (A.), professeur des sciences naturelles au lycée Charlemagne, 
13, boulevard Saint-Germain, à Paris. 

Desprez (Auguste), 265, rue Saint-Honoré, à Paris. 

Douladoure (J.-L.), directeur générai de la Société la Garantie fédé- 
rale, 38, rue des Bourdonnais, à Paris. 

DuBERT (Martial), commissaire-priseur, 20, rue de Grammont, à Paris. 

DUBUISSON (Eugène), 17, rue de Presbourg, à Paris. 

DuFOURG (André), au château des Moules, par Villenenve-de-Marsan 
(Landes). 

DuFRESNE (Ernest), greffier de la justice de paix, 25, rue Jacques Dulud, 
à Neuilly (Seine). 

DuJARDiN (F.), 19, rue du Marché, à Neuilly (Seine). 

Dl'NAC-Pol, propriétaire, à Tarascon (Ariège). 

DuVAL, horticulteur, 64, rue du Plessis, à Versailles (Seine-et-Oise). 

Du VAL (Gh.), au Parc, commune du Hézo, par Theix (Morbihan). 

Elmore (Georges), au château de la Remonte, au Petit-Courgain, près 
Saint-Pierre-lez-Calais (Pas-de-Calais). 

Favre (Philippe), 59, avenue du Houle, à Neuilly (Seine). 

Feuilloy (Gédéon), à Sénarpont, par Oisemont (Somme). 

Forest (Jules), 15, rue Marsollier, à Paris, 

Forestier de Coubert (comte F. -Henri de), au château de laBoisnière, 

Châteaurenault (Indre-et-Loire). 
FoKGEOT (E.), marchand grainier, 8, quai de la Mégisserie, à Paris. ■ 



LISTE SUPPLEMENTAIRE. XI 

FOURNIER (E.), apiculteur, à Issoire (Puy-de-Dôme). 
Fuzier-Hermann (Louis), à la Houssière, par Ligueil (Indre-et-Loire). 

Ganivet (A.), juge de paix, à Douvres-h-Délivrande (Calvados). 

Gaspard (Félix), notaire, à' Saint-Jean de Bournay (Isère). 

GÉLiOT (Adrien), propriétaire, à Plainfaing (Vosges). 

Gennadius, directeur du Jardin dendrologique de l'Etat, à Athènes 

(Grèce). 
Gérard (Albert), 8, rue Drouot, à Paris. 

GouDCHAUX (Edmond), banquier, 52, boulevard Maillot, à Neuilly (Seine). 
GuiLLET (Lucien), négociant, 9, rue Laftitte, à Paris. 

Hameau, médecin-inspecteur, à Arcachon (Gironde). 

Hernoux (Eugène), négociant, 211, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 

Heughebaert, avocat, à Pecq-lez-Tournai (Belgique). 

HiRSCH (Isidore), négociant, 59, rue Charles Laffitte, à Neuilly (Seine). 

Hiver (A..), à Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne). .., 

HuiMIères (F. d'), au château de Couros, par Aurillac (Cantal). 

JOLY(Ch.), ancien notaire, à Marlins-Engilbert (Nièvre). 

Kerambrun (Denis), notaire, à Belle-Isle-en-Terre (Côtes-du-Nord). 
Kern (Edouard), banquier, 7, rue Scribe, à Paris. 

Labouret, 28, boulevard Haussmann, à Paris. 

Lamy (David), avoué, 6, boulevard de Strasbourg, à Paris. 

Laniol (Jean), à Murât (Cantal). 

Lataste (Fernand), 7, avenue des Gobelins, à Paris. 

Lecaille (Jules), à Avranches (Manche). 

Lecomte (Henri), 8, boulevard Saint-Denis, à Paris. 

Lecoq (Joseph), au château du Hilgny-Plogastel-Saint-Germain (Finistère). 

Lecoq (Louis-Ch.), fabricant d'horlogerie, 51, rue Turbigo, à Paris. 

Lecoq (Th. -Auguste), 11, rue Perronnet, à Neuilly (Seine). 

Legrand (le docteur Jacques), 136, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine)» 

Lefèvre, (Ch. -Ernest), banquier, 15, rue Cuvier, au Cateau (Nord). 

Lefèvre (Joseph), 53, avenue de Neuilly, â Neuilly (Seine). 

Lelubez (Grégoire), constructeur, 59, rue Condorcet, à Paris. 

Lenglé (Paul), ancien député, 29, rue Jacques Dulud, Neuilly (Seine). 

Le Pargneux (Albert), propriétaire, au château de Beauregard, près 

Caen (Calvados). 
Lessieux (Henri), manufacturier, à Bethel (Ardennes). 
Letourneur (Bené-A.), 22, rue de l'Église, à Neuilly (Seine). 
Leudet (Léon), i, rue Ménars, à Paris. 
Lezaud, premier président honoraire de la Cour d'appel, à Limoges 

(Haute-Vienne). 



XII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

LiGNEY (Edouard), 46, boulevard Magenta, à Paris. 
La Ligue du reboisement de l'Algérie, à Alger (Algérie). 
LoLiGOis (Antoine), 53, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 
LouRADOUR-PoNTEiL (Félix), à la Jugière, commune de Saint-Leomer, 

canton de la Trimouille (Vienne). 
LouvENCOURT (.Iules de), négociant, U6, faubourg Saint-Denis, à Paris. 
Lugand (Marie-Joseph), 3, rue Montrosier, à Neuilly (Seine). 
Lugrin (François), pisciculteur, 4-6, rue du Ithône, à Genève (Suisse). 
LUTNANN (Lcopold), 78, rue Monge, à Paris. 

Mahieux, Caissier à la Société de dépôts et comptes courants, 63, ave- 
nue de Neuilly, Neuilly (Seine). 

Maisonneuve (Charles), au Gaudinet, 34, chemin de la Tortière, à Nantes 
(Loire-Inférieure). 

Mallassagne (Pierre), 139, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 

Maquaire (A.), négociant, 5, boulevard de Strasbourg, cà Paris. 

Marly (Graux), au château des Roches, à Bièvres (Seine-et-Oise). 

Marronnière (Gustave de la), au château de la Marronnière, par Aizenay 
(Vendée). 

Martin (Biaise), 11, rue de la Chaussée, à Nevers (Nièvre). 

Massias (Gabriel), négociant, 13, rue Vivienne, à Paris. 

Massurel (Paul), à Roubaix (Nord). 

Mengin (Maurice), capitaine au 107^ de ligne, à Angoulême (Charente). 

MÉRAT (Louis), propriétaire, à Vaudes (Aube). 

MÉTRA (Claude), 22, boulevard d'Inkermann, à Neuilly (Seine). 

Mollinger (Godefroij, à Godesberg, près Bonn (Allemagne). 

Mousset (Pierre), 127, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 

Nouvel (Georges), au château de la Ronce, commune de Fontaine-sous- 
Jouy (Eure). 

Ogier d'Ivry (comte), 48, rue Raynouard, à Paris. 
Ornano (le comte Ludovic d'), au château de la Branchoire, par Joué- 
lez-Tours (Indre-et-Loire). 

Parra-Bolivar (le docteur), consul des États-Unis de Venezuela, au 
Havre (Seine-Inférieure). 

I'auliau (Louis-André), 9, rue Labordère, à Neuilly (Seine). 

Pehacca (le comte Mario Hyacinto), via délia Rocca, à Turin (Italie). 

Perrot (J.), avenue de Déols, à Châteauroux (Indre). 

Pi.MONT (G. -P. -Laurent), à Vilainville, par Criquetot-d'Esneval (Seine- 
Inférieure). 

PiNAUD, négociant, 14, rue Magenta, à Asnières (Seine). 

PoLACK (.Iules), 189, av.nuc de Neuilly, à Neuilly (Seine). 



LISTE SUPPLEMENTAIRE. XIII 

Porte (Etienne), direcleur des courses d'Enghien, 23, chaussée d'Antin, 

à Paris. 
Pugh-Desroches, château de la Bouillie, près Versailles (Seine-et-Oise). 

lUuLT (Jules), 1 i, rue Demours, à Paris. 

Kavenez (Louis), 91, boulevard Gouvion-Saint-Cyr, à Paris. 

Regny (Georges de), à Orgeval (Seine-el-Oise). 

Revillon (le D'' Eug.), 9, boulevard Richard-Wallace, à Neuilly (Seine). 

RiCHET, professeur à la Faculté de médecine, 15, rue de l'Université, 

à Paris. 
Rihouel (Amédée), conseiller référendaire à la Cour des comptes, 55, 

ruj Jouffroy, à Paris. 
Rivière (.1.-15.), 95, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 
RivoiRON (Emile), pisciculteur, à Servayette, commune de Miribel-les- 

Echelles (Isère). 
Robert (le docteur H.), à Ligny (Nord). 
Rocher, 66, rue Caumartin, à Paris. 

RoGERON (Gabriel), au château de l'Arceau, près Angers (Maine-et-Loire). 
Romain (L. Paul), 11, avenue de Madrid, à Neuilly (Seine). 
ROULINAT (Charle>), 49, rue Charles Laflîtle, à Neuilly (Seine). 
Roulland (Claude), à Geste (Maine-et-Loire)* 
ROUSSET (Henri), fabricant d'horlogerie, 51, rue Turbigo, à Paris. 
HoussEN (Léon de), 14, boulevard de Clichy, à Paris. 
RouviÈRE, ingénieur civil, à Mazamet (Tarn). 

Saffers (Emile), juge au tribunal de 1"= instance de la Seine, 9, rue 

Laffilte, à Paris. 
Saint-Georges (vicomte de), au château de Fragne, par Montluçon (Allier), 

et rue Casimir Périer, 19, à Paris. 
Saint-Meleuc fils (A. de), au château de la Haute-Forêt, à Bréal-sous- 

Montfort (lUe-et- Vilaine). 
Sanglebceuf, à Chissay, par Montrichard (Loir-et-Cher). 
ScELLiER (de), 17, rue Parmentier, à Asnières (Seine). 
Sharland (Henry), propriétaire, à La Fontaine Saint-Cyr, près Sours 

(Eure-et-Loir). 
SiREDEY (le docteur), 66, rue Charles Laffilte, à Neuilly (Seine). 
SOLLER (Charles), explorateur, 1, rue Nouvelle, à Paris. 

Tainturier (Henri), boulevard de la Courterie, à Bar-sur-Aube (Aube). 
Tardieu (le docteur), à Arles (Bouches-du-Rhône). 
Tartenson (le docteur A.), 10, rue de Châteaudun, à Paris. 
Thomas (Alcide), à Mèze (Hérault). 

Trasbot (Léopold), professeur de clinique à l'Ecole vétérinaire d'Alfort 
(Seine). 



XIV SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

VanOgten, directeur du jardin zoologique de la Haye (Pays-Bas). 
ViANELLi (Albert), artiste peintre, 84, avenue des Champs-Elysées, à Paris. 
ViÉviLLE (Etienne), batteur d'or, président de la chambre syndicale, 

209, rue Saint-Maur, à Paris. 
ViGNAUX (Alphonse), propriétaire, à Saint-Sauvy, par Gimont (Gers). 
ViGOUR (Jules), notaire, à Saint-Servan (lUe-et-Vilaine). 
ViGUiER (Paul), ancien président du Conseil général de Constantine, 17, 

quai Voltaire, à Paris. 
Vjncendon-Dumoulin, vice-président de la Société d'agriculture de Saint- 

Marcellin (Isère). 
ViOT (A.), ancien notaire, 62, rue Charles Laffitte, à Neuilly (Seine). 

Walker (Georges), consul général des États-Unis d'Amérique, 3, rue 

Scribe, à Paris. 
Weytland, clerc de notaire, à la Haye (Pays-Bas). 

YzAC (Louis), 83, avenue de Neuilly, à Neuilly (Seine). 

Zammann (Félix), au château de Vasseyes, par Hannut (Belgique). 
Zenk, à Wurzbourg (Bavière). 



VINGT-SIXIÈME SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DE DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE 



PROGÈS-YERBAL 

La Société nationale d'Acclimatation de France a tenu sa 
vingt-sixième séance publique annuelle de distribution des 
récompenses, le vendredi 25 mai 1883, dans la salle du 
théâtre du Vaudeville, sous la présidence de M. H. Bouley, 
membre de l'Institut, président de la Société. 

Sur l'estrade avaient pris place MM. les membres du Conseil, 
les membres du bureau des diverses Sections, les membres 
de la Commission des récompenses, et un grand nombre de 
notabilités françaises et étrangères. 

Une très nombreuse et très brillante assemblée occupait la 
salle. 

L'orchestre du Jardin d'Acclimatation, dirigé parM.Mayeur 
(de l'Opéra), prêtait son concours à cette solennité. 

La séance a été ouverte par M. Bouley qui s'est exprimé en- 
ces termes: 

Mesdames et Messieurs, 

« La Société d'Acclimatation tient aujourd'hui sa vingt- 
sixième séance annuelle, mais ce chiffre ne donne pas la mesure 
de son âge réel. Il y aura bientôt trente ans que M. Isidore 
Geofîroy-Saint-Hilaire a eu l'heureuse idée de l'instituer, et si 
la mort ne lui a pas permis de présider longtemps à son œuvre, 
il a trouvé dans son fils, notre affectionné secrétaire général, 
le continuateur de sa pensée. M. Alb. Geofïroy-Saint-Hiiaire 
s'est consacré tout entier à la Société d'Acclimatation et il s'est 
fait un pieux devoir de son succès. 



XVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

» A-t-elle satisfait aux intentions de son illustre fondateur? 
Pour répondre à cette question, elle n'a qu'à présenter les 
29 volumes de ses Bulletins, pleins de mémoires scientifiques, 
de faits d'observation, de résultats d'expérience sur une foule 
de questions relatives à la biologie, c'est-à-dire embrassant 
tout à la fois le règne animal et le règne végétal dans toutes 
les parties du monde. 

)) Je crois qu'au point de vue du nombre et de l'importance 
de ses travaux, la Société d'Acclimatation occupe un rang élevé 
parmi les sociétés qui ont pour objet la science et ses applica- 
tions à la pratique. 

» Ce qui la caractérise, c'est qu'elle est toujours ouverte à 
toutes les bonnes volontés, à toutes les bonnes intentions, à 
toutes les activités qui se proposent de contribuer aux pro- 
grès de la science. 

» De là son rajeunissement perpétuel. Ceux qui ont vieilli et 
n'ont plus leur fécondité d'autrefois, ne ferment pas la porte 
aux jeunes. Tout le monde a la liberté d'apporter ce qu'il peut 

de concours. 

» Les uns, leur subvention pour aider au mouvement parce 
grand et indispensable ressort que l'argent constitue; les 
autres, avec leur subvention, leur collaboration active, pour 
l'éclaircissement et la solution de toutes les questions scien- 
: tifiques et pratiques que comporte l'étude de l'acclimatation 
dans ses rapports avec les deux règnes de la nature. 

)^ Pour de tels résultats, on ne saurait avoir trop de res- 
sources. 

» Considérez, en effet, combien le programme de la Société 

est étendu et vise un but élevé : 

» Rechercher les espèces animales et végétales nouvelles dont 

on pourrait faire bénéficier notre pays; les étudier pour con- 
naître le climat auquel elles s'adaptent le mieux; les mettre 
dans les conditions les plus convenables pour leur développe- 
ment, leur reproduction, leur naturalisation. 

» Puis cette première partie du problème résolu, les ré- 
pandre en ayant soin de bien choisir les régions de la France 
qui leur conviennent le mieux par leurs rapports de simili- 



PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE. XVII 

tude avec les régions dont les espèces qu'il s'agit d'acclimater 
sont originaires. 

» Grave problème et difficile, pour la solution duquel tous 
les concours sont nécessaires. Les plus humbles peuvent y 
contribuer aussi bien que les plus illustres; si nous avons 
besoin de la science du savant, le modeste campagnard peut 
nous être aussi grandement utile par son esprit d'observation 
appliqué aux choses de la nature, dans le cercle où nous pou- 
vons le convier à faire des essais soit de semis, soit d'éle- 
vage. 

» Ce serait donner à cette allocution plus de longueur que 
ne le comporte le temps dont je dispose, que de rappeler, même 
par une simple énumération, la longue série des espèces ani- 
males ou végétales de provenance exotique dont l'Europe a 
bénéficié. Pour donner une idée des grands services que peut 
rendre l'acclimatation d'une espèce exotique, je me conten- 
terai de citer ici l'introduction récente de V Eucalyptus, cet 
arbre merveilleux par l'activité de sa végétation. On peut dire 
que c'est un arbre sanitaire par excellence, car la puissance 
de sa faculté d'absorption est si grande, qu'il aspire, dans les 
terrains humides, l'excès des liquides qui les imprègnent, et 
les répand dans l'atmosphère par la vaporisation de ses feuilles; 
on peut dire qu'il constitue une sorte d'appareil de drainage 
par en haut et que, grâce à la perfection de son fonctionne- 
ment, il peut rendre habitables pour l'homme les localités 
réputées les plus fécondes en fièvres pernicieuses. Si un jour 
la campagne romaine est délivrée de sa terrible malaria, c'est 
«à l'assainissement dont VEucalypliis aura été l'instrument, 
qu'elle le devra en grande partie. Quelques résultats déjà ob- 
tenus autorisent cette espérance. 

» Voilà une belle conquête de l'acclimatation et qui doit 
être un encouragement à poursuivre des recherches pour en 
faire de semblables. 

« Mais les éventails que je vois s'agiter devant moi me pré- 
viennent que déjà l'atmosphère de cette salle est bien chaude. 
Je m'arrête pour ne pas trop prolonger la durée de cette 
séance et je donne la parole à mon jeune confrère de l'ensei- 

3° SKRIE, T. X. — Séance publique aniuielle. b 



XVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

gnement vétérinaire, M. Raoul Baron, professeur de zootech- 
nie à l'école d'Alfort. » 



Après cette allocution vivement applaudie par l'assemblée, 
M. Raoul Baron a fait une conlérence fort intéressante sur 
« La distribution géoi/rapliique des animaujc dans ses rap- 
ports avec V acclimatation. » 

Enfin M. le Secrétaire général a présenté le rapport au nom 
de la Commission des récompenses. 

11 a été décerné cette année : 

I Une médaille d'or offerte par le Ministère de l'agricul- 
ture. 

2° Une grande médaille d'or de 500 francs (hors classe) à 
l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-llilaire. 

8° Huit grandes médailles d'argent (hors classe) également 
à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

A" Deux prix extraordinaires d'une valeur totale de mille 
francs. 

5° Une prime de deux cents francs. 

6° Trente neuf médailles d'argent. 

7" Dix médailles de bronze. 

8° Sept mentions honorables. 

9° Quatre récompenses pécuniaires d'une valeur de cinq 
cents francs. 

iO' Les deux primes de 200 et de 100 francs fondées par 
feu Agron de Germigny. 

II " Deux primes de 300 francs, deux de 100 francs, deux 
de 50 francs et deux de 25 francs offertes par l'administration 
du Jardin d'Acclimatation. 

Le Secrétaire des séances, 
C. Rayeret-Wattel. 



PRIX EXTRAORDINAIRES ENCORE A DÉCERNER 



GÉNÉRALITÉS 

1" — 188*î. — Prix de 1000 fVaiics fondé 
pai* m. BEREIVD, iiieinltre de la Société. 

Un prix de 1000 francs sera décerné à l'auteur du meilleur tra- 
vail faisant connaître, au point de vue historique et pratique, les 
travaux relatifs à l'acclimatation et les résultats obtenus depuis 1854. 

Concours ouvert jusqu'au l*^'' déceinbro 1885. — Prix : aooo francs. 

2" — 1S63. — Prix pour les travaux théoriques relatifs à 
l'acclimatation. 

§ I. Les travaux théoriques sur des questions relatives à l'accli- 
matation, publiés pendant les cinq années qui précèdent, pourront 
être récompensés, chaque année, par des prix spéciaux de 500 francs 
au moins. 

La Société voudrait voir étudier particulièrement les causes qui 
peuvent s'opposer à l'acclimatation, et les moyens qui peuvent servir 
à prévenir ou à combattre leurs effets. 

§11. Il pourra, en outre, être accordé dans chaque section des 
primes ou des médailles aux auteurs de travaux relatifs aux ques- 
tions dont s'occupe la Société. 

Ces travaux devront être de nature à servir de guide dans les ap- 
plications pratiques ou propres à les vulgariser. 

Les ouvrages (imprimés ou manuscrits) devront être remis à la Société 
avant le 1" décembre de chaque année. 

3° ^ 1867. — Prix pour les travaux de zoologie pure, pouvant 
servir de guide dans les applications. 

La Société, voulant encourager les travaux de zoologie pure (mo- 
nographies génériques, recherches d'anatomie comparée, éludes 
embryogéniques, etc.), qui servent si souvent de guide dans les ap- 
plications utilitaires de cette science, et rendent facile l'introduction 
d'espèces nouvelles ou la multiplication ou le perfectionnement d'es- 
pèces déjà importées, décernera annuellement, s'il y a lieu, un prix 
de 500 francs au moins à la meilleure monographie de cet ordre 
publiée pendant les cinq années précédentes. 

Elle tiendra particulièrement compte, dans ses jugements, des 
applications auxquelles les travaux de zoologie pure appelés à con- 

(1) L(î chiffre qui précède l'énoncé des divers prix, indique l'année delà fon- 
dation de ces prix. Tous les prix qui ne portent pas l'indication d'une fondation 
particulière sont fondés par la Société. 



XX SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

courir auraient déjà conduil, que ces applications aient été faites par 
les auteurs de ces travaux ou par d'autres personnes. 

Un exemplaire devra être déposé avant le 1'^'" décembre. 

4.0 _ 1875. — Des primes ou médailles pourront ètreaccordées 
aux personnes qui auront démontré, pratiquement ou théoriquement, 
les procédés les plus favorables à la multiplication et à la conserva- 
tion des animaux essentiellement protecteurs des cultures. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. 

50 1867. — Prix perpétuel fondé par fen 

m™^ G1IÉRII\EAU , née DEL%L%I%DE. 

Une grande médaille d'or, à l'efligie d'Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire et destinée à continuer les fondations faites les années 
précédentes, dans l'intention d'honorer la mémoire de l'illustre et 
intrépide naturaliste voyageur, Pierre Delalande, frère de M'"^ Gué- 

rineau. 

Gette médaille sera décernée, en 1886, au voyageur qui, en 
Afrique ou en Amérique, aura rendu depuis huit années le plus de 
services dans l'ordre des travaux de la Société, principalement au 
point de vue de l'alimentation de l'homme. 

Les pièces relatives à ce concours devront parvenir à la Société avant 
le 1" décembre 1885. 

5<= 1861. — Primes fondées par feu 

M. AGRO]\ DE GERIflIGIXY. 

Deux primes, de 200 francs et de 100 francs, seront décernées, 
chaque année, pour les bons soins donnés aux animaux ou aux vé- 
gétaux, soit au Jardin d'acclimatation (200 francs), soit dans les 
établissements d'acclimatation se rattachant ci la Société (prime de 
100 francs). 

Les pièces relatives à ce concours devront parvenir à la Société avant 
le 1" décembre de chaque année. 

PREMIÈRE SECTION. — MAMMIFÈRES 

jo — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

11 pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle utile ou ornementale d'un réel intérêt. 

2» — 1870. — Introduction en France des belles races asines 
de l'Orient. 

On devra faire approuver par hi Société d'Acclimatation les Anes éta- 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXI 

Ions importés, et prouver que vingt saillies au moins ont été faites dans 
l'année par chacun d'eux. 
Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : looo n-anc»*. 

30 _ 1868. — Domestication complète, application à l'agricul- 
ture ou emploi dans les villes de l'Hémioiie [Eqims Hemionus) ou 
du Dauw {E. Burchellï). 

La domestication suppose la reproduction en captivité. 

Concours prorogé jusqu'au l""^ décembre 1885. — Prix : 100© francs. 

40 _ 1S67. — Métissage de l'Hémione ou de ses congénères 
(Dauw, Zèbre, Couagga) avec le Cheval. 

On devra avoir obtenu un ou plusieurs métis âgés au moins d'un an. 

Concours prorogé jusqu'au l"'' décembre 1885.— Prix : looorrancs. 

50 — 1867. — Propagation des métis de l'Hémione ou de ses 
congénères (Dauw, Zèbre, Couagga) avec l'Ane. 

Ce prix sera décerné à l'éleveur qui aura produit le plus de métis. (11 
devra en présenter quatre individus au moins.) 

Concours prorogé jusqu'au l^' décembre 1885. — Prix : 1 000 fi-anca«. 

Qo — 1867. — Élevage de rAlpaca,de l'Alpa-Lama et du Lama. 
On devra présenter au concours douze sujets nés chez l'éleveur ei 
âgés d'un an au moins. 
Concours prorogé jusqu'au l"'" décembre 1885. — Prix : 1500 n-anci«. 

70 — 1869. — Prix pcppéttiel fonde pai* feu 
!ll">'Acl. DUTROIVi:, uéc GALOT. 

Une somme annuelle de 100 francs sera, tous les trois ans, con- 
vertie en prime de 300 francs (ou médaille d'or de cette valeur), 
et décernée, par concours, au propriétaire ou au fermier qui, en 
France ou en Belgique, aura le mieux contribué à la propagation de 
la race bovine désarmée sarlabot, créée par feu M. le conseiller 
Ad. Dutrône. 

Ce prix sera décerné en 188i et 1887. 

8» — 1873. — Chèvres laitières. 

On devra présenter 1 Bouc et 8 Chèvres d'un type uniforme, et justifier 
({ue trois mois après la parturition les Chèvres donnent 3 litres de lait 
par jour et par tète. 

Les concurrents devront présenter un compte des dépenses et recettes 
occasionnées par l'entretien du troupeau, et faire connaître à quel usage 
le lait a été employé (lait en nature, beurre, fromage). 

Concours ouvert jusqu'au l"'" décembre 1885. — Prix : 500 n-ancs. 

90 — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf Wapiti {Cervus 
Canadensis), du Cerf d'Arislote {Cervus Arislotelis) ou d'une autre 
grande espèce. 
. On devra faire constater la présence de di.v individus au moins, nés à 



XXII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

l'éîat de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au l*'' décembre 1885. — Prix : i50o francs. 

10^ — ISî^l. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf axis (Cerwts axis), 
du Cerf des Moluques (Cermis Moluccensis) ou d'une autre espèce 
de taille moyenne. 

Ou devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1^'' décembre 1885. — Prix : looo n-nnes. 

Il» — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf-Cochon {Cervus 
porcinus) ou d'une autre espèce analogue. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés déplus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au !<"• décembre 1885. — Prix : soo francs. 

42" — ISî-â. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), du Cerf Pudu (Cen'its 
Pudu) ou d'une espèce analogue. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de lil)erté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 50© francs. 

43" — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de l'Antilope Canna {Bos 
elaphus Oreas) ou d'une autre grande espèce. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1*'" décembre 1885. — Prix : tso© francs. 

14,0 — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de l'Antilope Nylgau {Por- 
tax picta) ou d'une autre espèce de taille moyenne. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1^' décembre 1885. — Prix : «ooo francs. 

15» — 1874. — Multiplication en France, à l'état sauvage 
(dans un grand parc clos de murs ou en forêt), d'Antilopes de petite 
taille. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1"" décembre 1885. — Prix : soo francs. 

16" — 1878. — Introduction en France de VHydropotcs inermis 
{Ke ou Cliang). 

On devra avoir introduit au moins trois couples de Ke ou Chang, et 
faire constater que trois mois après leur importation, ces animaux sont 
dans de bonnes conditions de santé. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : soo francs. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXIII 

1 70 — 187». — Multiplication en France de V Hydropotes imrmis 

(Ke ou Chang). 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins âgés de 
plus d'un an et issus des reproducteurs importés. 

Concours prorogé jusqu'au l''' décembre 1885. — Pnix : looo francs. 

iS° — 1865. — Domestication en France du Castor, soit du Ca- 
nada, soit des bords du Rhône. 

On devra présenter au moins quatre individus mâles et femelles, nés 
chez le propriétaire et âgés d'un an au moins. 

Concours prorogé jusqu'au ["' décembre 1885. — Prix : soo francs. 
— Le prix sera doublé si l'on présente des individus de seconde géné- 
ration. 

IQo — 1875. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou en forêt), de Kangurous de grande 
espèce. 

On devra faire constater la présence de dix individus au moins, nés à 
I 'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1'^'" décembre 1885. — Prix : «ooo francs. 

20» — 1875. — Multiplication en France, à l'état sauvage (dans 
un grand parc clos de murs ou eu forêt), de Kangurous de uetite taille. 

On devra faire constater la présence de dix individus au mouis, nés à 
l'état de liberté, parmi lesquels six animaux seront âgés de plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1^'" décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

21« — 1882. — Multiplication en France du Lapin géant des 
Flandres, à oreilles droites. 

On devra présenter 5 mâles et 5 femelles adultes, nés chez l'éleveur, 
du poids moyeu de 8 kilogrammes. 

Concours ouvert jusqu'au l^"'' décembre 1885. — Prix : 300 francs. 

2-2" — 188*2. — Alimentation du bétail par le Téosinté {Reana 

luxurians). 

On devra présenter un compte établissant le rendement obtenu, en 
poids, d'une plantation de Téosinté couvrant au moins 25 ares et fournir 
des renseignements circonstanciés sur les avantages ou les inconvénients 
que présente ce mode d'alimentation pour le bétail. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 300 francs. 

23» — 1882. — Alimentation des animaux par le Soya. 

On devra fournir des renseignements circonstanciés sur les avantages 
ou les inconvénients que présente ce mode d'alimentation pour les ani- 
maux soit à l'état vert, soit à l'état sec. 

Concours ouvert jusqu'au 1'='' décembre 1885. — Prix : 300 francs. 



XXIV SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

DEUXIÈME SECTION. — OISEAUX 

\o — 1H<>4. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra èlre accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur 
de 200 ;"i .^00 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle utile ou ornementale d'un réel intérêt. 

20 _ 1875. — Un prix de 500 francs sera accordé à l'inventeur 
d'un genre de nourriture artificielle ou composition pouvant rem- 
placer partout et à un prix modéré les œufs de fourmis (nymphes 
et larves), pour l'élevage des Perdrix et des Faisans. Ou devra 
justifier du plein succès du procédé et livrer ce genre de nour- 
riture à un prix qui ne sera pas plus élevé que celui des œufs de 

fourmis. 

Concours ouvert jusqu'au \" décembre 1885. — Paix : 500 francN. 

3û _ 1864. — Introduction et acclimatation d'un nouveau gibier 
pris dans la classe des Oiseaux. 
Sont exceptées les espèces qui pourraient ravager les cultures. 
On devra présenter plusieurs sujets vivants de seconde génération. 
Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1885. — Prix : soo 

lOOO rrancs. 

A" — 1870. — Multiplication et propagation en France ou en 
Algérie du Serpentaire (Gypogeranus Serpentarins). 

On devra présenter un couple de ces oiseaux de première génération ^ 
et justifier de la possession du couple producteur et des jeunes obtenus. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Pnix : «ooo francs. 

5" — 1868. — Acclimatation du Martin triste (Acridotheres 
tristis) ou d'une espèce analogue, en Algérie ou dans le midi de la 
France. 

On devra présenter cinq paires de ces oiseaux, adultes, de seconde 
génération. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : soo n-uncs. 

G" — 1870. — Multiplication en France, à l'état sauvage, de la 
Pintade ordinaire {Numida Meleagris). 

On devra faire constater l'existence, sur les terres du propriétaire, 
d'au moins quatre compagnies de Pintades de six individus chacune, 
vivant à l'état sauvage. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1885. — Prix : «50 n-anes. 

1° — 1875. — Multiplication en France, k l'état sauvage, du 
Faisan vénéré. 

On devra faire constater l'existence d'au moins dix jeunes sujets vivant 
en liberté et provenant du couple ou des couples lâchés. 

Concours prorogé jusqu'au l^décendjre 1885. — Prix : soo francs. 

8" — 1870. — Création d'une race de Poules domestiques 
pondant de gros œufs. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXV 

On devra présenter au moins douze Poules de 3^ génération, constituant 
une race stal)le, et donnant régulièrement des œufs atteignant le poids de 
75 grammes. Cette race, créée parla sélection ou par croisement, devra pré- 
senter les caractères d'une variété de bonne qualité pour la consommation. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — f^iux : 500 n-ancs. 

9° — 1879. — Reproduction en captivité du Lophopliore {Lo- 
phophoriis refulgens) en France. 

On devra présenter au moins six sujets vivants nés chez le proprié- 
taire et issus d'oiseaux nés en Europe. 

Concours ouvert jusqu'au l'^'' décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

10° — 1867. ^ Introduction et multiplication en France, en par- 
quets, du Tétras huppecol (Tetrao Citpido) de l'Amérique du Nord. 

On devra présenter au moins douze sujets, complètement adultes, nés 
et élevés chez le propriétaire. 

Concours prorogé jus(|u'au 1" décembre 1885. — Prix : î50 n-anc^i. 

Le prix sera doublé si la multiplication du Tétras huppecol a été 
obtenue en liberté. 

il" — 1870. — Multiplication en France, à l'élat sauvage, de la 
Perdrix de Ciiine {Galloperdix Sphenura) ou d'une autre Perdrix 
percheuse. 

On devra faire constater l'existence d'au moins six sujets vivant en 
liberté et provenant du ou des couples lâchés. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : soo francs. 

12° — 187 7. — Importation des grosses espèces de Colins (ori- 
ginaires du Mexique et du Brésil) et des petites espèces de Tina- 
mous de l'Amérique méridionale. 

On devra avoir importé au moins six couples de ces oiseaux et justifier 
que trois mois après leur importation ils sont dans de bonnes conditions 
de santé. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 950 n-ancs. 

13° — 187 7. — Multiplication en volière des grosses espèces de 
Colins originaires du Mexique et du Brésil, ou des petites espèces de 
Tinamous de l'Amérique méridionale. 

On devra présenter dix sujets vivants nés des oiseaux directement im- 
portés du pays d'origine. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 3«o francs. 

14,0 __ f 881. — Reproduction de la grande Outarde (^Otis tarda) 
à l'élat sauvage. 

On devra prouver que trois couples au moins de grandes Outardes ont 
couvé et élevé leurs jeunes en France, sur les terres du propriétaire. 

Concours ouvert jusqu'au 1'^'" décembre 1885. — Prix : soo francs. 

15° — 1870. — Domestication en France ou en Algérie de ITbis 
sacré (Ibis religiosa) ou de l'Ibis falcinelle {Ibis falcinelliis), ou 
d'un autre oiseau destructeur des Souris, Insectes et Mollusques nui- 
sibles dans les jardins. 



XXVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Sont exceptées les espèces qui pourraient ravager les cultures. 

On devra faire constater l'existence de quatre sujets au moins de pre- 
uière vénération, vivant en liberté autour d'une habitation et nés de 
parents libres eux-mêmes dans la propriété. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 5oo n-anes. 

16° 186'?. — Domestication de l'Autruche d'Afrique {Strii- 

thio camelus) en Europe. 

On devra justifier de la possession d'au moins six Autruches nées chez 
le propriétaire et âgées d'un an au moins. 

Concours prorogé jusqu'au 1^' décembre 1885. — Prix : isoo n-ancs. 

17» l§79. — Création en Algérie d'une ferme d'Autruches. 

On devra être possesseur de dix couples, au moins, de reproducteurs, 
et avoir fait naître et élever dans les trois années précédentes cent jeunes 
autruchons. Les concurrents ne seront pas tenus d'entretenir chez eux 
tous les jeunes produits; mais ils devront fournir des documents authen- 
tiques justifiant de la destination qui leur a été donnée. 

Les concurrents devront présenter un compte des dépenses et recettes 
occasionnées par l'entretien du troupeau ; faire connaître la valeur des 
plumes livrées au commerce; les procédés cà employer pour la multipli- 
cation des jeunes (incubation naturelle ou hydro-incubateurs), et adresser 
à la Société un rapport circonstancié donnant tous les détails propres à 
l'éducation de l'Autruche en captivité. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : fooo n-ancs. 

18" _ 1873. _ Domestication d'un nouveau Palmipède utile. 
On devra présenter au moins dix sujets vivants de seconde génération 
produits en captivité. 
Concours prorogé jusqu'au l^"" décembre 1885. —Prix: fooo n-anes. 

IQo __ 1882. — Un prix de 300 francs sera décerné à l'auteur 
du meilleur travail sur les nichoirs artificiels pour la protection et 
la propagation des espèces d'oiseaux qui nichent dans les creux 
ou trous des arbres, des murailles ou des rochers. 

L'auteur devra produire des modèles de nichoirs en indiquant leur 
mode de construction et leur prix de revient, et justifier des résultats 
obtenus depuis cinq ans au moins. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : 300 francs. 

20" — 18S*i. — Un prix de 300 francs sera accordé h. l'inven- 
teur d'un genre de nourriture artificielle ou composition pouvant 
remplacer les pâtées fraîches, pour les oiseaux insectivores entre- 
tenus en volières. 

On devra faire connaître la composition et le mode de préparation, 
justifier des avantages que présente l'emploi de cette composition au 
point de vue de sa conservation, de ses qualités nutritives cl de son prix 
de revient. 

Concours ouvert jusqu'au 1'^'' décembre 1885. — Prix : 300 n-ancs. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXVII 

TROISIÈME SECTION. — POISSONS, MOLLUSQUES, ETC. 
CRUSTACÉS, ANNÉLIDES 

10 — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

11 pourra être accordé, dans cliaque section, des primes d'une valeur 
■de 200 à .500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
'«nouvelle utile ou ornementale d'un réel intérêt. 

^0 _ 1882.^— Recherches sur les propriétés physiques et 
chimiques des eaux douces au point de vue de l'aquiculture. 

L'auteur devra faire ressortir, par des observations et des analyses 
pratiques, les conditions favorables au développement des diverses 
«spèces de Poissons, Crustacés, Mollusques et Végétaux. 

Concouî-s ouvert jusqu'au !*■• décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

3» _ 1883. —Recherches sur les propriétés physiques et chi- 
miques des eaux de mer et saumâtres au point de vue de l'aquicul- 
ture. 

L'auteur devra faire ressortir, par des observations et des analyses 
pratiques, les conditions favorables au développement des diverses 
^espèces de Poissons, Crustacés, Mollusques et Végétaux. 

Concours ouvert jusqu'au 1^' décembre 1885. — Pkix : 500 francs. 

REPTILES 

4.0 — 1870. — Introduction et multiplication en France de la 
Grenouille bœuf (/?awa mugiens) de rAmérique du Nord. 

On devra justilier de la possession de vingt-cinq sujets nés chez le pro- 
.priétaire. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885.— Prix : S50 francs. 

POISSONS 

5" _ 1873. — Introduction dans les eaux douces de la France 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins ; on 
devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours ouvert jus([u'au l""' décembre 1885. — Prix : 5oo francs. 

6» — 187». — Acclimatation dans les eaux douces de la France 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Concours ouvert jusqu'au l'"" décembre 1885. — Prix : looo n-anes. 

7» — 1873. ~ Introduction dans les eaux douces de l'Algérie 
d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins; on 
devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 5oo n-ancs. 



XXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Le prix sera doublé si le poisson introduit est le Gourami {Osphrome- 
nus olfax). 

go 1873. — Acclimatation dans les eaux douces de l'Algérie 

d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Concours ouvert jusqu'au \" décembre 1885. — Pnix : looo frnnc««. 

Le prix sera doublé si le poisson acclimaté est le Gourami {Osphrome- 
nus olfax). 

90 187S. — Introduction dans les eaux douces de la Guade- 
loupe et de la Martinique d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins ; on 
devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 500 rrancs. 

Le prix sera doublé si le poisson introduit est le Gourami [Osphrome- 
nus olfax ). 

10° 1§73. — Acclimatation dans les eaux douces de la Gua- 
deloupe et de la Martinique d'un nouveau Poisson alimentaire. 

Concours ouvert jusqu'au 1^' décembre 1885. — Prix : lOOO franc». 

Le prix sera doublé si le poisson acclimaté est le Gourami (Osphrome- 
nus olfax). 

llo_ 1874. — Introduction en France du Coregonus olsego de 
l'Amérique du Nord. 

Les poissons introduits devront être au nombre de vingt au moins, et 
l'on devra justifier qu'ils ont été importés depuis plus d'un an. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 500 n-anc»*. 

Si des multiplications du Coregonus otsego ont été obtenues en France, 
le prix sera doublé. 

12° 1 8'3'9. — Multiplication en France du Saumon de Cali- 
fornie {Salmo quinnat) de l'Amérique du Nord. 

On devra présenter au moins 500 alevins, âgés d'un an, nés de parents 
existant dans les eaux du propriétaire depuis au moins dix-buit mois. 
L'état des reproducteurs devra être constaté au moment du frai par 
des pièces autbentiques. On devra également faire constater l'époque de 
l'éclosion des œufs et faire connaître dans un rapport circonstancié les 
observations auxquelles donnerait lieu l'éducation de ces jeunes poissons. 

Concours ouvert jusqu'au 1"" décembre 1885.— Prix : 5oo n-ancs. 

130 — 1879.— Propagation dans les eaux douces de la France 
de la grande Truite des lacs {Salmo Lemanus). 

Concours ouvert jusqu'au \"' décembre 1885. — Prix : 500 n-anes. 

44.0 — 1879. — Propagation dans les eaux de la France du 
Corégone Lavaret. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : «oo francs. 
15» — 1881. — Protection des poissons migrateurs. 

Un prix de 500 francs sera décerné à l'auteur du meilleur travail indi- 
({uant, au point de vue pratique, les moyens les plus propres à assurer 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXIX 

la reproduction des poissons migrateurs dans les eaux douces de la 
France. 

L'ouvrage devra particulièrenienl faire connaître les avantages et le 
mode de construction des appareils ou ftassages, dits échelles à saumons, 
permettant aux poissons migrateurs de franchir les barrages, chutes 
d'eau et obstacles divers, dans les cours d'eau. 

Concours ouvert jusqu'au l'^"' décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

16" — I8S2. — Etablissement d'échelles pour les poissons mi- 
grateurs. 

Un prix de 500 francs sera décerné aux usiniers ou propriétaires qui 
auront établi, dans des conditions pratiques, des échelles pour le passage 
des poissons migrateurs. 

Concours ouvert jusqu'au 1"' décembre 1885. — Pfux : 500 rrnncs. 

17" — 1883. — Jlultiplication des Cyprinides. 

Il pourra être accordé des primes ou des médailles à toute personne 
qui aura obtenu, dans des eaux closes, de l'alevm de Cyprinide, notam- 
ment la Carpe et la Tanche, et qui justifiera en avoir introduit en grand 
nombre dans les cours d'eau de la région et aura ainsi contribué le plus 
efficacement à leur repeuplement. 
■ Concours ouvert jusqu'au 1^' décembre 1885. — Prix : soorrnnes. 



MOLLUSQUES 

18° — 1867. — Acclimatation et propagation d'un Mollusque 
utile d'espèce terrestre, fluviatile ou marine, resté jusqu'à ce jour 
étranger à notre pays. — Cette acclimatation devra avoir donné lieu 
à une exploitation industrielle ; ses produits alimentaires ou autres 
seront examinés par la Société. 

Concours prorogé jusqu'au 1'='' décembre 1885. — Piux : 50« francs. 

19" — 1869. — Reproduction artificielle des Huîtres. — Un prix 
de 1000 francs sera décerné pour le meilleur travail indiquant, au 
point de vue pratique, les méthodes les plus propres à assurer cette 
reproduction artificielle. L'ouvrage devra, en outre, faire connaître 
d'une manière précise les conditions à remplir pour obtenir les au- 
torisations de créer des établissements luiîlriers, et énumérer les 
travaux que comportent les bancs d'Huîtres naturels, aussi bien que 
les caractères auxquels on peut reconnaître qu'un banc est exploi- 
table; enfin quelles sont les mesures qu'il convient de prendre pour 
l'enlèvement du coquillage. En un mot, ce travail devra constituer 
un véritable manuel d^ ostréiculture. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix: tooo rranc!i. 

-20» — 1879. — Culture de la Moule sur les côles méditerra- 
néennes. 
On devra justifier d'une superficie d'un hectare mis en culture, soit sur 



XXX SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

fond horizontal, soit sur bouchots, et ayant donné des produits ahraen-^ 
taires au moins une année. 

Les concurrents devront joindre à l'appui de leur demande un mémoire 
indiquant, au point de vue pratique, les moyens les plus propres à assurer 
le succès de semblable industrie, et présenter un compte des dépenses 
occasionnées pour l'établissement de l'exploitation et des bénéfices qu'on, 
peut en tirer. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Paix : looo francs. 

CRUSTACÉS 

210 — 1867. — Introduction et acclimatation d'un Crustacé- 
alimentaire dans les eaux douces de la France, de l'Algérie, de la, 
Martinique ou de la Guadeloupe. 

Concours prorogé jusqu'au i" décembre 1885. — Prix : 5oo francs.. 



QUATRIÈME SECTION. — INSECTES 

1° — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'une valeur- 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant introduit quelque espèce 
nouvelle utile ou ornementale d'un réel intérêt. 

2» _ 1865. — Acclimatation et multiplication soutenue pen- 
dant trois années au moins en Europe ou en Algérie d'un insecte 
producteur de cire, autre que l'Abeille ou les Mélipones. 

Concours prorogé jusqu'au i"" décembre 1885. — Prix: «ooo francs. 

SÉRICICULTURE 

30 — 1881. — Acclimatation et multiplication soutenue pen- 
dant trois années au moins, en France ou en Algérie, d'une nouvelle 
espèce de Ver à soie produisant de la soie bonne à dévider ou à. 
carder pour employer industriellement. 

Le prix ne sera accordé que sur preuve d'une production annuelle de- 
trois mille cocons au moins. 

Concours ouvert jusqu'au l'"" décembre 1885. — Paix : 1000 francs. 

40 — 1881. — Application industrielle de la soie de l'At- 
tacus Cynthia vera, Ver à soie de l'Ailante. 

On devra présenter plusieurs coupes d'étoffe formant ensemble au 
moins 50 mètres, et fabriquées avec la soie dévidée en fils continus de 
YAttacus Cijnthia et sans aucun mélange d'autres matières. Les tissus, 
de bourre de soie sont hors de concours . 

Concours ouvert jusqu'au 1'''" décembre 1885. — Prix : 1000 francs. 

50 — 1818. — Encouragement, en France, à un établissement 
industriel pouvant livrer à la consommation, et prêtes à être tissées,. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. - XXXI 

des soies grèges ou des fdoselies des cocons d'une des espèces ci- 
après désignées : 

Attacus Yama-maï, Pernyi, Cyntliia, Cecropia, Polyphe- 
imis, Ole, espèces qui ont déjà été l'objet d'éducations en France 
sur une échelle plus ou moins étendue. 

Concours ouvert jusqu'au l^' décembre 1885. — Prix : looo n-ancs. 
go — 187 7. — Vers à soie du Mûrier. — Études théoriques et 
pratiques sur les diverses maladies qui les atteignent. Les auteurs 
devront, autant que possible, étudier monographiquement une ou 
plusieurs des maladies qui atteignent les Vers à soie, en préciser 
les symptômes, faire connaître les altérations organi({ues qu'elles 
entraînent, étudier expérimentalement les causes qui leur donnent 
naissance et les meilleurs moyens k employer pour les combattre. 
Concours ouvert jusqu'au 1"" décembre 1885. — Ptux : looo francs. 
70 _ 1870. — Vers à soie du Mûrier, — ^Production dans le nord 
de la France de la graine de Vers à soie de races européennes par 
de petites éducations. 

Considérant l'intérêt qu'il y aurait à encourager la production de 
la graine saine des Vers k soie du Mûrier de races européennes, les 
prix sont institués pour récompenser dans les bassins de la Seine, 
de la Somme, de la Meuse, du Rhin, ainsi que dans la portion sep- 
tentrionale du bassin de la Loire, les petites éducations qui permet- 
tront de mettre au grainagedes cocons provenant d'éducations dans 
lesquelles aucune maladie des Vers n'aura été constatée. 

La Société n'admettra au concours du grainage que les graines de 
Vers à so^e de races européennes. 

Elle ne primera aucune éducation portant sur plus de 30 grammes- 
de graine pour une même habitation. 

Mise au grainage de plus de 50 kilogrammes de cocons : 
Deux Prix de 500 francs chacun. 
Mise au grainage de 25 à 50 kilogrammes de cocons : 
Deux Prix de 2»0 fVaucs chacun. 
Mise au grainage de 10 k ^25 kilogrammes de cocons : 
Quatre Prix de 150 francs chacun. 
Mise au grainage de 5 k 10 kilogrammes de cocons : 
Dix Prix de 100 francs chacun. 

Ces primes seront distribuées chaque année, s'il y a /<CM, jusqu'en 1885. 
Les concurrents devront (cette condition est de rigueur) se faire con- 
naître en temps utile, afin que la Société puisse faire suivre par ses dé- 
légués la marche des éducations et en constater les résultats. 



XXXII ' SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

APICULTURE 

8" — 1870. — Etudes lliéoriques et pratiques sur les diverses 
maladies qui atteignent les Abeilles, et principalement sur la loque 
ou pourriture du couvain. 

Les auteurs devront, autant que possible, en préciser les sym- 
ptômes, indiquer les altérations organiques qu'elle entraîne, étudier 
expérimentalement les causes qui la produisent et les meilleurs 
moyens à employer pour la combattre. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Pni\ : 500 francs. 

9" — 1870. — Propagation en France de l'Abeille égyptienne 
[Apis fasciata). 

On devra justifier de la possession de six colonies vivant cliez le pro- 
priétaire depuis au moins deux ans, en bon état, sans dégénérescence ni 
hybridation, et de si.\ bons essaims de l'année parfaitement purs, prove- 
nant des ruches mères ci-dessus désignées. 

Concours ouvert jusqu'au \" décembre 1885. — Prix : 5oo francs. 

10» — 1870. — Introduction en France d'une Mélipone ou Tri- 
gone (Abeille sans aiguillon) américaine, australienne ou africaine. 

Présenter une colonie vivant depuis deux ans chez le propriétaire. 

Concours ouvert jusqu'au 1'"'' décembre 1885. — Prix : 5oo francs. 

CINQUIÈME SECTION. — VÉGÉTAUX. 

1" — 1864. — Introduction d'espèces nouvelles. 

Il pourra être accordé, dans chaque section, des primes d'u;ie valeur 
de 200 à 500 francs à toute personne ayant hitroduit quelque espèce 
nouvelle utile ou ornemenlale d'un réel intérêt. 

'2° — 1873. — Plantes de pleine terre utiles et d'ornement, in- 
troduites en Europe dans ces dix dernières années. 

Les auteurs devront indiquer dans un livre, ou dans un mémoire étendu, 
les usages divers de ces plantes, leur pays d'origine, la date de leur in- 
troduction, la manière de les cultiver; les décrire et désigner les diffé- 
rentes variétés obtenues depuis leur importation, ainsi que les différents 
noms sous lesquels ces végétaux sont connus. 

En d'autres termes, les ouvrages présentés au concours devront pouvoir 
servir de guide pratique pour la cul ture des plantes d'importation nouvelle ; 
les ouvrages (manuscrits ou imprimés) devront être remis à la Société 
avant le 1" décembre. 

Concours prorogé jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

3" — 1806. — Introduction en France et mise en grande cul- 
ture d'une plante nouvelle pouvant être utilisée pour la nourriture 
des bestiaux. 

Concours prorogé jusqu'au 1''' décembre 1885. — 1^'' Pnix : .ïoo francs. 
— 2^ Prix : 300 francs. 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXXIII 

40 _ ISSO. — Prix de 200 francs, fondé par 
M. GODEFROY-LEBŒIJF. 

Un prix de 200 francs sera décerné à la personne qui présentera 
un double décalitre de graines û' Elœococca vernicia récoltées sur 
des plantes cultivées à l'air libre, en Europe ou eu Algc^rie, sans 
autres abris que les rangées d'arbres nécessaires à leur protection 
dans le jeune âge (^comme au Se-tchuen). 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1890. — Prix : «o© n-ancM. 

5" — 1870. — Utilisation industrielle du Lo-za {Rhamnus utllis) 
qui produit le vert de Chine. 

On devra fournir à la Société, sous réserve des droits de propriété, les 
documents relatifs aux méthodes et procédés employés. 

On devra également présenter des spécimens d'étoflés teintes en France 
avec les produits du Lo-za préparés en France. 

Concours ouvert jusqu'au 1'^'' décembre 1885. — Prix: 5oo francs. 

6" — 1881. — Utilisation industrielle de l'Ortie de Chine, ré- 
coltée en France ou en Algérie {Bœhmeria utilis, tenacissima,eic.). 

On devra fournir à la Société, sous réserve des droits de propriété, les 
documents relatifs aux méthodes et procédés employés. 

Concours ouvert jusqu'au l'^'" décembre 1885. — Prix : 5oo francs. 

7° — 1881. — Introduction et culture en France du Noyer 
d'Amérique [Carya alba), connu aux États-Unis sous le nom de 
Hickory (bois employé dans la construction des voilures légères). 

On devra justifier de la plantation sur un demi-hectare de Noyers d'A- 
mérique ou de la possession de 500 arbres hauts de 1",50 au moins. 

Concours ouvert jusqu'au l*"" décembre 1885. — Prix : 5oo francs. 

8° — 1881. — Introduction et culture pendant deux années 
successives d'une Igname (Dioscorea) joignant à sa qualité supé- 
rieure un arrachage facile. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — 1" Prix : eoo francs. 
— 2^ Prix : 400 francs. 

9" — 1870. — Culture du Bambou dans le centre et le nord de 
la France. 

Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1" Cultivé avec succès le Bambou pendant plus de cinq années, et dont 
les cultures couvriront, au moins pendant les dernières années, un demi- 
hectare ; 

2° Exploité industriellement ses cultures de Bambou. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. 

Deux Prix de 1000 francs chacun. 

10" — 1873. — Culture de V Eucalyptus en Algérie. 
Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1° Cultivé avec succès VEucalyptus pendant plus de cinq années et dont 
3° SÉRIE, T. X. — Séance publique annuelle. c 



XXXI Y SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, 8 hectares; 
2" Exploité industriellement ses cultures d'Eticalyptus. 
Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Paix : looo francs. 

Il» _ 1873. — Culture de VEucalyptus en France et particu- 
lièrement en Corse. 

Le prix sera accordé à celui qui aura : 

1° Cultivé avec succès l'Eucalyptus pendant plus de cinq années et dont 
les cultures couvriront au moins, pendant les dernières années, 2 hectares; 

2° Exploité industriellement ses cultures à'Eucalyptus. 

Concours ouvert jusqu'au V décembre 1885. — Prix : looo francs. 

j-)o — 1S70. — Guide théorique et pratique de la culture de 
VEucalyptus. 

Les auteurs devront surtout étudier, en s'appuyant sur des expériences, 
et comparativement, quelles sont les espèces d Eucalyptus qui peuvent 
être cultivées sous les divers climats; faire connaître la nature du sol qui 
leur convient, les soins spéciaux de culture que chaque espèce exige, le 
degré de froid auquel elle résiste et leur valeur relative. 

Concours ouvert jusqu'au 1*"" décembre 1885. — Prix: 50© francs. 

130 — 1876. — Culture du Jaborandi {Pilocarpus pinnatus) 
en France ou en Algérie. 

Le prix sera décerné à celui qui aura : 

1» Cultivé avec succès le Jaborandi pendant plus de cinq années et 
dont les cultures couvriront, au moins pendant les dernières années, un 
demi-hectare ; 

2" Exploité commercialement ses cultures de Jaborandi. 

Concours ouvert jusqu'au l*"" décembre 1885. — Prix : 500 francs. 

140 — 1879. — Reboisement des terrains en pente par 
l'Ailante. 

Considérant que l'Ailante s'accommode facilement de tous les sols, 
que les troupeaux ne touchent ni à ses feuilles ni à son écorce, et qu'il 
serait par conséquent essentiellement propre au reboisement de certains 
terrains pauvres servant actuellement de pâture, la Société institue un 
prix de 1000 francs, qui sera décerné à la personne ou à la commune qui, 
en France, justifiera de la plantation de 5 hectares de cette essence. 

Les concurrents devront établir que le reboisement est fait depuis plus 
de cinq ans. 

Concours ouvert jusqu'au l^"" décembre 1890. — Prix : 1000 francs. 

15° — 188*J. — Alimentation du bétail par le Téosinté (Reana 
luxurians). 

On devra présenter un compte établissant le rendement obtenu, en 
poids, d'une plantation de Téosinté couvrant au moins 25 ares et fournir 
les renseignements circonstanciés sur les avantages ou les inconvénients 
que présente ce mode d'alimentation pour le bétail. 

Concours ouvert jusqu'au 1" décembre 1885. — Prix : 30© francs. 

1G° — 1S82. — Alimentation des animaux par le Soya. 

On devra fournir des renseignements circonstanciés sur les avantages 



PRIX EXTRAORDINAIRES. XXXV 

ou les inconvénients que présente ce mode d'alimentation pour les ani- 
maux, soit à l'état vert, soit à l'état sec. 
Concours ouvert jusqu'au i" décembre 1885. — Prix : 3oo rranc»*. 

17° — 1S82. — Jardin fruitier exotique en Algérie ou sur le 
littoral méditerranéen français. 

On devra faire connaître les espèces et les variétés d'arbres fruitiers 
exotiques entretenues, indiquer la date des plantations, la nature du sol, 
et les précautions prises pour assurer le succès de la plantation. 

Ce travail devra faire connaître les variétés les plus recommandables 
pour la localité oîi l'expérience aura été faite. 

Concours ouvert jusqu'au 1"'' décembre 1895. — Prix : 500 francs. 

18" — 1888. — Culture du Phaseolus raïUatus. 

Le prix sera accordé à la personne qui aura cultivé avec succès le 
Haricot radié dans un champ d'un demi-hectare au moins. 

S'il se présentait plusieurs concurrents, la préférence serait donnée à 
celui qui produirait les plus beaux spécimens de préparations alimen- 
taires, obtenues avec les graines du Phaseolus rudiatus. 

Concours ouvert jusqu'au l*"" décembre 1890. — Prix : soo rran«»»«. 



DE LA 

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX 

Par 91. Raoul BARON 



Mesdames, Messieurs, 

Lorsque vous considérez les nombreuses espèces qui com- 
posent le règne animal, vous ne tardez pas à reconnaître entre 
elles des différences de toutes sortes: Différences dans la 
couleur, dans le volume, dans la consistance, dans les odeurs 
exhalées, dans les sons émis, dans les attitudes et les restes ; 
différences dans la conformation externe, dans la structure 
interne et le fonctionnement physiologique des organes di- 
vers... 

Alors une idée vous vient tout naturellement et vous vous 
demandez, par exemple, si cette variété infinie ne tiendrait 
pas à celle apparemment non moins infinie que présentent les 
circonstances au sein desquelles se développent et se perpé- 
tuent ces espèces. Puis la science vient à votre secours: elle 
vous apprend (si vous ne le saviez déjà) que notre planète a 
passé par une série d'évolutions laborieuses autant que mul- 
tiples. A chaque époque distincte ont dû correspondre des 
conditions d'existence également distinctes ; d'autre part, 
comme les vestiges fossiles que nous exhumons impliquent 
eux-mêmes des organisations plus ou moins éloignées des 
types actuels, votre idée de tout k l'heure se fortifie et se 
change bientôt en une véritable méditation que je vais essayer 
de traduire. 

Le globe terrestre, à l'heure qu'il est, tel qu'il est, nous 
offre, dans son unification admirable et majestueuse, une di- 
versité qui saute aux yeux les moins attentifs : car c'est par 
abréviation que nous disons « la terre »... L'élément aqueux 
n'y occupe-t-il pas (superficiellement au moins) une place 
énorme ? 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XXXVIi: 

L'atmosphère n'enveloppe-t-ellc pas le tout, solides et 
liquides, sous une épaisseur de plusieurs dizaines et peut-être 
de plusieurs centaines de lieues ? 

Ce n'est rien encore : La terre, proprement dite, n'est pas 
partout la même. Que dis-je ! Il faudrait plusieurs conférences 
comme celle-ci pour énumérer, même rapidement, ses conti- 
nents, ses côtes, ses caps, ses presqu'îles, ses îles, ses chaînes 
de montagnes, ses plateaux, ses plaines, ses vallées et ses 
cavernes... Après cela, l'eau jalouse voudrait avoir son tour : 
les mers grandes et petites, les manches, les détroits, les 
golfes, les méditerranées, les lacs, les fleuves, les rivières et 
les moindres ruisseaux ; tout cela réclamerait une mention. • 

Or tout cela est peuplé et peuplé diversement, plus diverse- 
ment, croyez-le bien, que ne l'exigent en somme les innom- 
brables modalités géographiques que je viens de vous faire 
entrevoir. 

Mais sommes-nous sûrs d'avoir fidèlement examiné notre 
sphère sous tous les aspects possibles ? Loin de là. La terre 
est dans le ciel et entrelient avec la sublime coupole, ainsi 
qu'avec la lampe d'or qui l'éclairé, des rapports merveilleux 
jusqu'à la peinture desquels n'a pu encore se hausser le lan- 
gage des plus grands poètes !... En attendant, les astronomes 
s'efforcent d'en préciser le sens et nous savons, grâce à eux, 
qu'il y a ici-bas des saisons, des climats, des événements 
météorologiques, des lignes et des zones particulières : autour 
de ces points singuliers qu'on nomme « les pôles », s'étendent 
les zones glaciales; plus excentriquement les zones tempérées 
et, sur le ventre de l'équateur, les zones intertropicales ou 
torrides. Ce sont là, derechef, autant de conditions de vie qui 
se superposent aux précédentes et vous voyez finalementqu'il 
n'est pas besoin de remonter l'échelle des âges géologiques, 
pour découvrir de quelle manière la vie se pluriformise sous 
l'influence des milieux. En d'autres termes, ce que la paléon- 
tologie vous montrait dans Vordre des successions, la zoo- 
logie géographique va vous le montrer dans Vordre des 
coexistences. 

La Zoologie géographique peut donc se définir « le chapitre 



XXXVIIl SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

de la philosophie nalurelle qui étudie comment, et pourquoi 
les animaux sont parqués, suivant leur organisation, en telle 
ou telle ou telle région, sur tel ou tel point du globe ter- 
restre. » 

Je dis comment et pourquoi : car en voulant aborder le 
pourquoi avant le comment, nous nous exposerions à coup 
sûr à une défaite. En nous bornant au problème du comment, 
par élimination systématique du pourquoi, nous nous montre- 
rions indignes de l'illustre fondateur de cette Société. Ecoutez 
bien ses paroles: « Sans doute, dit-il, pour celui qui se ren- 
ferme dans le cercle étroit de l'observation directe et de ses 
conséquences immédiates, il n'y a de possible que la connais- 
sance, même imparfaite, des fails matériels de l'ordre actuel 
des choses; tandis que pour celui qui croit pouvoir, non 
seulement observer et expérimenter, mais aussi raisonner, 
mille routes nouvelles sont ouvertes : le but grandit comme 
les moyens, l'espace et le temps n'ont plus de limites. » 

Je suis complètement de l'école des Geoffroy Saint-Hilaire, 
«t j'avoue que si la zoologie géographique ne devait être qu'un 
pur et simple inventaire des animaux répandus en ce petit 
coin du monde que nous habitons, je trouverais cette science 
aussi aride et j'ose ajouter aussi peu féconde que la statis- 
tique... Respectons certes les faits; mais permettons-nous de 
les discipliner et de les généraliser, en daignant nous souvenir 
que le genre humain a des ailes et qu'il aspire à s'élever tou- 
jours. Il ne pourrait voler dans le vide, c'est évident; mais, 
de même que l'oiseau est soutenu par l'air qui lui résiste, de 
même notre esprit, quand il s'appuie sur le témoignage empi- 
rique des sens, cherche par cela seul à s'élancer au delà ! 

Ainsi envisagée, la science est incontestablement toute 
jeune et ne remonte pas au delà des années qui suivirent les 
beaux travaux d'Alexandre de Humbold. Cependant le cerveau 
de Buffon en couvait le précieux germe ; et nous ne pouvons 
refuser à l'immortel naturaliste la gloire d'avoir fait observer 
le premier que le lio7i, le tigre et \e chameau d" Amérique ne 
sont pas un vrai lion, un vrai tigre, un vrai chameau. — Les 
premiers conquérants du nouveau monde, trouvant sur le sol 



DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XXXIX 

conquis des animaux qui se l'approchaient en apparence de 
ceux qu'ils connaissaient en Europe, leur donnèrent tout spon- 
tanément les mêmes noms ; et fmalement il se trouva que les 
noms avaient confondu les choses. — La zoologie et la bota- 
nique sont du reste toutes pleines de survivances analogues, 
et je ne sache pas de rhéteurs plus amis de la catachrèse que 
les hommes auxquels nous devons nos nomenclatures. 

Mais Flourens, qui insiste beaucoup sur le rôle joué par 
Buflon, croit néanmoins devoir rappeler que Pline l'Ancien 
avait eu, lui aussi, au sujet de la géographie animale, des 
pressentiments fort justes. 

Sur ce terrain il est toujours facile de renchérir : car un 
germe, si informe qu'il soit, est constamment précédé d'un 
état antérieur plus vague et plus informe encore... Je n'hésite 
pas personnellement à croire que l'antiquité (même la haute 
antiquité) dut être rapidement initiée aux faits les plus élé- 
mentaires des grandes localisations de la nature vivante ; de 
sorte que Virgile ne me semble pas prêter un langage trop 
scientifique au berger Tityre, lorsqu'il le fait s'écrier: 

« On verra dans les plaines de l'air, paître les cerfs légers ; 
les poissons vivre à sec sur les rivages ou le Parthe venir 
boire les eaux de l'Arar et le Germain celles du Tigre, plutôt 
que l'image de mon maître s'effacer de mon cœur ! » 

Cette touchante exclamation est, par son incohérence même, 
plus remarquable encore : car elle invite à supposer que le 
Parthe et le Germain sont, dans la pensée de l'humble inter- 
locuteur de Mélibée, circonscrits dans leurs aires géographi- 
ques respectives, au même titre que les animaux terrestres à 
la surface du sol et les aquatiques au sein de l'onde. Nous y 
reviendrons. 

Seulement, Mesdames et Messieurs, et pour ne pas déserter 
mon idée maîtresse, vous voudrez bien remarquer que ce qui 
caractérise essentiellement le point de vue scientifique n'est 
nullement touché ici, pas plus que dans les ouvrages de Pline, 
pas plus même que dans Bulïon. Car, en définitive, le point 
de vue scientifique, c'est findication des lois et le soupçon 
des causes... Il v a des localisations dans la nature animée, 



XL SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

soit ! le renseignement vaut son pesant d'or ; mais ne poussons 
pas le fétichisme jusqu'à adorer le brillant lingot. Monnayons- 
le plutôt et servons-nous-en au plus vite. Le monnayeur, ici, 
vous le devinez, c'est l'intelligence qui compare et qui juge. 
Comparons donc et jugeons. 

To^it dans le monde, et surtout dans le monde de la vie, 
est localisé ou tend à se localiser. Comme le règne animal 
nous présente ses faunes, le règne végétal nous présente ses 
flores ; et l'anatomiste qui se confine dans la dissection d'un 
seul individu animal ou végétal découvre bientôt que l'objet 
même de ses patientes et utiles recherches gît tout entier dans 
la connaissance d'une série de localisations. 

Montrer l'universalité d'un fait, c'est déjà l'éclairer passa- 
blement, et quoique l'essence dé la pesanteur nous soit pro- 
fondément inconnue, nous avons coutume de dire que ce phé- 
nomène est expliqué, depuis que l'incomparable instituteur de 
la mécanique céleste nous l'a fait envisager comme un cas 
particulier de la gravitation universelle. 

Dans la question qui nous occupe, il y a même plus : nous 
pouvons trouver en effet dans les localisations des espèces 
végétales, une explication directe, une cause matérielle de la 
distribution géographique des animaux herbivores, frugi- 
vores et granivores et, par contre-coup, une raison de la 
distribution des carnivores qui s'attachent généralement à 
certaines proies de prédilection. 

De môme dans les localisations anatomiques des appareils, 
des organes et des tissus, nous trouvons une explication 
directe, une cause matérielle de la topographie des parasites. 

En étendant l'idée, on arrive à dire que toutes les fois 
qu'il existe, dans l'économie de la nature, une subordination 
quelconque entre deux vivants, la distribution de ceux-ci en 
est affectée. 

Aux deux grands principes ci-dessus, savoir : que la matière 
vivante est atteinte de la monomanie des localisations et 
que le groupement réciproque des êtres est comme Vappa- 
reil enregistreur de leurs relations économiques simples ou 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XLI 

compliquées; à ces deux grands principes s'enjoint un troi- 
sième: 

Il y a des rapports définis entre les propriétés géométri- 
ques, mécaniques, physico - chimiques des milieux et les 
attributs différentiels des espèces. 

Par exemple, si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur les 
différentes aires géographiques, on reconnaît qu'il existe une 
harmonie incontestable entre les dimensions des territoires 
et les dimensions des habitants. — Ce qu'on peut exprimer 
sous cette autre forme : 

' Aux grandes aires les types volumineux, aux petites 
aires les types exigus. 

D'abord on peut remarquer, ainsi que nous l'avons fait au 
début, que les portions de notre planète qui sont recouvertes 
d'eau l'emportent très considérablement en étendue sur les 
portions terrénéennes. Eh bien, il est reconnu par tous les 
zoologistes, à la suite d'Isidore Geoffroy Saint-llilaire, que 
« les animaux qui habitent au sein des eaux ou qui y passent 
seulement une partie de leur vie, parviennent cà une grande 
taille comparativement avec les autres types du groupe au- 
quel ils appartiennent ». — « Et il semble même, ajoute ce 
profond penseur, que l'accroissement de leurs dimensions 
soit en raison directe de la durée de leur séjour dans l'eau. » 

Mais les applications se poursuivent bien au delà, car il est 
reconnu également: 

i° Que, parmi les espèces aquatiques, les marines sont 
décidément les plus grandes, à proportion même de la gran- 
deur des mers; de même pour les espèces lacustres, et ainsi 
de suite, en prenant celles des tleuves, des rivières et des 

ruisseaux ; 

2" Que, parmi les formes vivantes terrestres, les continen- 
tales, qui sont les plus grandes de toutes, déclinent comme les 
continents eux-mêmes, jusqu'à rejoindre les insulaires qui 
déclinent à leur tour, parallèlement à la décroissance de 
rétendue de îles; 

3" Enfin, que les mammifères montagnards atteignent ordi- 
nairement des dimensions moins considérables que ceux des 



XLII SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

plaines. L'altitude n'est-elle pas, en effet, une autre fornne du 
rétrécissement de l'habitat terrénéen et ne peut-on pas dire 
qu'une montagne est une île à laquelle il ne manque que 
d'être entourée d'eau? 

Mais, de toutes les aires géographiques, la plus petite serait 
encore, bien entendu, l'organisme d'un autre animal... Eh 
bien ! le principe n'est pas en défaut et les parasites pris en 
masse sont évidemment les plus petits êtres de l'univers. 

Encore un mot : si le format des animaux diminue avec 
l'espace qu'on laisse à leur disposition, la science expérimen- 
tale doit pouvoir nous offrir, à un moment donné, de gra- 
cieuses récréations de physiologie amusante. C'est ce qu'a fait 
Bory de Saint-Vincent. Un cyprin doré ayant été, pendanl^dix 
années, renfermé dans un bocal étroit, n'y prit aucun accrois- 
sement. Il se développa au contraire en très peu de temps, de 
manière à doubler de volume, lorsqu'il eut été mis dans un 
vase plus grand... Voilà bien, cette fois, de la zoologie géogra- 
phique en chambre et sur commande. Mais voici maintenant 
une autre loi analogue à la précédente, tout aussi remar- 
quable qu'elle et peut-être plus scientifique, je veux dire plus 
rationnellement explicable : 

Au fluide le plus dense, les gros animaux ; au fluide le 
plus subtil, les petits. 

Nous retrouverions là, pour commencer, deux des obser- 
vations précédentes, au sujet de l'océan comparé aux eaux 
douces et des montagnes comparées aux plaines. Mais la pro- 
position se vérifie encore lorsque nous envisageons la faible 
taille des animaux qui vivent sur les arbres, entre ciel et 
terre, et à plus forte raison de ceux qui sont adaptés pour le 

vol. 

II se pourrait. Mesdames et Messieurs, que la mécanique 
eût son mot à dire sur cette question : en effet, pour voler 
dans les couches légèrement rarétiées de l'atmosphère ou 
même plus bas, pour vivre seulement sur les arbres, il faut 
une énergie locomotrice dont les petits sujets seuls sont sus- 
ceptibles, à cause du peu de surcharge que leur masse pesante 
impose dans ce cas à leur puissance musculaire. Aussi les 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XLIII 

grands oiseaux ne perchent-ils déjà plus, mais descendent 
jusque sur le sol, où ils finissent même par demeurer exclusi- 
vement, incapables qu'ils sont alors du vol le plus rudimen- 
taire. Si la Fable fut jamais malheureusement inspirée, c'est 
bien dans sa création fantastique du Roc, ce colosse ailé qui 
enlevait dans ses serres des rochers énormes. La paléontologie, 
quoi qu'on dise, n'a point ratifié cette chimère et les épiornis 
géants qu'elle a déterrés, outre qu'ils ne volaient pas, se sont 
rapidement éteints devant de chétifs émules. — Au delà d'une 
certaine masse, un animal terrestre deviendrait même absurde, 
et le monstrueux cétacé abdiquant sa dignité de mammifère 
est allé se réfugier dans les lourdes eaux du milieu salé. 
Comme Archimède il aurail pu s'écrier en se plongeant dans 
le bain révélateur : « Eupy]Ka ! j'ai trouvé! j'ai trouvé le moyen 
de perdre de mon poids tout l'excédent qui me paralysait à la 
surface du sol... » 

En faisant cette digression je me montre au reste le con- 
sciencieux disciple du grand zoologiste français, M. Milne 
Edwards : il avait été frappé depuis longtemps de certaines 
relations nécessaires qui existent sûrement entre les pressions 
exercées par l'habitai liquide et l'infériorité de l'organisation. 
Il est certain que l'esprit comprend avec netteté pourquoi les 
animaux dont les tissus sont trop mous pour se soutenir par 
eux-mêmes dans l'air, peuvent néanmoins vivre très bien au 
sein des eaux, où ces mêmes tissus n'étant guère plus denses 
que le fluide ambiant, n'ont besoin d'offrir qu'une bien faible 
rigidité pour conserver leurs formes et pour empêcher les 
diverses parties du corps de retomber sur elles-mêmes. Cha- 
cun de vous peut-être a-t-il tenu ce raisonnement en visitant 
nos aquariums et s'est-il plus ou moins rendu compte de la 
raison qui fiiit que les espèces marines sont étagées aux diffé- 
rentes profondeurs de l'Océan. 

Et puis, lorsque ce n'est pas la masse tout entière du corps 
qui a besoin d'être maintenue, c'est souvent encore un organe 
délicat et important, comme celui de la respiration : on voit 
alors les branchies en arbuscules et en panaches s'épanouir 
aisément, à la façon de ces préparations anatomiques molles 



XLIV . SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

et flexibles qu'il faut absolument achever dans l'eau, si l'on, 
tient à les bien réussir. 

- Enfin il y a la question de dessiccation qui vient à la res- 
cousse et qui pourrait expliquer à elle seule pourquoi l'imper- 
fection organique entraîne, ipso facto, l'aquatilité plus ou 
moins complète. 

Les grands agents de la nature, lumière et chaleur, ont 
incontestablement, eux aussi, de l'influence sur les animaux; 
et les physiologistes, avant d'avoir les ressources de l'expéri- 
mentation dans leurs laboratoires, se tournaient instinctive- 
ment vers la zoologie géographique, pour y puiser des dé- 
monstrations provisoires de leurs théorèmes : « Aux pays 
chauds et lumineux, disait-on, les animaux venimeux et colo- 
rés; aux pays pauvrement ensoleillés, les animaux lanigères, 
duveteux et pales. » 

"i'Cela est frappant et a toujours été vérifié, notamment en ce 
qui concerne la laine dont la production nous intéresse à si 
juste titre. Ce poil supplémentaire tend, d'une façon générale 
et régulière, à se développer sur le corps des mammifères 
exposés au froid ; et c'est en vain qu'on essayerait, à l'équa- 
teur, d'entretenir avec leurs fines toisons nos bêtes ovines de 
Rambouillet... Par contre, nous avons vu constamment, au 
Jardin d'Acclimatation, des animaux tropicaux étrenner un 
costume d'hiver qui les eût fait montrer au doigt dans leur 
pays natal ! N'était-ce pas là une sorte de réédition de ce qui 
a dû se passer dans les temps antérieurs, quand des pachy- 
dermes frileux, analogues à nos éléphants, se voyaient obligés 
d'affronter les latitudes sibériennes ? Tout est relatif, du reste, 
et les chèvres de Cachemire que nous avons transportées ici 
se sont vues forcées, elles, de mettre au vestiaire leur par- 
dessus trop lourd, pour s'adapter à notre climat comparative- 
ment chaud... 

En somme, c'est grâce à celte merveilleuse propriété d'ac- 
commodation des quadrupèdes et des oiseaux aux basses 
températures que nous possédons nos précieuses fourrures et 
nos moelleux édredons ; que ces édredons et ces fourrures 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. !XLV 

proviennent d'animaux sauvages ou domestiques, que noiis 
les devions à l'adresse du chasseur ou à la vigilance du fer- 
mier, peu importe. 

On a cru longtemps que les climats tempérés, où la lumière 
et la chaleur ont une intensité moyenne, étaient plus favo- 
rables que les autres au grand développement de la taille. 
I. Geoffroy Saint-Hilaire ajustement réagi contre celte croyance 
et nous lui devons la loi suivante : « Aucun genre n'a ses plus 
grandes espèces, aucune espèce n'a ses plus grands individus 
dans les pays un peu chauds ou un peu froids ; résultat non 
seulement différent, mais même précisément inverse de celui 
qui est universellement admis. » 

l^n un mot, les tailles extrêmes répondent à des tempéra- 
tures extrêmes. ' 
Les pays chauds et lumineux auraient-ils, en outre, une 
influence sur le degré d'évolution des formes vivantes? Voilà 
ce qu'on soupçonne et voici, dans tous les cas, les faits indu- 
bitables qui alimentent cette belle induction : 

D'abord, il a été démontré expérimentalement par Milne 
Edwards que les têrards privés d'air et de lumière ne peuvent 
pas subir leurs métamorphoses. Chose singulière ! Ils acquiè- 
rent alors un volume effrayant, mais sans dépouiller leur 
forme larvale. 11 en serait de même, paraît-il, d'une foule 
d'êtres inférieurs. 

D'autre part, les types à physionomie plus ou moins em- 
bryonnaire se rencontrent surtout chez les animaux hibernants 
ou fouisseurs et plus encore dans les espèces aveugles des 
cavernes. 

Que l'organe de la vue, en particulier, s'atrophie et dispa- 
raisse au fur et à mesure que les mœurs d'un animal devien- 
nent plus souterraines, c'est, je pense, ce que personne ne 
révoque en doute. Les Taupes, les Tucu-Tuco, les animaux 
divers des grottes de la Garniole et de la caverne du Mam- 
mouth, dans le Kentucky, sont tous plus ou moins aveugles. 
Il en est de même de l'Amblyopsis, du Protée et de l'Anoph- 
talmus dont le nom est si expressif. « Chez quelques Crabes, 
dit Darwin, le pédoncule portant l'œil est conservé, bien que 



XLVI SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

l'appareil de la vision ait disparu; c'est-à-dire que le support 
du télescope existe encore, mais que le télescope lui-même et 
ses verres font déiaut. » 

A son insu, l'industrie minière a repris cette étude sur une 
grande échelle. En effet, les mulets du Creusot que l'on des- 
cend dans les galeries profondes et que, bien entendu, on ne 
prend pas la peine de remonter toutes les six heures à la sur- 
face du sol, comme cela a lieu pour les ouvriers humains; 
les mulets du Creusot qui passent en moyenne dans la mine 
cinq ou six ans, perdenttousfinalementet fatalement la vue... 
Je devrais simplement dire qu'ils s'adaptent à la vie subter- 
rénéenne et viennent artificiellement enrichir la faune des 
cavernes d'un mammifère nouveau. Mais ne perdons pas.. . de 
vue notre sujet principal : sous tel ou tel aspect, l'obscurité 
est l'ennemie du développement vital ; Arimane, génie des 
ténèbres, comprime l'essor créateur d'Ormuzd, le dieu bien- 
faisant!... 

Ouvrons maintenant le livre d'Agassiz et lisons : 

« Presque toutes les classes possèdent des familles tropi- 
cales, dit-il, et celles-ci ont généralement dans la classe un 
rang très élevé. » Témoins les grands singes anthropomor- 
phes, les grands chiroptères et les puissants digitigrades. 
« Un autre rapport intéressant à signaler, c'est, dit encore 
Agassiz, l'absence de types embryonnaires dans les régions 
tropicales. » 

Le savant américain ne commente pas ; mais on se sent, à 
cette lecture, très porté à admettre que la vie, ayant d'abord 
apparu aux pôles, a envahi, à partir de ces grands centres 
primordiaux, la terre tout entière en ondulant de tous côtés, 
à la façon du liquide troublé par la chute d'une pierre, et en 
perfectionnant simultanément ses manifestations. Toujours 
est-il qu'il y a cette corrélation non équivoque entre les lieux 
fortement éclairés de la ligne équinoxiale et les organisations 
les plus achevées de la nature, comme entre la dégradation 
suprême des parasites intérieurs et les sombres cachots de 
nos viscères. 

Si les climats ont quelque empire sur les formes animales, 



DISTUIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XLVII 

dira (|uelqu'un, il suit h priori « que les aires géographiques 
» des espèces doivent affecter de préférence la forme d'une 
» ellipse dont le grand axe tendra à être parallèle à l'équa- 
» teur. » On a plus de chances, en effet, de rencontrer les 
mêmes conditions d'existence en allant de l'est à l'ouest qu'en 
allant du sud au nord, et le cercle d'extension naturelle des 
êtres a dû constamment s'aplatir selon le diamètre^le plus 
défavorable pour s'allonger selon le diamètre le plus favorable. 
Eh bien, cette proposition quasi-mathématique a été véri- 
fiée presque toujours. 

Si les climats ont quelque empire sur les formes animales, 
il suit encore à priori que les aires clirnatériques correspon- 
dantes doivent donner lieu à des manifestations morphologi- 
ques correspondantes. Or, c'est précisément ce qui s'observe 
lorsqu'on rapproche nos perdrix de leurs représentants amé- 
ricains les Colins, ou bien lorsque Ton compare nos Sucriers 
et nos Souïmangas aux Colibris, nos Sangliers aux Pécaris, etc. 
Il n'y a pas identité dans ces animaux, mais Vanalogie la 
plus complète s'y fait remarquer du premier coup, au moins 
autant qu'entre le Lama et le Chameau, le Puma et le Lion, le 
Jaguar et le Tigre. Buffon avait bien saisi le côté négatif de la 
comparaison, mais c'est Flourens qui a formulé nettement 
l'idée du parallélisme entre les types de l'ancien et les types 
du nouveau monde. 

Un autre parallélisme bien curieux est celui qui règne éga- 
lement entre les productions organiques des altitudes pro- 
noncées et celles des hautes latitudes. L'expression « hautes 
latitudes » fait déjà image par elle-même et nous rappelle que 
depuis longtemps on avait assimilé poétiquement les deux 
hémisphères terrestres, réunis et séparés par l'équateur, à 
deux gigantesques montagnes accolées par la base. 

Mesdames et Messieurs, il ne me semble pas encore lire sur 
vos bienveillants visages la moindre trace de fatigue; mais 
cela ne prouve pas suffisamment en ma faveur, et peut-être 
ferai-je bien d'arrêter ici cette aride conférence. Cependant 
les points qui intéressent sans doute le plus les membres 



XLVIII SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. . 

d'une Société telle que la vôtre, ont été à peine effleurés et, 
tout compte fait, je crois de mon devoir de garder la parole 
quelques minutes encore. 

On s'est bien souvent posé une question : 

Les animaux sont-ils distribués de façon à répondre à 
Vinfinie diversité des conditions géographiques ambiantes, 
à toutes les offres de vie que la planète a su et sait faire à 
ses myriades de clients ? 

Ne pouvant transiger avec la vérité scientifique, je répon- 
drai hardiment : Non, cela n'est pas. « D'une part, dit Her- 
bert Spencer, les animaux de chaque espèce ont évidemment 
leurs habitats limités par des conditions extérieures ; ils sont 
nécessairement réduits à des espaces dans lesquels leurs 
actions vitales peuvent s'accomplir. » Mais « d'autre part, 
l'existence de certaines conditions ne détermine pas récipro- 
quement la présence d'organismes qui y trouveraient un 
milieu convenable ». 

En d'autres termes, « il y a des espaces parfaitement adap- 
tés à la vie d'êtres supérieurs et dans lesquels on ne trouve 
que des êtres d'ordre bien inférieur », 

Ces dernières paroles du philosophe anglais sontjudicieuses 
et les personnes qui nient l'acclimatation au nom des prin- 
cipes de zoologie géographique, seront bien forcées de recon- 
naître finalement que la distribution des vivants s'explique 
mal par la théorie du plan préconçu. Je vous citais, dans mon 
historique, les réflexions enfantines d'un chevrier naïf ; per- 
mettez-moi de vous dire à présent la profession de foi d'un 
infortuné Maori de la Nouvelle-Zélande : « De même que le 
rat des hommes blancs a expulsé notre rat indigène, que la 
mouche d'Europe a fait fuir la mouche du pays et que le trèfle 
a vaincu les vieilles fougères; de même devant les hommes 
blancs périront les Maoris ! » 

Ce Jérémie de l'hémisphère austral n'est peut-être pas aussi 
célèbre que l'autre... Mais je crois qu'il est dans le vrai et que 
ses lamentations sont positivement inspirées. 

En définitive, il faut reconnaître l'existence d'une loi très 
générale que, faute de mieux, je prendrai la liberté de dési- 



DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. XLIX 

gner sous le titre de « Loi d'usurpation des aires géographi- 
ques ». Chaque espèce, veux-je dire, loin de se trouver satis- 
faite des limites de son parc, tend de toutes ses forces à élargir 
sa sphère d'existence, à envahir d'autres régions , d'autres 
modes de vie, d'autres milieux. 

Eh quoi! me direz-vous; faut-il donc admettre que le 
Parthe viendra jamais boire les eaux de l'Arar et le Germain 
celles du Tigre? Ou plutôt est-il à craindre que nous trou- 
vions un jour les cerfs envolés de nos forêts et les poissons 
sortis en masse de nos rivières?... 

L'objection contient sa propre réfutation en grande partie : 
car si l'invasion des Asiatiques en Europe ou des Européens 
en Asie ne constitue pas un dérèglement que vous osiez assi- 
miler à l'invasion des ruminants les plus agiles dans la région 
des nuages ou à celle des requins sur la place publique, c'est 
que d'intuition vous déterminez approximativement les coeffi- 
cients de plasticité probable des organismes considérés. 

Tout est là en effet, et les espèces, quelles qu'elles soient, 
doivent infailliblement trouver des bornes à leurs velléités 
usurpatrices, dans la mesure môme de leurs facultés d'adap- 
tation. 
Or on peut faire à ce sujet trois hypothèses principales : 
i" Si les facultés d'adaptation sont nulles ou presque nulles, 
il suit que les types organiques, sans être absolument confinés 
dans leurs districts primitifs, ne pourront jamais espérer con- 
quérir que des régions du globe à peine dilïérentes des leurs, 
et même à la condition de pouvoir franchir les stations inter- 
médiaires. En un mot, cette alternative supprime la possibi- 
lité intrinsèque de l'acclimatation, sans pouvoir toutefois sup- 
primer la possibilité extrinsèque de l'extension des vivants. 
La remarque est bonne à noter, et nous ne devons pas perdre 
de vue que la seule conquête de la nature brute nous assure- 
rait quand même la jouissance parfaite d'un monde animé 
rebelle à toute modification anatomique ou physiologique. 
2" Si les facultés d'adaptation sont très amplement dévelop- 
pées ou quasi indéfinies, il est évident, du moins à première 
vue, que les êtres pourront prétendre tôt ou tard à n'importe 

3° SÉRIE, T. X. — Séance publique annuelle, </ 



L SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

quel habitat, et l'on est tout d'abord porté à croire que leur 
spécificité, aussi fantaisiste que leur localisation, disparaîtra 
sans retour, emportant dans la tombe nos convictions les plus 
chères à l'endroit des lois de la nature... Mais une méditation 
intelligente repousse cette interprétation et réduit simple- 
ment la théorie à supposer que tous les phénomènes décrits 
par les morphologues et les géographes sont fonction les uns 
des autres ainsi que de la durée éternelle. Ce qui enracine 
encore plus profondément dans l'esprit la conception de « loi 
naturelle ». 

3" Enfin si les facultés d'adaptation ont un degré moyen de 
plasticité, alors sans doute il n'est plus possible qu'une race 
d'êtres ait épuisé dans le passé ou doive épuiser dans l'avenir 
toutes les modalités de la forme et de la résidence; mais une 
prophétie quelconque condamnant à priori telle naturalisa- 
tion, tel acclimatement, tel transport, devient parfaitement 
outrecuidante. 

Le langage le plus prudent est encore celui des évolution- 
nistes : Quand une espèce change réellement d'habitat, di- 
sent-ils, elle subit des altérations anatomo-physiologiques 
correspondantes^ afin de s'adapter à ses nouvelles conditions ; 
mais si elle est incapable de ce tour de souplesse, elle en 
meurt et va grossir de la sorte la liste des fossiles. 

C'est simple, c'est clair ; et l'on s'étonne de ce que cela n'ait 
pas été trouvé tout de suite ! 

Toutefois nous ne devons pas rejeter, sans l'entendre, 
l'opinion de certains zoologistes chefs d'école, opinion qui ne 
laisse presque rien à la variabilité et qui vous représente vo- 
lontiers les peuples de la terre localisés au même litre que 
les autres productions de la nature. 

Notre éminent anihropologiste, M. le professeur Quatre- 
fages, s'est heureusement chargé de la difficulté et il en a fait 
sortir un des plus beaux arguments que je connaisse en faveur 
de la loi d'usurpation des aires géographiques et par consé- 
quent de l'acclimatation. 

Avec toute la délicatesse qui caractérise le vrai savant, 
M. de Quatrefages commence par attribuer ouvertement à de 



DISTRIBUTION GÉOGRAl'HIQUE DES ANIMAUX. LI 

Candolle la paternité de l'admirable loi de géographie biolo- 
gique sur laquelle il va appuyer son argumentation. 

Voici cette loi : « L'aire moyenne des espèces est d'autant 
plus petite que la classe à laquelle elles appartiennent a une 
organisation plus complète, plus développée, autrement dit 
plus parfaite. » 

Pour de Candolle cependant c'est là avant tout le résultat 
immédiat d'une constatation de faits et de faits relatifs au 
règne végétal; aux yeux de M. de Quatrefages, le cantonne- 
ment progressif domine tout l'empire organique et constitue 
d'ailleurs une nécessité physiologique qui peut se déduire 
ainsi : « Le perfectionnement des organismes s'accomplit par 
la division du travail; or celle-ci exige la multiplication des 
appareils fonctionnels. A mesure donc que les instruments 
anatomiques deviennent plus nombreux et plus spéciaux, les 
fonctions elles-mêmes se spécialisent. A cause de cela, les 
conditions d'harmonie entre l'être vivant et le milieu qui l'en- 
toure se précisent déplus en plus. Par suite enfin, l'organisme 
ne trouve plus ses indispensables éléments de bien-être que 
dans une aire progressivement restreinte. » 

Cette déduction est irréprochable, et comme aucun animal 
ne fait au reste exception à la règle, il faut bien que l'homme 
et ceux de ses animaux domestiques qui sont, comme lui, 
cosmopolites, aient opéré leur extension paradoxale après 
coup, c'est-à-dire en s'irradiant d'un berceau primitif parfai- 
tement défini. 

L'objection tirée de la pluralité possible des souches hu- 
maines, canines, équines, bovines, etc., s'évanouit même 
complètement, en ce sens qu'elle n'atteint plus le grand prin- 
cipe du cantonnement progressif, lequel s'applique aux genres 
et aux familles aussi bien qu'aux espèces. 

Deux autres vérités capitales achèvent de nous convaincre 
de l'impuissance des conceptions philosophiques anciennes, 
relativement à la prédétermination des rapports qui existent 
entre les territoires et les habitants. 

C'est d'abord la loi de sir Alfred Russel Wallace, savoir que 



LU SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

les relations naturelles d'affinité entre les espèces, aussi bien 
que leurs rapporls économiques, se traduisent dans leur voi- 
sinage géographique. 

La démonstration est éclatante lorsqu'on envisage , par 
exemple, la distribution desBulimi, des Colibris, des Toucans, 
des Goliatbi d'Afrique, des Ornithoptères des îles Malaises, 
des Héliconides de l'Amérique méridionale et des Danaïdes 
de l'Orient. 

Mais il est bon d'ajouter qu'au fur et à mesure que l'on en- 
visage des groupes plus embrassants que les espèces, c'est- 
à-dire les genres, les familles, les ordres, les classes et les 
embranchements, on voit s'affaiblir et disparaître toute cor- 
respondance entre la morphologie et la chorologie. 

Agassiz insiste beaucoup sur ce principe restrictif: « A ne 
considérer, dit-il, que les sections primaires du règne animal, 
on rencontre partout, à côté les uns des autres, des représen- 
tants des quatre embranchements. Les classes ont déjà un 
mode de distribution plus restreint. Dans quelques classes, 
c'est seulement dans les ordres ou dans les familles qu'on 
trouve une corrélation avec les milieux. Il y a même des grou- 
pes naturels où elle ne se manifeste plus au delà des genres, 
et un petit nombre de cas dans lesquels elle ne va pas plus 
loin que les espèces. » 

On comprend à priori qu'il doit en être ainsi ou à peu près ; 
car plus un groupe a de compréhension, plus il présente de 
types subordonnés et divers, capables de répondre à la diver- 
sité des conditions d'existence que présente une aire géogra- 
phique très étendue, plus étendue même quejie le compor- 
terait rigoureusement l'augmentation numérique proportion- 
nelle des individus du groupe le plus considérable... 

Le même Agassiz explique facilement, au moyen de cette 
loi, pourquoi les natiu'alisLes des siècles précédents ont en- 
fanté de mauvaises classifications: t( C'est surtout, dit-il, 
parce qu'ils ont fait de l'habitat la base de leurs divisions pri- 
maires. Mais en la réduisant aux proportions qui lui convien- 
nent, cette étude ne peut manquer de produire de bons ré- 
sultats et, dans les limites de la classe, la seule considération 



DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. LUI 

de l'habitat pourrait, en beaucoup de cas, conduire à une 
classification rationnelle. » 

Le génie de Charles Darwin ne pouvait rester étranger à 
cette question intéressante, et nous devons rappeler avec lui : 

i" Que les espèces qui habitent les îles sont ordinairement 
parentes des espèces qui habitent les continents les plus 
voisins ; 

2° Que les faunes des groupes d'îles offrent entre elles des 
ressemblances encore plus marquées; 

S" Enfin qu'il semble y avoir, par contre, un rapport entre 
l'existence, dans les îles, de Mammifères à un état plus ou 
moins modifié et la profondeur de la mer qui sépare ces îles 
de la terre ferme. 

Spencer et Darwin enveloppent ces divers faits généraux 
dans l'aphorisme suivant, lequel fait pendant à la loi de Wal- 
lace et la corrige dans ce qu'elle pourrait avoir de trop 
rigide : 

Les affinités ou les dissemblances sont en harmonie avec 
r absence on r existence des barrières, bien plutôt qu'avec 
Vanalogie ou la disparité des circonstances ambiantes géolo- 
logigues ou météorologiques. 

Ainsi, d'une part, « il n'y a pas deux faunes plus distinctes 
que celles des rivages oriental et occidental de l'Amérique du 
Sud et de l'Amérique du Centre; et pourtant ces deux grandes 
créations ne sont séparées que par l'isthme étroit, mais in- 
franchissable de Panama. » Nous pouvons ajouter que « sur 
les versants opposés des hautes chaînes de montagnes, on 
trouve aussi des différences dans les formes organiques; dif- 
férences moins prononcées, il est vrai, que lorsque les bar- 
rières sont absolument insurmontables, mais bien plus pro- 
noncées que ne l'exige la différence des actions cosmiques, p 

D'autre part, les grandes surfaces qui offrent une diversité 
énorme de conditions biogéniques n'en sont pas moins peu- 
plées d'organismes très voisins, lorsqu'il n'existe aucun ob- 
stacle à la libre migration. 



'O' 



Ma conclusion désormais ne peut être que simple et brève : 



LIV SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGGLIMATATION. 

A. Il y a une science qu'on appelle la zoologie géographi- 
que el qui se propose de déterminer jusqu'à quel point la di- 
versité des animaux est fonction de la diversilé des territoires, 
des habitats, des locaux que les vivants occupent ici-bas à un 
moment donné. 

B. A un moment donné... Et pourtant il ne faudrait pas né- 
gliger de s'enquérir au sujet de la distribution des animaux 
aux époques antérieures, d'autant plus que la répartition ac- 
tuelle doit être en grande partie la conséquence de celles qui 
ont précédé. — C'est du moins l'avis de I. Geoffroy Sainl-Hi- 
laire et d'Agassiz. 

C. Même avec cette réserve importante, il s'en faut de 
beaucoup que l'adéquation des deux ordres de diversités soit 
complète, attendu que, d'un côté, il serait difficile d'expliquer 
toutes les différenciations zoologiques par les différences qui 
existent dans les conditions de vie, et que, d'un autre côté, 
condition de vie n'est pas synonyme de condition géogra- 
phique. 

D. La plupart du temps une forme vivante semble présen- 
ter les vestiges d'adaptation successives à des milieux absolu- 
ment différents, comme si les ancêtres de cette forme n'avaient 
eu rien de commun avec elle. 

E. En somme, tout se passe comme si, d'une façon lente et 
siÀre, les espèces animées avaient, en se modifiant au fur et à 
mesure, envahi les divers départements qu'elles occupent 
aujourd'hui. 

Aux termes de cette hypothèse, l'homme en acclimatant des 
animaux n'aurait fait que prendre en main la direction d'un^ 
phénomène naturel, vieux comme le monde... Et nous voyons 
en effet que, môme présentement, ce phénomène s'accomplit 
souvent mieux sans nous que par notre intermédiaire, à 
moins qu'il ne se produise complètement malgré nous ! Mais 
cela doit provenir de ce que la nature a pour elle le temps 
illimité et, faut-il le dire, de ce qu'elle ne se propose vraisem- 
blablement aucun but : Les choses vont avant tout comme elles 
peuvent et suivent toujours ici aveuglément la ligne de moin- 
dre résistance. Les organismes de tous les modules envahis- 



DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE DES ANIMAUX. LV 

sent à tort et à travers tout espace brut ou vif qui peut leur 
servir de milieu de culture, et le tout, sous le couvert de la 
lutte pour l'existence et de la sélection fatale des plus aptes. 

Au bout du compte, nous pouvons être sûrs que si une foule 
d'acclimatations n'ont pas réussi, cela vient de ce que nous 
connaissons mal les lois de la transformation des espèces. Ce 
sont des faits négatifs ; voilà tout ! 

Mais la plupart des intelligences paresseuses aiment mieux 
croire que les formes zoologiques sont autochtones , c'est- 
à-dire nées des pierres du sol, et que, figées sur place dans 
leur moule initial, elles refusent opiniâtrement de s'ajuster 
à d'autres conditions d'existence. 

Ce dogme poudreux de 1' « autochtonisrae » va heureuse- 
ment en déclinant, de sorte que aujourd'hui beaucoup pen- 
sent, s'ils n'osent encore le dire, que les mesures prises par 
le Créateur pour empêcher le mélange, le déplacement et l'in- 
terversion des faunes, sont ni plus ni moins efficaces que 
celles mises en pratique par Lui pour empêcher l'hybridation 
des types, les greffes végétales et animales, les hétérotaxies, 
les luxations et les hernies de toutes sortes... 

L'aulochtonisme ! mot qui déchire encore moins l'oreille 
du musicien que l'idée qu'il exprime ne heurte la raison du 
vrai philosophe... 

L'aulochtonisme ! c'est-à-dire cette funeste croyance qui 
nous persuadait si bien que les vers parasitaires et les virus 
pouvaient s'engendrer spontanément dans nos corps, de façon 
à nous faire ressembler, nous, à ces misérables sauvages qui 
adorèrent les premiers hommes blancs qu'ils virent dans leur 
île; incapables qu'ils étaient, eux, d'imaginer qu'ont pût fran- 
chir ainsi la mer infinie, en venant d'une autre terre plus dif- 
ficile encore à imaginer... 

L'autochtonisme ! Mais savons-nous seulement si les pre- 
miers microbes qui s'installèrent sur notre planète à peine 
refroidie, ne venaient pas d'accomplir la formidable traversée 
des océans interstellaires, accrochés à quelque épave d'un 
vieux cosmos démoli'^ Non, hélas ! Et peut-être jamais ne le 
saurons-nous. Mais ce soupçon solennellement étrange était à 



LYI .SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

mes yeux le seul commentaire un peu digne qu'il restât à faire 
des merveilleux travaux de M. Pasteur et en compagnie des 
plus grands physiciens de l'Europe, William Thomson et 
Helmliolz. 

Après cela, je crois, la Société d'Acclimatation peut se 
donner carte blanche. 



RAPPORT ANiNUEL SUR LES TRAVAUX 
DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

DE FRANCE EN 1882 

Par M. C. RAVERET-WATTEL 

Secrétaire des se'ances. 



Messieurs, 

Chargé par mes ibnctions de vous présenter chaque année 
un résumé de vos travaux, je dois veiller à ne laisser dans 
l'ombre aucun des faits par lesquels notre Société a manifesté 
son activité. Or, si nombreux et si variés sont les sujets 
qu'embrassent vos études, que mettre convenablement en 
lumière tous les faits intéressants observés, les résultats 
scientifiques obtenus, et les applications utiles qui en décou- 
lent, est une tâche assurément difficile à bien remplir. En 
commençant le présent compte rendu, je réclamerai donc 
votre indulgence habituelle pour l'accomplissement d'un de- 
voir que je ne peux ni ne veux décliner. 

La Société nationale d'Acclimatation, Messieurs, n'a pas 
ralenti, pendant la nouvelle péi'iode qui vient de s'accomplir, 
la marche en avant qu'elle poursuit d'une façon si heureuse 
depuis les premiers jours de son existence. C'est avec une 
satisfaction réelle qu'en jetant les regards en arrière, nous 
pouvons mesurer des yeux le chemin parcouru et compter les 
progrès réalisés, les succès obtenus dans cette nouvelle étape. 
Plusieurs questions depuis longtemps à l'étude ont eufin 
trouvé leur solution ; d'autres ont été immédiatement abor- 
dées et vous fourniront cette année d'importants et fructueux 
sujets de recherche, si l'on en juge par les matériaux déjà 
réunis. 

De ce nombre est la question de l'élevage de la Chèvre, 
dont vous avez cru devoir faire l'objet d'une véritable en- 
quête. Vous avez compris la nécessité de fixer l'agriculture 
sur la fécondité et les qualités respectives des dilïérentes 



LXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

races de Chèvres, généralement si peu étudiées que l'on en 
est encore à savoir quelle est à ce jour la meilleure laitière, 
la plus robuste et la plus sobre (1), On ne trouve pas d'ail- 
leurs partout des races de Chèvres franchement homogènes. 
La Suisse seule, peut-être, fait une heureuse exception sous 
ce rapport, et les documents fournis par M. Neukom, in- 
specteur des forets àShaffouse, vous ont fait connaître l'exis- 
tence de races bien homogènes, telles que, par exemple, les 
Chèvres dites « Schwarzhals » (cou noir), qui sont bonnes 
laitières et de belles formes, et pour lesquelles on évite soi- 
gneusement des croisements qui compromettraient ces qua- 
lités (2). Trop généralement ailleurs, on a considéré jusqu'à 
présent la Chèvre comme pouvant se contenter de peu de 
chose, et, par suite, on la laisse, pour ainsi dire, chercher sa 
nourriture elle-même. Mais si, comme l'a fait remarquer 
M. Dybowski(.S), on s'attachait, par une sélection bien enten- 
due, à faire reproduire entre eux les individus les meilleurs 
et qu'on leur procurât une alimentation riche, appropriée à 
leurs aptitudes, on créerait certainement au bout de quelques 
années une variété bonne laitière. Un exemple nous est fourni 
par les Vaches bretonnes de petite taille, qui, dans leur pays, 
vivent presque à l'état sauvage dans les bruyères et donnent 
très peu de lait. Transportées dans des milieux où l'on a l'ha- 
bitude de mieux traiter le bétail, ces mêmes Vaches devien- 
nent très bonnes laitières. Une même Vache bretonne qui, 
dans son pays, ne fournissait que 3 ou 4- litres de lait peut, 
étant bien soignée, en donner jusqu'à 12 après deux ou trois 
vêlages. 

En Angleterre, où l'on s'occupe de la réhabilitation de la 
Chèvre (4), une Société s'est formée en vue de propager l'es- 
pèce caprine. Il importe de ne pas rester chez nous en arrière 
de ce mouvement. Nos concours régionaux ont pour but de 
vulgariser les animaux utiles de toutes les espèces; l'admission 



(1) Procès-verhaux (Biillelm, 1882, p. 239). 

(2) Ibidem. 1882, p. 236, 573). 

(3) Ibidem. 1882, p. 450)- 

(4) Ibidem. 1882, p. 315). ' 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LIX 

de la Chèvre dans ces concours sera un moyen de la bien faire 
connaître, et c'est pourquoi vous avez cru devoir faire des dé- 
marches dans ce sens auprès de l'administration supérieure. 
Vous vous êtes préoccupés surtout de la propagation de la 
Chèvre d'Angora en Algérie. Ainsi que M. Durand vous l'a 
fait connaître (i), cette race s'est parfaitement acclimatée 
dans la colonie, où elle supporte, mieux que la Chèvre arabe, 
les variations de température, tout en donnant, comme poil, 
des produits fort satisfaisants. Il est donc à regretter que l'ad- 
ministration ne croie pas devoir encourager l'élève de la 
Chèvre, qu'elle considère comme de nature à porter préju- 
dice aux intérêts forestiers. La population caprine est très 
considérable en Algérie (elle est d'environ trois millions et 
quelques centaines de mille lêtes) et, quoi qu'on fasse, elle le 
sera toujours, au moins en pays arabe; il y aurait ainsi tout 
avantage à substituer la race d'Angora à la race indigène, 
mauvaise laitière et à toison très peu fournie. 

Les observations très soignées faites au Jardin zoologique 
d'Acclimatation sur la croissance des Girafes (^) ont appelé 
votre attention sur l'insuffisance des renseignements recueil- 
lis jusqu'à présent concernant l'accroissement des animaux (8). 
Les informations enregistrées chaque jour au Jardin sur cette 
question fort importante au point de vue de l'élevage, ne 
sauraient être considérées comme de simples curiosités scien- 
tifiques; elles présentent, au contraire, une sérieuse ulilité 
pratique, leur précision très grande donnant une importance 
toute particulière aux conséquences qui s'en déduisent. 

On peut en dire autant des observations faites à un aulre 
point de vue par M. iluet et consignées par lui dans les notes 
qu'il vous a communiquées sur les reproductions d'animaux 
obtenues à la ménagerie du Muséum (4). Ces notes font sur- 



(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 713). 

(2) Ibidem, p. 178. 
(3, Ibidem, p. 178. 

(4) Hiiet, Note sur les 7unssances, dons et ac(iuisitions du Muséum {tluUetin, 
1882, p. r)52, 578). — Note sur les iiaissances de Mammifères au Muséum [Ihtl- 
lelin, 1882, p. 162). — Note sur les naissances d'Oiseaux obtenues au Muséum 
{Bulletin, 1882, p. 352) 



LX SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

tout connaître avec précision la durée de la gestation chez un 
certain nombre de Mammifères, et, comme on ne possède 
que des renseignements fort incomplets sur ce sujet (1), vous 
ne pouviez qu'accueillir avec faveur les travaux de M. Huet. 

A côté de ces intéressantes observations, vous avez été 
heureux d'enregistrer celles dues à plusieurs de nos zélés 
confrères, qui s'occupent avec persévérance de la multiplica- 
tion d'espèces exotiques et qui ont obtenu cette année de nom- 
breuses reproductions de Mammifères et d'Oiseaux. Nous 
devons une mention spéciale aux succès obtenus par M. Pays- 
Mellier (2), dans la multiplication du Muntjack {Cervulus 
aureus), du Cerf nain de la Chine (Cervulus Reevesii), de 
l'Antilope cervicapra, etc. ; par M. Persin (3), dans celle du 
Cerf-Cochon (Cervus porcinus) ; par M. Joseph Cornély (4), 
dans celle de divers Oiseaux et notamment du Pucrasia ma- 
crolopha, que sa rusticité remarquable paraît désigner spé- 
cialement pour devenir chez nous un nouveau gibier. Rappe- 
lons aussi les résultats favorables obtenus : par M. le marquis 
de Chelfontaines (5), dans l'élevage des Céréopses d'Austra- 
lie; par M. Barrachin (6), dans celui du Casoar en demi li- 
berté; par M. le docteur J.-J. Lafon (7), dans l'éducation de 
la Pintade vulturine, belle espèce qui paraît appelée à deve- 
nir, dans notre zone méridionale, un véritable Oiseau de 
basse-cour, comme la Pintade commune l'est devenue pour 
les régions plus septentrionales. 

D'autres éducateurs, eux aussi habitués depuis longtemps 
à réussir, vous ont fait part de la continuation de leurs suc- 
cès. Nous nommerons en particulier : M. Delaurier aîné 
(d'Angoulême), qui a obtenu de nombreuses multiplications : 
Perruches à ailes rouges {Aspromictm eri/tJiropterus), Perru- 
ches de la Nouvelle-Zélande {Platycercus Novœa Zelandiœ), 

0) Procès-verbaux {Bulletin, 188-2, p. 309). 
(2) Ibidem, p. 185. 
(3j Ibidem, p. 509. 

(4) Joseph Cornély, Un nouveau gibier. — Le Pucrasia macrolopha {Bulletin, 
1882, p. 350). 

(5) Proces-verbaux {Bulletin, 1882, p. 168). 
(C) Ibidem, p. 229. 

(7) Ibidem, p. 701. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LXI 

Colombes poit^nardées, etc. (1) ; M. Alfred Rousse, qui a 
réussi cette année la multiplication de neuf espèces de Perru- 
ches (ondulées, calopsittes, omnicolores, de Pennant, Pali- 
ceps, à croupion rouge, Nanday, à scapulaire et de Latham 
discolore) et qui vous a fourni d'utiles indications sur les 
moyens de reconnaître les sexes chez ces oiseaux Ci). 

Des observations intéressantes vous ont été communiquées : 
par M. Robert, sur les habitudes de la Mangoiiste Mango en 
captivité (3); par M. Nelson-Pautier (4) et par M. deConfé- 
vron (5), sur les mœurs et l'instinct très développé du Hé- 
risson, classé à bon droit par l'administration forestière au 
nombre des animaux utiles, car il détruit une grande quan- 
tité d'insectes et de reptiles y compris les vipères; par 
M. Victor Chatel (6), sur les migrations du Pinson ; enfin par 
M. Millet, sur les mœurs des Cigognes et sur les services que 
rendent ces oiseaux en détruisant beaucoup d'animaux nui- 
sibles, les Taupes en particulier, qu'elles font sortir de terre 
d'un seul coup de bec (7). 

De son côté, M. Jean Kiéner vous a signalé certains faits 
qui l'ont conduit à admettre l'existence de croisements entre 
le Rat et le Cobaye (8). Mais on conçoit toute la réserve que 
vous apportez à vous prononcer sur des questions de cette 
nature, et combien vous tenez à vous garder de conclusions 
reposant uniquement sur l'observation des caractères exté- 
rieurs, sur l'aspect des sujets présentés comme hybrides. Vous 
ne perdez pas de vue que ce sont surtout les animaux plus ou 
moins profondément modifiés par la domestication qui peu- 
vent aisément donner lieu à des méprises, certains retours 
vers les caractères du type primitif pouvant faire croire à des 
croisements qui n'existent pas en réalité (9). 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, 188"2, p. 306). 
{'2) Ibidem, p. 56^2. 

(3) Ibidem, p. 22?. 

(4) Ibidem, p. 167. 

(5) Ibidem, p. 53. 

(6) Ibidem, p. 18i. 

(7) Ibidem, p. 451 . 

(8) Ibidem, p. 692. 

(9) Ibidem. 



LXII SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

On ne saurait, toutefois, méconnaître la possibilité de croi- 
sements entre espèces assez éloignées, et, comme vous l'a fait 
remarquer M. Geoftroy Saint-Hilaire , l'observation révèle 
chaque jour de nouveaux faits de cette nature se produisant, 
soit parmi les animaux domestiques, soit, ce qui est plus sur- 
prenant, tout à fait en dehors de l'intervention de l'homme, 
chez des espèces absolument sauvages (1). Tel est, par exem- 
ple, le croisement du Coq de bruyère et du Tétras à queue 
fourchue, croisement qui est assez fréquent et qui donne nais- 
sance à des produits chez lesquels la queue présente une 
forme intermédiaire entre celle des deux types reproducteurs. 
D'après les renseignements qui vous ont été fournis par 
MM. Pichot (2), Maurice Girard (3) et le marquis deSinéty (4), 
des faits analogues se constatent jusque dans la classe des 
Insectes. En réalité, plus on observe, plus on voit s'étendre 
le champ des rapprochements possibles entre espèces diffé- 
rentes, et l'on reconnaît que ces unions fécondes se montrent 
non seulement de genre à genre, mais jusqu'aux limites de 
la famille. Ces faits ne semblent pas, toutefois, de nature à 
modifier la notion de l'espèce, car, sauf de rares exceptions, 
les croisements aboutissent toujours, soit à l'infécondité au 
bout de quatre ou cinq générations au maximum, soit à un 
retour vers l'un des deux types producteurs (5). Dans la pra- 
tique, on tire parfois profit de l'infécondité des produits croisés. 
Ainsi, en Allemagne et en Amérique, où l'on a recours au 
métissage de différentes espèces de Poissons en vue d'obtenir 
des pio'duits réunissant les qualités des espèces croisées entre 
elles, ces métis sont généralement inféconds et doivent à leur 
infécondité même l'avantage d'un plus grand et plus rapide- 
développement (6). 

En matière d'élevage, tout ce qui peut augmenter l'impor- 
tance de la production mérite une sérieuse attention. Sous ce 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 188!2, p. 118). 

(2) Ibidem, p. 118. 

(3) Ibidem, p. 1 18. 

(4) Ibidem, p. 111). 

(5) Ibidem, p. 11'.». 

(6) Ibidem, p. 118. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXIII 

rapport, la question de l'alimentaLion est une des plus sé- 
rieuses à étudier. C'est pourquoi vous accueillez toujours 
avec intérêt des communications ayant trait à cette question, 
comme celles, par exemple, qui vous ont été faites par ]\J. l'abbé 
Bétin (1) concernant la nourriture des Faisans, et par M. Van 
Schmit (2), sur l'emploi d'un nouveau produit alimentaire de 
son invention pour les oiseaux insectivores. 

Les mêmes considérations vous ont fait suivre avec une at- 
tention soutenue les expériences si importantes entreprises, 
tant pra la Compagnie générale des Omnibus et celle des 
Petites-Voitures de Paris, que par le Jardin zoologique d'Ac- 
climatation, sur l'alimentation du Cheval (8), Au Jardin, ces 
études de physiologie, appliquées à l'emploi du cheval comme 
moteur, portent principalement sur les Poneys. Il y a, en 
effet, un intérêt réel à s'assurer si, proportionnellement à la 
force utile, les petits chevaux sont bien véritablement, comme 
il est admis en général, plus économiques que les grands (4). 

Vous avez, cette année, constaté avec satisfaction de nou- 
veaux progrès réalisés dans l'élevage de l'Autruche (5), in- 
dustrie qui doit son existence à la Société d'Acclimatation. 
C'est, en effet, l'illustre fondateur de cette Société qui conçut 
la pensée de la domestication de l'Autruche, et c'est par les 
soins de notre Société que les premiers essais de multiplica- 
tion furent faits au Jardin zoologique de Marseille, où les pre- 
miers résultats furent obtenus. D'autres succès suivirent 
bientôt : à Madrid, au Retiro ; à San-Donato, chez M. le prince 
de Démidoff ; au Jardin des Plantes de Grenoble, où notre re- 
gretté confrère, M. Bouteille, obtint des reproductions en 
quantité remarquable (0). 

Ce n'est qu'à la suite de ces résultats, après une période 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 121.) 

(2) Ibidem, p. 715. 

(3) Ibidem, p. 700. 

(4) Ibiilem, p. 701. 

(5) M. Paul Lépervanclic, de Cliébel (île Maurice), a fait connaître à la Société 
les résultats très satisfaisants qu'il a obtenus dans l'élevage de l'Autruche, et 
les essais entrepris par d'autres éleveurs dans la colonie (Procés-verbaux', Bul- 
ie<m, 1882, p. 237). 

(6) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 188). 



LXIV " SOCIÉTÉ iNATIONALE d'ACCLLMATÂTION. 

toute européenne, que se sont créées les fermes à Autruches 
du cap de Bonne-Espérance, établissements aujourd'hui si 
prospères, et sur lesquels M. Lavenère, consul de France au 
Cap, vous a fourni des renseignements des plus intéres- 
sants (1). Avec les établissements déjcà nombreux créés en 
Algérie et en Egypte ("2), l'industrie entre actuellement dans 
une troisième phase, qui paraît pleine d'avenir, si l'on en 
juge d'après les résultats déjà obtenus, tant au jardin du 
Hamma que dans les établissements de M. Créput, à Misser- 
ghin, de M'"' Barrière, près d'Alger, et enfin dans celui d'Aïn- 
Marmora, près Coléah; ce dernierne possède pas moins de 
quarante à cinquante couples reproducteurs (3). Un double 
intérêt s'attache à ces résultats, car l'Autruche n'est pas seu- 
lement utile par les plumes qu'elle produit; sa chair peut 
ésalement rendre des services et doit faire classer cet oiseau 
au nombre des espèces alimentaires. Il en est de même, du 
reste, pour le Nandou, sur lequel des renseignements, à ce 
point de vue, vous ont été donnés par M. 0. Camille Béren- 
ger (4.), qui s'est occupé avec succès de la multiplication de 
cette espèce américaine (5). Un très grand nombre de per- 
sonnes, mises par notre confrère à même de goiîter la chair 
du Nandou, l'ont trouvée de bonne qualité et parfaitement 
susceptible d'entrer dans l'alimentation ; cette viande paraît 
tenir le milieu entre la volaille et le mouton. 

Votre attention a été appelée par M. Pierre Pichot (6) sur 
l'intérêt qui s'attacherait à l'acquisition de plusieurs espèces 
de Francolins de l'Inde, lesquels seraient probablement plus 
faciles à acclimater que les Francolins du Cap, habitués à un 
climat plus chaud. Deux espèces paraissent spécialement re- 
commandables; ce sont celles que les Anglais nomment 

(1) Procès-verbaux (DuUelin, 1882, p. 705.) 

(2) M. Merlato, sous-directeur de la Société anonyme pour Félevage de l'Au- 
truche en Egypte, a fait parvenir à la Société un mémoire sur la chaleur déve- 
loppée par l'embryon pendant l'incubation et sur le rôle de la chambre à air 
dans les œuls [Bulletin, 188^2, p. 237.) 

(3) Proces-verbaux {Bulletin, 1882, p. 188). 
(i) Ibidem, p. 188. 

(5) Ibidem, p. 358. 

(6) Ibidem, p. 229. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LXV 

Painted-Partridge et Black-Parlridge. Cette dernière est le 
Francolin ordinaire ou Francolin noir> oiseau de mœurs très 
douces, non batailleur, qui ne dérange pas les autres gibiers, 
et qui fournit de très beaux tirés dans les endroits où il se 
propage. Ce Francolin se rencontre dans les plaines les plus 
chaudes du Bengale comme dans les neiges de l'Hymalaya. 

Parmi les envois précieux d'animaux qui nous ont été faits 
cette année, nous devons mentionner particulièrement ceux 
de M. Tony Conte , premier secrétaire de l'ambassade de 
France au Japon (l). Le corps diplomatique français a, du 
reste, constamment témoigné de l'intérêt qu'il prend aux tra- 
vaux de la Société d'Acclimatation par les envois qu'il lui fait 
de l'étranger. Dès l'origine de la Société, M. de Montigny 
faisait parvenir en France les Yacks du Thibet et les Grues de 
Mantchourie. Un peu plus tard, M. Léon Roche nous fournis- 
sait les moyens d'importer du Japon de la graine de Ver à soie 
de race saine. Depuis, des dons très fréquents nous ont été 
faits par les divers représentants de la France à l'étranger, 
notamment par M. de Montebello, qui a beaucoup contribué 
à enrichir nos collections de plantes et d'animaux, et par 
M. Tony Conte, dont les envois n'ont pas moins de valeur. On 
doit notamment à M. Conte l'introduction en France de la 
Poule Phénix, si remarquable par la beauté et le développe- 
ment phénoménal de son plumage; chez les mâles, certaines 
plumes de la queue ne mesurent pas moins de 1'",60 de lon- 
gueur. Un des caractères de la Poule Phénix est d'avoir les 
pattes bleues, alors que chez d'autres races japonaises (la 
Poule de Nangasaki et la Poule de Yokohama, laquelle est 
assez voisine de la Poule dite du Gange) les pattes sont de 
couleur jaune. Ce caractère particulier et quelques autres 
différences, notamment dans la forme de la tête, semblent in- 
diquer que ces races n'ont pas une origine commune, et que 
les habitants de l'extrême Orient auraient soumis à la domes- 
ticité deux espèces de Poules distinctes. 

La belle Monographie des races de Poules, que notre con- 



(1) Proces-verbaux {Bulletin, 1882, p. 228). 
3" sÉfiiE, T. X. — Séance publique annuelle. 



LXVI SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

frère M. La Perre de Roo a récemment publiée, et à laquelle 
vous avez été heureux de décerner une de vos récompenses 
hors classe, a attiré votre attention sur le soin qu ont pris les 
éleveurs anglais d'améliorer, par la sélection, nos principales 
races de Poules françaises, dont ils possèdent aujourd'hui les 
types les plus parfaits (I). Les expositions d'oiseaux, très fré- 
quentes en Angleterre, ont principalement contribué à ce ré- 
sultat. Vous vous êtes préoccupés, par suite, de la nécessité 
qu'il y aurait à créer un même stimulant en France, où la 
seule exposition de ce genre qui se fasse régulièrement au- 
jourd'hui est le concours général dit des animaux gras, or- 
ganisé chaque année à Paris par les soins de l'administration. 

Vous ne vous intéressez pas seulement, en effet, à l'acqui- 
sition d'espèces exotiques; la conservation, la propagation et 
l'amélioration de nos espèces indigènes vous préoccupent 
également. C'est pourquoi vous avez appris avec satisfaction 
le soin qu'apportent plusieurs de nos confrères à répandre 
dans leur région les meilleures races domestiques. Nous rap- 
pellerons particulièrement les renseignements qui vous ont 
été donnés à ce sujet par M. Fabre Firmin (2) et par M. Piuinet 
du Tailly (3), ainsi que par M. Masson, lequel vous a fait par- 
venir une note sur la reproduction du Cobaye ou Cochon 
d'Inde en demi-liberté (4). 

En continuant à s'occuper avec un zèle et une générosité 
méritoires (5) de propager l'excellente race de Canard du La- 
brador, si féconde et si rustique, M. Garnot vous a signalé 
les qualités d'une race de Poule remarquable au point de vue 
de la production des œufs : la Poule de Campine argentée, 
laquelle donne, bon an mal an, 240 à 260 œufs, et souvent 
plus. Notre confrère n'évalue pas à moins de douze kilogram- 
mes le poids total des œufs que peut donner cette Poule, et il 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 2-28). 

(2) Ibidem, p. 570. 
(Z) Ibidem, p. 168. 

(4) N. Masson, Note sur la reproduction du Cobaye en demi-liberté {Bulletin, 
1882, p. 464). 

(5) M. Garnot a bien voulu encore cette année mettre à la disposition de la 
Société un nombre illimité d'œuls de Canards du Labrador et six couples 
reproducteurs de cette belle et bonne race {Bulletin, 1882. p. 184). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXVII 

estime que, eu égard à son propre poids, c'est de toutes les 
races, après la race espagnole, si difficile à élever, celle qui 
pond le plus. Comme il l'a déjà fait pour le Canard du La- 
brador, M. Garnot a bien voulu mettre généreusement à la 
disposition de la Société un nombre illimité d'œufs de Poule 
de Campine (1), en vue d'aider à répandre l'une et l'autre 
race, toutes deux recommandables par leur rusticité, leur 
fécondité et la fixité de leurs caractères comme plumage, qui 
en font, en même temps que des bêtes de rente, de véritables 
oiseaux de luxe et d'agrément. 

N'oublions pas de mentionner les intéressantes communi- 
cations qui vous ont été faites par M. Lagrange (2) et par 
M. Masson (3) sur fincubation artificielle; par M. Geoffroy 
Saint-Hilaire (4-) et par M. Dareste (5), sur les œufs doubles 
et sur les corps étrangers que l'on trouve parfois dans les 
œufs ; enfin par M. Dareste (6), sur le développement des vé- 
gétations cryptogamiques dans les œufs en incubation. Les 
expériences de notre savant confrère ont fait voir qu'un nombre 
considérable (près des deux tiers) des œufs qu'on met en in- 
cubation doivent leur non-réussite à cet envahissement de l'al- 
bumine, tant par le mycélium des moisissures que par des 
quantités de spores, envahissement qui amène à court délai la 
mort par asphyxie de l'embryon (7). 

Les perfectionnements successifs apportés dans ces der- 
nières années aux couveuses artificielles ont opéré une véri- 
table révolution dans l'art de l'élevage et généralisé l'emploi 
de ces appareils. Aussi avez-vous pensé qu'une exposition 
spéciale de ces incubateurs présenterait un véritable intérêt 
pratique (8), et qu'il y aurait utilité à ce que le Ministère de 



(1) Procés-verbaux (Didlelin, 1882, p. 184). 

(2) Ibidem, p. 179. 

(3) Ibidem, p. 573. 

(4) Ibidem, p. 128, 309. 

(5) Ibidem, p. 106, 173. 

(6) Ibidem, p. 118, 180. 

(7) Ibidem, p. 373. 

(8) M. le vicomte d'Esterno a signalé à l'attention de la Société l'intérêt qui 
s'attacherait à l'organisation d'un concours entre les différents systèmes de cou- 
veuses artificielles (Bulletin, 1882, p. 690). 



LXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

l'agriculture organisât un concours qui aurait pour but de 
mettre en relief et de signaler au public les appareils donnant 
les meilleurs résultats, et réunissant au bon marché la sim- 
plicité, et par conséquent la facilité de direction. Les dé- 
marches que vous avez faites dans ce sens auprès de l'admi- 
nistration supérieure ont été accueillies avec l'attention 
qu'elles méritaient, et, d'après les bienveillantes assurances 
qui vous ont été données, vous pouvez espérer que votre 
demande recevra sous peu une solution satisfaisante (1). 

Votre attention a été appelée de nouveau cette année sur le 
tort considérable causé dans plusieurs localités à l'agriculture 
et à la sylviculture par différentes espèces de Rongeurs, tels 
que les Écureuils, les Mulots, les Campagnols, etc., et sur les 
mesures administratives propres à y mettre un terme (2). D'un 
autre côté, vous avez continué à vous préoccuper de l'inquié- 
tante diminution du nombre de beaucoup de nos oiseaux indi- 
gènes, si précieux par les services qu'ils rendent comme des- 
tructeurs d'insectes nuisibles (3), et vous avez pris des dispo- 
sitions pour ouvrir à ce sujet une vaste et sérieuse enquête [A). 

Cette question se rattache intimement à celle de la chasse. 
Depuis plusieurs années déjà, la diminution constante du 
gibier en France inspire de légitimes inquiétudes, et l'opinion 
publique réclame avec instances un prompt remède à un état 
de choses qui menace des intérêts considérables. Il ne faut 
pas, en effet, voir seulement dans le gibier une occasion de 
plaisir; il est aussi, il est surtout une source de richesses des 
plus productives pour le pays, soit au point de vue de l'ali- 
mentation, soit au point de vue du Trésor public, soit enhn 
au point de vue des industries nombreuses qui se rattachent 
à la chasse et qui en vivent. Deux chiffres en font foi : celui 
de trois millions et demi environ qu'a atteint, année moyenne, 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1882, p. 707). 

'-2] D'intéressantes communications sur ce sujet ont été faites à la Société par 
MM. Freslon, do Confévroii, Millet, etc. {Bulletin, 1882, p. 573, 381, 450). 

(3) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 316). 

(4) MM. De liarrau de Muratel et Millet ont particulièrement insisté auprès 
de la Société sur la nécessité de protéger les oiseaux destructeurs d'insectes, et 
sur Topporlunité de recueillir des renseignemens exacts sur la diminution de 
certaines espèces {Bulletin, 1882, p. 316, 317, 374). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LXIX 

la vente du gibier aux Halles de Paris pendant ces dernières 
années, et celui de dix millions environ auquel s'élève par an 
le rendement des permis de chasse, au profit de l'État et des 
communes. 

Les causes de la diminution du gibier sont diverses et nom- 
breuses; mais il en est une sur laquelle tout le monde est 
d'accord : c'est la répression insufllsante, jusqu'à ce jour, du 
braconnage. Aussi plusieurs projets de loi sur la chasse 
ont-ils été élaborés dans ces derniers temps. L'un d'eux, dû 
à l'initiative de M. Labitte, aujourd'hui sénateur, devant être 
prochainement discuté par le Parlement, la Société d'Accli- 
matation a pensé qu'elle ne pouvait ni ne devait rester indif- 
férente à une réglementation d'intérêts qui lui sont chers. 
Une Commission, puisée dans le sein des première et deuxième 
sections, a été chargée d'examiner ce projet de loi; un rap- 
port, fruit d'une sérieuse étude, vous a été présenté (i), et, 
tout en vous associant, d'accord avec votre Commission, à 
l'esprit général du projet, qui constitue un progrès réel sur 
la loi de 1844, actuellement en vigueur, vous avez cru devoir 
signaler aux pouvoirs publics l'utilité qu'il vous paraîtrait y 
avoir à la suppression de certaines des dispositions contenues 
dans ledit projet, et à l'adjonction de certaines autres. L'ac- 
cueil qu'ont reçu vos démarches prouve la haute estime en 
laquelle sont tenus partout les travaux de la Société (2). 

Des rapports nombreux vous ont été adressés sur la situa- 
tion de vos cheptels (3) et vous devez à l'obligeance en même 
temps qu'au savoir de MM. Alfred Rousse (4), E. Leroy (5), 
Emile Courtois (6) et Delaurier aîné (7) des instructions pra- 
tiques résumant, à l'adresse des chepteliers, les fruits d'une 



(1) J. Gautier. Rapport présenté au nom de la Commission de la chasse (Bul- 
le.tm,\m% p. ?m). 

(2) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 558). 

(3) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 60, 109, 176, 187, 225, 308, 362, 367, 
569). 

(4-) Alfred Rousse, Instructions pour les chepteliers: les Perruches (Bulletin, 
1882, p. 4). 
(5) E. Leroy, Idem: les Colins et les Perdrix de Chine (Bulletin, 1882, p. I). 
(0) Éniilc Courtois, Idem : hi Bcrnache (FAustralie (Bulletin, 1882, p. 195). 
(7) Delaurier aîné, Idem: les Tragopans {Bulletin, 1882, p. 193). 



LXX SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

longue expérience et les résultats d'observations précieuses 
pour l'élevage d'un certain nombre d'oiseaux. Il serait gran- 
dement à souhaiter de pouvoir réunir de semblables indica- 
tions pour toutes les principales espèces à propager. 

M. William Jamrach vous a présenté le curieux relevé des 
importations si considérables d'oiseaux exotiques (1) aux- 
quelles il consacre ses soins, et qui ne peuvent être réalisées 
qu'au prix de grandes fatigues, souvent de sérieux dangers 
et toujours de dépenses énormes. C'est ainsi que, malgré 
les hauts prix obtenus des oiseaux ramenés vivants de 
l'Inde par M. Jamrach, ces importations poursuivies pendant 
dix-neuf années, loin de lui donner de gros bénéfices, lui 
ont laissé, en ce qui concerne les Lophophores et les Tra- 
gopans, une perte de 75 000 francs, heureusement couverte 
par d'autres opérations relatives au commerce des animaux. 
Pour se livrer, comme le fait M. Jamrach, à des voyages 
incessants dans l'Inde, voyages ayant uniquement pour but de 
rapporter des espèces précieuses, il faut donc autre chose que 
l'espérance du bénéfice à réaliser ; il faut avant tout être ama- 
teur, avoir la passion des animaux, comme c'est le cas pour 
notre confi'ère. 

Comme les années précédentes, la pisciculture a été l'objet 
de vos préoccupations ; vous avez suivi attentivement les pro- 
grès accomplis par cette industrie à l'étranger comme en 
France (2). Un grand nombre de nos confrères vous ont fait 
parvenir des renseignements sur leurs travaux de repeuple- 
plement des eaux; nous mentionnerons particulièrement les 
notes envoyées par MM. Braun (3), de Bouteyre (4), Gallais (5), 
Berthoule (6), Martial (7), le vicomte de Causans (8), Ch. Re- 

(1) William Jamrach, Importations de Faisans indiens {Bulletin, 1882, p. 585). 

(2) L'attention de la Société a été appelée sur les résultats remarquables ob- 
tenus en pisciculture dans le grand-duché de Bade, en Suède, en Allemagne, etc. 
(Bulletin, 1882, p. 169. 224., 227, 370). 

(3) Proces-verhaux {Bulletin, 1882, p. 5ij. 
(l) Ibidem, p. 50. 

(5) Ibidem, p. 57. 

(6) Ibidem, p. 168. 

(7) Ibidem, p. 171, 366. 

(8) Ibidem, p. 171, 232. 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXXI 

nonard (i), de Clermont (2), P. Garbonnier et Rathelot(3). 

M. Després (4-) et M. Noordoek-Hegt (5) vous ont fait con- 
naître l'inslallalion de leurs établissements de pisciculture, et 
un rapport vous a été présenté sur l'importante piscifacture, 
véritable ferme aquicole, créée àGremat(Ain)parMM. Liigrin 
et du Roveray qui, grâce à une heureuse découverte, ont su 
résoudre, dans cet établissement modèle, le problème de l'ali- 
mentation économique du poisson (6). 

M. le docteur Maslieurat-Lagémard, membre du Conseil 
général de la Creuse, vous a rendu compte des résultats très 
encourageants donnés par les opérations d'empoissonnement 
qui, sous son inspiration, s'effectuent depuis plusieurs années 
déjà dans les principales rivières de ce département (7). 

D'importants envois d'œufs de divers Salmonidés étrangers 
vous ont été faits cette année encore par de généreux dona- 
teurs, parmi lesquels nous avons, comme toujours, à men- 
tionner en première ligne M. le professeur Spencer F. Baird, 
commissaire général des pêcheries des États-Unis (8). Environ 
250 000 œufs de Whilefish {Coregonus albus), expédiés de 
New-York par ses ordres, vous sont arrivés en parfait état et 
vous ont permis d'entreprendre une très intéressante expé- 
rience d'acclimatation sur cette espèce, dont l'introduction 
dans nos eaux douces constituerait une précieuse acquisition. 
M. Fred. Mather, membre adjoint de la Commission des pê- 
cheries, a bien voulu, comme de coutume, prêter son con- 
cours à cet envoi, pour lequel nous ne saurions nous montrer 
trop reconnaissants. 

Plusieurs dons également très précieux nous ont été faits 
aussi par l'Association allemande de pisciculture qui, sur la 
proposition de son éminent président, M. de Behr, vous a gé- 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1882. p. 223. 

(2) Ibidem, p. 367. 

(3) Ibidem, p. 567. 

(4) Ibidem, p. 111. 

(5) Ibidem, p. 564. 

(6) G. Raveret-Wattel, L'établissement de pisciculture de Gremat {Bulletin, 

1882, p. 591). 

(7) Proces-verbaux {Bulletin, 1882, p. 359). 

(8) Ibidem, p. 55, 123. 



LXXII SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

néreusement fourni la possibilité d'essais d'empoissonnement 
au moyen d'espèces de choix (1) recommandables soit par la 
qualité de leur chair, soit par la rapidité de leur croissance. 
Rappelons, en outre, que c'est grâce aux dons déjà précédem- 
ment faits à notre Société par M. de Behr (2) que vous avez 
pu constater cette année toute la rusticité du Saumon de Cali- 
fornie {Salmo quinnat), sur lequel MM. Rathelot (3) et de 
Glermont (4) vous ont fait parvenir des détails intéressants. 

Sachant que la Société d'Acclimatation s'occupe de toutes 
les questions qui se rattachent au repeuplement des rivières 
et à la protection des poissons migrateurs, M. le Ministre de 
la guerre a fait appel à vos lumières (5), en vue de la construc- 
tion d'une échelle à Saumons qui doit être établie sur la rivière 
du Dourduf, au barrage de la Poudrerie du Pont-de-Buis 
(Finistère). Les nombreux documents que vous tenez de la 
Commission des pêcheries des États-Unis et de quelques autres 
sources, concernant les échelles à Saumons, vous ont permis 
de renseigner l'Administration sur les différents systèmes en 
usage et sur les types les plus avantageux au point de vue de 
la dépense d'établissement et d'entretien, comme à celui du 
■^fonctionnement des appareils. 

M. Seth-Green, de Rochester (New-York), un des vélérans 
de la pisciculture américaine, vous a rendu compte de ses très 
curieuses expériences d'hybridation entre différentes espèces 
de Salmonidés (6). De semblables expériences méritent d'être 
attentivement suivies au double point de vue de l'intérêt scien- 
tifique et des résultats pratiques à en obtenir. 

Rappelons enfin la note qui vous a été adressée par M. Vi- 
lanovay Piera, professeur de paléontologie à Madrid, con- 
cernant l'aquarium ou station zoologique de Naples(7), éta- 
blissement international dans lequel les savants de tous les 

(1) Procès-verbaux {Dullelin, 1882, p. 111, 186). 

(2) Ibidem, p. 55, 111. 

(3) Ibidem, p. 565. 
(i) Ibidem, p. 367. 

(5) Ibidem, p. 71U. 

(6) Ibidem, 693. 

(7) Vilaiiova y Piera, Note sur la station zoologique de Naples (Bulletin, 1882, 
p. 649). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXXIII 

pays peuvent être admis à travailler et qui, par sa situation, 
son organisation, son développement, surpasse tous les éta- 
blissements analogues fondés jusqu'à ce jour. 

Vous avez encore reçu, pendant votre dernière session, de 
nombreux rapports sur la sériciculture et sur l'élevage desdi- 
^ferses espèces de Vers à soie. Nous rappellerons particulière- 
ment les travaux de MM. Wailly (1), Hénon (2), Max-Cornu (3) 
etHuin(4). 

En rendant compte d'une éducation bivoltine de Ver à 
soie du Chêne de la Chine (Attacus Pernyi) faite à Paris (5), 
M. Huin vous a signalé les précautions qui lui paraissent les 
plus propres à assurer la réussite de ce genre d'élevage; il 
-vous a fait part, en outre, de ses nouvelles observations sur la 
conservation par le froid des œufs du Ver à soie du Chêne du 
Japon {Attacus Yama-maï). Les expériences auxquelles il 
•s'est livré ont montré que le séjour des œufs en glacière ne 
nuit en aucune façon aux éducations, et qu'en recourant à ce 
procédé, on n'a plus à se préoccuper nullement, pour la nour- 
riture des jeunes chenilles, du plus ou moins de précocité de 
la pousse des feuilles. M. Huin a constaté, d'ailleurs, qu'un 
relard se produit chaque année dans l'éclosion des Vers; 
peut-être pourra-t-on, peu à peu, arriver à une concordance 
•complète de celte éclosion avec la pousse des feuilles. 

M. Clément, qui s'est occupé, lui aussi, de l'éducation de 
ÏA. Perni/i, a constaté la possibilité d'élever cette espèce avec 
■ la feuille du Prunier. Il y a là une observation utile à enre- 
gistrer, au moins pour l'éducateur citadin, qui rencontre 
parfois une certaine difficulté à se procurer des feuilles de 
Chêne pour des essais d'élevage, tandis que la feuille du Pru- 
nier se trouve dans tous les jardins (6). 

Une observation du même ordre a été faite par M. Fallou, 

(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 58, Ô'OG, 361, 57G). 

(2) Ihidein, p. 186. 

(3) Ibidem, p. 566. 

(4) Ibidem, p. 693. 

(5) Huin, Education bivoltine d'Attacus Pernyi; rusticité de TAltacus Yama- 
maï {Bulletin, 1882, p. U). 

(6) A.-L. Clément, i\ote sur une éducation (/'Attacus Pernyi faite sur le Pru- 
nier {Bulletin, 1882, p. 84). 



LXXIV SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

lequel a réussi à élever sur l'Erable plane VAttacus Ce- 
cropia, et à utiliser ainsi une feuille sans valeur pour l'éduca- 
tion de ce Ver à soie américain qui, dans les conditions 
naturelles, vit aux dépens des arbres fruitiers (1). 

M. Alfred Wailly, qui continue avec le plus grand zèle ses 
importations de Bombyciens séricigènes exotiques, est par- 
venu, sous le climat si peu favorable de Londres, à mener à 
bien l'éducation de nombreuses espèces tirées de l'Inde, de 
la Chine et de l'Amérique du Nord (2). Les croisements qu'il 
a obtenus de certaines de ces espèces ne sont pas seulement 
curieux, car les races hybrides ainsi formées semblent pré- 
senter des avantages sous le rapport de la qualité de la soie. 

M. Maurice Girard a porté à votre connaissance des aber- 
rations dans la forme du contour des ailes observées chez 
VAttacus Pernyi et chez VAttaciis Yama-maï (3). Ces aber- 
rations, qui constituent, en somme, un défaut dans la con- 
texture du contour des ailes, se sont toutes produites dans des 
éducations captives, faites plus ou moins à la chambre, et 
elles proviennent vraisemblablement d'une dégénérescence, 
le papillon ne trouvant plus dans les tissus de la chrysalide 
assez de matière pour garnir complètement ses ailes. Il est 
assez probable que ces faits ne se présenteront plus quand 
VAttacus Pernyi sera entièrement acclimaté en France, à la 
façon du Ver à soie de l'Ailante, comme il l'est déjà dans le 
nord de l'Espagne. Aussi M. Maurice Girard est-il d'avis que 
nous devons porter tous nos efforts sur cette espèce, et laisser 
de côté VAttactis Yama-maï du Japon, exigeant un climat 
insulaire dans des conditions spéciales. Mais nous devons 
fonderies plus légitimes espérances sur l'A. Pernyi^ à soie 
excellente, en voyant les magnifiques cocons présentés à la 
Société et provenant d'éducations en plein bois et entièrement 
à l'air libre, faites par M. J.-B. Biaise, à Choloy (Meurthe-et- 

(1) J. Fallou, Note pour servir à l'éducation d'un Bombycien séricigène {Bul- 
letin, 1882, p. 137). 

(2) Alfred Wailly, Educations de Bombyciens séricigènes. — Séricigènes exo- 
tiques (Bulletin, 1882, p. 576;. 

(3) Maurice Girard, Note sur le» aberrations observées cliei les Attaciens asia- 
tiques (Bulletin, 1882, p. 653). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXXV 

Moselle), et par M. J. Falloii, dans la forêt de Sénart (Seine- 
et-Oise). 

M"" veuve Simon, née de Fruisseaux, de Forest-Halle-lez- 
Briixelles, a continué ses éducations d'Attaciis Pernyi; elle 
paraît être aujourd'hui définitivement en possession de la 
race imivoltine créée par ses soins depuis cinq ans Çl). 

M. Hignet, de Varsovie, qui s'occupe avec succès de Féle- 
vage du Ver à soie du Mûrier et de plusieurs Bombyciens sé- 
ricigènes nouveaux, vous a fait parvenir, avec de la graine 
saine provenant de sa récolte (2), des échantillons de cocons 
et de soie qui donnent lieu de croire que l'industrie séricicole 
trouverait en Pologne des chances de réussite. 

D'autres envois de graines de choix vous ont été également 
faits, notamment par M'"' Boucarut (3) et par M. le comte 
Casali (4), de Milan, qui a bien voulu vous mettre à même 
d'essayer l'éducation de la race milanaise dite Verdolina Ca- 
sati, très répandue en Lombardie et en Vénétie, où elle est 
fort estimée. 

Comme les années précédentes, de nombreux rapports sur 
la culture des plantes qu'ils tenaient de la Société vous ont 
été adressés par plusieurs de nos confrères (5). Vous avez 
surtout remarqué ceux fournis par M. Mathey (6) et par 
M. Félix de la Rochemacé (7) sur l'utilisation de la Saggina 
comme plante fourragère; par M. Ludovic Joffrion, sur la 
culture du Soja, du Chou de Chaves, etc. (8); par M. Giuseppe 
Gnecchi, de Milan, sur la possibilité de l'introduction du 
Téosinlé dans l'Italie centrale et méridionale (9) ; par M. Le- 
mut, sur la culture du Pht/salis Peruviana (10). 

(1) Procès-verbaux (Bulletin, 1882, p. 58, 176, 305). 

(2) Ibidem, p. 123, 175. 

(3) Ibidem, p. 306. 
(i^ Ibidem, p. 697. 

(5) Des notes très intéressantes ont été adressées notamment par MM. Nau- 
din, Léo d'Ounous, Casati, Sagot et Mathey (Bulletin, 1882, p. 306, 307, 612 
6tt3, 697, 698). 

(6) Proces-verbaux (Bulletin, 1882, p. 697). 

(7) Ibidem, p. 59. 

(8) Ibidem, p. 113. 

(9) Ibidem, p. 115, 170. 

(10) Ibidem, p. 235. 



LXXYI SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

Nous devons une mention toute particulière aux nombreux 
succès obtenus dans la culture de plantes alimentaires nou- 
^velles par M. Paillieux (1), auquel revient l'honneur de plu- 
.sieurs acquisitions fort intéressantes. 

Parmi les mémoires importants qui vous ont été soumis 
concernant différents végétaux, il convient de citer spéciale- 
ment aussi ceux de M. Dabry de Thiersant, sur le Caféier de 
.Libéria et sur la culture de cette espèce, qui paraît appelée 
à. faire avant peu une concurrence sérieuse au Café d'Arabie 
et à enrichir en même temps un grand nombre de pays inter- 
tropicaux (2) ; de M. Charles Rivière, sur le genre Melaleuca 
au point de vue du boisement économique et pratique de 
l'Algérie (3); de M. Romanet du Gaillaud, sur l'introduction 
en France de deux Vignes chinoises (-4); de M. le docteur 
E. Bretschneider, médecin de la légation de France à Pékin, 
sur un certain nombre de plantes de la Chine, etc. (5). 

M. le docteur Mène a continué le travail considérable qu'il 
.a entrepris sur la flore du Japon. Cette étude, d'une haute 
valeur scientifique, constitue assurément l'un des plus remar- 
quables documents qu'ait jusqu'ici T^uhWés noire Bulletin (6). 

De son côté, M. Auguste Pissot, inspecteur des forêts, con- 
servateur du Bois de Boulogne, a complété le rapport qu'il 
avait commencé l'an passé sur les conséquences du rigoureux 
hiver de 1879-1880, pour les diverses essences d'arbres réu- 
nies dans ce parc admirable. Ce savant et consciencieux tra- 
vail fournit bien des indications utiles pour les amateurs de 
cultures forestières et d'ornement (7). 

M. Bouchereau, qui a été le premier, au moins en France, 
à donner à l'Eucalyptus une utiUsation industrielle comme 



(1) Procès-verbaux {Bulletin, 1882, p. 312, 361, 493, 636). 

(2) Dabry de Tliiersant, Le Caféier de Libéria (Bulletin, 1882, p. il7). 

(3) Charles Rivière, Le Niaouli et le genre Melaleuca en Algérie {Bulletin, 
1882 p. 529.602). 

(4) Romanet du Gaillaud, Sur deux Vignes chinoises {Bulletin, 1882, p. 384). 

(5) E. Bretschneider, Plantes de Pékin (Bulletin, 1882, p. 596). 

(6) Df E. iMène, Des productions végétales du Japon {Dullelin, 1882, p. 7, 142, 
273, 466, 658). 

(7) Auguste Pissot, Effets des gelées au bois de Boulogne {Bulletin, 1882, 
p. 86. 197). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIETE. LXXVIÏ ' 

bois d'ébénisterie, vous a signalé l'inexactitude d'assertions 
d'après lesquelles ce bois serait d'un emploi difficile. Notre 
confrère a fait voir qu'en prenant les plus simples précau- 
tions après Tabatage des arbres, le bois ne se crevasse pas/ 
reste sain et facile à travailler, et conserve toute sa partie ré- 
sistante (1). ' 

Comme toujours, des dons généreux (2), des envois impor-' 
tants de plantes, fruits et graines, aussi bien que d'animaux,^ 
vous ont été faits. Nous mentionnerons en particulier ceux de 
MM. Ujfalvi (3), Maéda(4-), Paillieux (5), Bretschneider (6), 
Heymonet(7), Jules Grandidier (8), Fréd. Romanet du Cail- 
laud (9), Sanford (10), Emile Harel (11), Vavin (12), Tou- 
rasse (13), et Le Myre de Villers (U). 

Rappelons enfin que la bibliothèque s'est encore enrichie 
d'une façon importante, grâce à la générosité de nombreux 
donateurs, au nombre desquels figurent en première ligne 
MM. les Ministres de l'agriculture, de la marine (15) et du 
commerce (16). 

(11 Procès-verbaux (Bulletin, 1882, p. 116). 

(2) Nous devons rappeler en particulier le don d'une somme de 1000 francs 
fait à la Société par M. Berend, pour la fondation d'un prix à décerner à l'au- 
teur du meilleur travail faisant connaître, au point de vue historique et pratique, 
les travaux relatifs à l'acclimatation et les résultats obtenus depuis la création 
de la Société (Bulletin, 1882, p. xvii, 227). 

(3) M. Georges de Ujfalvi a ramené de Turkestan de nouveaux types de Oiiicus 
lévriers très intéressants (Bulletin, 1882, p. 129). 

(4.) Procès-verbaux (Bulletin, 1882, p. 128). 

(5) Ibidem, p. 128, 493, G36. 

(6) Ibidem, p. 128. r 

(7) Ibidem, p. 116. 

(8) Ibidem, p. 116. 

(9) Ibidem, p. 225, 301. 

(10) Ibidem, p. 232. 

(11) Ibidem, Y>. 309. > 

(12) Ibidem, p. 363,494,636. 

(13) Ibidem, p. 568. 

(14) M. Le Myre de Villers, alors gouverneur de la Cochinchine, a fait, .au conir 
mencemcnt de Tannée, un très important envoi de plantes et d'animaux, com- 
prenant notamment des Bœufs trotteurs renommés par leur rapidité, de petits 
Chevaux siamois, et un grand nombre d'oiseaux intéressants, entre autres des 
Éperonniers de Germain (Bulletin, 1882, p. 309). 

(15) Procès-verbaux (Bulletin, 1882, p. 689). 

(16) Ibidem, p. 166, 689. 

11 convient de mentionner spécialement aussi M. Thomas B. Fcrguson, com- 
missaire des États-Unis à TExposition universelle de 1878, à Paris, qui a bien 



LXXVIII SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

Si, grâce aux notables progrès dont ce rapport vient de 
vous donner un aperçu, la Société a ressenti des satisfactions 
bien légitimes, elle a aussi, Messieurs, compté des jours de 
tristesse et de deuil. 

Nous avons eu la douleur de perdre M. Tourasse, qui ser- 
vait activement la cause de l'acclimatation, et qui, possesseur 
d'une grande fortune, la consacrait presque entièrement à 
des œuvres philanthropiques et d'utilité générale. Amateur 
distingué de plantes rares, M. Tourasse avait réuni dans le 
vaste parc de sa villa, près de Pau, des collections du plus 
grand intérêt; il y avait, en outre, créé un champ d'expé- 
riences et une véritable école d'arboriculture, qui rendaient 
de très utiles services. M. Tourasse emporte les regrets de 
tous ceux qui l'ont connu. 

La Société a aussi perdu deux de ses délégués à l'étranger : 
M. Wilson, de Philadelphie, l'un de nos plus actifs représen- 
tants, et M. le docteur Ploem, de Batavia, correspondant zélé, 
auquel nous devions de nombreux envois de plantes et d'ani- 
maux. La mort nous a également enlevé M. Duchesne de Bel- 
lecourt, ancien ministre plénipotentiaire, qui, depuis long- 
temps membre honoraire de la Société, profitait de son séjour 
à l'étranger pour nous faire de précieux envois. 

MM. Piver, Henri Mars, Gustave Dufeu, Eugène Gallimard, 
Grubert, Chaumette, Speltz, deBellonnet, Tobias, Casamayor, 
de Gouttes, F. A. Liénard, Cornalia, Bonnefons, de Faultrier, 
Cadaran de Saint-Mars, de Chanteau, A. Gros, Béchu et baron 
de Lintjens, ont aussi disparu de nos rangs. 

La Société, Messieurs, a ressenti cruellement la perte qu'elle 
a faite en la personne de ces regrettés collaborateurs, et c'é- 
tait pour nous un devoir, dans cette revue de la session qui 
vient de finir, de rendre un dernier hommage à leur mé- 
moire. 

A côté de ces vides douloureux faits dans nos rangs, nous 
avons heureusement à enregistrer des adhésions nombreuses, 
en même temps que la création de Sociétés qui, filles de la 

voulu adresser à la Société la série complète des rapports officiels publiés sur 
cette Exposition par ordre du gouvernement fédéral {Bulletin, 1882, p. 53). 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ. LXXIX 

nôtre, viennent unir leurs efforts aux siens. Ces relations, 
cette communauté d'efforts, contribueront certainement dans 
l'avenir à faire progresser plus rapidement encore que par 
le passé l'œuvre si éminemment utile de l'acclimatation. 



RAPPORT 

AU NOM 

DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES (^> 

Par M. Alb. GEOFFROY SAIIKT-HILAIRE 

Secrétaire général. 



Mesdames, Messieurs, 

J'ai l'honneur de venir lire devant vous le rapport relatif 
aux récompenses que la Société nationale d'Acclimatation dé- 
cerne aujourd'hui pour la vingt-sixième fois. 

Qu'il me soit permis de remercier comme il convient les 
rapporteurs des cinq sections, MM. Saint-Yves Ménard, Millet^ 
Vidal, Fallou et le docteur Mène qui ont apporté dans leurs 
délicates fonctions l'esprit le plus éclairé ; ce n'est pas d'au- 
jourd'hui que nous savons apprécier ces collaborateurs. 

Nos récompenses, comme vous le verrez bientôt, vont cher- 
cher les lauréats dans les cinq parties du monde. C'est que 
notre Société prend intérêt à tous les résultats, quel que soit 
le lieu où ils sont obtenus. 

L'œuvre de la Société d'Acclimatation, Mesdames et Mes- 
sieurs, a fait depuis que notre association existe les progrès 
les plus importants. Aujourd'hui l'esprit public est initié à 
nos efforts ; nous pouvons, sous l'impulsion du chef émi- 
nent que nous nous sommes donné, aborder l'étude des pro- 
blèmes les plus difficiles. 

Pour atteindre le but, il nous faut un état-major composé 
de savants distingués : nous l'avons ; il nous faut une armée 
de travailleurs; nos efforts doivent tendre à l'augmenter, car 

(1) La Commission des récompenses était ainsi composée : 

Membres de droit: MM. le Président et le Secrétaire général. 

Membres déléijués du Conseil: MM. Berthoulc, Maurice Girard, le docteur 
H. Labarraque, liaveret-Wattcl et le marquis de Sinéty, 

Membres délégués des sections: MM. Saint-Yves Ménard _(!"= section), G. Millet 
(2° sect.), Vidal (3= sect.), J. Fallou (4° sect.) et le docteur Mène (5° sect.). 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXI 

nous ne serons jamais assez nombreux, assez riches, pour 
tout le bien que nous avons à faire. 

Mais revenons sans plus tarder à la proclamation de nos 
lauréats. La liste en est longue et je réclame l'indulgence de 
l'assemblée pour le rapporteur. 

PREMIÈRE SECTION. — MAMMIFÈRES. 

Gi*nn<lo niéclaillo d'or de SOO fi-ancs (Hors classe). 
.4 reffitjie d'Isidore Geolfroij Saint-HUaire. 

M. William Jamrach, de Londres, se rend chaque année 
aux Indes pour y réunir des animaux précieux destinés aux 
divers jardins zoologiques de l'Europe. 

De son trente-quatrième voyage accompli, cette année môme, 
M. William Jamrach a rapporté un petit Sanglier nain, le 
Porcula Salviani, gros comme un lièvre, pesant 6 kilo- 
grammes. Huit de ces animaux ont été acquis par le Jardin 
zoologique d'Acclimatation. 

Ce petit Sanglier nain est une introduction des plus inté- 
ressantes. Si cette espèce pouvait devenir domestique, nos 
basses-cours se trouveraient dotées d'un Cochon-lapin qui 
fournirait à notre alimentation des ressources importantes, 
des produits bien supérieurs à ceux que nous obtenons du 
rongeur qui peuple aujourd'hui nos clapiers. 

L'importation du Porcula Salviani n'est pas la seule que 
nous devions à M. William Jamrach. Deux espèces de Trago- 
pans, le Tragopan de Blyth et celui de Cabot, ont été intro- 
duites par notre lauréat. Ces belles espèces indiennes vien- 
dront prendre leur place dans nos volières à côté des Satyres, 
des Temminck et des Hasting que nous possédons déjà. 

En décernant à M. AVilliam Jamrach une grande médaille 
d'or à l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, la Société est 
heureuse de témoigner sa gratitude à l'infatigable importa- 
teur qui, depuis tant d'années, consacre ses ressources et 
toutes ses forces à la tâche qu'il s'est imposée. 



3' SÉRIE, T. X. — Séance publique annuelle. 



LXXXII SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 



,» , 



Prime de 200 francs. 



Dans une monographie intéressante et exécutée avec un 
soin scrupuleux, M. Fernand Lâtaste a fait connaître à la 
Société d'Acclimatation un petit rongeur africain, le Dipodil- 
lus Simoni, qu'il est aisé de faire produire en captivité. 

Le travail de M. Lataste, par la façon dont il a été conçu, 
par la précision des détails, par l'esprit d'ordre qu'on y sent, 
a attiré l'attention de la Société qui lui décerne une des primes 
proposées pour les travaux de zoologie pure. 

Mctlaïllcs de première ciatisc. 

En faisant connaître dans la presse les travaux de la Société 
nationale d'Acclimatation, M. Ernest Menault, rédacteur au 
Journal Officiel, est devenu un de nos plus utiles collabora- 
teurs. La Société est heureuse de remercier M. Ernest Me- 
nault de son gracieux concours en lui offrant une médaille de 
première classe. 

Une médaille de première classe est décernée à MM. Babet 
frères qui ont fait à l'île de la Réunion de nombreuses intro- 
ductions de Moutons mérinos. 

Grâce à l'initiative de MM. Babet frères, des troupeaux de 
ces bêtes à laine ont été formés. 

M. Blainville et M. Ciioppy ont réuni leurs efforts pour 
introduire à l'île de la Réunion des Chevaux, des Anes et des 
Moutons des meilleures espèces. 

Ces tentatives ont donné des résultats importants pour 
lesquels la Société décerne à MM. Blainville et Ghoppy des 
médailles de première classe. 

L'introduction des Bœufs de charroi et de labour cà l'île de 
la Réunion a été le but des efforts de M. Dolab.\ratz. Le 
succès de cette tentative mérite à M. Dolabaratz une médaille 
(le première classe. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXXIII 

MM. de Kervéguen et de Trévise se sont préoccupés d'en- 
richir la colonie de l'île de la Réunion des bêtes bovines des 
races Charolaise, Garonnaise et Limousine. 

Ces importations ont bien réussi. MM. de Kervegiien et de 
Trévise reçoivent des médailles de première classe. 

médaille «le seconde classe. 

M. Boisjoly-Potier, cultivateur à la plaine des Cafres, à 
l'île de la Réunion, a obtenu sur les hauts plateaux de l'île 
de nombreuses reproductions de bêtes bovines de charroi et 
de Moutons pour la boucherie. 

M. Boisjoly-Potier reçoit une médaille de seconde classe. 

deuxième section. — OISEAUX. 
Médaille d''oi' offerte par le ministère de l'Agriculture. 

M. La Perre de Roo, déjà plusieurs fois lauréat de la So- 
ciété pour ses travaux, reçoit aujourd'hui la médaille d'or ot- 
ferte à la Société nationale d'Acclimatation par le Ministre de 
l'agriculture. 

Le livre que nous récompensons est un traité sur les Pigeons 
domestiques. 11 fait suite en quelque sorte au traité du même 
auteur sur les Coqs et Poules domestiques. 

Cette publication, comme sa devancière, est conçue dans le 
meilleur esprit. On y trouve résumées toutes les connais- 
sances que nous avons sur ces intéressantes questions, et l'au- 
teur a ajouté à ce qu'on savait avant lui les développements 
que sa grande expérience et sa parfaite connaissance du sujet 
ont pu lui inspirer. 

Le livre de La Perre de Roo est un bon livre; il sera 
bientôt dans les mains de tous ceux qui s'occupent des oiseaux 
de basse-cour. 

Grandes médailles d'argent (Hors classe). 
A l'effifjie d'Isidore Geoffroy Sainl-Hilaire. 

M. de Bataciieff de Toula (Russie) se livre depuis long- 
temps déjà à l'élevage des oiseaux de basse-cour. Ce lauréat, 



LXXXIV SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

recommandé à notre attention par la Société impériale russe 
d'Acclimatation, reçoit une grande médaille d'argent hors 
classe. Ses efforts méritent les plus grands éloges, car ils ont 
en vue le perfectionnement des oiseaux de basse-cour, dans 
un pays où ils laissent trop à désirer. 

Pendant son séjour au Japon, M. Tony Conte a fait au jar- 
din zoologique d'Acclimatation plusieurs envois importants. 
On peut citer entre autres choses les Faisans de Sœmmering, 
les magnifiques Grues blanches de Montigny et les Coqs et 
Poules de la race Phœnix à queue démesurément longue. 

La Société est heureuse de témoigner sa gratitude à 
M. Tony Conte en lui décernant une grande médaille d'argent 
hors classe. 

Plusieurs fois déjà M. Delaurier aîné a reçu les récom- 
penses de la Société pour les succès qu'il a obtenus dans l'éle- 
vage des animaux exotiques. 

Nous offrons aujourd'hui à M. Delaurier une grande mé- 
daille d'argent hors classe pour les intéressants résultats ob- 
tenus en 188^2 dans l'élevage du Lophophore, de la Pintade 
vulturine, etc. M. Delaurier est un éleveur de premier ordre. 
Il joint au savoir, à l'expérience, la première des qualités, la 
persévérance. 

médailles do première classe. 

M. BoucHEREAUx a tenté dans la couveuse dont il est l'in- 
venteur, l'incubation de plusieurs œufs d'Emeu ou Casoar de 
la Nouvelle-Hollande. 

Dans cette circonstance, comme de coutume, M. Bouche- 
reauK s'est montré expérimentateur soigneux et observateur 
ingénieux; il reçoit une médaille de première classe. 

M. le docteur Clos, directeur du Jardin des Plantes de Tou- 
louse, a fait connaître àla Société que les Nandous (Autruches 
d'Amérique) entretenus dans l'établissement, avaient réussi 
à élever leur couvée. Les observations recueillies par M. le 



PiAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. LXXXV 

docteur Clos ont vivement intéressé la Société ; elle oflVe à 
leur auteur une médaille de première classe. 

M. Joseph CoRNÉLY a fait connaître le succès obtenu à la 
Faisanderie de Beaujardin dans la reproduction du Pucrasia 
macrolopha de Flnde. Ce beau Faisan s'est montré rustique, 
facile à élever et mérite d'être multiplié, car sa chair est de 
première qualité. M. Joseph Cornély reçoit une médaille de 
première classe. 

C'est dans une couveuse artificielle que M. Mercier a ob- 
tenu l'éclosion des œufs de ses Nandous. Cette éducation a 
donné de bons résultats el les notes fournies par M. Mercier 
ont un réel intérêt. La Société offre à leur auteur une mé- 
daille de première classe. 

M. le D' MoREÂU, aux Herbiers (Vendée), a envoyé à la So- 
ciété un travail important sur l'hygiène des basses-cours et 
des volières. L'auteur a de l'expérience et du savoir; ses 
observations, poursuivies depuis de longues années, sont 
présentées avec autorité, aussi le travail de M. le D' Moreau 
mérite-t-il d'être lu par tous ceux qui s'occupent d'élevage. 
La Société lui décerne une médaille de première classe. 

Médailles de seconde classe. 

Les succès obtenus par M. le marquis de Brisay dans la 
reproduction des Perruches d'espèces rares méritent l'atten- 
tion. La Perruche érythroptère [Aspromictus erylliropterus) a 
niché avec succès dans les volières de M. le marquis de Bri- 
say ; cet amateur distingué reçoit une médaille de seconde 
classe. 

Dans une note très étudiée M. le comte de Montlezun a 
fait connaître les faits observés pendant la ponte et l'inciiba- 
lion des Canards Casarka qui ont reproduit chez lui. Ce tra- 
vail très soigné a attiré l'attention de la Société, qui oifie à 
M. le comte de Montlezun une médaille de seconde classe. 



LXXXVI SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

M. Gabriel Rogeron reçoit une médaille de seconde classe 
pour son étude sur le Cygne de Bewick. Ce travail bien fait 
présente un réel intérêt et nous remercions son auteur de 
nous l'avoir adressé. 

TROISIÈME SECTION. — POISSONS, CRUSTACÉS, ETC. 
Prix do 500 francs 

Proposé par la Sociclé pour les travaux de zoologie pure. 

M. le D' P. P. C. HoEK, de Leyde, est l'auteur d'un savant 
et remarquable travail sur les organes génitaux de l'Huître. 

Le mémoire de M. Hœk se trouve peut-être en contradic- 
tion avec celui d'autres savants d'un grand mérite, mais c'est 
à des recherches de ce genre, demandant une grande précision 
et une patience rare, que la science doit ses plus belles décou- 
vertes. La Société, désireuse d'encourager ces études, est heu- 
reuse d'offrir à M. le D' Hoek le prix de 500 francs fondé pour 
les travaux de zoologie pure. 

Grandet^ médailles d'argent (llors classe). 
A Veffigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

M. W. Oldham Ciiambers a fait connaître à la Société les 
travaux de la Société constituée pour l'acclimatation du 
Poisson dans les comtés de Suffolk et de Norfolk (Angle- 
terre). 

Les résultats obtenus sont d'une grande importance, car 
les cours d'eau de la région, autrefois dépeuplés, sont aujour- 
d'hui abondamment pourvus de poissons. L'introduction dans 
les eaux anglaises de la région indiquée, de plusieurs poissons 
étrangers est aujourd'hui un fait accompli. La Société récom- 
pense ces efforts, ces succès, en décernant à M. Oldham Ciiam- 
bers une grande médaille d'argent hors classe. 

M. Lugrin fait à Gremat (Ain) de la pisciculture industrielle 
avec grand succès. Ses produits sont livrés à la consommation 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXXVII 

par quantités importantes. De plus M. Lugrin est l'inventeur 
d'un procédé pour multiplier pour ainsi dire à volonté les 
proies vivantes (Daphnies), si utiles à l'éducation des jeunes 
salmonidés. La Société décerne à M. Lugrin une grande mé- 
daille d'argent hors classe. 

M. Noordhoek-Hegt a créé à Apeldoorn (Pays-Bas) un éta- 
blissement important en vue de contribuer au repeuplement 
des cours d'eau de la Hollande. Plusieurs hectares ont été 
consacrés à l'installation des canaux dans lesquels M. Noord- 
hoèk-IIegt élève les milliers de poissons qu'il livre chaque 
année au gouvernement néerlandais pour être lâchés dans 
les eaux libres. Cette création fait honneur à l'intelligence du 
lauréat quia montré autant de savoir que d'ingéniosité. Son 
initiative mérite les plus grands éloges. La Société est heu- 
reuse d'offrir à M. Noordhoek-Hegt une grande médaille 
d'argent hors classe. 



Mctiaillcs de prcniièro classe. 

M. Brlvnd, officier abord des paquebots transatlantiques, a 
été plusieurs fois déjà lauréat de la Société. Cette année il 
reçoit une médaille de première classe pour avoir donné son 
concours à l'importation de divers poissons de l'Amérique du 
Nord et en particulier du Poisson-Soleil. Le zèle et la bonne 
volonté de M. Briand sont d'un précieux secours pour aider 
aux échanges d'animaux vivants qui se font entre les deux 
continents. 

L'étude comparative des sels constitutifs de l'eau de mer, 
envisagée au point de vue de leur action sur les êtres vivant 
dans l'eau salée, a été faite avec soin par M. Coutance. Son 
travail contient de précieux renseignements dont la pi-alicjuo 
fera son proht. Une médaille de première classe est offerte à 
M. A, Coutance. 

M. Piichard Cail, ingénieur civil à Newcastle-sur-la-Tyne 



LXXXVIII SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

(Angleterre), est l'inventeur d'un modèle ingénieux d'échelle 
à Saumons qui peut être adopté, quelle que soit la hauteur du 
barrage. Ce système, qui fonctionne d'une façon très satisfai- 
sante à Dinsdale, mérite l'attention et la Société décerne 
M. Richard Cail une médaille de première classe. 

M. le colonel Mac-Donald, inspecteur des pêcheries des 
états de Virginie (États-Unis', a créé des échelles à Saumons 
d'un système tout à fait nouveau qui se recommande par son 
prix modique et son excellent fonctionnement. L'emploi de 
ce type d'échelle est obligatoire dans plusieurs États de l'Union. 
Une médaille de première classe est offerte à M. Mac-Donald. 

Un élablissement a été créé par M. Alphonse Lefèvre dans 
le département de la Somme en vue de faire l'élevage et la 
propagation des espèces de poissons d'eau douce indigènes et 
étrangers. 

Les résultats obtenus ont déjà de l'intérêt et nous devons 
penser que dans l'avenir M. Alphonse Lefèvre contribuera 
activement au repeuplement des eaux libres aussi bien que 
des eaux closes de la région. 

Une médaille de première classe récompense ses efforts. 

M. Ratiielot fait au Grand-Montrouge de la pisciculture 
pratique. 

Les procédés mis en usage, les résultats obtenus, méritent 
l'attenlion. De plus, M. Rathelot s'occupe de repeuplement 
sur une grande échelle des eaux closes dont il dispose dans le 
département de la Gôte-d'Or. 

Une médaille de première classe est offerte à M. Rathelot. 

Alcduillo de seconde clU!ii»4C. 

M. Byram Littlewood, d'Hudderfield (Angleterre), s'oc- 
cupe avec succès de pisciculture. Dans l'établissement qu'il a 
ci-éé, il fabrique industriellement du poisson pour le marché 
et de l'alevin pour le repeuplement des eaux. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. LXXXIX 

• M. Byram Litllewood est l'inventeur d'appareils ingénieux 
permettant d'aérer les œufs pendant l'incubation et d'en re- 
tarder l'éclosion en prolongeant la durée de l'évolution em- 
bryonnaire. 

M. Byram Littlewood reçoit une médaille de deuxième 
classe. 



QUATRIÈME SECTION. — INSECTES. 

Grande luédaillo d'argent (Hors classe). 
A l'effigie d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. 

Plusieurs fois lauréat de la Société, M. Fallou reçoit au- 
jourd'hui une grande médaille d'argent hors classe pour l'é- 
ducation d'Anthœrea Frithii provenant des envois faits de 
Cochinchine par notre collègue M. 0. Moquin-Tandon. 

De plus, dans le courant de l'année 1882, M. Fallou a fait 
vivre et reproduire VAttacus Pernyi delà Chine en plein bois 
dans la forêt de Sénarl; le succès de ces éducations mérite 
d'autant plus l'attention que pour la première fois, cette es- 
pèce bivoltine s'est montrée disposée à devenir univoltine. 
C'est-à-dire que les chrysalides, au lieu de se transformer en 
papillons peu de temps après la terminaison du cocon, n'ac- 
complissent leurs dernières transformations qu'au printemps 
suivant. Créer une race de Vers à soie du Chêne (Pernyi) uni- 
voltine, c'est rendre à peu près certaine la naturalisation en 
France de cette très intéressante espèce. 

médaille de première classe. 

Proléger les cultures contre l'invasion des animaux des- 
tructeurs, c'est rendre un service important. Aussi sommes- 
nous heureux de pouvoir décerner une médaille de première 
classe à M. Félix Durand, ancien vétérinaire principal de 
l'armée, qui a inventé et propagé en Algérie un procédé 
simple et pratique pour défendre les cultures contre l'invasion 
des terribles criquets. Le procédé de M. Durand permet en 
outre de détruire de grandes quantités de ces sauterelles qui 



XC SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCHMATATION. 

trop souvent portent la dévastation dans notre belle colonie 
africaine. 



IMédaillo do seconde classe. 

M. HuiN a réussi à Paris, en 1882, l'éducation des Métis de 
VAttacusPernyi avec l'A itocus Roylei, et aussi l'éducation de 
VActias Sehne. Au cours de ces expériences, le lauréat a fait 
d'intéressantes observations sur la polyphagie de ces espèces 
qui ont accepté de se nourrir sur le Charme aussi bien que 
sur le Chêne. 

La Société est heureuse de récompenser le zèle de M. Iluin 
en lui accordant une médaille de seconde classe. 

Mentions honorables. 

Une mention honorable récompense les efforts de M. Dou- 
CHY, instituteur àBrumetz (Aisne), qui a élevé en 1882 un 
certain nombre de Vers à soie se nourrissant de la feuille du 
Chêne (Pernyi). 

Nous voulons espérer que le zèle de cet instituteur pourra 
lui mériter dans l'avenir de nouvelles récompenses. 

' M. Nemetz, instituteur à Wiener-Neustadt (Autriche), a 
réussi une éducation ù'Attams Pernyi et fait connaître dans 
un rapport bien étudié les observations faites pendant la vie 
des vers. La Société espère que M. Nemetz continuera ces édu- 
cations et les fera dans l'avenir sur une plus grande échelle. 
Elle lui décerne une mention honorable. 



CINQUIÈME SECTION. — VÉGÉTAUX. 

Grande médaille d'argent (Hors classe). 
A l'effigie d'Isidore Geolfroij Saint-Hilaire. 

Le livre sur les plantes potagères publié par notre collègue, 
M. Henry de Vilmorin, est un ouvrage excellent qui rendra 
les plus grands services. Quoique la part faite, dans cette 



RAPPORT DK LA COMMISSION DES RECOMPENSES. XGI 

importante publication, aux végétaux nouvellement introduits 
ne soit pas aussi considérable que nous aurions pu le souhai- 
ter, la Société est heureuse de décerner à M. Henry de Vil- 
morin une grande médaille d'argent hors classe. Notre col- 
lègue est de ceux qui par leurs publications, par leurs eiïorts 
de toute nature, servent le plus utilement notre cause. 

Prix Uc 500 rnincs 

Fondé par la Sociclé pour j'inlroduclioii en France d'une espèce végétale propre à être 
employée pour l'alinicnlalion de l'iiomme. 

M. Paillieux reçoit aujourd'hui le prix que la Société avait 
proposé en 1881 pour récompenser l'introduction en France 
d'une plante alimentaire nouvelle. 

Depuis quatre années le Capacho {Canna edul i s) est cullïvé 
par M. Paillieux; cette plante a été examinée, dégustée parles 
juges les plus compétents et mérite de prendre rang parmi 
les végétaux alimentaires cultivés dans nos jardins. 

La Société est heureuse de décerner ce prix à M. Paillieux 
dont le zèle et la persévérance sont un exemple pour tous. 



Illcclnillc»4 de prciuicro classe. 

M. AuDiBERT, le créateur de l'important établissement hor- 
ticole de La-Crau-d'lIyéres (Var), reçoit une médaille de pre- 
mière classe pour la collection de Kakis (Diospi/ros) qu'il 
cultive et qu'il répand aujourd'hui dans le public. Les fruits 
de ces Kakis ont été appréciés et dès maintenant la Provence 
se trouve en possession d'un fruit nouveau et méritant. 

Les travaux publiés par M. Bastide sur diverses questions 
agricoles algériennes, ont attiré l'attention de la Société. 

En faisant bien connaître la géographie de la province qu'il 
habite, M. Bastide sert utilement l'acclimalation. La Société 
lui décerne une médaille de première classe. 

M. le D' E. L. Bertiieuand (d'Alger), déjà lauréat de la 



XCII SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

Société, a publié divers travaux se rapportant à des applica- 
tions thérapeutiques ; de plus il a fait paraître une brochure 
ayant pour but de signaler les végétaux dangereux de l'Algérie. 
L'ensemble de ces travaux intéressants mérite à M. le D' E. L. 
Bertherand une médaille de première classe. 

M. le D' Bretschneider, médecin de la légation russe à 
Pékin, auteur de savants travaux sur la flore de Chine, dési- 
reux de seconder nos efforts, nous a fait un envoi important 
de graines de divers végétaux utiles de ce pays. 

La Société est heureuse de témoigner sa gratiludc à ce gé- 
néreux collaborateur en lui attribuant une médaille de pre- 
mière classe. 

M. Le Myre de Vilers, l'un des membres honoraires de la 
Société, gouverneur de la Gochinchine, et notre collègue 
M. 0. Moquin-Tandon, directeur du Jardin botanique de 
Saigon, ont signalé à l'attention de la Société les titres de 
M. Colombier à nos récompenses. 

« M. Colombier, dit le gouverneur dans sa dépêche, est un 
des hommes qui ont le plus contribué à l'amélioration de la 
santé des Européens en Cochinchine par l'introduction des 
plantes maraîchères presque indispensables à notre alimenta- 
tion. Grâce à lui, Saigon est devenu un port de production et 
nous envoyons maintenant des légumes à Singapoore et même 
en Chine. » 

La Société nationale d'Acclimatation est heureuse d'offrir 
à M. Colombier une médaille de première classe. 

L'élude de la flore de l'île de la Béunion, des publications 
sur les essences propres au reboisement des mornes, méritent 
à M. le D' de Cordemoy, qui habite la colonie, une médaille 
de première classe. 

Votre Secrétaire général, Messieurs, est particulièrement 
heureux d'avoir à proclamer ici le nom d'un ancien condis- 
ciple, qui a laissé de ce côté des mers le souvenir de ses mé- 
rites et de ses qualités. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCIII 

L'introduction à l'île de la Réunion des meilleures variétés 
de Cannes à sucre cultivées à l'île Maurice, mérite à M. E. Cornu 
une médaille de première classe. Les publications faites par 
le lauréat sur les meilleurs procédés de culture de la canne 
permettent de profiter comme il convient des importations 
accomplies 

Le Commissaire général gouverneur de l'île de la Réunion, 
M. CuiNiER, avait apprécié dans ses voyages la qualité des fruits 
des Antilles. Devenu gouverneur delà Réunion, il a voulu en 
doter la colonie qu'il était chargé de diriger. La Société est 
heureuse d'offrir à M. le gouverneur Cuinier une médaille de 
première classe, en souvenir de son intelligente initiative. 

M. Romuald Dejernon s'est fait l'apôtre de la culture de la 
Vigne dans le département de Constanline, en Algérie. Par 
ses publications, par ses conférences pratiques faites dans les 
villages, il a puissamment contribué à persuader les colons, 
à les décider à planter la Vigne. 

Ces efforts sont récompensés par la Société nationale d'Ac- 
climatation d'une médaille de première classe. 

Dans une brochure très complète et très étudiée, M. Favier 
(d'Avignon) a résumé avec exactitude tout ce que nous 
savons sur la Ramie, la précieuse plante textile promise à 
notre industrie. 

Cette publication utile mérite à son auteur une médaille de 
première classe. 

M. Paul Fontaine (de Blidah), un des horticulteurs les plus 
anciens de l'Algérie, déjà lauréat de la Société, reçoit aujour- 
d'hui une médaille de première classe pour ses diverses ten- 
tatives de culture des arbres à fruits exotiques qui peuvent 
réussir sous le climat de la colonie. 

En offrant à M. Paul Fontaine cette médaille, la Société 
est heureuse de lui témoigner l'estime toute particulière 
qu'elle accorde à sa persévérance, aujourd'hui vieille de 
trente-cinq années. 



XCIV SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Une médaille de première classe est accordée à M. Emile 
Héry, qui a fait à l'île de la Réunion des plantations considé- 
rables des arbres à Quinquina, et spécialement du Cinchona 
succirubra. Puissent les efforts de M. Héry et de ses imita- 
teurs mettre enfin la colonie en possession des précieuses 
écorces dont la thérapeutique fait aujourd'hui une si colossale 
consommation. 

M. HoNNORATY, de Toulon (Var), reçoit une médaille de 
première classe pour ses cultures de Kakis {Diospi/ros). 
Ayant reçu de M. Dupont, à son retour du Japon, une collec- 
tion de ces arbres fruitiers, M. Ilonnoraly a su les multiplier, 
et, grâce à lui, le midi de la France est aujourd'hui en posses- 
sion de ces végétaux, qui viennent apporter un nouvel élément 
de richesse aux vergers de la région de l'Oranger. 

Diverses introductions de végétaux propres à la grande 
culture en Algérie ; des plantations de Vignes très importantes, 
une exploitation prospère, méritent à M. Lamur une médaille 
de première classe. La Société félicite le lauréat de son esprit 
d'initiative, et reconnaît qu'il a donné un précieux exemple. 

M. J. DEMAzÉRiEUxajoint ses efforts à ceux de M. E. Cornu, 
que nous avons nommé tout à l'heure, pour enrichir les cul- 
tures de l'île de la Réunion des meilleures variétés de Cannes 
à sucre cultivées à l'île Maurice. 

La Société ne pouvait séparer dans sa reconnaissance ces 
deux collaborateurs ; elle décerne à M. J. de Mazérieux, comme 
à M. Cornu, une médaille de première classe. 

Le mémoire très intéressant de M. Arthui* Noël sur les re- 
peuplements artificiels des forêts et la restauration des clai- 
rières intéresse par plus d'un point la Société d'Acclimatation. 
Aussi nous lui décernons une médaille de première classe, 
heureux que nous sommes de pouvoir récompenser cet excel- 
lent travail, qui mérite d'être dans toutes les mains. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RÉCOMPENSES. XCV 

Si la question du reboisement est intéressante en France, 
en Algérie elle est d'une importance qui s'impose. 

Pas de forêls, pas de sources, et dans les pays du soleil, on 
peut ajouter pas d'eau, pas de cultures. 

Les conférences faites par M. Ollive sur les causes du dé- 
boisement en Algérie et sur la nécessité de reboiser, ont attiré 
l'attention de la Société, qui décerne à leur auteur une mé- 
daille de première classe. 



M. Julien Potier a introduit à l'île de la Réunion un grand 
nombre de plantes utiles. La Société est heureuse de re- 
connaître ces elîorts en délivrant à M. Julien Potier une mé- 
daille de première classe. 

M. Reynard, sous-inspecteur des forêts en Algérie, a fait 
des conférences et des publications sur le reboisement et 
aussi sur la restauration des pâturages dans le sud de la pro- 
vince d'Alger. 

Ces utiles efforts méritent l'attention, et la Société décerne 
à M. Reynard une médaille de première classe. 

Le Rapport de M. Tassy, sur le service forestier en Algérie, 
est un travail sérieux qui apporte à l'étude de cette impor- 
tante question des documents importants. La Société décerne 
à M. Tassy une médaille de première classe. 

M. Humbert, instituteur à Raddon (Haute-Saône), déjà 
lauréat de la Société, persévère dans ses cultures expérimen- 
tales. Dans un rapport étudié, il fait connaître ses apprécia- 
tions comparatives sur les avantages que présentent, pour sa 
localité, les diverses variétés de céréales expérimentales. 
M. Humbert reçoit une médaille de deuxième classe. 



Médailles de seconde classe. 

Depuis plusieurs années déjà, M. Malapert cultive \cThla- 
dianlha dubia de l'Himalaya et de la Chine. Les fruits de cette 



XCYI SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATiON. 

cucurbilacée à la fois décoratifs et alimentaires sont suscep- 
tibles d'applications diverses. La Société offre à M. Malapert 
une médaille de deuxième classe. 

L'an dernier, M. Romanet du Caillaud a reçu une médaille 
pour avoir importé et cultivé les Vignes chinoises duChen-Si. 
M. Romanet du Caillaud signale à l'attention de la Société les 
droits de M^'' Pagnucci, évêque de Chen-Si , à nos récompen- 
ses, car c'est à ce vénérable missionnaire que nous devons 
l'importation des vignes du Céleste-Empire. Une médaille de 
deuxième classe est offerte à M^"" Pagnucci. 

Une brochure de M. Vérot sur l'arboriculture forestière 
en Algérie mérite une médaille de deuxième classe. Cette pu- 
blication peut servir de guide pratique pour la constitution de 
pépinières forestières en Algérie. 

montions honorables. 

Une mention honorable est accordée à M. Jean Dybowski, 
professeur répétiteur à l'école régionale agricole de Grignon, 
dont le travail sur la Bardane comestible du Japon a attiré 
l'attention de la Société. 

La culture de la Vigne en Algérie prend chaque jour. plus 
d'importance, et les résultats obtenus donnent à penser que 
la production du vin deviendra pour la colonie la source d'une 
sérieuse prospérité. 

Les autorités compétentes de l'Algérie ont attiré l'attention 
de la Société sur MM. Chatillon, Fontëneau, Plisson et 
Sardou, qui, par leur initiative, par leur persévérance, ont 
puissamment aidé à la vulgarisation de la culture de la Vigne 
dans la province d'Oran. 

Une mention honorable est accordée au nom de la Société 
à chacun de ces viticulteurs. 



RAPPORT DE LA COMMISSION DES RECOMPENSES. XCVII 

RÉCOMPENSES PÉCUNIAIRES 

Primes ofTerte»; ptiv la •Société. 

Une prime de 100 francs est accordée à M. Florimond Ber- 
THiER, faisandierchezM. Pays-Mcllier, à laPataudière (Indre- 
et-Loire). Notre collègue M. Pays-Mellier a trouvé dans M. Ber- 
thier un collaborateur intelligent et dévoué des plus méritants. 

C'est par millions que rétablissement de M. Schuster (grand- 
duché de Bade) produit chaque année des alevins d'œufs de 
poissons qui sont ensuite jetés dans les cours d'eau de l'Alle- 
magne. M. Schuster est secondé par M. Dietricii, qui lui 
donne un concours précieux. La Société lui accorde une 
prime de 100 francs. 

M. J. B. Blaise, cultivateur vigneron, à Choloy (Meurthe- 
et-Moselle), s'occupe depuis plusieurs années d'éducation de 
Vers à soie se nourrissant de la feuille du Chêne. Ses essais se 
font en pleine forêt; la Société est heureuse de pouvoir en- 
courager M. Biaise en lui accordant une prime de 200 francs. 

M. HuiN est un de nos collaborateurs les plus zélés; il 
donne son concours à la Société de plus d'une manière. Nous 
saisissons avec empressement l'occasion de lui témoigner l'in- 
térêt que nous prenons à ses travaux de sériciculture en lui 
allouant une prime de 100 francs. 

Primes fondées par feu Agron do Cicrmigny 

Pour récompenser les bons soins donnés anx animaux ou aux plantes. 

M. Baptiste Langel, employé à la ménagerie du Muséum 
d'histoire naturelle, reçoit la prime de 200 francs pour les 
bons soins qu'il donne aux animaux qui lui sont confiés et en 
particulier pour avoir obtenu la reproduction de l'Antilope 
Gnou. C'est la première fois que cetle intéressante espèce du 
Cap de Bonnc-P^spérance naît en Europe. 

ii" sÉiiiE, T. X. — bcaucc publifjuc amiuclle. g 



XCVIII SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

La prime de 100 francs est accordée à M. Roy, employé au 
Jardin zoologique d'Acclimatation. Le zèle de ce serviteur soi- 
gneux, déjà plusieurs fois récompensé, est toujours digne 
d'éloges. 

Primes offertes par l'administration du Jardin zoologique 
d'Acclimatation ai ses employés. 

M. Hyacinthe Blondel est attaché au Jardin zoologique 
d'Acclimatation depuis la fondation de l'établissement; c'est 
aujourd'hui le plus ancien de nos agents, c'est aussi un des 
plus dévoués; il reçoit une prime de 200 francs. 

Une prime de 200 francs est accordée à M. Dudale, gardien 
chef au chenil, qui, dans ses difficiles fonctions, nous donne 
une entière satisfacti-on. 

M. Achille Fauuue, faisandier chef, reçoit une prime de 
100 francs. C'est pour nous un collaborateur soigneux et expé- 
rimenté. 

Une prime de 100 francs est accordée à. M. Moutard, em- 
ployé à la volière, qui se montre exact et fidèle. 

Le jeune Alix est déjà un vieil employé de l'établissement; 
il n'a jamais cessé de mériter nos éloges par sa bonne tenue et 
son zèle. Nous lui donnons une prime de 50 francs. 

L'apprenti faisandier Pierre est un bon sujet, déjà connais- 
seur, qui mérite, par son travail régulier et par son intelli- 
gence, la prime de 50 francs que nous lui remettons. 

Hallié, groom au manège, reçoit une prime de 25 francs. 

AMorançais, du service du chenil, il est accordé une prime 
de 25 francs. 



Le Gérant: Jules Grisaud. 



Imprimeries rtunlcs, A. rue Mignon, 2. Parla 



BULLETIN MENSUEL 

DE LA 

SOCIÉTÉ NATIONALE 

D'ACCLIMATATION 

FONDÉE LE 10 FÉVRIER 1854 
RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER 1855 



I. TRAVAUX DES WIEWBRES DE LA SOCIÉTÉ (1) 



ACCLIMATATION DU Nx\NDOU EN FRANCE 

Extraits de diverses lettres adressées à M. le Secrétaire général 
Par nn. BÉREIVCiER , D'^ CLO$i, PATS-MELLIER et MERCIER 



Monts-sur-Guesnes (Vienne), 16 juin 1882. 

Je m'empresse de vous faire connaître le résultat de l'incu- 
bation de mes Nandous. Ce résultat ne pouvait être que peu 
satislaisanl, puisque, ainsi que je vous le disais dans une 
précédente lettre, le Nandou avait commencé à couver," n'ayani, 
que six œufs dans son nid. Il est viai, comme je l'avais sup- 
posé avec raison, que la ponte de la femelle n'était pas ter- 
minée, mais les œufs qu'elle a continué à pondre ne pouvaient 



(1) La Société ne prend sous sa responsabilité aucune des opinions émises par 
es auteurs dos articles insérés dans son JJullelin. 

3° SÉRIE, T. X.. —Janvier 1883. 1 



*^ 



2 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

plus, en les supposant bons, parvenir à l'éclosion en même 
temps que les premiers. 

Je n'ai eu que quatre fois pendant l'incubation l'occasion 
d'observer moi-même le nombre des œufs qui se trouvaient 
dans le nid, et voici le résultat de ces observations : Le 3 mai, 
l'incubation commençait avec six œufs ; le 6 mai au soir, il y 
en avait huit; le 15 mai, dix; le 26 mai, onze, et le 6 juin, 
treize. 

Je comptais que l'éclosion aurait lieu le quarante-et-unième 
ou le quarante-deuxième jour comme l'année dernière. Elle 
a eu lieu le dimanche soir 11 juin et le lundi 12 juin, trente- 
neuvième et quarantième jours d'incubation, eLn'a donné que 
quatre petits, dont un, mal venu, est mort presque immédia- 
tement. Le Nandou n'a quitté le nid que le mercredi 14 juin. 
11 y laissait trois œufs clairs, ou dans lesquels l'embryon était 
mort à une époque peu avancée de l'incubation, et six autres 
œufs qui, paraissant bons, ont été placés sous une dinde que 
je tenais en réserve à cet effet. Mais je n'attends pas grand 
résultat de cette mesure, à cause de l'intervalle entre la ponte 
de chacun de ces œufs, d'où résulterait nécessairement un 
intervalle proportionnel entre leur éclosion. 

La ponte de la femelle n'était pas encore terminée, car, 
immédiatement séparée du mâle et des jeunes après l'éclo- 
sion, comme l'année dernière, elle a encore pondu un œuf 
mercredi dernier. 

Une des difficultés qu'oftre l'éducation du Nandou me 
semble donc résulter de l'habitude qu'aie mâle de commenn^r 
l'incubation avant que la ponte de la femelle soit complcLc. 
Mais cet inconvénient peut être diminué en donnant plusieurs 
femelles à un mâle et en ayant recours à l'incubation artili- 
cielle pour les œufs en retard au moment de l'éclosion. 

Je désire que ces détails puissent être utiles à ceux de nos 
collègues qui s'occupent de l'éducation du Nandou, en les 
mettant en garde contre les inconvénients que je viens de 
signaler. 

Veuillez, etc. 

0. Camille Dérenger. 



LE NANDOU EN FRANCE. 



Toulouse, le 27 août 1882. 

A la date du 24 novembre dernier, j'avais l'honneur de vous 
informer de l'insuccès des nombreux moyens employés pour 
élever déjeunes Nandous, nés vers la fin d'octobre au Jardin 
des plantes de Toulouse (voy. le Bulletin de 1881, p. 76^). 
Je crois devoir vous annoncer qu'une seconde couvée a- par- 
faitement réussi, en l'absence de tous soins spéciaux. La 
ponte a été de dix œufs, couvés cette fois, comme la précé- 
dente, par le mâle seul pendant quarante-cinq jours environ. 
Le 5 juin dernier, on voyait éclore six petits, et les quatre 
autres œufs étaient abandonnés par le mâle. Ces animaux 
n'ont pas touché à la pâtée qu'on leur avait préparée, se bor- 
nant à manger de la mie de pain, de l'herbe coupée menu, 
et adoptant bientôt la nourriture des deux adultes, consistant 
principalement en débris de jardinage; comme ceux-ci, ils 
n'entrent jamais dans la cabane ; ils grossissent et se portent 
à merveille. 

Si une nouvelle éclosion a lieu en automne, je n'hésiterai 
pas à laisser les petits avec leurs parents, dans le parc que 
ceux-ci occupent. 

Veuillez, etc. 

D' Clos, directeur. 

La Pataudière (Indre-et-Loire), 21 juillet 1882. 

Je vous écrivais que je possédais ici trois belles femelles 
et un superbe mâle de Nandous. 

Le samedi G mai, ce mâle Nandou s'est mis sur son nid et a 
commencé à couver; il y avait alors douze œufs. 

Depuis ce jour, plusieurs autres œufs ont été pondus, et 
les femelles les déposaient toujours auprès du mâle, qui, sans 
se lever, rapprochait les œufs avec son bec et les faisait couler 
doucement sous lui. 

Dans la nuit du 29 au 30 mai (^il éfait onze heures et demie), 
un orage épouvantable, accompagné d'une pluie torreuliellc, 
a éclaté tout à coup sur la Pataudière. 



4 SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

Au lever du jour, la pluie tombait encore, et nous trouvions 
le Nandou ayant quitté son nid submergé ; vite nous assé- 
chons ce nid avec du sable bien sec; il était trois heures 
et demie du matin et les œufs étaient refroidis, mais l'oiseau 
se remit à couver. 

Le 9 juin, une forte pluie recommence le soir et continue, 
sans relâcher un seul instant, jusqu'au lendemain matin huit 
heures. 

Cette lois, il n'y avait plus rien à espérer, tous les parcs de 
mes animaux étaient remplis d'eau, et le Nandou avait dû 
fuir encore cette inondation ; ses œufs étaient absolument 
noyés. 

Malgré notre peu d'espoir, nous refîmes cependant le nid 
et nous remîmes les œufs sur un fond de sable sec ; mais l'oi- 
seau, découragé sans doute, n'y voulut plus revenir. 

Nous avions bien essayé de faire un abri sur son nid après 
le premier orage du 30 mai ; le Nandou avait alors quitté ses 
œufs aussitôt et paraissait inquiet; nous dûmes donc enlever 
l'abri et laisser le nid à son malheureux sort et à sa mauvaise 
étoile. C'était d'ailleurs l'avis de M. Cornély, de Beaujardin, 
que j'avais consulté. 

Le 11 juin, ne conservant donc plus aucune espérance, 
puisque le Nandou ne retournait plus sur son nid, je voulus 
en avoir le cœur net, et n'ayant pas de couveuse artificielle, 
je fis vider les œufs. 

Jugez de mon immense contrariété, sur 15 œufs que je 
trouvai dans le nid (j'eus la connaissance de 3 cassés au plus), 
il y en avait 12 bons; les petits étaient complètement formés 
et encore tous vermeils. 

Le refroidissement des œufs dans la nuit du 30 mai n'avait 
donc pas été assez long pour les perdre, et je ne devais ce 
désastre qu'à la pluie diluvienne et continue du 9 juin ! 

Depuis cette époque, le mâle Nandou est redevenu en rui, 
et dès le 17 juin je voyais un œuf déposé dans un nouveau 
trou fait dans le sable. Le 23, j'avais 4 œufs. 

Puis la ponte s'est arrêtée, et le mille ne se décidait point 
à couver; le 30 juin, if avait cassé 3 anifs. 



LE NANDOU EN FRANCE. 5 

Le S juillet, une seconde femelle pond de nouveau, et le 8 
celte ponte est encore terminée avec 4 œufs. 

Celte fois, j'avais enlevé le premier œuf du 3 juillet, et le 
1-2, ne voyant point de nouveaux œufs, je mis les quatre der- 
niers, que j'avais conservés, avec le cinquième qui me restait 
de la ponte du 17 juin. 

Je vis le Nandou les rouler sans cesse avec son bec dans 
plusieurs trous qu'il s'amusait à faire, sans vouloir s'attacher 
à aucun, et il a fini par casser encore ^2 œufs sans jamais 
essayer de couver. 

Aujourd'hui, il est toujours en rut et fait entendre son fort 
rugissement en poursuivant sans relâche ses femelles; mais 
la saison est trop avancée, je n'ai plus aucune chance pour 
cette année. 

Agréez, etc. G. Pays-Mellier. 

27 juillet 1882. 

Dans une lettre précédente, je vous adressais quelques notes 
sur mes Nandous.... Si ces notes ont pu vous intéresser, je 
m'empresse de vous dire que ces oiseaux pondent encore une 
fois en ce moment. 

Aujourd'hui, j'ai trois nouveaux œufs, dont deux pondus 
hier, ce qui indique le travail de deux femelles. 

Le maie, toujours en rut et très ardent, ne semble pas dis- 
posé à couver; il serait bon, je pense, de lui enlever ses trois 
femelles. 

J'ai envie d'essayer. 

Agréez, etc. Pays-Mellier. 

Beaurouve, par Illiors (Eure-ot-Loir), 22 juin 1882. 

Je crois devoir vous informer que je viens d'obtenir des 
jeunes Nandous dans les conditions suivantes : 

Mon Nandou, qui était l'année dernière très agressif, s'est 
beaucoup calmé lorsqu'il a été mis en présence de la femelle 
que vous m'avez procurée au mois de mars dernier. 

Nous avons donné au couple de .Nandous une entière liberté ; 



6 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

ils vivaient dans un enclos, partie bois et partie prairie, d'une 
étendue de 40 hectares. Pendant le mois d'avril, M'" Rous- 
seau, qui est chargée chez' moi du soin des oiseaux grands et 
petits, a vu le mâle à plusieurs reprise."'' s'approcher de la 
femelle. 

Le couple ne -s'éloignait guère des ouvrier." qui travaillent 
au jardin, quand dans les premiers jours de mai on a cessé 
de voir d'une manière assidue le mâle Nandou, qui faisait de 
fréquentes absences. 

Le 9 mai, ne l'ayant pas vu de la journée, tout le monde 
s'est mis à sa recherche, et le 10, M'"' Rousseau l'a trouvé sous 
bois, dans un endroit très touffu, où il avait nettoyé une sur- 
face de 5 à mètres carrés, au milieu de laquelle il avait 
amoncelé des brindilles de bois et des herbes pour se faire un 
nid sur lequel il s'était établi. 

M"" Rousseau, sans tenir compte du bec qu'il ouvrait tout 
grand, ayant tout l'air de vouloir la mordre, l'a contraint de 
se lever; il s'est alors, si l'on peut s'exprimer ainsi, assis sur 
ses genoux, et lui a laissé voir six œufs qu'il était en train 
de couver. 

A partir de ce moment, on ne l'a plus dérangé, et elle ve- 
nait chaque jour lui apporter sa nourriture au bas de son nid. 
Le 9 juin, le Nandou était absent de son nid lorsqu'elle est 
venue lui apporter à manger ; elle a compté neuf œufs parfai- 
tement rangés dans le nid. 

Le 20, on a trouvé un dernier œuf de la femelle Nandou, 
qu'elle avait été pondre dans le verger; ce dernier était beau- 
coup plus petit que les autres ; on l'a mis sous une dinde. 

Le 19 juin, M"" Rousseau s'est aperçue qu'il y avait sous le 
Nandou des jeunes qui soulevaient ses plumes. Je crois que 
c'est ce jour-là que les petits sont sortis de l'œuf. 

Le lendemain 20, mardi dernier, nous sommes allés voirie 
Nandou, qui s'est alors levé et est immédiatement parti, en- 
traînant à sa suite cinq enfants qui paraissaient très vigoureux, 
laissant dans le nid abandonné un petit mort, deux œufs clairs 
et deux a3Uts fécondés, que nous avons mis dans la couveuse 
artificielle qui se trouvait en état. 



LE NANDOU EN FRANCE. / 

Le Nandou, suivi de ses petits, a parcouru tout le parc, et 
nous avons pu, une heure après, le faire entrer dans le verger, 
où nous avons immédiatement établi un barrage, lui aban- 
donnant un terrain planté d'arbres fruitiers et en luzerne 
d'une contenance d'environ 5000 mètres, où nous le laissons 
conduire et élever sa famille. 

La femelle est entièrement séparée, et, du reste, n'a pas 
l'air d'en avoir le moindre souci. 

On a installé une mue sous laquelle les petits peuvent aller 
manger, et fixée pour que le Nandou ne puisse aller manger 
la pâtée préparée. 

Les enfants n'ont pas l'air de s'occuper de cette nourriture 
préparée, mais mangent beaucoup d'herbes qu'ils trouvent 
sous la conduite du père, lequel les appelle en faisant un bruit 
tout i»articulier avec son bec. Jusqu'à ce moment, tout ce 
monde parait en parfaite santé. 

J'aurai l'honneur de vous informer plus tard des événe- 
ments qui se seront produits, soit en bien, soit en mal, ainsi 
que du résultat obtenu sur les deux œufs délaissés qui ont été 
mis dans la couveuse. 

Veuillez, etc. 

L. Mercier. 

Beaurouve, le 1 1 oclobre 1882. 

.... Je veux aussi vous faire savoir qu'il me reste deux jeunes 
Nandous de la couvée que j'ai obtenue. Par suite du mauvais 
temps qu'il a fait après leur naissance, il ne m'en était resté 
qu'un, mais j'en ai obtenu un autre d'un œuf que la femelle 
avait pondu dans le nid vers la fin de l'incubation. J'ai mis 
cet œuf dans ma couveuse artificielle, et il est né un petit 
quatre semaines après son aîné. Après quelques jours de soins 
particuliers et avec une dinde couveuse pour le tenir chau- 
dement, je l'ai donné au père, qui l'a parfaitement accueilli. 

Ils sont tous deux très bien constitués. 

L. Mercier. 



LA VIANDE D'AUTRUCHE 

AU POINT DE VUE ALIMENTAIRE 
CHALEUR DÉVELOPPÉE PAR L'EMBRYON PENDANT L'INCUBATION 

Par m. Lucien ÎHERLjITO 

Sous-directeur de la Société anonyme pour l'élevage de l'Autruche en Egypte. 



J'avais déjà eu roccasion de man,uer et faire manger de la 
viande d'Autruche, et elle avait, été trouvée comparable à celle 
de Bœuf, supérieure à celle de Cheval, Buffle et Chameau, 
par plus de quinze personnes qui en goûtèrent. Deux de ces 
personnes étaient tout à fait ignorantes de ce qu'elles man- 
geaient, et ne se firent pas prier pour en demander plusieurs 
fois. 

Toutefois, cette expérience n'ayant pas été conduite avec le 
soin nécessaire, je saisis avec empressement une occasion qui 
se présenta dernièrement pour faire un nouvel essai, que je 
regarde comme définitif. Je m'abstiens de citer des dates, car 
elles ne sont d'aucune utilité et pourraient éveiller la suscep- 
tibilité des personnes qui, à leur insu, ont concouru à juger 
le produit. 

La bête a été abattue à la suite d'une fracture à la jambe 
gauche. C'était un jeune mâle Somali, né à Matarieh et âgé de 
treize mois; les bonnes plumes comm.encaient à paraître. On 
en retira 50 kilogrammes de viande de boucherie, os compris. 

M. P. Gauthier, notre voisin, propriétaire du restaurant de 
l'Arbre de la Vierge, voulut bien se charger de la préparation 
des mets et dressa un menu ainsi composé : 

1° Bouillon; 2" bouilli; 3° rôti; 4" viande en daube. 

Le tout accommodé de la manière la plus simple, comme 
en ménage, en évitant avec soin, sauf dans la daube, toute es- 
pèce d'aromates, drogues, herbes, etc., capables de déna- 
turer le goût naturel de la viande. Les mets devaient être 
jugés tant par nous-même et d'autres personnes prévenues 



LA VIANDE d'autruche, 9 

que par des personnes complètemenl ignorantes de ce qu'on 
leur servait. 

J'aurais voulu joindre à cet essai le cœur et le foie ; mal- 
heureusement mon gros chien de garde me prévint, et do 
quelques coups de dents épargna à M. Gauthier la peine de 
s'en occuper. 

La viande crue présente toute l'apparence du jeune Bœuf, 
avec cet avantage qu'elle est excessivement facile à découper 
dans tous les sens, ce qui la rend très propre à la préparation 
de plats de fantaisie. 

La veille du jour de l'expérience, je dînais (comme d'ordi- 
naire) chez M. Gauthier. On nous servit un consommé au 
vermicelle tellement bon que j'en repris, ce qui ne m'arrive 
presque jamais. Je venais à mon insu de constater délinilive- 
ment la parfaite comestibilité de la viande d'Autruche. M. Gau- 
thier avait anticipé l'expérience pour la rendre plus décisive. 
C'était un consommé d'Autruche. 11 avait été préparé avec un 
morceau de viande de l'arrière-corps et un petit morceau de 
jarret. La complète cuisson avait exigé moins de cinq heures. 
Le bouillon a un goût déjeune Bœ,uf; le morceau de jarret 
l'avait rendu très légèrement gélatineux, comme on l'obtient 
par l'addition d'un pied de veau ; il n'est ni trop gras ni trop 
maigre, couleur et odeur irréprochables. Froid, il conserve 
les mêmes bonnes qualités. 

Le bouilli ne diffère en rien de celui de bonne viande de 
Bœuf, couleur, odeur et saveur, ayant l'avantage d'être ex- 
cessivement tendre. La viande est d'une cuisson très facile. 
Elle a été mangée simplement au sel, sans autre apprêt. La 
peau, quoique épaisse, devient très tendre et n'est pas plus 
dure que celle d'une bonne Dinde, 

Le filet rôti et très peu cuit a donné les mêmes bons résul- 
tats. 

La viande est très juteuse, tendre, couleur de Bœuf légè- 
rement foncé et supérieure au filet de Cheval. 

Il est presque inutile de dire que la viande préparée en 
daube est exactement ce qu'est la bonne viande de boucherie. 
Impossible d'y trouver une différence. 



10 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

Enfin, toutes les personnes prévenues qui en ont mangé 
l'ont trouvée en tout pareille, sinon supérieure, au bon Bœuf 
jeune. 

Quant aux personnes qui n'étaient pas prévenues, elles en 
ont fait des éloges au restaurateur, et j'ajouterai même qu'une 
d'entre elles s'en est nourrie exclusivement pendant deux 
jours (quatre repas) sans se douter le moins du monde de ce 
qu'elle mangeait. 

Quant aux œufs de cet oiseau, je ne saurais me prononcer 
d'une manière aussi décisive, n'ayant jamais eu l'occasion 
d'en manger de très frais. Les seuls que j'aie goûtés étaient 
des œufs clairs qui sortaient des incubateurs, où ils avaient 
passé de cinq à six jours. 

En omelette, je les ai trouvés mangeables, mais pas excel- 
lents. Cuits à l'eau, le blanc (albumine) est mauvais. Il se re- 
commande déjà fort peu par sa couleur de gélatine foncée, 
presque couleur de la colle à bouche ; il a en outre une odeur 
très prononcée, que je ne saurais pas bien définir, mais qui 
n'est pas du tout engageante. Pourtant, je le répète, cela peut 
être un effet de la température d'incubation. Le jaune seul, 
au contraire, est exquis et d'une saveur plus délicate que le 
jaune d'œuf de Poule. Je crois que ce n'est que cette supério- 
rité de goût du jaune qui rend l'omelefte mangeable. Le jour 
où la production permettra la vente en gros d'œufs frais d'Au- 
truche, je pense qu'on emploiera avec avantage le jaune pour 
la pâtisserie, etc. ; mais le blanc devra être livré aux fabricants 
d'albumine. Il ne faut pas oublier qu'un œuf d'Autruche de 
bonne dimension renferme 350 grammes de jaune et 1000 à 
1100 grammes d'albumine liquide. 

Je crois qu'il serait utile de répéter partout où cela est 
possible les essais sur la viande d'Autruche comme produit 
alimentaire. La réussite de l'incubation tant naturelle qu'ar- 
tificielle, l'excessive facilité d'élever les poussins ainsi éclos, 
et leur extrême rusticité, qui les lait pour ainsi dire vivre et 
grandir malgré tout, mettront tôt ou tard les parcs à Autruches 
dans la nécessité de consacrer une partie de leurs produits à 
la boucherie. L'oiseau abattu à l'âge de douze et dix-huit mois 



LA VIANDE d'autruche. 11 

donnerait de la viande très acceptable par le consommateur 
sous le rapport du prix, et assez rémunératrice pour l'éle- 
veur. Mais, comme pour le Cheval, il faut détruire le préjugé, 
et ce n'est qu'en multipliant les expériences qu'on obtiendra 
ce résultat. 



SUR LA CHALEUR DÉVELOPPÉE PAR L'EMDIUON I>ENDANT 

L'INCUBATION 

/ Caire, Parc de Matarieh, lo mars 188'2. 

Monsieur le Secrétaire général , 

Voici le résultat de quelques observations laites aux mois 
d'avril et de mai dernier, pour me rendre compte, du moins 
approximativemenl, de la chaleur que chaque embryon déve- 
loppe pendant l'incubation. 

Faute de pouvoir suivre une méthode d'expérimentation 
scientifique, voici la marche suivie pour arriver au résidlat : 

Deux incubateurs (hydro-couveuses) parfaitement pareils 
furent installés dans des conditions tout à fait identiques. 
Je fis marcher les deux concurremment à vide pendant quinze 
jours, pour m'assurer que leur déperdition de chaleur était 
la même. Ceci constaté, l'un continua à marcher à vide, 
l'autre fut chargé de dix œufs. A partir de la mise en incuba- 
tion des œufs et jusqu'au quarantième jour (veille de l'éclo- 
sion),je tenais compte, à chaque renouvellement d'eau, et 
pour les deux appareils, du produit de la quantité de litres 
d'eau soutirée par leur température, ainsi que du produit des 
litres remis par la température qu'ils avaient en entrant dans 
la citerne. La différence entre ces deux quantités représentait 
en calories la chaleur qu'il fallait ajouter chaque douze heures 
aux appareils pour maintenir les deux à la même température. 

Pendant les quarante jours, cette quantité a été : 
Pour l'incubateur n" -4 marchant à vide 58723 calories 

— 5 avec 10 œufs fécondés 297ÎU » 



d'où une dilTérence de 28!)29 calories 



i'I 



SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 



qu'avait demandées en moins l'appareil ïf 5, calories qui né- 
cessairement avaient été fournies parla vie des dix embryons 
pendant les quarante jours d'incubation. 

Il faut remarquer que ce chiffre, ainsi que ceux qui sui- 
vent, ne représente qu'un minimum inférieur à la vérité, 
car la chaleur émise par les œufs pendant l'ouverture des 
tiroirs, le mirage, etc., était perdue et n'était pas recueillie 
par la machine. 

Toutefois, et faute de mieux, en divisant les observations en 
quatre périodes de dix jours chaque, j'ai dressé les tableaux 
suivants : 

Appareil n" -4 marchant à vide. 











[lillei'ciice on Citlories :ijoutées| 


PKIÎlDDE 


Litres d'oau 


Ciilories 


C.'ilories 


— - 


-— — ■ - 


du 
d(l jours. 


soutirés 
ot remis. 


de 
l'caii soiiliri'e. 


de 
l'caii ri'nii-o. 


pour 
une période 
do 10 jours. 


par 
"2i' heures. 


1 


320 


16 824 


31 080 


1 5 356 


1536 


2 


295 


15 822 


29 205 


13 383 


1338 


3 


314 


16 130 


31 086 


1 4 956 


1 495 


A 


318 


16 454 


41 453 


15 028 


1503 


Totaux. 


1 247 


64 730 


123 453 


58 723 





Apjmreil n" 5 avec 10 œufs fécondés 



l'KRlODES 


Litres d'eau 


Calories 


Calories 


DilTéreiice ou t 


aiories ajouté-es 


de 


soutirés 


de 


de 


pour 




10 jour-;. 


et remis. 


l'eau soutirée. 


l'eau remise. 


une période 
de 10 jours. 


•2i heures. 


1 


225 


1 1 936 


22 275 


10339 


1034 


2 


107.5 


8 591 


16 582 


7 991 


799 


o 


1 30 


859 


13 461 


6 605 


660 


4 


91.5 


4199 


9058 


4859 


48(; 


Totaux. 


620 


31585 


61379 


29 791 





LA VIANDE d'autruche. 13 

Comparaison entre les deux tableaux qui précèdent. 





Calories ajoutées toutes les 24 heui'es 


Ep'iqiic. 


^-^ — — .^- 


- ^,i^— — 




au 11" i. 


au 11" 5. 


1 


1536 


1034 


2 


1338 


799 


-3 


1495 


660 


■ï 


1503 


486 



DilTcrcnce ou calories fournies 
cliaque 2i lieures 

parlOeiiibryoïis. |iar clia(|uc embryon. 



502 

539 

835 

1017 



50 

54 

83 

102 



Ur, sans dire que la respiration soit une combustion, cause 
unique de la chaleur animale, je crois pouvoir admettre une 
certaine relation entre la chaleur produite par l'œuf et l'air 
qu'il nécessite pour sa respiration, dans ce sens que si d'un 
côté la chaleur produite aua;mente en raison du développe- 
ment de l'embryon, ce dernier demande plus d'air au fur et 
à mesure qu'il grandit. En représentant donc par ic un volume 
d'air déterminé, un œuf d'Autruche nécessitera : 

50 X par jour du J ■■ au 10^ jour d'incubalioii ; 
54 a; » . 1 i' 20' » » 

83 X î 21» 30*^ » » 

40" » » 



102 X 



21» 
31* 



J'espère un jour me renseigner complètement sur la valeur 
exacte de x. 

Pour le moment, l'analyse de l'air puisé dans un incuba- 
teur (qui en contenait 100 litres) deux heures après sa ferme- 
ture, m'a donné 

Oxygène. . . . 13.60 
AuU'es gaz. . . 86.40 



100 



Soit, en chilfres ronds, la moitié de Toxygène avait été ab- 
sorbée. Ui' cet incubateur contenait 12 œufs au vingtième 
jour, qui, en conséquence, ont nécessité 20 litres d'air en deux 



14 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

heures, soit 600 litres en vingt-quatre heures, ou bien 50 
litres par œuf et par vingt-quatre heures. 

En divisant cette dernière quantité par 54- (coefficient de la 
deuxième période d'incubation), on obtient 0*925 comme 
valeur de x. 

Il faudra donc pour chaque œuf et par vingt-quatre heures : 

Pendant la !■■'= période 50 X 0,925 = il litres d'air par jour 

— 2^ — 54 X 0,925 = 50 — 

— 3= — 83 X 0,925 = 77 — 
_ 4e _ 102 X 0,925 = 94 — 

J'aurais bien voulu terminer ici ma lettre; mais un argu- 
ment en amène un autre, et je me sens bien tenté de risquer 
quelques mots sur ma manière de considérer la respiration 
des œufs des oiseaux. Je dis risquer, car je pouri^ais parfois 
heurter des idées reçues et des théories acceptées sans pou- 
voir, faute de moyens, appuyer mes opinions par la preuve 
indiscutable de l'expérience directe. Je vais donc me contenter 
devons exposer mes idées, qui sont ma conviction jusqu'à 
preuve contraire. 

J'ai à discuter deux points : le rôle de la chambre à air et 
la manière dont s'accomplit l'échange de gaz à travers les 
membranes coquillières. 

Sur le premier, l'idée généralement admise est que la 
chambre à air est un réservoir destiné à fournir les premières 
quantités d'oxygène au poussin avant son éclosion. 

Pénétré moi aussi de cette idée, quelle ne fut pas ma sur- 
prise en voyant, pendant l'hiver 1878-79, les Autruchons 
bêcher leurs œufs et naître sans toucher à la chambre à air, 
laissant celle-ci intacte et bêchant vers le milieu de l'œuf, 
quelquefois au bout opposé. Je crus d'abord à une anomalie 
dépendant d'une mauvaise incubation artificielle ; mais les 
soins minutieux, les véritables volumes de notes et observa- 
tions recueiUies pendant les hivers suivants, 1879-80 et 
1880-81, ne me laissèrent plus aucun doute. Gela se répétait 
toujours, et s'il y avait anomalie, c'était lorsque le bêchage 
s'accomplissait en brisant d'abord la membrane interne tendue 



LA VIANDE d'autruche. 15 

qui limite la chambre à air. Plus que jamais intrigué, je mis 
en incubation 60 œufs de Poule, dont 50 et quelques vinrent 
a éclosion. Ce ne fut qu'une confirmation. Le poussin pro- 
cède autrement que l'Aulruchon, mais la chambre à air de- 
meure intacte. 

L'Aulruchon frappe du bec sur un seul point (n'importe 
lequel, excepté sur la chambre k air) jusqu'à ce que la coquille 
se fende, et dès lors, par des mouvements convulsifs, et par- 
ticulièrement en détendant ses pattes par secousses, mais sans 
changer de place, il arrive à élargir les fentes et à faire sauter 
la coquille par gros morceaux. Le Poulet, au contraire, tourne 
dans l'œuf pendant le bêchage et suit de la pointe du bec le 
cercle qui limite la chambre à air, mais en dedans de l'œuf et 
non dans l'espace occupé par celte dernière. Il arrive ainsi à 
percer, par des coups répétés, une série de trous très rap- 
prochés, dont le résultat est de détacher d'une pièce toute la 
calotte du gros bout de l'œuf. La calotte amène avec elle la 
membrane tendue qui limitait la chambre à air et l'ensemble 
rappelle assez bien une timbale. 11 arrive quelquefois qu'un 
ou plusieurs coups de bec mal dirigés déchirent celte mem- 
brane, ou bien qu'elle se déchire lorsque le Poussin n'a pas 
bêché assez régulièrement; mais c'est rare. Cinquante Pou- 
lets sont nés sans avoir touché à la chambre à air, plus un 
même nombre d'Autruchons également. Toutes ces éclosions 
étaient-elles des anomalies ou des exceptions? Je ne le pense 
pas. Ce n'est pas le poussin qui perce la membrane intérieure 
pour atteindre l'air. Du reste, rien ne prouve que cet espace 
renferme de l'air respirable. Tout est là plutôt pour prouver 
que le poussin ne respire par les poumons qu'après le bê- 
chage. 

Gela ne veut pas dire qu'il n'inspire et n'expire pas. En 
effet, quelque temps avant l'éclosion, le sang est envoyé tou- 
jouis avec plus de force et en plus grande quantité aux pou- 
mons. Ceux-ci sont forcés de s'étendre et de se coniracter, et 
comme dans les espaces de l'œuf qui ne sont pas remplis par 
le corps du poussin il y a nécessairement des gaz, le bruit 
d'une respiration se fait entendre. Ce bruit est tellement pro- 



16 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

nonce, que par l'application du microphone à l'auscullalion 
des u.'ufs, il m'a été permis de déterminer assez exactement 
le moment du bêchage. Mais si on surprend un poussin à ce 
moment-là, il sera facile de s'apercevoir que les poumons 
n'ont fonctionné que mécaniquement, non physiologique- 
ment. Le sang recourt encore à l'allanloïs pour s'oxyder. En 
pratique, on recommande beaucoup de ne pas aider le Poulet 
à sortir de l'oBuf; sans quoi, il mourrait d'hémorragie. Or 
cette hémorragie provient toujours de la déchirure d'un des 
nombreux vaisseaux sanguins de l'allanloïs; ce qui prouve 
qu'après le bêchage le sang continue encore pour quelque 
temps à s'oxyder à l'extérieur de l'être. 

Chez l'Autruche, cet état entre la vie ovarique et la vie in- 
dividuelle dure de trois à six heures. Au premier bêchage, à 
la première inspiration de l'air ambiant, le cordon ombilical 
et tous les vaisseaux allantoïdiens sont encore en pleine fonc- 
tion, et ce n'est que plus tard que le sang qu'ils contiennent 
reflue en grande partie à l'intérieur du corps, que le cordon 
ombilical se vide, se dessèche et se déchire à l'ombilic. Je 
crois pouvoir dire que la véritable respiration pulmonaire ne 
peut être que celle qui anéantit la respiration allantoïdienne. 
Et cette dernière n'est supprimée qu'assez longtemps après le 
bêchage. 

La chambre à air ne serait donc qu'un simple tampon élas- 
tique destiné à maintenir les couches des différentes albu- 
mines, ainsi que du vitellus, dans le même ordre et position 
relatives qu'elles occupaient avant la formation de la cham- 
bre. En effet, l'évaporation de l'œuf détermine une diminu- 
tion dans le volume de son contenu, et si la chambre à air ne 
venait pas remplacer ce vide, la cicatricule ne se trouverait 
plus tenue contre sa coquille, les différentes couches d'albu- 
mine, devenant de plus en plus planes au lieu de rester con- 
vexes, se déplaceraient relativement au vitellus; la position 
des chalazes en souffrirait aussi. Il y aurait enfin un désordre 
complet et une dislance telle entre la coque et la cicatricule 
que la transmission de la chaleur, pendant l'incubation, 
serait rendue très problématique. Si j'ai appuyé sur l'impor- 



LA VIANDE d'autruche. 17 

tance qu'il y a à ce que les différentes couches d'albumine 
conservent (relativement au vitellus) la place qu'elles avaient 
. au moment de la ponte, c'est parce que j'ai lieu de croire que 
chacune joue, pendant l'incubation, un rôle spécial. J'ai re- 
marqué, sans toutefois avoir pu le constater définitivement, 
que certaines parties de l'œuf, dès le début de l'incubation, 
deviennent incoagulables. 

La nécessité d'un certain équilibre dans la disposition des 
différentes couches d'albumine pourrait bien ne pas être étran- 
gère à la remarque faite par M. G. Dareste, c'est-à-dire que les 
œufs qui ont subi des secousses de transport ne doivent pas 
être mis en incubation immédiatement après, mais seulement 
lorsqu'ils ont dem.euré en repos quelque temps. Je considère 
ce repos comme indispensable pour rétablir un équilibre qui 
a été dérangé par le transport. 

Une autre idée généralement admise est que la respiration 
allantoïdienne s'accomplit par simple filtration de l'air cà tra- 
vers la coque et ses membranes, ces dernières ne jouant dans 
ce cas qu'un rôle bien passif. Je me permets de penser diffé- 
remment, et voici pourquoi : 

Les membranes coquillières, par leurnature, laissent d'au- 
tant mieux passerles gaz qu'elles sont plus sèches. Une preuve 
grossière, mais concluante, est fournie par les œufs pourris, 
qui incommodent d'autant plus l'odorat qu'ils se trouvent 
dans un milieu plus sec. Les gaz intérieurs s'échappent alors 
plus facilement, et à tel point que dans une atmosphère sèche 
la pression intérieure de ces œufs n'arrive jamais à les faire 
éclater, tandis qu'ils éclatent souvent dans les climats humi- 
des. C'est que dans ces derniers les membranes s'opposent 
tellement à la sortie des produits de la décomposition, que 
ceux-ci acquièrent bientôt une tension énorme. Du reste, on 
ne saurait se rendre compte de la pression intérieure qui 
existe toujours dans les œufs pourris sans admettre la presque 
imperméabilité des membranes. 

Mais, d'un autre côté, il est prouvé qu'une condition indis- 
pensable à la bonne incubation est que les œufs plongent dans 
une atmosphère humide. 

3* SÉRIE, T. X. — Janvier 1883. 2 



18 



SOCIKTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATIOJN. 



Quelques praticiens prétendent que cette humidité est né- 
cessaire pour faciliter l'éclosion, car les membranes sèches 
sont difficilement déchirées par les poussins, s'y collent et le 
gênent dans ses mouvements. Or rien de plus facile que de 
constater que la membrane coquillière sèche est beaucoup 
plus cassante, beaucoup plus facile à déchirer que l'humide, 
qui est tenace et élastique. Quant à se coller au poussin, c'est 
toujours l'effet du dessèchement de l'allantoïs et des matières 
albuminoïdes qui y adhèrent, mais jamais l'elTel de la mem- 
brane coquillière. 

L'humidité est donc une des conditions de l'incubation. 
L'œuf toutefois n'en a pas besoin, car, au contraire, il en re- 
jette toujours par évaporation. Voici quelques chiffres pris au 
hasard dans mes notes : 













A LA NAISSANCP;. 




Poids 

à la mise 

on 


10 jours 
aprijs. 


20 jours 

après. 


30 jours 
après. 


te 5 

« c 

1 ^ 

3 .a 


Poussin. 


Coque. 


^ 
wT 


Perle 


iiiciih.ilion 














S 




Sr- 


gr. 


gr. 


gr- 


gr. 


ei-. 


yr- 


gr. 


1630 


1589 


1557 


1521 


1470 


1097 


292 


4(i 


35 


IfiiS 
1504. 


1611 

1468 


1570 
1430 


1533 

1387 


1470 
1330 


1112 
1012 


295 
262 


39 
30 


24 
26 



L'humidité ambiante n'est donc destinée qu'à maintenir les 
membranes coquillières à un certain degré d'humidité en 
empêchant une évaporation trop rapide par la coquille, éva- 
poration qui ne manquerait pas de se produire trop rapide- 
ment dans une atmosphère sèche. 

Mais si la vie embryonnaire n'est possible qu'en tenant les 
membranes coquillières dans un état qui empêche or. du 
moins ralentisse beaucoup le passage libre des gaz, c'est que 
ces gaz sont très probablement conduits à travers les mem- 
branes en solution dan.s ic liquide qui les humecte. Le rôle 



LA VIANDE d'AUTUUCHE. 19 

des membranes serait donc plus compliqué qu'il ne paraît au 
premier abord. 

On s'imagine souvent que l'œuf des oiseaux (et d'autres 
organismes aussi) nécessite une certaine quantité de chaleur 
pour son développement, quantité qu'on a définie sous le nom 
de somme de chaleur. Je ne comprends pas, ou du moins 
j'ignore quelles sont et comment ont été conduites les expé- 
riences par lesquelles on a pu constater cette assimilation de 
chaleur de la part des organismes, principe qui conduit à 
considérer l'être vivant comme une machine à vapeur trans- 
formant la chaleur en vie plutôt qu'en force. 

Ce qui .est sûr, c'est que l'animal adulte est producteur et 
non consommateur de chaleur. Je ne connais pas d'oiseaux 
(puisque je cause Autruches) qui fassent baisser la tempéra- 
ture du local dans lequel ils sont enfermés. C'est le contraire 
qui a lieu. L'analogie déjà ferait admettre le même principe 
pour l'œuf en incubation, qui devrait rationnellement suivre 
les mêmes lois que l'organisme plus complet dont il provient 
et qu'il deviendra lui même. Mais il y a plus que l'analogie, 
il y a l'expérience. Dans un incubateur industriel, c'est-cà-dire 
grossièrement façonné et peu sensible, mis en pratique dans 
des conditions excellentes, mais contraires à des recherches 
exactes, la production de chaleur par les œufs, lorsqu'il y en 
a vingt-quatre d'Autruche dans l'appareil, est sensible du 
cinquième au sixième jour d'incubation. Or, si avec de tels 
appareils et dans de telles conditions la chaleur produite par 
les œufs se révèle au cinquième jour, peut-on croire autre 
chose, sinon que l'œuf produit de la chaleur dès le commen- 
cement de son développement? Des instruments scientifiques 
le constateraient sans doute. 

L'œuf ne consomme pas une seule calorie pendant toute 
l'incubation ; au contraire, la formation de l'être futur ne se 
fait qu'avec production de chaleur. Il y a, il est vrai, aux pre- 
miers instants d'incubation une certaine quantité de cha- 
leur qui disparaît temporairement : mais cette chaleur n'est 
autre que celle nécessaire à porter la masse de l'œuf à la 
température d'incubation ; en d'autres termes, c'est la resti- 



20 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

tution delà chaleur que l'œuf a perdue au moment de la ponte 
par le refroidissement qu'il a subi, chaleur dont l'origine est 
dans les fonctions vitales de la Poule. Pas un atome de cha- 
leur étranger à la vie animale ne serait absorbé si l'œuf était 
mis en incubation aussitôt pondu. 

L'organisme (l'œuf compris) n'est pas un consommateur, 
mais un producteur de chaleur; seulement cette production, 
qui est une des manifestations de la vie, n'est possible que 
dans un milieu dont la température ne varie pas au delà de 
certaines limites. Ces températures extrêmes, au delà des- 
quelles les organismes cessent de vivre, sont d'autant plus 
éloignées, elles embrassent d'autant plus de degrés de nos 
échelles thermomélriques, que l'animal est plus développé, 
que ses organes sont plus parfaits ; 40 degrés d'écart ne sus- 
pendent pas la vitalité de l'adulte, mais 5 à G degrés suffisent 
à suspendre celle de l'œuf. Si pour l'incubation on est obligé 
de recourir à une source de chaleur, ce n'est pas certaine- 
ment pour fournir du calorique à l'œuf, qui n'en a pas be- 
soin ; c'est simplement pour le tenir dans un milieu d'une 
température telle qu'elle est nécessaire pour que ses parties 
constituantes, mues par une vie propre, puissent l'exercer. 

Je me permettrai de dire, en concluant, que l'œuf des 
oiseaux porte en lui tous les éléments nécessaires à le changer 
en animal parfait, sauf l'oxygène qu'il est obligé de prendre 
à l'air, et qui est la seule chose qu'il consomme, qu'il s'assi- 
mile. Seulement, cette assimilation n'est possible qu'à une 
température donnée et dans une atmosphère humide. Chaleur 
et humidité sont des éléments qui ne contribuent que d'une 
manière tout à fait passive au développement de l'œuf; ce ne 
sont que des conditions de vie de l'embryon, et non des élé- 
ments qui prennent part à sa formation. 



CULTURE KXPÉPJMt:NTALE DE PLANTES 

CHLNOISES 



Par n. PAILLIEL'X 



Messieurs, 

Dans notre Bulletin d'octobre vous avez pu lire une lettre 
très intéressante de M. le D' E. Bretsrhneider, botaniste dis- 
tiniïué et médecin de la légation russe à Pékin. 

Cette lettre était suivie d'une liste des graines et des tuber- 
cules de cent douze plantes dont elle avisait Tenvoi. 

M. A. Geoffroy Saint-Hilaire ayant bien voulu me confier la 
culture expérimentale d'un certain nombre de ces plantes, je 
vais avoir l'honneur de vous en rendre compte; mais je vous 
demande la permission de vous présenter quelques observa- 
tions en réponse à celles que contient la lettre du docteur. 

Dans l'appendice au dictionnaire français-latin-chinois de 
M. l'abbé Perny, je lis : AraliK edulis, en chinois Tou hô, et 
l'auteur du dictionnaire a bien voulu m'écrire le nom de la 
plante en caractères chinois que je mets sous vos yeux. 

Le Japon et la Chine ont une flore alimentaire commune, à 
peu près en tous points, et, lorsque j'ai dressé la liste de nos 
desiderata, j'ai dû croire que l'Aralia comestible mentionnée 
par M. l'abbé Perny n'était pas seulement cultivée en Chine 
comme plante médicinale, mais aussi comme plante pota- 
gère. 

Siebold ne fait pas de distinction entre VAralia edulis de 
Chine et celui du Japon. Selon lui, on cultive cette plante en 
Chine comme sudoritique, tandis qu'au Japon on la cultive 
essentiellement pour sa racine, qui est d'un goût agréable, et 
pour ses jeunes tiges, qui sont uh délicieux légume. Le compte 
rendu japonais de l'Exposition de 1878 s'exprime ainsi: « Udo, 
Aralia cordata{\)es\. une plante dont on recouvre les racines 

(1) Synonyme de A. edulis. 



22 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACGLIMATATION. 

en hiver d'une couche de détritus de végétaux et dont on 
mange les pousses à mesure qu'elles apparaissent. Les bour- 
geons de ces pousses sont employés comme épices. » Mon excel- 
lent correspondant, M. le D' Hénon, m'écrivait, le 20 avril 
1879 : « La seule plante potagère que je regrette de n'avoir 
pas apportée, à présent que vous m'avez envoyé le Gingembre, 
est une Araliacée appelée au Japon Udo. Je crois que c'est 
VAralia cordata de Thunberg. On en récolte les jeunes pous- 
ses au printemps à l'étal sauvage et on les mange cuites, 
comme nous mangeons les céleris et les cardons. C'est très 
tort et très mauvais, comme l'est du reste le céleri non blanchi ; 
mais VUdo, cultivé et blanchi sous des feuilles ou delà litière, 
est très bon et il s'en fait au printemps une assez grande con- 
sommation. » 

Je regrette infiniment que M. E. Bretschneiderne nous ait 
pas envoyé la plante médicinale chinoise, disposé que je suis 
à croire qu'elle n'est autre que l'f/do japonais, rendu comes- 
tible par l'étiolement. Vous savez, en effet, que les plantes 
acres, amères ou aromatiques à l'excès peuvent souvent être 
admises sur nos tables lorsqu'on les a t'ait végéter dans l'ob- 
scurité. 

M. Bretschneider nous a envoyé des tubercules d'Eleo- 
charis tuberosa, avec cette note : « Je vous envoie quelques 
échantillons de ces tubercules qu'on cultive beaucoup dans 
les marais et aux environs de Pékin. La plante ici ne fleurit 
jamais; on plante toujours les tubercules. Je doute fort que 
mes échantillons arrivent en bon état à Paris. » 

Ils sont arrivés, en effet, dans un état de complète décom- 
position. La plante se cultive dans l'eau comme le riz et n'au- 
rait peut-être prospéré chez nous que dans les terrains des- 
salés de la Camargue. 

J'aborde maintenant le compte rendu que je vous ai an- 
noncé de mes cultures expérimentales. J'ai cultivé les Cucur- 
bitacées qui portent sur la liste les n''' 49, 50, 51, 52, 53, 54, 
55,50,59,60,01, 02 et 03. 



PLANTES CHINOISES. 2S 



COURGES. 

N" 49. Courge meloniforme, de moyenne grosseur et d'assez 
Donne qualité. 

N" 50. Bénincasa cérifère. Excellent fruit que nous possé- 
dons déjà depuis longlemps. 

N° 51. Courge blanche, de moyenne grosseur, farineuse et, 
selon moi, de qualité tout à fait supérieure. 

N" 52. Courge, petite pomme rouge, non dégustée. 

N" 53. Courge toupie rouge; me semble purement orne- 
mentale. 

N" 54. Courge rouge, moyenne, d'excellente qualité. 

N" 55. Courge demi-longue, à rubans noirs sur fond jaune ; 
non dégustée. 

N° 56. Courge demi-longue à rubans blancs sur fond rou- 
geatre ; non dégustée. 

MELONS. 

Sous les n°' 61, 62, 63 j'ai trouvé trois Melons extrême- 
ment intéressants, auxquels j'ai donné des noms en rapport 
avec leurs caractères extérieurs. 

N" 61. Melon Chayote. Fruit petit, pyi-iforme, à écorce 
lisse, couleur vert-pomme; divisé en 1(1 côtes à peine indi- 
quées par des lignes d'un vert plus foncé que l'écorce. Lon- 
gueur, 16 centimètres; circonférence du côté du pédon- 
cule, 20 centimètres; circonférence du côté de l'ombilic, 
27 centimètres; poids, 370 grammes. 

Ecorce très mince, chair épaisse, blanche, parfumée, très 
juteuse et très fondante. Sa forme rappelle un peu celle du 
Sechium edule et justifie le nom que je lui donne. 

Ce Melon est l'un des meilleurs que j'aie reçus de l'extrême 
Orient. Cultivé sous châssis, il m'a donné successivement une 
dizaine de fruits que je vais apprécier. 

Les Melons de la Chine et du Japon ont une saveur spéciale 
qui ne peut en aucune façon être assimilée à celle des Melons 



24 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

cultivés en Europe. On ne les accepterait pas en France après 
le potage, comme les Cantaloups, les Sucrins, etc. On ne peut, 
selon moi, les manger qu'au dessert. 

Il faut cueillir le Melon Chayote très mûr et ne le manger 
que lorsqu'il est un peu amolli par la maturité et cède sous la 
pression du doigt. C'est alors qu'au dessert, après l'avoir pelé 
comme une poire et coupé en deux ou en quatre parties, on 
le mange, abondamment saupoudré de sucre. 

Ainsi présenté, il paraît bon à beaucoup de personnes, 
mais on doit le considérer comme un fruit à part, oublier 
qu'il se nomme Melon et ne pas vouloir, à tout prix, comme 
on le fait communément, qu'il ressemble à ce que nous pos- 
sédons déjà. 

N° 62. Melon Belle- Angevine. Fruit pyriforme, de cou- 
.eur verte, pointillée de jaune ; marqué de raies longitudi- 
nales d'un vert plus foncé que l'écorce. 
Longueur, 15 centimètres. 

Circonférence au point le plus développé, 29 centimètres. 
Ce Melon a la forme et la couleur d'une grosse poire et 
ressemble un peu au fruit dont je lui donne le nom. Son 
écorce est très mince; sa chair est verte, épaisse, juteuse, fon- 
dante et parfumée, mais il a le défaut de tous ses congénères; 
il n'est pas sucré. 11 faut donc le cueillir bien mûr, le servir 
au dessert et ne le manger qu'avec beaucoup de sucre. 

Le Melon Belle- Angevine est une plante d'amateur, cu- 
rieuse, estimable, mais inférieure aux variétés que nous cul- 
tivons. 

N" 63. Melon Zèbre. Fruit de la forme et du volume d'une 
grosse orange ; écorce lisse, zébrée de dix raies d'un vert foncé 
tranchant sur un fond jaune orange et descendant du pédon- 
cule à l'ombilic. 

Hauteur du fruit, environ 8 centimètres; circonférence, 
28 centimètres ; largeur des raies variant de 1 et 1/2 à 2 cen- 
timètres; poids, 310 grammes. 

Le petit volume du fruit le ferait ranger parmi ces Melons 
portatifs, auxquels on a donné le nom de Melons de poche ou 
Melons-chasseur, s'il pouvait avoir le même emploi, mais il 



PLANTES CHINOISES. 25 

manque de sucre comme les précédents et ne peut être mangé 
qu'au dessert. 

Le Melon Zèbre est d'un aspect séduisant ; sa chair est 
épaisse et blanclie, juteuse, fondante, très parfumée lorsqu'il 
est bien mûr. Je propose d'en faire l'usage que voici : 

Pour une table de vingt personnes on étagera en pyramide 
ou l'on disposera dans une corbeille douze ou quinze fruits 
qui formeront un très beau plat de milieu et charmeront les 
regards des invités. 

Au dessert, le maître d'hôtel enlèvera le plat, coupera les 
fruits en deux, remplacera rapidement les graines par du 
sucre en poudre et servira à chaque convive un demi-fruit, en 
forme de coupe, qui sera mangé à la cuillère comme une 
glace. Ce dessert sera très élégant et très bon. Je m'en suis 
assuré. 

Le Melon Zèbre ne produit que douze à quinze fruits par 
panneau. Le prix en sera donc assez élevé jusqu'au jour où 
les horticulteurs du Midi consentiront à le cultiver. 

La chair épaisse et relativement ferme des Melons d'Oiient 
se prête à la confiserie mieux que celle des nôtres, qui est trop 
aqueuse et ne résiste à aucun degré de cuisson. Je n'ai pas 
fait confire les variétés dont je viens de vous parler, mais 
j'aurais, je crois, réussi avec elles comme j'ai réussi avec 
d'autres de même origine. 
Permettez-moi, Messieurs, une digression. 
Je vous ai distribué l'an dernier des graines du Melon blanc 
japonais {Shiro uri) dont j'ai fait faire de bons beignets et une 
agréable confiserie. Autorisé par ces premiers résultats, j'ai 
conseillé au célèbre confiseur, Piobineau-Boissier, d'employer 
le Shiro uri et je lui ai présenté un horticulteur distingué, 
M. Millet, de Bourg-la-Reine, qui a accepté, pour essai, une 
commande de deux cents fruits qui ont été exactement livrés. 
Vous dégusterez tout à l'heui'e les échantillons, que M. Ro- 
bineau m'a gracieusement offerts, de ces fruits confits dans ■ 
sa maison. 

Les Melons de l'extrême Orient, et le Shiro uri mieux que 
tout autre, pourront être avantageusement cultivés dans le 



20 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Miili et vendus aux confiseurs; mais, pour la région de Paris, 
ce sont des plantes d'amateur qui exigent autant de soins que 
les plus beaux Cantaloups et qui ne seront pas généralement 
cultivés. Ils provoqueront toutefois des essais d'hybridation 
dont on peut attendre d'heureux résultats. 

CONCOMBRES. 

N° 59. Gros Concombre. 

N" 60. Long Concombre. 

Leurs fruits sont de bonne qualité et j'en ai fait usage, 
comme hors-d'œuvre, pendant l'été dernier, mais ils ne se 
distinguent en rien des variétés que nous possédons déjà. 

SOYA. 

N"' 73, 74-, 75, 76. Ces variétés n'ont pas fleuri ou n'ont 
jias formé de gousses. Elles prospéreraient à coup sûr dans le 
midi de la France. 

Haricot radié {Phaseolus radiatus L.). 

Les graines du Haricot radié étaient accompagnées de cette 
note : « Beaucoup cultivé. Aliment très important. Avec la 
farine des graines on fabrique des vermicelles dont j'envoie 
quelques échantillons. » Ces échantillons n'ont pas été trouvés 
dans la caisse. 

J'appelle toute l'attention de la section des végétaux sur 
celte plante qui n'est pas moins cultivée au Japon qu'en Chine. 
L'espèce comprend un grand nombre de variétés. Mes essais 
ont échoué avec toutes, à la seule exception de celle qui se 
nomme au Japon Natsu azuki, c'est-à-dire Azuki d'été, que 
je cultive depuis 1878. 

J'en ai mangé les graines à l'état sec ; c'est un bon légume 
dont la saveur tient à la fois du Haricot et de la Lentille. 

M. E. Bretschneider nous apprend qu'on en fait en Chine 
du vermicelle. Le compte rendu japonais de l'Exposition de 



PLANTES CHINOISES. 27 

1878 nous dit que \eAn, matière sucrée, se fait avec VAznki 
et du sucre ; que le gâteau Yo-kan, ainsi que plusieurs 
autres, se fait avec VAzuki. On se sert aussi de la farine de 
l'Azuki pour dégraisser les étoffes. 

Grâce à l'inépuisable obligeance de M. le D^ Hénon, j'ai pu 
déguster la préparation nommée Yo-kan, pâte ou confiture, 
faite avec des Azuki, du sucre et une sorte de gélatine extraite 
d'Algues marines. Cette gélatine, absolument sans goût, est 
connue au Japon sous le nom de Kan-ten. Les Japonais en 
font un grand emploi culinaire et en exportent une grande 
quantité pour l'Europe (4). 

J'ai eu un instant la pensée de fabriquer avec l'Azuki un 
article de confiserie populaire, à très bas prix; mais le sucre 
est trop cher en France et j'ai renoncé, non sans regret, à mon 

projet. 

Toutes les variétés du Haricot radié pourront certainement 
être cultivées dans le Midi. Il est très productif. On doit le 
semer très espacé, au moins à 50 ou 60 centimètres et ne 
mettre que deux graines à la touffe, qui devient très forte. 

En 1862, M^' Guillemin, évêque de Canton, envoyait à la 
Société, parmi un grand nombre d'autres semences, des grai- 
nes d'une légumineuse nommée Lou téou, dont les Chinois, 
disait le donateur, font un verniicelle fin ou Lou-téou-szé et 
un vin très estimé, Lou-téou-tsiéou ; puis les graines d'une 
autre légumineuse servant à la confection des pâtes, vermi- 
celles, etc., connus sous le nom de Pe-teou-szé. 

Ces semences étaient probablement celles de deux variétés 
de Phaseolus radlatus. Il est vraiment bien regrettable que 
la magnifique collection de graines, reçue en 1862, ait laissé 
si peu de traces, si tant est qu'elle en ait laissé aucune. 

Les usages du Ph. radlatus que j'ai déjà indiqués ne sont 
pas les seuls pratiqués en Chine et au Japon. M. Eugène Si- 
mon, M. l'abbé David, M. le docteur Hénon m'ont signalé 
celui-ci qui n'est assurément pas sans intérêt: on fait tremper 
dans l'eau les graines de l'Azuki, puis on les fait germer au 

(1) Colle (Ui Jupon, du commorce. 



28 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

chaud et dans l'obscurité dans des vases de terre; puis, on 
les lave à grande eau pour enlever les peaux et on mange les 
planlules sous le nom (japonais) de Moyaschi (œil et jambes). 
Il va sans dire qu'on les fait cuire d'abord dans l'eau salée, 
puis dans le Shoyu. C'est assez bon et c'est un moyen iacile de 
se procurer un légume frais en hiver. Si ma mémoire est 
fidèle, c'est en salade que M. l'abbé David mangeait en Chine, 
avec grand plaisir, les jeunes pousses étiolées du Phaseolus 
radia tus. 

La section des végélaux sera peut-être d'avis qu'il y*a lieu 
de demander qu'un prix soit accordé à la personne qui aura 
cultivé avec succès le Haricot radié dans un champ d'un derni- 
heclare. 

S'il se présentait plusieurs concurrents, la préférence serait 
assurée à celui qui produirait les plus beaux spécimens de 
préparations alimentaires, obtenues avec les graines du Pha- 
seolus radialns. 

La Société se mettrait en mesure de fournir ces gi'aines, 
variété Natsa azuki, aux personnes qui promettraient de con- 
courir pour le prix proposé. 

Je me placerais personnellement hors concours et je m'ef- 
forcerais de mettre à la disposition de la Société la plus grande 
quantité possible de semences; 

Kuzu {Pueraria Thunbergiana). 

Sous le n" 39 de la liste, M. Bretschneider nous a envoyé 
des graines du Pueraria Thunbergiana , sans observation 
aucune. Je n'ai pas reçu ma part de ces graines, parce que 
je possédais la plante depuis plusieurs années. M. Naudin en 
a reçu tout ou partie, et je dirai plus loin ce qu'il en pense. 

La plante se nommait autrefois Dolichos bulbosus, plus 
iixvdPachyrhisus Thunbergianus. Klle se nomme aujourd'hui 
Pueraria Thunbergiana. M. le D' Jlénon m'écrivait le 20 dé- 
cembre 1878 : « Le Kuzu sert à faire une fécule très fine, 
K'uzu-no-ko, farine de Kuzu, qui s'emploie comme matière 
alimentaire et fait un empois excellent, bien préférable à celui 



PLANTES CHINOISES. 29 

du riz, La plante n'est pas cultivée ; on en recueille les racines 
dans les bois, où elle existe partout très abondamment... » 

M. le comte de Castillon {Eev. hort., 1875, p. 181) s'ex- 
prime ainsi : « Cette plante est celle que Von Siebold men- 
tionne, page 20 de sa brochure sur l'état de l'horticulture au 
Japon, comme produisant une fécule qui se recommande par 
une qualité supérieure et un bouquet agréable. Les Japonais 
nomment cette fécule Kuzu-ko. Le Dotichos bulbosus, qui 
tire son nom de la grosseur de ses racines, est une plante 
grimpante fort commune au Japon, et qu'on pourrait, je crois, 
acclimater en France. » 

M. E.-A. Carrière fait suivre la note qui précède des obser- 
vations que voici : « En même temps qu'il nous donnait ces 
détails, M. le comte de Castillon poussait la complaisance 
jusqu'à nous adresser un petit sachet de fécule, et nous faisait 
connaître différents procédés [tar lesquels il convient de la 
préparer et de la transformer en aliment aussi sain qu'a- 
gréable y> 

On lit dans le livre intitulé : Le Japon à V Exposition uni- 
verselle de 1878 : « Le Kuzu {Pueraria Thunbergiana) est 
une plante sauvage dont les racines donnent de l'amidon. Ses 
feuilles servent à nourrir les bestiaux et ses fibres à faire des 
étoffes. » 

En 1879, j'ai semé contre un mur exposé au midi les graines 
que j'avais reçues. Elles m'ont donné des tiges vigoureuses, 
qui atteignaient bientôt le chaperon du mur. Elles n'ont pas 
fleuri, et, l'hiver venu, elles ont été gelées. La souche n'a pas 
souffert. 

En 1880, les tiges ont été plus fortes que celles que le semis 
avait produites, et 30 degrés de froid n'ont gelé que les par- 
ties qui excédaient en hauteur 1™,50. Les parties inférieures, 
devenues ligneuses, ont donc résisté au grand hiver. Elles 
n'avaient pas fleuri. 

En 1881, les tiges, dans toute leur hauteur, ont bien passé 
l'hiver. La plante n'a pas fleuri. J'ai donc constaté chez les 
Kuzu une rusticité relative, une végétation luxuriante; mais 
en même temps, sous le climat de Paris, une complète stéri- 



30 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

lité. Celte stérilité cause un double dommage; d'une pari, 
on ne récolte pas de graines à employer comme aliment ; 
d'autre part, on ne peut pas multiplier la plante par des 
semis. 

Au Muséum, où il existe quelques pieds de Kuzu, les plantes 
ont, comme les miennes, résisté aux hivers, mais n^ont pas 
fleuri. On a essayé de faire des boutures, on a échoué. Le 
couchage des tiges a donné un meilleur résultat ; on a ob- 
tenu par ce procédé un ou deux pieds nouveaux. 

De mon côté, j'ai obtenu d'abord un pied par le même 
moyen ; mais la plante ayant acquis une vigueur et un déve- 
loppement extraordinaires, j'ai pu cette année coucher une 
vingtaine de tiges, qui me donneront autant de plantes nou- 
velles. 

Les tiges de Kuzu émettent des jets si nombreux, si longs, 
si fibreux, qu'on ne peut douter du profit que l'on tirerait de 
cette plante, considérée comme textile, si l'on pouvait la na- 
turaliser dans nos bois ou en obtenir par la culture d'abon- 
dantes récoltes. 

On n'oubliera pas non plus que, si la souche fournit une 
précieuse fécule, ses feuilles sont recherchées par le bétail, 
et que ses graines sont alimentaires comme le haricot. Ces 
produits sont d'ailleurs secondaires, et c'est, avant tout, 
comme plante textile qu'il faut considérer le Kuzu. 

M. Gh. Naudin a reçu de notre Société les graines arrivées 
de Chine. 11 possédait déjà la plante. On lira dans notre Bul- 
letin, avec l'attention qui lui est due, le jugement que porte 
sur elle le savant dn-ecteur de la Villa Thuret. 

« Si le Kuzu, dit-il, peut fournir des fibres textiles, il est 
très inférieur sous ce rapport au chanvre et au lin, dont la 
culture est relativement très facile, et qui donneront toujours 
un produit beaucoup plus élevé et à bien moindres frais. 

» Pour que le Kuzu fût accepté par l'agriculture en France, 
il faudrait qu'on lui découvrît quelque propriété que ne pos- 
sèdent pas nos plantes d'introduction plus ancienne; or jus- 
qu'ici je ne lui en reconnais aucune. Ce n'est pas cependant 
une raison pour l'abandonner. Il se peut que de nouvelles 



PLANTES CHINOISES. 31 

reciierches nous le montrent sous un aspect plus favorable. 
Jusque-là attendons. » 

Je dis à mon tour : attendons, mais expérimentons. N'at- 
tendons pas les bras croisés. J'ai confiance dans les renseigne- 
ments que j'ai recueillis, et qui présentent comme remarqua- 
blement belle la toile de Kuzu. 

Cette toile ne ressemble peut-être pas plus à celle de 
chanvre ou de lin que ne lui ressemble celle de la ramie. Si 
la plante possède des propriétés particulières, n'attendons pas 
paresseusement qu'on nous les fasse connaître ; nous atten- 
drions en vain. 

Faisons venir les graines pour semence, et, comme échan- 
tillons, les fibres, le filé et la toile de Kuzu. Instituons un 
prix pour la culture d'un demi-hectare, et la lumière sera 
faite. 

MOUTARDES. 

Sous lesn"' 85, 86, 87, j'ai reçu trois variétés de Sinapis. 

Le n°85 est désigné sur la liste comme étant cultivé pour 
ses racines globuleuses, napiformes ; le n° 80, comme étant 
cultivé pour ses graines (Moutarde chinoise). 

Le n" 87 est inscrit sans indication de ses usages. 

Ces trois Moutardes, semées au printemps, ont monté si 
vite à graine, que je n'ai pu saisir, durant cette première 
culture, le moment où il m'aurait été possible de les déguster ; 
mais, le 1" août, j'ai semé de nouveau le n" 85, auquel j'at- 
tachais une importance particulière, et j'ai obtenu en quel- 
ques semaines de belles plantes, munies de ces racines globu- 
leuses qui m'étaient promises, et dont je place des spécimens 
sous vos yeux. 

La Moutarde tubéreuse était jusqu'ici absolument inconnue 
en France. C'est une acquisition intéressante, dont je ne puis 
aujourd'hui apprécier le mérite, mais que nous ne devons 
pas laisser tomber dans l'oubli. La plante est-elle destinée à 
l'alimentation de l'homme ou à la nourriture des animaux, je 
ne sais; ce que j'ai constaté dans un premier essai, c'est que. 



32 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

dans l'espace de deux mois et demi, elle donne une récolte 
abondante de feuilles et de racines. Il semble donc qu'elle 
puisse être immédialemeni classée parmi les cultures déro- 
bées les plus faciles et les plus productives. J'appelle sur elle 
toute l'attention de la 5' section. 



staciiys affinis. 

Sous le n" 46, j'ai reçu ce Stachys, désigné sur la liste 
comme étant beaucoup cultivé pour ses tubercules que man- 
gent les Chinois. 

Les tubercules sont arrivés en bon état pour la plupart, et 
ont végété passablement en plein air. Les plantes n'ont pas 
fleuri. Elles ont formé des touffes basses, pourvues d'une 
multitude de racines tuberculeuses, de petit volume et de 
toutes formes, extrêmement fragiles, d'un lavage difficile à 
cause de leur difformité et de leur fragilité. Je vous présente 
un flacon de ces tubercules conservés dans le vinaigre. La 
plante était jusqu'ici tout à fait inconnue en France. On ne 
nous dit pas comment les Cliinois la préparent pour la table ; 
mais le Stachys affinis, comme son nom paraît l'indiquer, a 
beaucoup de rapports avec le Stachys Sieboldii, que l'on 
rencontre au Japon sous le nom de Choro-fji. Ses racines tu- 
berculeuses, dit le compte rendu japonais déjà cité, ressem- 
blent à des chenilles. Pour les manger, on les conserve dans 
du vinaigre de prunes. 

J'ai donc mis dans le vinaigre quelques-uns des tubercules 
récoltés cette année. Je les ferai peut-être entrer dans des 
PicA;^es de composition nouvelle, que j'ai l'intention de vous 
présenter prochainement. 

J'espère que le Stachys affinis, couvert d'un peu de litière, 
n'aura pas souffert de l'hiver si clément que nous traversons. 
Par précaution, j'ai conservé dans des pots mis en serre un 
certain nombre de tubercules. 

Le temps m'a manqué pour préparer des sachets de se- 
mences d'une partie des plantes dont je viens de vous parler. 
J'en ferai une distribution le 6 mars prochain aux membres 



PLANTES CHINOISES. 83 

présents à la réunion de la 5' section. Chaque sachet ne con- 
tiendra qu'un très petit nombre de graines, ce qu'on me par- 
donnera, j'espère. 

Je ne terminerai pas ce compte rendu sans adresser à M. le 
docteur Bretschneider l'expression de notre vive gratitude 
pour la précieuse collection qu'il a bien voulu adresser à 
notre Société. 

PÉ-TSAÏ DE MONGOLIE. 

Il y a quelque dix ans, le Muséum reçut une caisse d'ar- 
bustes de Mongolie, et la terre qu'elle contenait fut jetée au 
hasard dans un coin de l'École des Poiriers. 

A quelque temps de là, cependant, on s'aperçut que dans 
cette terre poussaient de jeunes plantes, lesquelles prospé- 
rèrent, fleurirent, furent présentées à M. Decaisne, et déter- 
minées par lui sous le nom de Pé-tsaï de Mongolie. 

Un peu plus tard, j'en reçus des graines, et, depuis sept à 
huit ans, je n'ai pas cessé de cultiver la plante. Je la consi- 
dérais alors comme potagère, et je la présentais comme 
telle, le 27 février 1879, à la Société d'horticulture. J'ai re- 
connu mon erreur, et c'est comme plante fourragère que je 
vous l'apporte aujourd'hui. 

Le Pé-tsaï de Mongolie est extrêmement hâtif. Semé au 
commencement d'août, il fournit dès le mois d'octobre une 
abondante récolte de feuilles que le bétail mange avec avi- 
dité. 

Les spécimens que je vous présente sont le produit d'un 
semis fait à la volée, en plein champ, le il août dernier. 
L'hiver est tellement doux que les plantes montent déjà à 
graine ; mais on peut compter sur une récolte de feuilles 
fraîches pendant tout l'hiver. 

Le Pé-tsaï ne semble pas souiïrir de la gelée. Il a supporté 
sans dommage les 30 degrés de froid de 1880, et ne s'est ja- 
mais montré plus vert ni mieux portant que le jour où a dis- 
paru le manteau de neige qui le protégeait. 

Voici en quels termes un concours a été ouvert par la 

3» SÉIUK, T. X. — Janvier 188J. 3 



34 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Société, en1866, pour l'introduction d'une plante fourragère : 
Introduction en France et mise en grande culture d'une 
plante nouvelle pouvant être utilisée pour la nourriture des 
bestiaux. Concours ouvert jusqu'au l"" décembre 1885. 

J'ai longtemps hésité à vous parler du Pé-tsaï de Mongolie, 
Si je le mets aujourd'hui sous vos yeux, ce n'est pas que je 
prétende au prix qui est ofïert. Je me borne, pour le moment, 
à demander acte de la présentation d'une plante fourragère 
nouvelle. Je crains bien, d'ailleurs, qu'une des conditions du 
concours ne m'en interdise l'accès. En effet, je ne suis pas 
agriculteur et je ne puis mettre, comme on l'exigerait, le 
Pé-tsaï en grande culture. 



TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ. 



LE PHYLLOXÉRA EN AUSTRALIE 

MOYENS EMPLOYÉS POUR LE COMBATTRE 
Par n. Louis BOUTAI\I 



On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de 
rechercher les moyens les plus efficaces pour préserver notre 
colonie algérienne de l'invasion du Phylloxéra, 

Je crois qu'il est bon de donner, à ce sujet, quelques indi- 
cations sur la manière dont les Australiens ont combattu la 
propagation de l'insecte dans les vignobles de la province de 
Victoria. 

Je me trouvais à Melbourne en 1881, délégué par le minis- 
tère de l'Instruction publique, à l'occasion de l'Exposition 
internationale qui avait lieu dans cette ville, lorsque la ques- 
tion du Phylloxéra fut agitée, pour la première fois, en Aus- 
tralie. 

Le parlement de Victoria reçut une adresse alarmée des 
viticulteurs de la province qui se plaignaient du dépérisse- 
ment de leurs vignes et demandaient l'intervention du gouver- 
nement pour rechercher et combattre la cause du mal. Une 
commission fut nommée à cet effet et les renseignements qu'elle 
recueillit lui firent soupçonner qu'elle se trouvait en présence 
de l'ennemi qui ravageait les vignobles d'Europe, du Phyl- 
loxéra. 

Aucun des députés qui composaient cette commission n'a- 
vait été à même d'étudier cet insecte, dont on n'avait pas 
jusque-là, constaté la présence en Australie. 

Le gouverneur s'adressa à M. de Montmahou, inspectcui 
général, délégué du gouvernement français, sous les ordres 
duquel je me trouvais et le pria de désigner un naturaliste 



36 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

qui voulut bien s'occuper de la question. Je fus choisi et 
adjoint à la commission dont j'ai parlé. 

Les renseignements les plus contradictoires nous parve- 
naient. 

Certains propriétaires prétendaient que leurs vignes dépé- 
rissaient sans cause apparente et niaient la présence d'aucun 
insecte sur les racines. D'autres affirmaient que la maladie 
était causée par un puceron qui dévorait les tiges. 

D'autres enfin attribuaient le mal au Phylloxéra, mais le 
définissaient de la manière la plus fantaisiste. L'un d'eux, à 
qui l'on demandait quelle était la forme extérieure de l'in- 
secte, répondit : 

« Ceux que j'ai vus ressemblaient à un petit ver blanc, avec 
une tête noire comme une mouche et de longues pattes comme 
une araignée. » 

Dans ces conditions, je ne pouvais évidemment me pro- 
noncer avant d'avoir vu de mes propres yeux. 

La commission tout entière se transporta à Geelong, ville 
située sur la baie de Porl-Philip à une soixantaine de kilo- 
mètres de Melbourne. Tout autour de ce point se trouvaient en 
eliet d'importants vignobles dans lesquels on signalait l'exis- 
tence de plusieurs centres d'infection. 

Dans tout ce district, la vigne est devenue une source im- 
portante de revenus et couvre une grande étendue de terres. 
Elle est cultivée avec beaucoup de soin par des vignerons 
suisses. Ceux-ci ont introduit de toutes pièces les pratiques 
de culture en usage dans les cantons. 

Malgré le bon marché des terrains, les ceps sont plantés 
très près les uns des autres; et la terre est remuée à la main 
à l'aide de bêches ou d'instruments analogues. 

Des voitures mises gracieusement à notre disposition par la 
municipalité de Geelong nous emportèrent rapidement à tra- 
vers les vignobles qui bordent les deux côtés de la route. En 
plusieurs endroits on apercevait les taches caractéristiques 
que l'on a comparées avec raison à des taches d'huile, ce qui 
me portait déjà à penser que c'était bien au Phylloxéra que 
nous avions affaire . 



LE PHYLLOXÉRA EN AUSTRALIE. 37 

On s'arrêta bientôt; l'endroit clioisi était situé au fond d'un 
vallon, et la vigne qui s'y trouvait offrait des traces manifestes 
de faiblesse et d'appauvrissement. On arracha un certain 
nombre de souches et, à mon grand étonnement, il ne fut 
pas possible d'y découvrir un seul Phylloxéra. 

Cet insuccès nous fut expliqué un peu plus tard par les vi- 
ticulteurs de la contrée qui nous apprirent que, lors de la 
saison des pluies, le vignoble en question avait été submergé. 
J'avais ainsi sous les yeux, et sans l'avoir cherché, les bons 
effets incontestables du traitement par submersion. 

La commission se transporta alors sur les coteaux voisins 
et là mes derniers doutes furent dissipés. 

Les recherches furent, en effet, aussi concluantes que pos- 
sible : les radicelles offraient çà et là les boursouflures carac- 
téristiques en forme de chapelets. En plusieurs points, on 
apercevait une poussière jaunâtre qui, examinée à la loupe, 
permettait de reconnaître de jeunes Phylloxéras parfaitement 
vivants. 

Je m'étais muni de mon microscope, et, grâce à lui, je pus 
montrer facilement et sous un faible grossissement aux mem- 
bres de la commission les petits insectes que l'on voyait re- 
muer sur le porte-objet. 

Il restait cependant une question à résoudre. 

Se trouvait-on bien en face du Phylloxéra vastatrix ou 
avait-on aftaire à une espèce différente, indigène? 

Cette question ne pouvait guère être résolue sur place. Je la 
réservai pour une étude ultérieure et je rentrai à Melbourne 
après m'être muni d'un assez grand nombre de spécimens qui 
allaient me permettre d'étudier ce sujet à loisir. 

Après les avoir dessinés soigneusement sous divers grossis- 
sements, je comparai les figures obtenues à celles qu'adonnées 
M. Maurice Girard dans son intéressante brochure que j'avais 
précisément entre les mains. Je constatai une identité parfaite. 

Aucun doute n'était plus possible. C'était bien le Phylloxéra 
vastatrix qui ravageait les vignobles de Geelong. J'appris en 
outre que ce ne sont pas des vignes américaines, mais des 
vignes françaises déjà phylloxérées, notamment des aramons 



6q SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

de l'Hérault qui ont introduit le Phylloxéra dans le district de 
Geelong, 

A la suite de cette excursion, le gouvernement de Victoria 
me demanda de rédiger une note sur les divers modes de 
traitements employés en France pour combattre l'insecte des- 
tructeur et me pria d'y joindre mon opinion personnelle, pour 
le cas présent. , 

Après avoir indiqué les traitements par arrachage, par sub- 
mersion, par les sulfocarbonates, par le sulfate de carbone, 
je préconisai la formation de syndicats, essayant d'établir que, 
si l'on n'agissait pas avec ensemble, le résultat serait néces- 
sairement nul ou incomplet. Je signalai, en outre, la façon 
dont le gouvernement français subventionnait, dans certaines 
occasions, les syndicats constitués, en ajoutant une somme 
égale à la somme versée par chacun d'eux. Je terminai, en 
faisant ressortir l'utilité d'une intervention administrative 
pour vaincre les résistances que l'ignorance ne manque jamais 
de susciter dans des circonstances analogues. 

Les Australiens sont des gens fort pratiques et l'idée des 
syndicats et de l'action directe du gouvernement les séduisit 
beaucoup. 

Un rapport rédigé dans ce sens par le président, L. Smith 
esq., fut adopté par la commission; le parlement en fut saisi 
et une loi fut bien vite édictée. 

Les trois provinces de Victoria, de Nouvelle-Galles du Sud, 
d'Adélaïde, constituées en association, devaient fournir cha- 
cune 4000 livres (100 000 francs) pour subvenir aux frais 
qu'allait nécessiter la destruction du Phylloxéra. 

Tous les viticulteurs des districts envahis étaient tenus de 
fournir 5 schellings (6 fr. 25) par acre de terre plantée en 
vignes. 

Ceux qui refuseraient d'enlrer dans les syndicats et dont 
les vignes deviendraient des foyers d'infection seraient con- 
traints d'arracher à leurs frais et ne recevraient aucune in- 
demnité. Ceux qui feraient partie des syndicats recevraient le 
prix de deux années de récolte et les frais de l'arrachage 
seraient supportés par la caisse du syndicat. 



LE PHYLLOXÉRA EN AUSTRALIE. 39 

L'arrachnge, dans tous les cas, serait étendu à un mille de 
distance autour de la tache et toute replantation était inter- 
dite, pendant une année au moins, après l'arrachage. 

Ces moyens ont-ils réussi? Je n'ai, à ce sujet, aucun ren- 
seignement précis. 

Tout énergiques et tout draconiens qu'ils paraissent, peut- 
être n'étaient-ils pas encore assez radicaux. 

Peut-être la zone protectrice d'un mille n'était-elle pas suf- 
fisante, et, pour être sûr de réussir, il eût fallu l'étendre 
encore davantage. 

Enfin la limite de temps fixée pour une replantalion pos- 
sible n'était pas assez éloignée, car j'ai pu constater, de mes 
propres yeux, que le Phylloxéra vivait encore sur des racines 
laissées dans le sol, après un arrachage qui remontait à deux 
ans. 

Ce fait a été établi dans une seconde excursion que j'ai 
effectuée à Geelong en partie dans ce but. 

Quoi qu'il en soit, cet essai de destruction par arrachage et 
cette action coercitive d'un gouvernement plus démocratique 
que le nôtre méritaient d'être signalés aux viticulteurs fran- 
çais. 



III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 5 JANVIER 1883. 
Présidence de M. Henri BOULEY, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 



MM. 

Rertoni (Moïse), rédacteur de la Revue scien- 
tifique suisse, docteur es sciences, à Lotti- 
gna, canton du Tessin (Suisse). 

Rravard (Philippe-Jean-Alfred), maire et pro- 
priétaire, à Grandrif, canton de Saint-An- 
thème (Puy-de-Dôme). 

BuHLER (A. J.), 30, rue Vignon, à Paris. 

COURTEILLE (François-Auguste), rue Charles- 
Laffitte, 37, à Neuilly (Seine). 

Delaquys (E,), rue Favart, A, à Paris. 

Rault (Jules), rentier, 14, rue Demours, à 
Paris. 

RiHOUET (Amédée), conseiller référendaire à ( 
la cour des Comptes, 55, rue Jouffroy, à | 
Paris. ( 



PRESENTATEURS. 

H. Bouley. 

A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Saint-Yves Ménard. 

H. Bouley. 

J. Grisard. 

Saint-Yves Ménard. 

A. Barbey. 

H. Bouley. 

E. Roger, 

A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Morin. 

Saint-Yves Ménard. 

H. Bouley. 

Saint-Yves Ménard. 

J. Grisard. 

H. Bouley. 

Chesnel. 

J. Grisard. 

H. Bouley. 

Saint- Yves Ménard. 

E. Roger. 



Romain (le commandant Léon-Paul), commis- , A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

saire du gouvernement, avenue de Madrid, ] Saint-Yves Ménard. 

11, à Neuilly (Seine). ( A. Porte. 

La Ligue du reboisement d'Algérie, rue Babazoun, à Alger (Al- 
gérie) a en outre été admise au nombre des Sociétés agrégées. 

— M. le Secrétaire procède au dépouillement de la correspondance. 

— La Société d'horticulture d'acclimatation et des sciences du Cantal 
adresse des remerciements pour sa récente affiliation à la Société natio- 
nale d'Acclimatation. 



PROCÈS-VERUAUX. M 

— M. F. Zeiik, Directeur de l'Association de Pisciculture de la Basse- 
Franconie, adresse ses remerciements au sujet de sa récente admission. 

— M. le Gouverneur de la Cochinchine écrit à M. le Président : « En 
réponse à votre dépèche, en date du 10 août, par laquelle vous me de- 
mandez des renseignements sur les personnes qui ont rendu en Cochin- 
chine des services à l'acclimatation, je ne puis mieux faire que de vous 
transmettre le rapport qui m'a été adressé à ce sujet par M. Moquin- 
Tandon, Directeur du Jardin Botanique. 

» Colombier, qui vous est signalé, est certainement un des hommes 
qui ont le plus contribué à l'amélioration de la santé des Européens par 
l'introduction des plantes maraîchères presque indispensables à notre 
alimentation. Grâce à lui, Saigon est devenu un pays de production, et 
nous envoyons maintenant des légumes à Singapore et même en Chine. 

» Mais Colombier est un travailleur modeste, vivant de peu, ne s'oc- 
cupant que de son jardin, sa véritable passion, ne demandant jamais rien, 
et il n'est pas surprenant que ses services aient été vite oubliés dans un 
pays oîi la population blanche se renouvelle tous les trois ou quatre ans. 

» Bien peu d'Européens aujourd'hui savent que s'ils mangent des 
haricots verts, des petits pois, des asperges, etc., c'est exclusivement à 
Colombier qu'ils le doivent. 

» La Société d'Acclimatation ne peut accorder à cet homme une ré- 
compense d'un ordre trop élevé, et je considère comme un honneur et 
un devoir pour moi de contribuer à la lui faire obtenir. » 

— M. le Président de la Ligue de reboisement de l'Algérie adresse à 
i\l. le Secrétaire général la lettre suivante : 

« Je viens de prendre connaissance des statuts et règlements de la 
Société nationale d'Acclimatation que vous avez eu l'obligeance de m'a- 
dresser. 

> Je vois figurer, au n° 2 des prix extraordinaires à décerner, le para- 
graphe suivant : 

« § 1 La Société voudrait voir étudier particulièrement les causes 

» qui peuvent s'opposer à l'acclimatation et les moyens qui peuvent servir 
» à combattre ou prévenir leurs effets. » 

» Je pense que les travaux de la Ligue répondent au but indiqué, 
puisque nous avons étudié particulièrement les causes qui s'opposent en 
Algérie à l'acclimatation, non seulement des animaux et des végétaux, 
mais encore de l'homme. 

» Notre climat, jadis magnifique, et qui pouvait admettre toutes les 
cultures, est transformé aujourd'hui au point que l'on doit craindre 
inèine pour l'existence de la vigne, notre dernière ressource. Les races 
d'animaux dégénèrent, les cultures se limitent de jour en jour, et il ne 
faut plus songer à l'introduction d'aucune espèce exotique. 

î La cause de tous nos malheurs a été nettement spécifiée par nous : 
a'est la dévastation insensée de nos forêts ! 



42 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

» Tous nos efforts tendent à obtenir de l'État et des particuliers que 
ces ravages soient arrêtés et que l'on repeuple les sommets dénudés de 
nos montagnes. 

î J'espère donc que nous aurons l'honneur de voir admis au bienveil- 
lant examen de notre Société les travaux de la Ligue, qui n'ont, en défi- 
nitive, pour but que de rendre possibles en Algérie l'habitabilité de 
l'homme et l'acclimatation des animaux et des végétaux. » 

— M. le Président du Comité central d'Exposition de l'île de la Réu- 
nion écrit à M. le Président : 

« M. le Gouverneur m'a transmis, pour y être répondu par le Comité 
central d'Exposition, la lettre en date du 10 août dernier par laquelle 
vous avez bien voulu lui demander de vous faire connaître quelles sont, 
en ce moment, les questions se rattachant à vos travaux, qui intéressent 
la Colonie, et les services rendus à l'acclimatation, dans le pays, pen- 
dant ces dernières années. 

j Le Comité, réuni à cet effet, s'est empressé, dans sa séance du 
J8 courant, de préparer les notes que j'ai l'honneur de vous adresser 
sous ce pli. 

» En vous les transmettant, permettez-moi de me faire l'interprète 
des sentiments de gratitude qu'éprouve le Comité pour l'attention dont 
l'île de la Réunion a été l'objet, de la part de la Société d'Acclimatation 
de Paris. 

» La démarche toute bienveillante dont elle vient de prendre l'initia- 
tive a produit une excellente impression dans, la Colonie qui en a été 
informée par la voie des journaux ; elle ne peut manquer d'y avoir aussi 
de très bons résultats, .le me joins à mes collègues pour vous prier d'en 
recevoir nos bien sincères remerciements et d'en témoigner toute notre 
reconnaissance à la savante Société que vous présidez. » 

— M. le marquis de Pruns, Secrétaire général de la Société d'horti- 
culture d'Acclimatation et des sciences du Cantal, écrit du château de 
Brassac : 

« Mon éloignement de Paris ne me permettant pas d'assister aux inté- 
ressantes réunions de la Société d'Acclimatation , permettez-moi d'en- 
voyer à nouveau un vœu, que j'avais déjà émis, et que je regarde comme 
extrêmement utile pour l'avenir. 

» Il faut que les animaux élevés par l'homme pour l'agriculture se con- 
forment comme taille, à un moment donné, avec l'émiettement et la dispa- 
rition de la grande propriété. Dans nos départements du Centre, les ani- 
maux de petite taille, et d'une nourriture facile et peu coûteuse, doivent 
être propagés. 

» J'ai donc l'honneur de demander à la Société d'Acclimatation de 
Paris, dont les avis ont une si grande autorité : 1° que, par l'intermé- 
diaire de son Bureau, elle demande au ministère de l'Agriculture que 
dorénavant la Chèvre soit admise, soit comme laitière, soit comme lai- 



PROCÈS-VERBAUX. 43 

nage, aux Concours régionaux, parce qu'elle répond à un besoin de 
l'époque, qu'elle est, par excellence, la vache du pauvre, parce que les 
belles espèces à soie de l'Orient peuvent enrichir l'industrie de laines 
fines et donnent des pelleteries d'une grande solidité; 2" que l'État, afin 
d'encourager l'élevage, leur accorde des primes. 11 en donne à des ani- 
maux infiniment moins utiles. 

» Je demande que mon vœu soit transmis à qui de droit et formulé 
dans une des prochaines réunions. Je demanderai également que la So- 
ciété encourage, dans nos provinces du Midi, les variétés très naines de 
Chèvres comme chasse. » 

— M. Naudin adresse la note qui lui a été demandée en vue de fournir 
à M. Le Châtelier, officier aux affaires indigènes, en mission à Ouargla, 
les instructions qu'il désire pour les cultures à entreprendre dans cette 
oasis : 

« Je serai enchanté, écrit notre savant confrère, d'entrer dans les 
vues de M. Le Châtelier, autant que mes faibles moyens me le per- 
mettront. Ouargla, à la latitude de 32 degrés, presque celle de la basse 
Egypte, serait un magnifique endroit pour faire de l'acclimatation de 
plantes et d'animaux, si l'on peut y avoir de l'eau (condition première) 
et si l'accès en est facilité par une bonne route, et mieux encore par un 
mauvais chemin de fer, à une seule voie, en attendant qu'on puisse faire 
mieux. 

» Je ne connais pas personnellement la localité; mais, dès qu'il y a 
des habitants, on peut augurer qu'elle peut devenir importante, comme 
point d'appel, pour les caravanes qui vont trafiquer avec le Soudan. 

» Ce qu'il faut, avant tout, c'est de l'eau, qu'elle vienne de puits arté- 
siens ou d'étangs et de lacs créés artificiellement par des barrages, peu 
importe. Avec l'eau, on fera tout ce qu'on voudra. Si on veut y établir 
des cultures, et il faudra qu'on en vienne là, la première chose à faire, 
selon moi, serait de faire d'épaisses plantations d'arbres autour des 
centres de culture, pour arrêter, au moins dans une certaine mesure, le 
vent du désert et l'envahissement du sable apporté par ce vent ; fixer les 
dunes par des plantations de plantes à racines traçantes et d'arbustes 
rustiques appropriés au sol et au climat. On les ti:ouverait probable- 
ment dans le pays même. 

» Pour qui ne connaît l'endroit que par ouï-dire, il n'est pas facile 
d'indiquer le choix à faire. On peut cependant l'essayer, sauf à corriger 
les erreurs au fur et à mesure que l'expérience les ferait reconnaître. 
A première vue, les arbres, arbrisseaux et plantes drageonnantcs des 
parties les plus arides de l'Australie (qui peuvent, sous plus d'un rapport, 
rivaliser de sécheresse et de chaleur torridc avec le Sahara algérien), 
semblent devoir être recommandés en première ligne. Ce sont, par 
exemple, les Eucalyptus buissonnants, les Mélaleucas, les Calothammis, 
les Acacias phyllodaires, en un mot toute cette broussaille dure qui 



M SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

constitue, en Australie, ce qu'on appelle les Mallee scriibs. C'est avec 
cette végétation exercée à endurer la plus extrême sécheresse qu'on for- 
merait la ligne de défense contre le sable et le vent du désert. 

» En dedans de ce rempart, s'établiraient les cultures productives 
(toujours à condition qu'il y aurait de l'eau), Dattiers, céréales appro- 
priées au sol et au climat, arbres fruitiers (Pruniers, Abricotiers, Vignes, 
Kakis de la Chine et du Japon, Orangers, Mandariniers, Citronniers), 
aux(]uels on pourrait essayer d'ajouter le Manguier {Mangifera indica), 
qui fructifie très bien à Madère et aux Canaries, l'Avocatier, le Maniméa 
ou Abricotier d'Amérique, etc. Les plantes fourragères ne devraient 
pas être oubliées, et ou pourrait essayer d'abord celles qui sont indi- 
quées dans le pays, sauf à les améliorer par la culture, puis les fourra 
gères exotiques, dont le nombre est grand. Comme arbres à produire 
rapidement du bois, je n'en vois pas qui conviennent mieux que les 
Eucalyptus, mais il faudrait choisir, dans le grand nombre des espèces 
du genre, celles qui i)Ourraient s'accommoder du terrain. Si le terrain 
est humide ou marécageux, ce sont les Swamp gums qu'il faudrait 
choisir; si le terrain est sec pendant la plus grande partie de l'année, il 
faudrait y mettre les espèces qui craignent l'humidité stagnante dans le 
sol. Tout ceci, bien entendu, est purement théorique; il faudrait avoir 
séjourné quelque temps sur les lieux pour savoir à peu près à quoi s'en 
tenir sur les succès à attendre de ces diverses plantations. 

» Si elles réussissaient, Ouargla serait le lieu oîi la Struthioculture 
aurait toute chance de prospérer. On serait là dans le climat de l'Au- 
truche. Toutes les bêtes curieuses de la Nouvelle-Hollande, mammifères, 
oiseaux, reptiles, mollusques terrestres (comestibles), animaux à domes- 
tiquei' [)Our la table ou le plaisir des yeux, seraient là comme dans leur 
paradis terrestre. Mais je répète qu'il faut de l'eau, encore de l'eau, et 
toujours de l'eau, et si M. Le Chàtelier est assez heureux pour perforer 
le sol aux bons endroits, il aura rendu un service immense au pays, à la 
science et à l'industrie. » 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. Laniol et G. Lar- 
rieu. — Renvoi à la Conunission spéciale. 

— M. Garnot communique deux lettres par lesquelles MM. Géré et 
Maurice de Muizon lui rendent compte de l'élevage des Canards du 
Labrador qu'ils ont reçus. M. Géré a obtenu trois couvées du couple qu'il 
tenait directement de M. Garnot; une couvée de 8 Canetons, et deux de 
7 chacune. 

M. Maurice de Muizon a reçu de M. Jacquemart (de Reims) un Canard 
et une Cane. « Le mâle, écrit M. de Muizon, était beau; mais la Cane 
était petite et tachée de blanc. En fort peu de temps, les Canetons sont 
devenus plus gros que leur mère, leur plumage est magnifique; trois ou 
quatre d'entre eux avaient quelques petites plumes blanches; ceux-là ont 
tous été mangés et trouvés fort bons. 



PROCÈS-VERBAUX. 45 

) Goniine j'avais beaucoup de femelles, j'ai pu donner un mâle et 
deux femelles au père Prieur de la Trappe d'Egiiey (membre de la 
Société d'Acclimatation) qui m'avait été indiqué pour recevoir le lot 
que je devais, selon vos instructions, donner à un membre de notre 
Société. 

> En résumé, la race du Labrador a fort bien réussi chez moi et j'es- 
père, l'année prochaine, en avoir encore de meilleurs résultats. > 

— M. Nelson-Pautier écrit de Lisie (Uordogue) : « J'ai l'honneur de 
vous envoyer la relation d'une remar(iue fortuite que j'ai eu l'occasion de 
faire sur la somme extraordinaire de résistance vitale présentée par le 
Lapin. 

» Quelle que soit l'invraisemblance apparente de mon récit, je l'assure 
exact, et vous pouvez y ajouter foi. Je tiens d'ailleurs à la disposition des 
incrédules, les témoignages affirnialifs des personnes, parfaitement hono- 
rables, qui ont, en même temps que moi, constaté le fait: 

» Le mardi 31 octobre dernier, je prêtais un superbe Lapin étalon, 
de race commune mais pesant néanmoins, alors, 4*"' ,500, à un de mes 
amis chez lequel je devais le reprendre le mercredi 8 novembre. Ce 
jour-là, en ell'et, au moment de mon départ (neuf heures du matin), le 
Lapin a été placé dans le colfre de ma voiture, et ramené chez moi. Ce 
coffre, très étroit et élevé de G'" ,25 seulement, ne contenait absolument 
rien, et ne permettait à l'animal presque aucun mouvement. 

î En rentrant, j'ai trouvé chez moi une lettre qui exigeait, de ma 
part, un voyage immédiat, et je suis parti par le premier train, oubliant 
de faire délivrer la malheureuse bête. Mon absence a duré jusqu'au 
13 novembre. 

» A mon retour, j'avais quelques affaires à mettre au courant, et je n'ai 
point songé au Lapin. Le samedi 18 novembre seulement, à deux heures 
du soir, c'est-à-dire un peu plus de dix jours après son incarcération, je 
me suis souvenu de la pauvre bête, et, la supposant morte depuis plu- 
sieurs jours, j'ai donné l'ordre, à mon domestique, de l'extraire du 
coffre, et de l'enfouir. 

» Je supposais mal. Le Lapin n'était point mort, mais d'une maigreur 
telle qu'il ne pesait plus que l'"',380. 11 a dû se nourrir de sa fiente, 
puisqu'il ne s'en est pas trouvé un atome dans le coffre. 

» J'ai placé aussitôt ce Lapin dans une boite, et je lui ai présenté une 
tige de carotte qu'il a mangée très lentement. Le soir, je lui ai donné 
deux ou trois grammes de son. Le lendemain et les jours suivants, il a 
reçu, progressivement, une nourriture plus abondante, et, cinq jours 
après sa délivrance, il se portait à merveille. 

» Aujourd'hui, il a reconquis sa vigueur habituelle, il pèse 3'''',900, et 
a repris, depuis huit jours, son service d'étalon, ne paraissant conserver 
aucune trace de son jeune prolongé. » 

— A l'occasion de cette lettre, M. le Président rappelle les expériences 



46 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

faites par M. Morot, aujourd'hui vétérinaire inspecteur de la Bou- 
cherie de Paris. On doit à M. Morot, qui exerçait précédemment à 
Semur, de curieuses observations sur l'habitude singulière qu'a le Lapin, 
placé dans certaines conditions, de faire disparaître ses excréments, 
qu'on retrouve dans son estomac à l'état de pelottes stercoraires. L'exis- 
tence de ces pelottes avait déjà été signalée par Aristote; mais on en 
ignorait l'origine. Le fait a été soumis au contrôle d'un vétérinaire de 
l'École d'Aï fort, qui en a reconnu la parfaite exactitude. Il a été constaté 
en outre que l'animal ne reprend ses déjections qu'au moment même de 
leur expulsion, et avant qu'elles ne soient tombées à terre. 

M. le Président ajoute que les Lapines mères nettoient de la même 
façon leur nid; on a observé qu'une femelle peut ainsi contracter la 
tuberculose en prenant les excréments de ses petits auxquels on avait 
inoculé la maladie. 

— M. le Président de la Société Linnéenne du nord de la France trans- 
met le rapport suivant, présenté à cette société par M. Léon Carpentier 
sur l'établissement de pisciculture de M. Alphonse Lefebvre à Amiens : 
« Les expériences de M. Lefebvre peuvent se diviser en deux catégories : 
1" l'élevage des poissons comestibles indigènes et des espèces étrangères 
susceptibles d'être acclimatées dans notre région et dont la reproduction 
en liberté serait un véritable bienfait pour l'alimentation publique; 
2° l'élevage des poissons d'ornement, qui n'offre qu'un intérêt de curio- 
sité. 

» Toute cette ménagerie aquatique consomme de la chair de bœuf ou 
de cheval finement hachée; mais les alevins sont nourris de proies vi- 
vantes, consistant en larves de tipules, nais, cntomostracés d'eau douce 
et autres petits animaux aquatiques. 

)) Les appareils d'éclosion sont disposés dans un local spécial oîi se 
trouvent aussi plusieurs grands aquariums dans lesquels l'eau se renou- 
velle incessamment, et où les jeunes poissons acquièrent, sous l'œil de 
l'observateur, une taille suffisante pour pouvoir être lâchés dans la ri- 
vière qui arrose la propriété. 

» Ombles-Chevaliers. — Ce beau poisson croît assez rapidement; mais 
il est assez difficile à élever jusqu'à la résorption de la vésicule ombi- 
licale. Beaucoup d'alevins périssent par suite d'un gonflement anormal 
de cette vésicule qui se trouve alors entourée d'une seconde enveloppe 
renfermant une quantité relativement considérable d'eau albuminée. 

j) M. Lefebvre a réussi à sauver d'une mort certaine une cinquantaine 
d'alevins malades, en crevant avec précaution l'enveloppe extérieure de 
la vésicule, d'où s'échappait un liquide séreux. 

» Cette petite opération chirurgicale mérite d'être portée à la connais- 
sance des pisciculteurs qui ont dû observer cette maladie dans leurs 
élevages d'Ombles-Chevaliers. 

j» Vn certain nombre de ces poissons, nés du 10 au 20 février 1881, 



PROCÈS-VERBAUX. 47 

J'œufs reçus d'Huningue, mesurent aujourd'hui de 12 à 22 centimètres 
de longueur. 

» Truites. — M. Lefebvre a obtenu de nombreuses éclosions de cet 
excellent poisson. Dans un compartiment de la rivière, on voit 18 Truites 
de 25 à 30 centimètres de longueur. Elles proviennent d'œufs fécondés 
artificiellement le 15 novembre 1879, éclos en février 1880. Le reste de 
cette édosion a été lâché dans le bassin de la Hotoie. 

» D'autres individus, hybrides de la Truite commune et de la Truite 
des lacs, longs de 15 à 20 centimètres, proviennent d'œufs fécondés le 
15 novembre et éclos au commencement de janvier 1881. 

» Plusieurs sujets ont atteint, dans la petite rivière, une taille de 35 à 
45 centimètres de longueur, et un poids de 600 grammes à 1 kilo- 
gramme. 

» Sahno fontinalis. — Environ 200 individus de cette espèce pro- 
viennent d'œufs envoyés par la Société d'Acclimatation. Tous ces pois- 
sons, malgré leur différence de taille (5 à 16 centimètres de longueur), 
sont de la même éclosion (février 1882). L'envoi se composait de 1611 œufs 
dont 6 ne sont pas éclos, 17 jeunes sont morts avant la résorption de la 
vésicule ombilicale, et 1588 sont arrivés à l'état d'alevins, et ont été 
placés dans un grand aquarium, le 17 mars, puis dans la rivière, le 
20 juillet. 11 en restait alors 1185. 

» Éperlaus. — M. Lefebvre a aussi tenté d'élever l'Éperlan de Seine; 
mais cette espèce, localisée dans les larges estuaires, ne pouvait trouver 
en captivité les conditions nécessaires à son existence. 7 individus reçus 
le 7 novembre 1881, ont vécu 5 mois dans un bassin. Au commencement 
d'avril, la laitance des mâles s'échappait facilement; c'est alors qu'ils 
furent attaqués par le byssus qui les fit périr avant que les œufs de la 
femelle fussent tout à fait mûrs; celle-ci ne tarda pas à éprouver le 
même sort. 11 est douteux que ce petit salmonide puisse s'acclimater 
dans nos eaux. 

» Macropodes. — Un grand nombre de ces jolis poissons provenant de 
plusieurs générations, sont logés dans un large aquarium. La fécondité 
de cette curieuse espèce est remarquable, et sa croissance est très rapide. 
Un couple de Macropodes nés le 14 mars 1876, et mis à part le 14 août 
suivant, avait des .jeunes cinq jours après. Malheureusement la tempéra- 
ture assez élevée qu'exige ce poisson, nuira à sa propagation dans les 
aquariums. Les amateurs lui préfèrent les espèces rustiques pouvant se 
passer de bassins chauffés... 

)) Un des aquariums offre un spectacle des plus intéressants : c'est la 
réunion des métis de Cyprins dorés de la Chine avec sa variété mons- 
trueuse, connue sous le nom de Télescope. Les individus obtenus par ce 
croisement, au nombre d'environ trois cents, présentent une infinie va- 
riété de formes, rappelant un ou plusieurs des caractères du type téles- 
cope : ventre ballonné, yeux saillants, queue double. 



48 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

» M. Lefebvre a compris le haut intérêt du repeuplement de nos rivières, 
et si les effets n'ont pu s'en faire sentir jusqu'à présent qu'en de rares en- 
droits, il faut en attribuer la cause à la mauvaise qualité d'une grande 
partie de nos eaux courantes, empoisonnées par les égouts d'usines dans 
les environs d'Amiens. 

» Nous avons cependant la conviction que M. Lefebvre trouvera un 
champ d'expériences assez vaste pour acclimater dans noire pays les 
belles espèces de Salmonidés et en repeupler nos cours d'eau. 

ï La Société d'Acclimatation, qui a déjà fait participer notre collègue 
aux distributions d'œufs de poissons qu'elle envoie généreusement aux 
pisciculteurs, au moment du frai, continuera, nous l'espérons, à lui 
mettre en mains de nouveaux sujets d'étude, qu'il saura utiliser avec 
intelligence. » 

— M. Von Behr, président de la Société allemande de pisciculture, 
écrit, à M. le Secrétaire des séances : « Le lac de Garde possède deux 
espèces délicieuses de Truite : d'abord la vraie Trutta lacustris, qui fraye 
très tard, et puis le Carpione {Farlo Carpio), curieuse espèce qui fraye 
soit en juillet, soit en décembre. 

î J'en ai commandé des œufs, et je vous enverrai, probablement en 
janvier, 2000 Trutta lacustris et 3000 Carpioni. 

» Vous recevrez aussi des œufs de petite 3Iaraene [Coregonus al- 
bula). î 

— M. Zenk, directeur de l'Association de pisciculture de la Basse- 
Franconie, annonce l'envoi qu'il a l'intention de faire à la Société d'ale- 
vins de Sandre [Lucioperea aandra). 

— M. Raveret-Wattel fait ressortir l'intérêt qui s'attacherait à l'intro- 
duction du Sandre dans certaines eaux closes, oîi cette belle et bonne 
espèce de Percoïde, du centre et du nord de l'Europe, réussirait proba- 
blement fort bien, pourvu qu'elle y trouve une eau pure, autant que 
possible un fond de sable, et surtout une nourriture abondante, car elle est 
extrêmement vorace. « Le Sandre ou Brochet-Perche, ajoute M. Raveret- 
Wattel, rappelle, comme son nom l'indique, d'un côté le Brochet par 
ses formes élancées, par sa tête allongée et par ses grandes dents ; de 
l'autre, la Perche par ses écailles rugueuses, par la forme et la disposition 
de ses nageoires dorsales et par les taches de ses flancs. Puissamment 
armé, atteignant rapidement une forte taille, et toujours poussé par un 
appétit insatiable, le Sandre exerce continuellement autour de lui de 
terribles ravages. 11 est aisé de comprendre quelle énoi'me destruction 
de poissons doit faire un Carnivore qui atteint, en peu de temps, une lon- 
gueur de 3 à 4- pieds, avec un poids de i25 à 30 livres. Évidemment on ne 
saurait songer, à cause de sa voracité, à introduire une pareille espèce 
dans nos rivières déjà si dépeuplées; mais elle aurait sa place indiquée 
dans des eaux closes, riches en poisson blanc. » 

— A cette occasion, M. Raveret-Wattel signale un nouveau règlement 



PROCÈS-VERBAUX. 49 

sur la pêche, récemment mis en vigueur en Italie (i), règlement qui in- 
terdit d'introduire toute nouvelle espèce de poisson dans un cours d'eau 
sans avoir obtenu la permission du Préfet, lequel doit, avant de l'accor- 
der, prendre l'avis du Conseil provincial et de la Chambre de commerce. 

— M. Sanford, de Washington, met à la disposition de la Société des 
noix de Pacanier provenant de ses propriétés. «Le Pacanier, écrit 
M. Sanford, est très répandu dans les forêts du Texas et on en exporte 
beaucoup de noix vers le Nord, où elles sont très goûtées comme fruits 
de dessert. Mais les meilleures sont celles qui viennent des arbres cul- 
tivés; elles sont plus grosses, les arbres sont aussi plus grands. J'en ai 
une douzaine; ils sont superbes. .)e serai très heureux d'avoir été utile 
à l'introduction de cet arbre en France. 

» J'avais d'abord supposé qu'il était impossible de le faire végéter 
dans un pays aussi froid que la Belgique. Mais les amis auxquels, il y a 
une douzaine d'années, j'ai donné de ces noix ont obtenu des arbres 
très beaux. 

» Chez nous ils croissent très vite, et en Flandre il y en a qui ont pro- 
duit des fruits dès l'âge de huit ans. Je suis persuadé qu'au sud de la 
France, le Pacanier deviendra un grand et bel arbre. 

» Je vous adresserai prochainement des noix pour semis. » 

— M. Charles iNicolas, professeur d'agriculture à Oran, demande à 
prendre part aux concours de la Société, et transmet un catalogue des 
végétaux cultivés au champ d'études de la Lunette de la Gampana. 

— M. Humbert, instituteur à Baddou (Haute-Saône), adresse un rap- 
port détaillé sur les essais de culture en 1881-1882. 

— M. Raoul de Cazenove écrit de Bal mont (Rhône) : « J'ai l'honneur de 
vous adresser le tiers de ma récolte de Soja, provenant du cheptel de 
graines qui m'avait été confié, il y a deux ans, par la Société. J'espère 
étendre davantage cette culture l'an prochain. Le second semis a été 
fait fin mars, à l'exposition du sud-sud-ouest, sur une terre de 7 pour 100 
de déclivité, sous-sol granitique, terre argilo-calcaire, anciennement 
fumée et contenant assez d'humus. La récolte de chaque pied a été 
de 15 à 25 gousses, le plus ordinairement contenant deux pois, très 
rarement quatre. 

» Une terre plus légère que celle dont je dispose, par exemple le 
terrain sablouneux, dit siz, dans les Cévennes, provenant de la désagré- 
gation du granit, convient beaucoup mieux au Soja, ainsi que je m'en 
suis assuré par un essai. 

» En règle générale, la terre bonne pour l'asperge est bonne pour le 
Soja. Mes graines de Rhubarbe du Thibet n'ont pas réussi; quant aux 

(l) Ri'glcment du 13 juin 1880 concernant la pêche maritime et nuriale 
(voy. Annuaire de législalion étramjàre, 1881, p. 311, 312, et bulletin des Ira- 
vaux publics, août 1882, p. 148). 

3" SÉltiE, T. X. — Janvier 1883. 4 



50 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

fèves Agua-Dulce, elles ont réussi partiellement, mais les plantes ont été 
attaquées par les limaces et nia récolte a été infime ; mon terrain est 
peut-être trop sec pour cette légumitieuse des plaines marécageuses de 
la Lombard ie. d 

— M. Charlfes Baltet écrit de Troyes : «Je tiens à la disposition de la 
Société un lot de graines (baies) de Lo-za {Rkamnus utilis), arbrisseau 
rustique qui produit le vert de Chine. » 

— M. le Président donne lecture d'une lettre dans laquelle M. Vavin 
signale un remède contre la rage, dont l'indication aurait été donnée à 
l'Académie des sciences il y a déjà plusieurs années. M. le Président veut 
bien se charger de faire recherther cette communication dans les 
archives de l'Académie. 

— M. Raveret-Watlel appelle l'attention de la Société sur les diffi- 
cultés que présente le repeuplement des cours d'eau dans l'état actuel 
des choses, et il fait ressortir la nécessité, pour la pisciculture, d'entrer 
dans une voie franchement industrielle par l'exploitation des eaux closes. 
Il entre, à ce sujet, dans quelques détails descriptifs sur plusieurs éta- 
blissements de pisciculture, qui, de création relativement récente, à 
l'étranger, donnent des produits très rémunérateurs. Il mentionne éga- 
lement l'établissement créé dans le département de l'Ain, par ftl. Lu- 
grin, de Genève, établissement où se trouve mis en usage un procédé 
très ingénieux pour fournir au poisson une nourriture animale à bon 
marché. (Voy. au Bulletin.) 

— M. Saint-Yves Ménard signale un fait curieux de lactation prolongée 
observée au Jardin d'Acclimatation, chez une Vache de race Schwitz, 
castrée d'après le procédé de M. Charlier. Cette Vache a donné en quatre 
ans 12 594 litres d'un lait beaucoup plus riche que celui de certaines 
Vaches normandes considérées comme très bonnes laitières. 

M. Saint-Yves Ménard ajoute que la castration facilite en outre l'en- 
'gfaissement. Un embonpoint considérable se manifeste dès que s'arrête 
la lactation, et il est probable que la viande gagne aussi en qualité. 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 19 JANVIER 1883. 
Présidence de À. Henri BoULEY, Président. 

Le \)rocès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement ad- 
mis par le Conseil, savoir : 

M. PRÉSENTATEURS. 

, , . iwA / L. Binder. 

Benoit (Constant^, avoue, 4, avenue de W- \ ^ ^^^^^^^^ Saint-Hila.re. 

pera, à Pans. ( Saint- Yves Ménard. 



PROCÈS-VERBAUX. 51 

MM. PRÉSKNTATEUKS. 

Blancherais (Henry de la), propriétaire, / A. Berthoule. 

membre du Conseil municipal, à Cannes } J. Cornély. 

(Alpes-Maritimes). ' Raveret-Wattel. 

,., . , . ,, . , „ . l A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Cantrelle (Alexis), propriétaire, a beauvais ) . n f 

\ A. t orte. 

^ ^' ( Saint- Yves Ménard. 

Desmatte (Alexandre-Auguste), professeur ( , ^ „ c • . n-i • 

. ^ ,, ® , , ,-,, , l A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

des sciences naturelles au lycée tnarle- i ^, , ,. 

.0,1 1 .. • r. • ' ( Cn. Leno-lier. 

magne, 13, boulevard Saint-Germain, a/ q • . v m' .1 

^^ , , f oaiut~\ves Menarcl. 

Pans. V 

,, /,^ . V ■■, ■ A" I ( A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

DUBUISSON (Eugène), propriétaire, 1/, rue de \ •' 

•w^ 1 < r\ • S J U îl II 11 . 

Presbourg, a Pans. / a r> ■ 

^' [ A. Porte. 

■^ • .V ./.Il 110, / L. Binder. 

Lamy (David), avoue, 6, boulevard de blras- (| . ^ ^ ,. - , ,,., . 

, ^ . < A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

bourg, a Pans. I c ■ , v m ■ a 

^' \ baint-Yves Menard. 

,r , s • . • t K. . {H. Bouley. 

Leudet (Léon), propriétaire, 4, rue Menars, \ . ^ <«- c „ tii ■ 

.^ /> r r > » ' ) A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

( Saint- Yves Ménard. 

, ^ ,„^ r. • T . A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Maisonneuve (Charles), 13"2, rue Saint-Lu- •» » p .• 

zare, à Paris, et à Nantes (Loire-Inférieure). ) ^ • . v ai- j 
' ' ^ \ Saint-Yves Menard. 

Mahieux (E. j. a.), caissier de la Société des ^ A. Dieu. 

ï)épôts et Comptes-courants, 63, avenue j Gaudinot. 

de Neuilly, à Neuilly. " ( Jouenne. 

»r .,.• . •. ■ .or> 1 Lesesne. 

Mallassagne (Pierre), propriétaire, 139, ave- ^ . 

nue de Neuilly, à Neuilly (Seine). f o • * a- a« - j 

■" J V / ^ Saint-\ves Menard. 

,.,,,, , . r- , , J / A. Berthoule. 
Maquaire (Amedee), négociant, o, boulevard \ ,. • n- 1 
," , • L ■ l Maurice Girard, 

de Strasbourg, a Pans. / c • » v m - j 

°' V Saint- Yves Menard. 

,„ , ... ,a^-, i A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

MoussET (Pierre), propriétaire, 127, avenue \ . p ' 

de Neuilly, à Neuilly (Seine). ^ Saint-Yves Ménard. 

RotViÈRE (Jacques-Albert), ingénieur civil, / A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

lauréat de la prime d'honneur du Tarn, à . Maurice Girard. 

Mazamet (Tarn). ' A. Porte. 

SnARLAND (Hubert-Henry), propriétaire, à la / A.Geoffroy Saint-Hilaire. 

Fontaine-SaintrCyr, près Tours (Indre-el- | A. Porte. 

Loire). ( Saint-Yves Ménard. 

r. ,^. . « »T f A. Berthoule. 

SOLLER (Charles), explorateur, 7, rue Nou- \ ^^^^^ Grisard 

^^"^' ^ P^"^- Ravcret-Waltel. 



M. PRÉSENTATEURS 

A. Blot. 
Gleize. 



52 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

M. 

VioT (Antoine-Eugène), ancien notaire, 62, 

rue Charles-Lalitte, à Neuillv (Seine). i "'T"""' ,, , , 

■> ^ ^ \ Saint- Yves Menard. 

— M. le docteur Bertoni adresse des remerciements au sujet de sa 
récente admission. 

— M. le Ministre de la Marine annonce qu'il vient d'attribuer à la 
Société un exemplaire de la Flore de la Cochinchine, par M. Pierre. — 
Remerciements. 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. le vicomte de 
Bruce, Dodemont-Delloye, Fabre, Desroches, Le Pelletier, Léon Menant, 
Nelsou-Pautier et le marquis de Pruns. 

— M. Jourdan écrit de Voiron (Isère): « Le 17 juillet dernier, dans 
une éclosion de poussins de la race pure de Langshan, j'ai obtenu un 
jeune Coq revêtu de soies au lieu de plumes. 

» Si j'avais eu chez moi la race nègre, j'aurais pu croire à un rappro- 
chement entre les deux espèces; mais, depuis cinq ans, je n'ai plus de 
volailles nègres. Les parquets où sont les Langshan leur sont spéciale- 
ment affectés; d'ailleurs, c'est à ce jour la seule espèce à laquelle j'ai 
accordé toute ma préférence. 

» Sans que j'aie l'espoir que le Coq dont je parle obtienne la taille et 
le poids de son père (5''"300 au 18 mars), il est d'une jolie force, très 
fier: il porte bien la tête, qui est ornée d'une jolie crête et d'oreillons 
qui sont d'un rouge des plus intenses ; tout le corps est bien fourni de 
soies, qui sont d'un noir de charbon; les tarses et les pieds sont bien 
garnis de ces mêmes soies, 

•» Je crois qu'avec ce Coq, qui est très ardent, il serait facile de créer 
et au besoin de fixer une race par des sélections bien comprises. Reste à 
savoir s'il n'y a pas là simplement une bizarrerie. » 

— M. Croq écrit de la Grande-Métairie (Vienne) : « Depuis deux ans, 
je m'occupe de l'élevage de Perdrix rouges, surtout de la Perdrix rouge 
Bartavelle. Deux couples de deux ans ont pondu cette année ; la fe- 
melle de l'un a pondu vingt-sept œufs et l'autre neuf. C'est assez rare 
à l'état domestique, tous les œufs étaient bons; j'en ai élevé vingt et 
un, qui sont tous bien portants, et que je lâcherai après la clôture de 
la chasse. » 

— M. de Behr, Président de la Société allemande de pisciculture, 
annonce les envois qu'il compte faire faire prochainement à la Société 
d'œufs embryonnés d'Omblc-Chevalier {Salmo salveliniis) et de deux 
espèces de Truite : Salmo lacustris et Salmo carpio, provenant du lac 
de Garde. 

— M. le Secrétaire des séances fait connaître que les œufs annoncés 
par M. de Behr sont déjà arrivés; ils étaient en parfait état, et ont été 



FROCÈS-VERBAUX. 53 

distribués sans retard. M. Raveret-Wattel donne à cette occasion les 
renseignements ci-après : 

« La Truite, connue eu Italie sous le nom de Carpione, est une belle 
et bonne espèce, dont la réputation était déjà établie du temps de Linné 
et de Block, qui la désignent sous les noms de Salmo carpio et de 
Fario carpo. Heckel est également d'avis que c'est bien une espèce 
distincte (et non une simple variété locale), très voisine, d'ailleurs, delà 
Truite des lacs [Salmo lacustrls). On la trouve presque dans tous les lacs 
du Tyrol et de la Haute-Italie, avec une autre espèce spéciale, elle aussi, 
à la même région : la Truite à joues rayées {Salmo genivittatus). Les 
Carpioni du lac de Garde sont particulièrement estimés; la chair en ^ 
est très saumonée. Cette espèce, qui n'atteint pas une très forte taille, 
a les écailles assez grandes et le corps maculé de petites taches noirâ- 
tres. Elle se plait surtout dans les eaux très profondes. 

» D'après M. Ganevari, Président de la Société de pisciculture du lac de 
Garde, elle fraye dans le lac même, au lieu de remonter dans les cours 
d'eau, comme le fait la Truite des lacs, au moment de la reproduction. 
Des essais d'acclimatation de ce poisson vont être faits dans les lacs de 
l'Allemagne du Nord où le Salmo lacustris n'a pas donné jusqu'à présent 
des résultats très satisfaisants, malgré la nature des fonds, composés de 
sable et de gravier. 

» L'Omble-Chevalier {Salmo umbla, S. salvelinus), souvent désigné 
en Allemagne sous le nom de Truite rouge {Rothforolle), est un poisson 
moins actif, moins carnassier que la Truite. Gomme il varie beaucoup sui- 
vant l'âge, le sexe et les localités, on a cru souvent devoir en distinguer 
plusieurs espèces. On le trouve dans beaucoup de lacs aux eaux claires 
de la Haute.-Autriche et du Tyrol, en Bavière et en Suisse. 11 se montre 
aussi dans les lacs des monts Carpathes, jusqu'à une hauteur de "2000 
mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa croissance est assez rapide, 
bien qu'elle n'égale pas toutefois celle de la Truite des lacs. La chair 
est plus ou moins saumonée, parfois tout à fait blanche, selon la saison, 
la région, et surtout la nature de l'eau; mais elle est toujours d'excel- 
lente qualité. Les Salvelais du lac Fuschler, aussi bien que ceux du lac 
Hinter, près de Berchtesgaden, se distinguent par leur rapide développe- 
ment; parfois on en pêche qui atteignent jusqu'à 10 ou 12 kilogrammes. 
La pêche se fait avec de grandes seines, manœuvrées par deux bateaux. 
Beaucoup d'établissements de pisciculture de l'Allemagne élèvent des 
métis d'Omble-Chevalier et de Truite, qui donnent des résultats très 
satisfaisants sous le rapport de la rapidité de croissance. 

» Dans la Haute-Aulriche, on ne féconde guère artificiellement les 
œufs d'Omble-Ghevalier qu'avec de la laitance de Truite de ruisseau 
{Salmo fario). » 

— M. Louis, maire de Saint-Germain-sous-Cailly, régisseur du domaine 
de Gouville (Seine-Inférieure), adresse le rapport suivant : « L'établis- 



54. SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

sèment de pisciculture de Gouviile, toujours eu voie de développement, 
est arrivé cette année à faire reproduire des alevins de vingt mois, ap- 
partenant à diverses espèces. 

)) Des Salmo fontinalis, reçus d'Amérique il y a deux ans, ont repro- 
duit cette année ; six femelles ont donné oOUO œufs, dont 2750 sont par- 
faitement éclos et ont donné des alevins très vigoureux. 

» Il y a aussi à l'établissement des Truites de différentes espèces, dont 
on recueille les œufs en ce moment. 

» Nous avons obtenu, en poissons de vingt mois, plusieurs spécimens 
mesurant, de l'œil à la naissance delà queue, de 33 à 38 centimètres 
de longueur, et d'un poids variant de 300 à 500 grammes. 

» Les espèces qui ont le mieux réussi sont : la Truite ordinaire, laTruite 
dite d'Ecosse et le S. fontinalis. Ces derniers sont les plus forts sujets. 

» Quant aux Saumons, Truites des lacs, métis de Saumons et de 
Truites, les sujets qui nous restent sont beaux, mais plus petits que les 
précédents, et ils ont éprouvé une mortalité de 80 pour iOO depuis l'é- 
closion jusqu'à l'âge d'un an. L'Omble-Chevalier est à peu près impos- 
sible à élever; au bout d'un an, sur cent sujets, quatre ou cinq à peine 
subsistent encore. 

î Nous avons remarqué que la grande quantité de nourriture, dès le 
premier âge, peut, en viciant l'eau, faire un grand tort aux jeunes pois- 
sons ; la nourriture doit donc être très limitée dans les trois premiers 



mois. 



» Nous commencerons l'année prochaine la vente des poissons éclos 
en 1880 et en janvier et février 1881. » 

— M. des Vallières accuse réception et remercie de l'envoi d'œufs de 
Truites des lacs qui lui a été fait. 

— M. Ch. Bureau, d'Arras, sollicite un lot de graines de Ver à soie du 
miirier, de la variété Verdolina Casati. 

— M. Hignet écrit de Varsovie : « Je viens rendre compte à la Société 
d'une expérience intéressante que j'ai faite cette année à Sieltze, dans 
ma magnanerie d'essai. Vous savez que depuis quelques années je me 
livre à l'éducation de Vers à soie sauvages, notamment du Cynthia, du 
Yama-mài et du Permji. Le Cynthia est complètement acclimaté en 
Pologne par sa transformation debivoltin en univoltin. Je viens d'obtenir 
le mime résultat avec le Peniyi, qui jusqu'à présent avait résisté aux 
essais tentés pour empêcher la sortie du papillon à la fin de l'été. Celte 
année, une partie de ma récolte a été soustraite à la loi du bivoltisme 
et attend à la cave le retour de la belle saison. Les cocons que j'ai ou- 
verts avaient leur chrysalide vivante et bien vivante, si bien que je puis 
espérer d'avoir au printemps mes propres reproducteurs. Je ne vous en 
serais pas moins très reconnaissant de vouloir bien, s'il est possible, 
disposer de quelques œufs en ma faveur. 11 faut prévoir les mécomptes, 
car le printemps est encore loin. Si vous pouviez m' envoyer aussi quel- 



PROCÈS-VERDAUX. 55 

ques œufs d'aulrcs espèces sauvages, je vous en serais fort obligé. J'ai 
disposé quelques haies do pruniers, de noyers, etc. ; j'ai donc tous les 
éléments nécessaires pour tenter d'aulrcs acclimatations. La graine du 
Cijntliia s'est perdue chez moi, car j'en ai abandonné l'éducation; mais 
on m'en demande, et je voudrais pouvoir répondre à ces demandes en 
reprenant mes éducations de ce Ver. 

)) Vous ai-je déjà parlé de la manière dont je conduis mes éducations 
en plein air? Je place mes Vers sur des haies qui n'ont pas plus de six 
pieds de hauteur, et je les protège avec des cadres mobiles munis de 
filets. Cinq cadres font une maisonnette à claire-voie : quatre pour les 
parois et un pour le toit. A ce premier abri s'en ajoute un second, 
lorsque la feuille est à peu près mangée; on enlève la paroi du milieu 
pour ne pas gêner la communication. Vingt cadres peuvent suffire à une 
étendue considérable de haies, car ils se transportent au fur et à mesure 
qu'ils se trouvent ne plus rien avoir à protéger. Les haies peuvent se 
disposer en labyrinthe, pour en établir le plus grand nombre possible 
sur un terrain donné et faciliter la surveillance. C'est un mode d'exploi- 
tation facile et peu coûteux, et je me demande si la culture des Vers à soie 
sauvages n'est pas la sériciculture de l'avenir. Les Vers à soie du chêne, 
qui sont les plus intéressants de celle famille de séricigènes, donnent une 
soie plus abondante que le Ver à soie du mûrier et sont exposés à moins 
de chances contraires. La soie en est brillante, nerveuse, et, soumise à 
une bonne préparation, lutterait avantageusement avec celle du mûrier. 
Quant à moi, je renoncerai sans doute au Ver du mûrier (qui ne prend 
pas en Pologne à cause des soins minutieux qu'il exige), pour pousser à 
la culture du Yama-maï et du Permfi, — du Pernjji surtout, car le 
Yama-mni éclôt trop tôt pour notre climat et ne pourrait s'élever qu'à 
la condition de commencer l'éducation dans une espèce de serre froide 
où l'on jtlanterait des taillis de chênes pour en hâter la végétation. Du 
reste, cette condition est facile à remplir; il en coûterait moins pour éta- 
blir une serre de ce geiu'e que pour construire une magnanerie avec tous 
ses accessoires. 

» J'appelle l'attention de la Société sur un travail très intéressant d'un 
sériciculteur du midi de la France, M- Victor UoHat, de Collioure f Py- 
rénées-Orientales), qui, lui aussi, se préoccupe de la guérison des ma- 
ladies (lu Ver à soie, et la trouve dans le traitement qu'il fait subir à la 
graine immédiatement à partir du moment delà ponte. Les théories de 
^. Piollat sont exposées dans d^tix brochures qui ont paru à Perpignan 
e^ 1875 et 1881, sous le litre : Mdtkode pratique contre les maladies 
lies V(^i'S à soie — et Embryologie. La méthode de M. Ilollat consiste à 
donnera l'œuf la |»lns gi'ande somme de chaleur atmosp|iéri([iie possibb; 
pendant les mois de juin, juillet, et août; à abaisser cette température 
jusqu'4 15 degrés centigrades (température de l'œuf) jusqu'au mois de 
décembre, puis arriver à la température de 5 à 6 degrés, qui réveille 



56 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

l'activité embryonnaire dans l'œuf. Je ne puis vous indiquer que très 
succinctement le procédé: il faut lire la brochure. M. Rollat m'a envoyé 
de sa graine, qui a bonne apparence et me paraît être supérieure à la 
mienne. Pour M. Rollat, le corpuscule de M. Pasteur a peu d'impor- 
tance. Une graine traitée d'après sa méthode donnera des Vers sains et 
robustes et bons fdeurs. » 

— MM. le comte de la Villebrune, P. Mathey, E. Vavin, Guillin, Guil- 
laume et R. de Cazenove demandent à prendre part à la distribution des 
graines annoncées dans la Chronique. 

— M. Latour Marliac écrit du Temple : « Le rapport que je compte 
vous adresser sur mes cultures de Rambous traitera de nombreuses es- 
pèces ou variétés nouvelles et inédites, dont le tempérament n'est pas 
assez dessiné et les caractères suflisamment révélés pour les classer sans 
équivoque parmi les Rambous vrais cespiteux, les Phyllostachys ou les 
Arundinarias. 

» Afin de vous donner un petit aperçu du cadre que j'aurai à remplir, 
je vous transmets la liste de ma collection actuelle de Rambusacées : 

> 1. Arundinacea. — 2. aurea. — 3. Cago-zasa (inédit). — 4. fal- 
cata. — 5- flexuosa. — 6. Fortunei foins argentés variegatis. — 
7. gracilis. — 8. Ha-tsikou (inédit). — 9. Hobi-tsikou (inédit). — 
10. Himalayensis. — H. Japonùa. — 12. metake. — 13. mitis. — 
14, Mà-sà. — 15. nana. — 16. nigra. — 17. quadrangularls. — 18. Qui- 
IIqI, — 19. Ragamowlskii. — 20. Rô-tsikou (inédit). — 21. scriptoria. 

22. Simoni. — 23. spinosa. — 24. sulphurea. — 25. Thamnocalamus 

spathiflorus. — 26. Thouarsi. — 27. violacea. — 28. violasccns. — 
29. verticMata. — 30. viridi-glaucescens. — 31. viridi-striata. — 
32. vittata argentea. 

» Enfin, outre un assortiment d'autres nouveautés que j'attends direc- 
tement du Japon au mois de mars, j'ajouterai très prochainement à ma 
collection les B. macrosperma — Murasaki dake (inédit) — et Thamno- 
calamus Falconeri. 

» Vous voyez, d'après cette énumération sommaire, que j'ai déjà groupé 
un assez grand nombre de Rambusacées, dont plusieurs sont appelées, 
par leur mérite ornemental, ligneux ou comestible, à prendre une place 
importante dans l'horticulture et l'agriculture, et que je contribue avec 
zèle à la propagation de leur culture, que favorise et préconise à si juste 
titre la Société d'Acclimatation. » 

— M. le Directeur du Jardin zoologique de Marseille rend compte du 
résultat obtenu des semences de Soya hispida et de Riz sec qui lui ont 
été adressées. « J'ai reçu le 11 mai environ un litre de chaque graine. 
Ayant fait préparer deux planches de terrain (bonne terre de jardin) de 
la superficie d'environ 17 mètres carrés, l'une, consacrée au Soya, fut 
tracée comme pour du Pois, c'est-à-dire à quatre rangs. J'y fis semer le 
25 mai environ un demi-litre de ces graines, qui levèrent le l'^'" juin, 



PROCES-VERBAUX. 57 

après avoir subi une première irrigation le 28 mai. Reconnaissant que 
le semis était trop épais, mais voulant voir le résultat, je ne le fis pas 
éclaircir. j\laturité complète fin septembre; hauteur, 0"',60 à 0'",70; 
:i litres i/2 environ. Quant au Riz, semé le 17 mai, il a levé le 26 mai. 
J'ai été obligé de l'arracher le 23 septembre, sans qu'il ait donné d'épis. » 

— M. le Secrétaire général dépose sur le bureau : 

1° Un mémoire adressé à la Société par M. le baron de Sélys-Long- 
cbamps, président du Sénat belge et membre de l'Académie royale de 
Relgique, sur l'état actuel de la pisciculture en Relgiciue ; 

2° Un exemplaire des nouvelles instructions publiées par M. Odile 
Martin sur la conduite des couveuses artificielles ; 

3" Une lettre par laquelle M. Tischomiroff, Président de la section d'or- 
nithologie de la Société impériale russe d'acclimatation, transmet un 
rapport sur les travaux de M. Ratacheff, de Toula, qui s'occupe avec le 
plus grand succès d'élevages d'oiseaux exoti(jues et autres. 

— M. Raveret-Wattel dépose sur le bureau : 

1° De la part de M. Lonquéty aîné. Président de la Chambre de com- 
merce de Roulogne-sur-Mer, un exemplaire du procès-verbal de la 
séance tenue pour la distribution solennelle des primes instituées avec 
le concours du Ministre de la Marine, en vue d'encourager la bonne 
préparation en mer du hareng de la première pèche au Dogger-Rank ; 

2" De la part de M. le baron Von Mueller, botaniste du gouvernement 
à Melbourne, un sachet de graines à' Eucalyptus Berkianœ ; 

3° De la part de M. le comte Louis Torelli, sénateur du royaume d'Italie, 
un exemplaire de l'ouvrage que notre honorable confrère vient de publier 
sous le titre : la Malaria d'Italia, et dans lequel il étudie les causes 
du fléau et les moyens de le combattre. Comme moyen d'assainissement, 
M. le comte Torelli recommande particulièrement les plantations d'ar- 
bres, et surtout les plantations d'Eucalyptus. Ce très intéressant travail 
est accompagné d'une carte faisant connaître la distribution géographique 
de la malaria et indiquant par des teintes plus ou moins foncées le degré 
d'intensilé du fléau. 

M. Raveret-Waltel appelle ensuite l'attention de la Société sur une 
note récemment publiée dans le Bulletin de la Société d'insectologie, 
concernant VEucali/ptus rostrata, qui y est signalé comme portant des 
fleurs nuisibles aux Abeilles. L'empoisonnement d'un grand nombre de 
ces insectes aurait été constaté. Il paraîtrait utile de charger la cinquième 
section de recueillir des renseignements sur ce fait, qui est en contra- 
diction avec l'opinion généralement admise, que les fleurs des Eucalyptus 
sont très favorables aux insectes mellifères. Tout récenunenl encore, 
M. Ch. Naudin (1) citait précisément VEucalijptiis rustrala comme pa- 
raissant appelé, eu raison de son abondante floraison, à rendre des ser- 

(I) Voy. UullelinSoe. Acd. 1882., p. Cie. 



58 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

vices aux éleveurs d'abeilles. Peut-être, ajoute M. Raveret-Wattel, Jes 
observations n'auront-elles pas porté sur des sujets de même espèce, et 
aura-t-on confondu entre eux des arbres différents. Il y a lieu de remar- 
quer, en effet, qu'on est assez peu d'accord sur les noms des Eucalyptus 
déjà introduits en Europe, et il importerait grandement que la cinquième 
section s'occupât de mettre de l'ordre dans la détermination de ces 

espèces. 

Tout en reconnaissant l'utilité d'un semblable travail, et en faisant 

des vœux pour qu'il soit mené à bonne lin, M. Geoffroy Saint-IIilaire ex- 
prime la crainte qu'on ne rencontre dans l'exécution de cette tâche des 
difficultés fort sérieuses, par suite du nombre considérable des espèces 
d'Eucalyptus, des ressemblances très grandes qui existent entre beaucoup 
de ces espèces, enfin des nombreux croisements qui se sont produits et 
qui ont donné naissance à des types métis, lesquels viennent encore 
compliquer la question. 

— M. Raveret-Wattel signale à l'assemblée l'intérêt qui s'attacherait 
îi l'introduction de la culture des Quinquinas dans plusieurs de nos colo- 
nies. On a longtemps cru, dit-il, qu'en dehors de la question du climat, 
certaines conditions d'altitude étaient absolument nécessaires à la végé- 
tation des Cinchonas. Or les heureux essais de culture entrepris à l'île 
de la Réunion par M. Morin, lauréat de la Société, et plus récemment 
les importantes plantations créées à Java par les Hollandais et dans l'In- 
doustan par les Anglais, ont prouvé que les Quinquinas peuvent être 
cultivés dans une zone assez étendue. Des milliers de balles d'écorce 
sont importés chaque année en Europe des Indes anglaises et néerlan- 
daises. D'un autre côté, on sait que dans l'Amérique du Sud, dans les 
Andes, les Quinquinas tendent à disparaître rapidement, par suite de 
l'exploitation abusive faite par les casmr///ero,s ou chercheurs d'écorce, 
qui détruisent tout, les arbres jeunes comme les arbres vieux. Il inipor- 
terait donc de rechercher , dans nos possessions hors d'Europe , les 
stations oîi des plantations de Quinquinas pourraient être faites à l'instar 
de celles des Anglais et des Hollandais. 

— M. Camille Dareste donne lecture d'qne note faisant connaîtra le 
résultat de ses études expérimentales surl'incubation (voy. an Bulletin). 

— 4 l'occasion de cette note, dans laquelle se trouvent mentionnées 
des observations faisant ressortir quelques-unes des causes qui peuvent 
contribuer à la fornîation des monstruosités chez les oiseaux, ftl. Millet 
rappelle que des observations analogues ont été faites en ce qui concerne 
les poissons. Depuis (ju'on s'occupe de l'incubation artificielle çjes œufs 
de poissons, dit-i|,on a remarqué que, dans les élevages, le nombre des 
monstres est parfois assez considérable, et l'on a généralement attribué 
ce fait à la fécondation artificielle. En réalité, il tient surtout aux se- 
cousses que les œufs ont eu à subir, soit pour leur transport, soit pour 
leur manipulation. D'oii l'utilité d'un emballage très soigné pour les 



PROCÈS-VERBAUX. 59 

expéditions à'de'grandes distances, et la nécessité de ne faire voyager les 
œufs que quand ils sont déjà embryonnés, parce qu'à celte époque de leur 
développement ils supportent mieux les secousses inévitables du trans- 
port. 

— M. Fornet fait remarquer que quand un œuf reste plusieurs jours 
ou plusieurs semaines sans être remué, il perd assez rapidement sa vi- 
talité ; mais que si cet œuf est remué soit tous les jours, soit tous les 
deux ou trois jours, il peut être conservé pendant deux et trois mois, et 
être mis ensuite en incubation. Les Poules ont bien soin de remuer leurs 
œufs de temps en temps, et c'est ainsi qu'elles- amènent à éclosion la 
presque totalité des œufs qu'elles couvent. Lorsque l'on conserve des 
œufs dans de l'eau de chaux, si les œufs restent sans être remués, un 
certain nombre d'entre eux deviennent impropres à l'alimentation, parce 
que le jaune se colle à la paroi interne de la coquille. Aussi les mar- 
chands ont-ils souvent l'ecours à l'emploi de cuves où, presque journel- 
lement, un appareil à aubes remue les œufs dans l'eau de chaux. 

— Au sujet des monstruosités observées chez les Poissons et attribuées 
à la fécondation artificielle, M. Dareste rappelle que le terme monstruo- 
sité comprend deux genres bien différents : la monstruosité simple et la 
monstruosité double. Les monstres simples sont ceux chez lesquels il n'y 
a qu'un seul corps embryonnaire. Les monstres doubles, beaucoup plus 
rares, sont dus probablement à un état particulier du germe. Les mons- 
truosités simples peuvent être produites par des causes inhérentes à 
l'incubation; les monstruosités doubles sont vraisemblablement déter- 
minées antérieurement à l'incubation, et pourraient bien tenir, comme 
tendent à je faire admettre les observations récentes de M. Hermann 
Faure, à un mode particulier de fécondation. Contrairement à ce qui a 
été longtemps admis par les physiologistes, pour que le germe soit 
fécondé, il suffit qu'un seul spermatozoïde pénètre dans l'œuf; dans les 
conditions ordinaires, dès qu'il a pénétré, le chemin est barré aux autres. 
Toutefois, il peut arriver que la modification de l'ovule qui ferme ainsi 
l'entrée, ne se produisant pas assez rapidement, deux ou trois sperma- 
tozoïdes s'introduisent dans l'ovule, et il se pourrait qu'il y eût là une 
cause modifiant la constitution du germe et le rendant apte à produire 
des monstres doubles. Peu|-être les monstruosités doubles constatées en 
grand nombre chez les poissons produits artificiellement ne tiennent-elles 
qu'à un procédé de fécondation artificielle qui ne réalise pas ce qui se 
produit dans la fécondation naturelle. 

— M. Fornet estime que les monstruosités par arrêt de développeirient 
proviennent surtout des variations de la température, et surtout des va- 
riations en plus. Dans l'incubation naturelle, la température varie extrê- 
mement comme température en moins, mais jamais en plus. Dans les 
appareils d'incubation, elle varie sensiblement en plus, et ces variations 
ont été une grande cause d'insuccès pendant de longues années. Les 



60 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

courants d'aii" chaud qui se produisent dans des incubateurs mal établi 
ou mal dirigés amènent parfois la production de monstres par atrophie ou 
par développement exagéré de certaines parties. 

— M. Dareste dit qu'il n'attache aucune importance à savoir si ces 
phénomènes sont des monstruosités ou des arrêts de développement. 
L'emploi d'une chaleur trop forte lui a servi à produire un grand nombre 
de monstruosités; mais il en a obtenu par beaucoup d'autres procédés, 
'foules les fois, du reste, que les conditions de la production sont modi- 
fiées, on arrive à produire des monstres. 

— M. Latasle donne lecture d'une note sur le Dipodillus Simoni et 
sur l'élevage de ce rongeur (voy. au Bulletin). 

— M. le Président fait remarquer que l'acdiniation de cette espèce 
en dehors de la captivité pourrait avoir des inconvénients, mais qu'en 
captivité elle sera avantageuse pour un grand nombre d'expériences. 

-- Il est offert à la bibliothèque de la Société : 

1" Observations aur le règne végétal au Maroc, par P. K. A. Sehous- 
boe, édition française-latine avec planches, par le docteur Bertherand. 
Paris, imp. liaillière et fils, 1 vol. (L'Auteur.) 

2" Dus ressources que la matière médicale arabe peut offrir aux 
pharni'icopées françaises en Algérie, \)av\e docteur Bertherand (Extrait 
de la Gazette médicale de l'Algérie) Alger, 1879, imp. A. Bourget, 1 
broch. (L'Auteur.) 

3° L'Eucalyptus au point de vue de l'Hygiène en Algérie, par le 
docteur Bertherand. Alger, 1876, typ. V. Aillaud et C'«, 1 broch. 

(L'Auteur.) 

i" Le noyau de Dattes au point de vue des propriétés alimentaires, 
thérapeutiques et industrielles, de la falsification du café. Alger, 1882, 
imp. Fontana et C'*", 1 broch. avec planche. (L'Auteur.) 

5° Le musc de Gazelle au point de vue des applications thérapeuti- 
ques, par le docteur Bertherand. Alger, 1878, imp. V. Aillaud et C'% 
1 broch. (L'Auteur.) 

6» L'Arenaria rubra dans la gravelle et le catarrhe vésical, par le 
docteur Berlherand. Alger, 1878, imp. Victor Aillaud et G'", 1 broch. 

(L'Auteur.) 

1" Conseils aux Arabes sur les végétaux dangereux de l'Algérie, 
parle docteur Bertherand. Alger, 1879, imp. Victor .\illaudet C'% 1 broch.) 

(L'Auteur.) 

8° L'Aceras Anthropophora, par le docteur Bertherand. Alger, 1806, 
imp. Paysan et C'% 1 broch. (L'Auteur.) 

9" Le Bambou au point de vue des dessèchements, par le docteur 
Bertherand. Alger, imp. Lavagne, 1 broch. (L'Auteur.) 

Le secrétaire des séances 

C. Baver ET- Wattel. 



IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE 



Le Colin de Virginie. 

Le Colin Ho-oui ou de Virginie (Ortyx Virginianus) est originaire 
de l'Amérique méridionale; son aire de dispersion est comprise entre 
le Canada, les montagnes Rocheuses et le Mexique, mais on le rencontre 
surtout dans le centre et le sud des États-Unis. 

Cette espèce tire son nom du cri que le mâle fait entendre au moment 
des amours, cri que les Nalchez ont traduit par Ho-oui, et les habitants 
du Massachussett par Bob-AVhite. 

Sédentaire dans le sud, le Colin Ho-oui est voyageur dans le nord, 
d'oïl il émigré à l'automne. 

Florent Prévost, ((ui, le premier en France, a tenté son acclimatation, 
dit que le (]oliii Ho-oui est d'un tiers environ plus petit que la Perdrix; 
il est, sous ce rapport, intermédiaire entre elle et la Caille. 

La femelle, toujours un peu plus petite que le mâle, en diffère en ce 
que toutes les parties noires chez celui-ci sont rousses chez elle ; la gorge 
est aussi de cette couleur, mais beaucoup plus paie. 

Le Colin Ho-oui vit ordinairement dans les champs entourés de buis- 
sons, de haies épaisses, oîi il peut facilement se cacher lorsqu'il est 
inquiété, et ne fréquente guère les terres cultivées, si ce n'est après la 
récolte. 

D'un naturel peu farouche, il se prête facilement à toules les tentatives 
de domestication et d'acclimatation; il ne craint pas les grandes chaleurs 
ni les froids même rigoureux. 

n s'éloigne peu du lieu où il s'est fixé, à moins qu'il n'y soit contraint 
par la faim; il arrive alors jusque dans les cours des fermes, se mêle aux 
poules et partage leurs repas. « Si alors l'homme le reçoit avec hospi- 
talité, dit Brehm, il passe toute la saison au voisinage de sa demeure; 
il prend plus de confiance et arrive même parfois à devenir un animal 
à moitié domestique. » 

Le Colin Ho-oui est monogame. L'accouplement a lieu en avril, et 
au commencement de mai, la femelle construit son nid sous un épais 
buisson. Après avoir creusé en terre une dépression hémisphérique, 
elle garnit ce trou de feuilles et d'herbes sèches, puis le recouvre en 
ramenant en dôme les plantes qui croissent naturellement autour et en 
ne laissant qu'une seule ouverture de côté. 

Elle y pond de 15 à !2i œufs d'un blanc pur, qui éclosent au bout do 
vingt-trois jours. 

Les petits quittent le nid presque aussitôt après l'éclosion. 

Une nouvelle ponte a lieu en juillet; la seconde couvée ^e réunit alors 
à la première, et la famille ne se disperse (|u'au printemps suivant. 



0:2 SOCIÉTÉ NATIONALK D'AGCLIMATATION. 

•Le màle est très attaché à sa femelle et veille sur ses jeunes avec la 
plus vive sollicitude. 

Le Colin Ho-oui se nourrit de toutes sortes de graines, de baies et 
de jeunes pousses de végétaux herbacés ; pendant la belle saison, il re- 
cherche avec avidité les insectes, surtout les coléoptères. 

En septembre et octobre, il se répand en grand nombre dans le voisi- 
nage des plantations pour y chercher des semences. 

En captivité, on lui donne du blé, du millet, de l'avoine ; il est très 
friand de chènevis et mange beaucoup de verdure. 

C'est un des gibiers les plus recherchés et les plus répandus aux États- 
Unis. Cet oiseau se prend au filet et le plus souvent est apporté vivant 
sur les marchés. 

La chasse de ces Colins exige un tireur adroit, car ils ont le vol plsn 
vif et plus inégal que celui de nos Perdrix grises ; la compagnie surprise ' 
s'élève perpendiculairement à quinze ou vingt pieds de haut, puis se dis- 
perse de tous côtés; les oiseaux qui réussissent à gagner les arbres s'y 
rasent et échappent ainsi aux regards, car ils ne font aucun mouvement 
et on pourrait les tuer les uns après les autres sans que ceux qui restent 
abandonnent la place. 

Un couple de ces oiseaux remis par M. Florent-Prévost à M. Lory de 
Fontenelle (Seine-et-Marne) s'est reproduit en 1816, Chez cet amateur, 
ils avaient construit leur nid dans une luzerne sur la lisière d'un bois; une 
compagnie de quatorze petits en naquit, mais ils disparurent et au prin- 
temps suivant on n'en retrouva plus. 

En 1828, deux couples lâchés par M. Florent-Prévost dans l'ancien 
clos de Chalais (haras de Meudon) ne donnèrent aucun résultat. 

Mais en 1837, deux couples remis par lui à M. deCossette, multiplièrent 
tellement en Bretagne que pendant plusieurs années on put chasser le 
Colin sur quelques terres de cette province. 

Après les résultats si concluants acquis par M. Florent-Prévost nous 
ne devons pas nous étonner des succès obtenus en 1853 et années sui- 
vantes chez M. Coeffier à Versailles ; le rapport qu'il a présenté à la So- 
ciété d'Acclimatation à ce sujet est plein d'intérêt (1). 

C'est, du reste, une acclimatation accomplie depuis longtemps en An- 
gleterre, surtout dans les comtés de Norfolk et Suffolk. 

Au moment où on se plaint de la disparition de la Perdrix, il serait à 
désirer que les essais de repeuplement se portassent sur cette espèce 
qui se reproduit facilement, ne quitte guère ses cantonnements et assu- 
rerait au propriétaire une chasse productive. 

Jules Grisaud. 



(i) Voy. Bull, mensuel delà Soc. imp. d'Acclimat.,ï8ho, p. 143. 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESt^bisbÀNCE. Go 

La Balsamiue géante couinie plante niellifèi*e. 

Lettre adressée par M. de Behr, Président de l'Association allemande 
de pisciculture, à M. Raveret-Wattel, secrétaire des séances. 

« Berlin, "Il novembre 1882. 

» Cher Monsieur, 

» La Société d'Acclimalation s'intéressant à la propagation des végétaux 
utiles, peut-être croira-t-elle devoir s'occuper d'une plante qui nie paraît 
appelée à rendre des services aux apiculteurs par sa belle et abondante 
floraison. Cette plante, c'est la Balsamine géante {Impatiens glandidi- 
gera lioyle), concernant laquelle vous trouverez ci-joint une petite note, 
et dont je vous expédierai prochainement de la graine. 

» Sincèrement à vous, 

» De Behr. » 

Note. — « La Balsamine géante (Impatiens glanduligera, Royle, s. Imp . 
Botjcli VValp.), bien que connue déjà dans les jardins botaniques, ne fut 
signalée pour la première fois, comme plante utile pour les Abeilles, 
qu'à l'Exposition apicole de Potsdam, en septembre 1881. 

« D'aspect assez grêle, l'échantillon présenté laissait quelque doute sur 
l'authenticité de l'espèce qu'on savait être de taille géante, d'après les 
indications données à l'Académie royale par Walper. Les renseignements 
très favorables fournis sur le compte de cette plante engagèrent M. de 
Behr à en essayer la culture. 11 en remit de la graine à son jardinier, 
M. Donau, qui sema en septembre dans des sillons de 4 à 5 centimètres 
de profondeur, et distants d'environ 9 centimètres. Bien que peu abritée, 
la graine résista bien à l'hiver et germa vigoureusement au printemps. 
Quand le semis eut 3 ou 4 centimètres de hauteur et que les gelées de 
la nuit ne furent plus à craindre, quelques pieds furent repiqués à peu 
de distance d'un rucher. Vers le milieu de juillet, les Balsamines avaient 
■i",50 de hauteur; c'étaient de belles plantes, vigoureuses, bien dévelop- 
pées, couvertes de jolies fleurs rouges. De nouvelles branches se déve- 
loppaient constamment, et, dès le commencement de septembre, les tiges 
atteignaient de 2 mètres à 2"',50 de hauteur; les rameaux étaient longs 
et forts à l'avenant. Pendant le jour, ces plantes étaient littéralement 
couvertes d'Abeilles. Les fleurs se comptaient par milliers, et, néanmoins, 
à certaines heures, il n'y avait pas une de ces fleurs qui n'eût un insecte. 
Très ornementale, d'un superbe effet décoratif, la Balsamine géante peut 
aussi devenir une ressource précieuse pour les Abeilles, à une époque 
de l'année où ces insectes n'ont guèfe à leur disposition que le Chanvre, 
car, en septembre, le Trèfle blanc n'a que peu de miel. » 



04 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Vignes de Perse. 

Extrait d'une lettre adressée à M. le Directeur du J:irdin zoologiquc d'Acclimatation. 

Tauris, le 19 décembre 1882. 

... J'ai confié au courrier de notre légalion, parti de Tauris le 12 de 
ce mois, une quarantaine de plants et un certain noiubre de boutures de 
Vignes de Perse, le tout en un paquet bien conditionné, qui a dii être 
remis à Poti, à l'agence des bateaux-paquets de Marseille. Mon envoi est 
composé de cinq espèces de Vignes : 1" Le « Cliabany » (royal), qui pro- 
duit un raisin à gros grains dont on fait spécialeinent le vin rouge dans 
cette province; 

2" Le « Piiclie-Baba » (barbe de papa) blanc, dont le grain est long et 
gros comme le pouce ; 

3" Le « Askéry » (des troupes), raisin blanc sans pépins (invisibles à 
l'œil nu); la peau en est si mince qu'il est difficile de l'égrener sans 
l'écraser; 

4." Le Kicbmicb, raisin blanc à petit grain sucré et très alcoolique ; 
5» Le Sâhéby (du iriaître), raisin rouge foncé, plus délicat que le 
Cbabany pour la table. D'après ces indications, il sera aisé de recon- 
naître ces différentes espèces de raisins dès que les plants produiront. 
J'ai joint à mon envoi un certificat établissant que la Perse est indemne 
du l'iiylloxéra. Je serai très heureux. Monsieur le Directeur, si je par- 
viens à introduire en France la Vigne de Perse, car elle produit Les 
meilleurs raisins connus. 

Je n'ai pu vous envoyer cette fois des Pêchers, notre courrier était 
trop chargé; dès que les froids auront cessé, je vous en expédierai. 
Quant aux animaux que vous désirez, ils ne sont pas difficiles à trouver, 
excepté la Perdrix royale (Tétraogalle). qui est plus rare ici qu'à Téhéran ; 
mais je cherche en vain le moyen de vous les envoyer; nos courriers 
vont trop vite, ils les tueraient : il s'agirait de découvrir un voyageur 
complaisant qui voulût bien prendre une pareille peine. 
Veuillez, etc. 

Bernay. 
Consul de France. 



Le gérant : Jui.es Grisard. 



MoTTEr.oz, Adm.-Dirccl. des Imprimeries rcunies, A, rue Mignon, 2. Paris 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



NOTES SUR LE CANARD GASARKA 

(ANAS CASARKA, DE Linné; TADORNA GASARKA, de Macgillivray; 
GASARKA RUTILA, de Ch. Bonaparte) 

Par M. le comte De MOIVTLEZUIVI 



D'après Brehm le Canard Gasarka est originaire de l'Asie 
centrale, qui doit être regardée comme le foyer de l'aire de 
dispersion de ce palmipède. On le rencontre en Grèce et dans 
le sud de l'Italie. On le remarque encore sur les lacs de 
l'Egypte, dans la Tunisie, en Algérie et au Maroc. Gertaines 
années il paraît qu'il est commun dans les Indes. 

Le Ganard Gasarka a le bec, les pieds et les tarses noirs ; 
la tête et le cou roux jaunâtre ; la base du cou, le dessus et le 
dessous du corps roux rougeâtre avec couleur plus accentuée 
et plus foncée sur la poitrine. Ses ailes sont blancbes et noi- 
res, presque entièrement recouvertes par les plumes du 
manteau et des flancs qui ne laissent paraître que les grandes 
l'émiges qui sont d'un beau noir et partie des rémiges secon- 
daires qui sont aussi noires, mais à reflet vert foncé ; ces 
dernières forment ce que l'on appelle le miroir de l'aile. Le 
croupion et la queue sont noirs. 

La femelle est presque semblable au mâle, mais son plu- 
mage est moins coloré, le dessus de sa tête est légèrement 
gris et elle a la face blanche. 

J'ai depuis l'an dernier un couple de Canards Gasarka qui 
vivent dans une prairie bordée d'une pièce d'eau; la pièce 
d'eau et la prairie sont entourées d'une clôture de la mon- 
tagne noire. 

Dès leur arrivée, ces oiseaux se trouvèrent en compagnie 
d'un couple d'Oies du Canada et d'un couple de Canards de 
la Caroline avec lesquels ils ne purent jamais sympathiser. 

Lan dernier la femelle ne pondit pas ; je crus comprendre 

3' SÉuiE, T. X. — Février 1883. 5 



66 SOCIÉTÉ NATIONALE d'AGCLIMATATION. 

que le déplacement et les fatigues d'un long voyage étaient 
la cause de mon insuccès. 

Mes Gasarka passèrent l'hiver en bonne santé, ils ne paru- 
rent pas plus contrariés par les jours froids que par les cha- 
leurs de l'été. 

En 1882, dès le mois de janvier, j'avais remarqué quelques 
accouplements; toutefois, je ne comptais guère sur des 
résultats plus heureux que ceux de l'an dernier. Le mâle était 
tellement rageur que je doutais de sa fécondité. Sa jalousie 
était si grande qu'il ne pouvait supporter ni ses compagnons 
de captivité ni les poules qui se hasardaient à franchir la 
clôture de son parc. 

Les Oies du Canada, à cause de leur grande taille, étaient 
les seules respectées. Cependant on les voyait se hérisser 
à leur approche et il ne leur manquait que la force pour oser 
les attaquer. 

J'ai dû, pour éviter une guerre continuelle et calmer la 
mauvaise humeur du mâle, établir une division dans le parc, 
pour les séparer entièrement de ses congénères. 

Dès les premiers jours de mars, ayant remarqué que le foin 
dont j'avais garni la niche était remué, je surveillai de près 
mes oiseaux et ne tardai pas à m'apercevoir que la femelle 
Gasarka y était entrée. 

Le 26 mars, je trouvai dans la niche un œuf à peu 
près semblable à celui d'un Canard ordinaire, peut-être un 
peu plus gros. 11 était blanc, à coquille lisse, très légèrement 
teintée de couleur paille. La ponte avait commencé; elle 
continua à jour passé et dura jusqu'au 11 avril. Dès le pre- 
mier jour de la ponte la femelle arracha son duvet pour 
recouvrir ses œufs. 11 me fut facile de constater que la quan- 
tité de duvet augmentait en raison directe du nombre d'œufs 

pondus. 

Le 41 avril, tous les œufs étaient entièrement recouverts 
de duvet ou de plumes. A partir de ce moment, la couveuse 
ne quitta plus son nid que pour aller manger. Elle se levait 
deux et trois fois par jour et restait hors du nid une heure 
environ, quelquefois plus. Un jour elle ne renira dans sa 



LE CANARD CASAHKA. 67 

niche que deux heures après en être sortie, ce qui me faisait 
craindre qu'elle ne menât pas à bien sa couvée. Cependant je 
pus reconnaître que le duvet empêchait le refroidissement des 
œufs. 

L'incubation a duré trente jours. Le vingt-neuvième jour 
tous les œufs étaient piqués et le trentième jour les neuf 
petits étaient sortis de la coquille. La couveuse les tenait soi- 
gneusement recouverts de ses ailes, elle les a gardés dans la 
niche pendant vingt-quatre heures, après quoi elle les a con- 
duits à l'eau. 

C'était plaisir de voir ces petits Canards recouverts de 
duvet brun et blanc plonger et s'ébattre sur l'eau à la suite 
de leur mère; on n'aurait jamais cru les voyant si alertes 
qu'ils étaient nés de la veille. Pendant les quatre ou cinq 
premiers jours les nouveau-nés se sont contentés de picoter 
quelques petits insectes qui se trouvaient parmi les lentilles 
d'eau : depuis ils se sont insensiblement accoutumés à manger 
quelques mies de pain, quelques grains de petit millet ou de 
panis. Je les ai nourris pendant quatre semaines avec de la 
mie de pain, du petit millet, du panis et des lentilles d'eau. 
Je ne leur ai donné ni œufs de fourmis, ni pâtées, ni produits 
alimentaires; cependant le développement s'est effectué dans 
les meilleures conditions et un mois après leur naissance les 
plumes ont commencé à remplacer le duvet. 

A l'âge de quarante jours, mes Casarka étaient entièrement 
recouverts de plumes rougeâtres et teintées de gris dans la 
région des ailes et du dos. 

A partir de ce moment, je leur ai donné de l'avoine, du 
blé, des graines de sorgho à balai. 

Les ailes des Casarka se développent rapidement. Ils peu- 
vent parfaitement voler à l'âge de soixante jours ; dix jours 
plus tard ils ont leurs ailes entièrement développées. 

On ne peut bien distinguer le sexe de ces oiseaux que 
lorsqu'ils ont leur plumage d'adulte, c'est-à-dire avant la fin 
de l'automne qui suit leur naissance. 



DES PRODUCTIONS VEGETALES DU JAPON 

Par le docteur Edouard îflÈIVE 

{Suite) 



En dehors de ces Lis qui étaient au jardin du Trocadéro, 
les autres Lis japonais sont : 

Le Lillum concolor de Salisbury (1), que les Japonais nom- 
ment Hime-yuri comme le L. callosum, indiqué par Mi- 
quel (2), par Franchet et Savatier (3). On le trouve cultivé 
dans les jardins japonais de l'île de Nippon, principalement 
dans les villes de Tokio et de Yokosi^a. 

Le L. concolor est haut de 0"',cJ5àO"\50 ; sa tige est ronde, 
grêle, glabre; ses feuilles alternes, lancéolées, sont plus larges 
dans la partie supérieure de la plante; ses fleurs sont réunies 
par 2-5 en ombelle terminale. Suivant M. Duchartrc (4), il 
existe une variété à une seule tleur, que Link regardait comme 
le type de l'espèce. Les fleurs dressées sont petites, campa- 
nulées, largement ouvertes, nonrévolutées, de couleur rouge 
minium, ou rouge clair uniforme, suivant M. Duchartre. 
D'après MM. Franchet et Savatier (5), ces fleurs sont de cou- 
leur jaune rougeâtre, marquées de points bruns à la base. 

Le L. concolor a été apporté de Chine en Angleterre, en 
1806, par Gréville. M. Leichtlin dans sa collection l'indique 
comme une espèce distincte. 

Le Lilium pulchellum de Fischer (6), joli petit Lis à fleur 
solitaire dans la plante spontanée. Les folioles du périanthe 
sont rapprochées en cloche et non roulées en dehors ; elles 
sont de couleur rouge-tomate, parsemées intérieurement de 
petits points foncés. Ces fleurs sont remarquables par la briè- 
veté du style (7). 

(1) Salisbury, Par«d., tabl. il. 

(2) Miquel (F. A. W.), Proliisio florœ Japonicœ, p. 320. 

(3) Franchet et Savatier, Enum., vol. II, pars 1, p. 65, n° 1895. 

(4.) Duchartre, Jour, de la Soc. centrale d'hortic. de France, t. IV, p. 342-343. 

(5) Franchet et Savatier, vol. 11, pars 1, p. 65, n° 1895. 

(6) Hort. berol., 1834 et Animadv. botan,, tiécembrc 1839, p. 14. 

(7) Duchartre, Jour, de la Soc. centrale d'hortic. de France, l. IV, p. 282, 4870. 



" PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 69 

MM. Franchct et Savatier, sur l'autorité de M. Maximowicz, 
font du L. pulchellum une variété du L. concolor Salisb. (i). 
MM. Koch (2) et Baker (3) le désignent comme une espèce 
distincte. 

Le L. pulchellum, qu'on trouve aussi dans la Chine sep- 
tentrionale et en Sibérie, a été introduit en Russie, en 1834-, 
par Raddi et y est cultivé depuis cette époque. 

Le Lilium coridion de Siebold (4), mentionné par Franchet 
et Savatier (5), noté dans le Phonzo-Zoufou (G) sous le nom 
Kihime yuri. 

Le Kihime yuri croît dans le Japon septentrional, d'où il a 
été rapporté en Europe par Siebold en 1856. C'est une plante 
haute de 0'",33, sa tige grêle, unie, glabre est garnie de nom- 
breuses feuilles linéaires, de couleur verl-émeraude en des- 
sus, blanchâtres en dessous ; une seule tleur terminale, petite, 
deO'",04. au plus, dressée, campanulée, sans odeur, decouleur 
jaune-citron en dedans, jaune plus clair en dehors. Etamines 
courtes. 

Avec une yoxiîiiQ parthenion Sieb. et de Vr., qui a été 
introduite par Siebold en 1870 ; désignée dans le Phonzo-Zou- 
fou il) sous le nom de Akal hime yuri (Lis des vierges). 

Suivant le D' Savatier, la fleur de VAkai hime-yuri est rose 
extérieurement et intérieurement à la base, et rouge vif su- 
périeurement, sans macules. 

D'après M. Duchartre (8) la fleur du L. parthenion est ter- 
minale, solitaire; les folioles du périanthe longues de 0"',03, 
larges de O^jOl, sont rouges avec la nervure médiane verte en 
dehors, maculées çà et là de rouge sombre à l'intérieur. 

(1) Franchet et Savatier, vol. II, pars I, p. 65, n" 1895. 

(2) Karl Koch, Das Geschieht der LiLien {Wochenschrift fur Gœrtnerei und 
Pflan^.enkunde, V, 1862, p. 301). 

(3) Baker (J. G.), A neiv synopsis of ail ihe knoivn Lilies {GardenefsChronide, 
12 août 1871, p. 1034). 

(4) Siebold et de Vriese, Tuinbouw Flora, 2* partie, p. 341, avec pi. color., 
1855. 

(5) Franchet et Savatier, vol. H, pars 1, p. 64, n" 1892. 
(G) Phonzo-Zoufou, vol. 51 , fol. 23 recto. 

(7) Ihid., vol. 51, fol. 23 verso. 

(8) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 472-473. 



70 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

M. Duchartre, de même que Siebold, que MM. Leichllin, 
Franchet et Savatier, considère le L. coridion comme une 
espèce distincte et indique le L. parthenion comme une va- ' 
riété du L. coridion. 

M. Baker (1) regarde le L. coridion Qi]e L. parthenion 
comme deux variétés du L. concolor Salisb. 

Le Lilium avenaceuni de Fischer, espèce décrite par 
M. Maximowicz (2), marqué par M. Leichtlin dans sa collec- 
tion comme espèce distincte et remarquable, qu'on rencontre 
au Japon de même que dans les îles Kuriles et Sachalin, dans 
la Mandchourie et le Kamtschatka. 

Le L. avenaceum a des feuilles assez larges, lancéolées, 
disposées en verticilles. Suivant M. Duchartre (3), la fleur, de 
grandeur moyenne, a les folioles du périanthe peu révolutées 
et plutôt réfléchies dans leur partie supérieure, elle est de 
couleur rouge-ponceau, quelquefois orangée, elle est parse- 
mée de macules foncées. 

Le Lilium medeoloides d'Asa Gray (4), de Miquel (5), de 
Franchet et Savatier (0) ; Kuruma-yuri, suivant le Somoku- 
Dusets il) elle Phonzo-Z ou fou (8), 

Le Kuruma-yuri croît dans les champs des régions mon- 
tagneuses du Japon, et il tleurit en août. On le trouve dans 
les parties centrale et septentrionale de l'île de Nippon et dans 
l'île de Yeso où il a été observé, près de la ville d'Hakodate, 
par Ch. Wright. 

Avec une variété obovata, qui, suivant le D' Savatier (9), 
fleurit de juillet à août et est cultivée dans les jardins ja- 
ponais- 

(1) Baker {i.G.], A new synopsis ofaLl the Knoivn Lilies {Gardener's Chronicle, 
i2 août 1871, p. 1034). 

(2) Garlenflora, p. 290-292, pi. 485, 1865. 

(3; Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 282. 

(4) Gray (Asa), On the Botany of Japan {Mémoires de l'Académie améri- 
caine des arts et sciences, nouvelle série, t. VI, p. 415, 1857). 

(5) Miquel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p." 320. 

(6) Franchet et Savatier, vol. Il, pars 1, p. C3, n" 1891. 

(7) Somoku-Diisets, vol. V, p. 51, n" 77. 

(8) Phonzo-Zoufou, vol 51, fol. 18. 

(9) Franchet et Savatier, vol. II, pars 1, p. 63, n" 1891. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 71 

La tige du Kuriima-yuri est glabre, nue inférieurement, 
garnie supérieurement de feuilles réunies en faux verlicille, 
lancéolées, étroites; la fleur est souvent solitaire; quelque- 
fois, il y en a 2 ou "3; elles sont petites, d'un rouge-brique 
ou rouge-orange, avec des macules foncées. 

Dans la variété obovata, les feuilles sont obovales et les 
fleurs identiques. 

M. le D' Savatiei- dit que le L. medeoloides d'Asa Gray, qui 
croît dans l'île de Yeso, est semblable au L.ai'ewaceitm Fischer, 
recueilli par lui et par M. Maximowicz dans les Alpes de 
Niko. 

D'après M. Duchartre (1), le L. medeoloides est considéré 
par M. Kocli comme identique au L. maculalum. 

Le Lilium alternans, importé du Japon par Siebold, en 
1869, que M. Max Liechtlin indique dans sa collection comme 
espèce distincte, 

M. Duchartre (2) ne considère pas les caractères indiqués 
par Siebold comme suffisants pour donner une certitude d'es- 
pèce ou de variété. 11 décrit ce lis comme ayant des feuilles 
nombreuses, linéaires, lancéolées. Les fleurs qui se montrent 
dans le courant de juillet, sont nombreuses (une quinzaine 
environ), dressées, non révolutées, de couleur orange foncé, 
avec des taches jaunes et des stries brunes vers la base des 
folioles du périanlhe (3). 

Le Lilium testaceum de Lindiey (A), de Franchet et Sava- 
tier (5), ou L. habellinum de Kunze (6). 

Pour M. le D' Savatier, son origine est douteuse et il n'est 
peut-être qu'une des nombreuses formes horticoles du L. 
speciosum. 

M. le D' Regel (7), directeur du Jardin botanique de Saint- 
Pétersbourg, le regarde comme originaire du Japon. 11 en est 

(1) Duchartre, Journal de la Société centrale lïhorticuUure de France, t. V, 
p. 273. 
{■!) Ibid., t. IV, p. 474. 

(3) Ibid., t. IV, p. 473. 

(4) Lindiey, IM. reg., 1842, n» 7 ; Mise, n" 51, 1843, tabl. II. 

(5) Franchet et Savatier, voL II, p. 08, ii" VMO. 

(6j Kuiizo (('•■), Botanische Zeitunij, 1843, l, p. GUO. 
(7) Gartenflora, XI, 18G2, p. 2-3. 



72 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

de même de M. Ducharlre(1)et deM. Leichtlin, qui l'indiquent 
comme Lis japonais et comme espèce bien distincte. 

Il est difficile d'affirmer s'il vient spontanément au Japon, 
mais il y est certainement cultivé dans les jardins. 

Le Lilium testaceum a une hauteur de 1 à "S mètres, sa tige 
est arrondie, glabre, nuancée de rouge et de vert ; ses feuilles 
nombreuses, alternes, sessiles, petites, sont bordées de poils 
blanchâtres; plusieurs fleurs (3 à 6), grandes, pendantes à 
l'extrémité d'un long pédoncule, non revolutées, de couleur 
nankin, plus foncées en dedans, plus claires en dehors, ponc- 
tuées; pollen rouge orangé. 

Le Lilium Fortunei de Lindley (2), mentionné par Mi- 
quel (3), par Franchet et Savatier (4), nommé au .lapon Ské- 
yuri d'après le Phonzo-Zoufoui^). 

Suivant M. Duchartre (6), ce lis est haut de 0'",50; ses 
feuilles sont alternes, linéaires, étroites ; la fleur solitaire est 
de couleur rouge orangé jaune, elle est maculée de brun 
foncé. 

D'après M. Koch (7), cette espèce est voisine du L. pul- 
chellum Fischer, sinon identique avec lui. 

Le Lilium Thimbergianum de Rœmer et Schultes (8), de 
Miquel (9), de Franchet et Savatier (10), nommé d'abord par 
Thunberg L. Philadeljjhicim{H), puis L. bulbiferum (12), 

(I) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 478, 1870. 

(-2) Lindley, Gardener's Chronicle, 1862, p. 212. 

(3) Miquel. (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 321. 

(4) Franchet et Savatier, vol. II, pars 1, p. 65, n" 1894. 

(5) Phonzo-Zoufou, vol. Ll, fol. 2, verso. 

(fi) ])ucharlTc, Journal delà Société centrale d'Jiorticulturede Fra7ïceM\ ,ïi.i80. 

(7) C. Koch, Wochenschrifl fàr Gœrtnerei und Pflanzenkimde {Bulletin 
hebdomadaire d'horticulture et de hotayiique), V, 1862, p. 301. 

(8) Rœmer et Schultes, Syst. Vil, p. 415. 

(9) Miquel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 319. 

(10) Franchet et Savatier, vol. 11, pars 1, p. 69, n° 1902. 

(II) Thunberg, Flor. Jap., p. 133. 

(12) Thunberg, Transactions of Linnean Society, II, p. 33. 

M. Baker, dans son ouvrage sur les Lis {A neiv Synopsis of ail the known 
Lilies), publié dans le Gardener's Chronicle, 12 août 1871, p. 1034, fait du L. 
Thunberg ianum, une sous-espèce du L. bulbiferum, sous le nom de L. bulbi- 
ferum Thunbergianum, avec les nombreux synonymes et les formes indiquées, 
par M. Duchartre {Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 353). 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 73 

ensuite L. eleqans{\) désigné dans le Sàmoku-Dusets {^) sous 
les noms de Natsu-sukashi-yuri, de Haru-sukashi-yuri et de 
Hiratori-ynri, marqué dans le Phonzo-Zoufon (3) sous les 
noms de Skachi (forme des jardins, variant de couleur) et de 
Hogaku (à fleurs semi-doubles). 

Le L. Thunhergianum a une tige simple, de 0"',30 de haut, 
de nombreuses i'euilles alternes, lancéolées, sessiles, n'ayant 
pas de bulbilles à leur aisselle ; il donne en juillet une seule 
fleur, dressée, campanulée, jaune rougeâlre orangé, sans ma- 
cules ou à macules peu apparentes. On le rencontre dans les 
champs, principalement dans l'île Parry. 11 existe aussi dans 
l'île de Nippon et est commun aux environs de la ville de Yoko- 
hama, où ses bulbes comestibles sont employés dans la nour- 
riture japonaise. 

M. Maximowicz a décrit une forme plus robuste : leL. Thun- 
hergianum venustum ou L. venustum de Kunth, qui porte au 
sommet de la tige S-A fleurs en ombelle. Ces fleurs sont de 
couleur abricot avec des macules noires. 

Cette forme fleurit en juillet sur les collines de l'île Parry, 
où elle spontanée, ainsi que dans la partie septentrionale de 
Tîle de Nippon et dans l'île de Yeso. 

M. Duchartre (4), à l'exemple de Siebold qui a introduit le 
L. venustum de Kunth au Jardin botanique de Gand, regarde 
le L. venustum comme une variété du L. Thunhergianum . 

Le Lilium Thunhergianum est fréquemment cultivé dans 
les jardins d'Europe, et on en a fait un certain nombre de va- 
riétés, de couleur rouge, pourpre, rouge vif, jaune, jaune 
d'or. Parmi ces variétés sont : 

Le L. fulgens (5) de Gh. Morren, formé par plusieurs va- 
riétés que Siebold avait désignées sous les noms deL. Thunh. 
atro-sanguineum et L. Thunh. atro-sanguineum-macula- 



(1) Thunberg, Mémoires de V Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, 
1811, p. -202, iig. 2. 

(2j Sàmokii-Dusets, vol. V, p. 49, n" 66, 67, 68. 

(3) l'honzo-Zoïifoti, vol. LI, fol. 14 verso et fol. 16 recto. 

(4) Duchnrtrn, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 351-352, 1870. 

(5) Ch. Morren, Note sur les Lis du Japon. 



74 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

tum, noms sous lesquels ils sont désignés dans les catalogues 
de M. Van-Houtte. 

LeL. aurantiaciim (1). 

Le L. forniosiim (2). 

Le L. sanguineum (S). 

Le L. fulgens var. staminosum (4-) à fleurs de couleur 
orangé rouge, à points brun noir et plus ou moins semi- 
doubles. M.Max Leiclitlin a obtenu une variété à fleurs doubles 
{L. Th. flore pleno) qui est plus belle et plus double que le 
L. fulgens var. staminosum. 

M. Duchartre (5), à l'exemple de Siebold et de M. Koch (6), 
considère qu'il n'y a pas lieu de les regarder comme des es- 
pèces distinctes, mais seulement comme des variétés du L. 
Thunbergianum. Siebold, dans ses catalogues, indiquait 
46 variétés du L. Thunbergianum. Suivant M. Duchartre, 
M. Max Leichtlin en a ajouté A. 

On doit aussi, d'après M. Duchartre (7), considérer comme 
des variétés du L. Thunbergiamim, les lis répandus dans le 
commerce par M. Grœnewegen, d'Amsterdam, et par M. Kre- 
lage, de Harlem, sous les noms de Kikak, de Kimi-gaya, de 
la-Ethal, de Sy-yets, de Fiu-kwama et de Fekinata. 

Le Lilium Wilsoni Ilort., belle plante japonaise, connue 
sous le nom de L. Thunbergianum par dinum^ qui, d'après 
M. Koch (8), a été trouvé chez un amateur anglais, M. Wilson. 
M. Leichtlin, dans sa collection, l'indique comme espèce 
distincte et remarquable. D'après cet amateur distingué et 
d'après M. Duchartre (9), IcL. Wi^.som atteint 1 mètre à 1™, 33 

(1) Paxt, Magaz. of bot.. VI, 1839, p. l27-l!28. 

(2) Versch, Illust. Iiort., 1865, pi. 459. 

(3) Lindley, Bot. reg., 1846, pi. 56. 

(4) Ch. Lemaire, lllustr. hort., 1864, pi. 422. 

(5) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 350. 

(6) Karl Kocli, Woclienschrift fur Gœrtnerei und Pflanzenkunde {Bulletin 
hebdomadaire d'horticulture et de botanique), 1865, p. 99. 

(7) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 353. 

(8) Koch, Wochenschrift fïtr Gœrtnerei und Pflamenkunde, n" 18, 1870, 
p. 144. 

(9) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 486. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 75 

de liant; ses feuilles sont elliptiques ; ses fleurs nombreuses, 
qui peuvent aller jusqu'à 20, forment une ombelle; elles sont 
grandes et larges de O'^^ à 0™,14, dressées, campanulées, 
de couleur rouge orangé, ou rouge brique, avec des points 
brun noirâtre, très nombreux ; chaque foliole du périanthe 
offre sur sa partie médiane une bande jaune. 

Le Lilium tigriîium Gawler (1), qu'on trouve désigné par 
Kaempfer (2), par Miquel (3), par Franchet et Savatier (4), 
classé dans le Sdnioku-Dusets{5) et dans le Phonzo-Zoufou (6) 
sous le nom de Oni-ijuri; très commun dans les îles de Nip- 
pon et de Yeso. Il est difficile de préciser s'il y est spontané. 
D'après \eSàmoku-Dusets, on le rencontre dans les montagnes. 
M. le D"^ Savatier ne l'a trouvé que cultivé dans les jardins 
japonais, où il a des variétés horticoles assez nombreuses ; le 
Phonzo-Zotifou n'en donne qu'une, à fleurs doubles, qu'il 
donne sous le nom de Yaï e tenko (7). 

Le Oni-yuri est très rustique ; il a 1 à 2 mètres de haut ; 
sa tige est arrondie, brunâtre, poilue ; les feuilles sont garnies 
de bulbillcs noirâtres à leur aisselle vers le haut de la tige. Ces 
feuilles sont alternes, sessiles, assez larges, lancéolées, elles 
ont 5-7 nervures médianes. M. Duchartre (8) décrit les fleurs de 
ce beau lis ; elles sont nombreuses, jusqu'à 15, en grappe ter- 
minale, larges, révolutées, pendantes, sans odeur, de couleur 
jaune ou d'un rouge orangé, maculées de brun rouge noirâtre. 

Les bulbes comestibles du Lis tigré sont mangés par les 
Japonais, cuits, bouillis et confits. 

Le Oni-yuri est recherché pour l'ornement des jardins et 
des habitations. 11 est fréquemment représenté sur les pein- 
tures, les porcelaines, les émaux cloisonnés, les laques et les 
broderies en soie. 

(1) Gawler, Botanical Magazine, tabl. 1237. 

(2) Kaempfer, Amœnilales exoticœ, 5e fasc, p. 871, 1712. 
(3j Miquel (F. A. W.), Proludo florœ Japonicœ, p. 320. 

(4) Franchet et Savatier, vol. II, pars 1, p. 60, n° 1898. 
(5j Sàmohi-Dusels, vol. V, p. 49, n°» 03 et 64. 

(6) Pliomo-Zoufou, vol. Ll, fol. 10 recto. 

(7) Ibid., vol. Ll, 11 recto. 

(8) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de france, i. IV, 
p. 476. 



76 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Le Lilium tigrinum Gawl. a été introduit en Europe, 
en 1804, par le capitaine anglais Kirckpatrick. 

Depuis cette époque, on en a obtenu un certain nombre de 
variétés. M. Leichtlin, en 1870, possédait dans sa collection: 

Le L. tigrinum Gawler et ses variétés suivantes : 

LU. tigr. Fortunei. 

LU. tigr. erectum. 

LU. tigr. foliis variegatis. 

LU. tigr. flore pleno, dont les fleurs doubles sont remar- 
quables. 

Lit. tigr. splendens Leichtlin, plus robuste, plus florifère 
que le type, à fleurs plus amples et à nuances plus vives (1). 

A l'exposition de Nancy (2), M. Galle avait exposé plusieurs 
sujets de L. tigrinum Gawl., ayant passé l'hiver à l'air libre. 
Le Jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne possède le LiL 
tigriîium Gawl. et le LU. tigr. flore -pleno. 

Le Japon produit aussi une espèce voisine, le Lilium pseu- 
do-tigrinum de Carrière (3), qui a été envoyé de Chine au 
Muséum d'histoire naturelle de Paris. 

D'après M. Max Leichtlin, ce lis est originaire des îles Liu- 
Kiu. Il a 1 mètre de haut, ressemble au L. tigrinum Gawl. ; 
sa tige est verte, légèrement tigrée, garnie de poils blancs. Il 
ne produit pas de bulbillesà l'aissefle des feuilles. Ces feuilles 
sont alternes, nombreuses, rapprochées. Les fleurs sont hori- 
zontales à l'extrémité d'un pédoncule garni d'une longue 
bractée; elles sont bien ouvertes, révolutées, d'un rouge mat 
avec des points et des macules de couleur foncée à l'intérieur. 

C'est une plante très rustique. 

Le lis désigné dans le Sàmoku-Dusets (4) sous le nom de 
Ko oni yuri est le L. Maximowiczii de Regel (5), espèce voi- 
sine de L. tigrinum. Suivant MM. Franchet et Savatier (G), il 

(1) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, t. IV, 
p. 4-76. 

(2) Catalogue de l'exposition de Nancy, p. 61, n" 1658, 1880. 

(3) Revue horticole, I, novembre, p. 411-412, 1867. 

(4) Sàmoku-Dusets, vol. V, p. 49, n» 64. 

(5) Supplem. ad ind. sem. hort. Petrop., 1866-1867, p. 26. Gartenflora, 1868, 
p. 322, pi. 596. 

(6) Franchet et Savatier, vol. Il, pars 1, p. 65-66, n° 1896, 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 77 

s'en distingue par ses feuilles plus étroites, dépourvues de 
bulbilles à leur aisselle. D'après M. Duchartre (1), ses fleurs 
sont grandes, révolutées, ondulées, colorées en beau rouge 
écarlate ou orangé, marquées dans leur partie inférieure de 
points ovales de couleur pourpre noir. 

Le Ko ont yuri, à l'état spontané, est uniflore ; la forme 
cultivée dans les jardins est plus robuste et pluriflore. Il fleurit 
en août dans les parties herbagées des montagnes. M. Maxi- 
mowicz l'a trouvé dans l'ile de Kiusiu, aux environs de la ville 
de Nagasaki. M. le D' Savatier l'a rencontré dans l'île de Nip- 
pon, sur les montagnes d'Hakone et dans la province de Sa- 
gami. Le Ko oni yuri a été introduit en Europe par M. Maxi- 
mowicz au Jardin botanique de Saint-Pétersbourg. 

Quant au Lilium Leichtlini de Hooker (2), mentionné par 
MM. P'ranchet et Savatier (3) comme une espèce très voisine 
des LU. tigrinum et Maximowiczii, il est indiqué dans le 
Phonzo-Zoufou (4) sous le nom de Hirato-yuri. 

On le trouve sur les collines herbagées de l'île de Nippon, 
principalement au pied du volcan Fudzi-yama. 

Le Hirato-yuri^ qui a été dédié par DallonHookeràM. Lei- 
chtlin, a 1 mètre de haut ; sa tige est glabre, ses feuilles 
alternes, sessiles, linéaires, lancéolées, un peu velues à la 
base (5). La fleur est solitaire, il y en a quelquefois cependant 
2 ou 3, pendantes, révolutées, de couleur jaune-citron, par- 
semées à l'intérieur de nombreuses mouchetures pourpres ou 
noirâtres. 

Le Lilium tenuifolium de Fischer (6), qui croît au Japon, 
de même que dans la Sibérie méridionale. 

Ses feuilles sont linéaires, ses fleurs sont réfléchies, révo- 
lutées, de couleur rouge, non ponctuées. 



(1) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, l. IV, 
p. 4S4-485. 

(2) Bolanical Magazine, novembre 1867, pi. 5673. 

(3) Fr.incliet et Savatier, vol. U, pars. 1, p. 65, n" 1807. 

(4) Phonzo-Zoufou, vol. LI, fig. 10 verso. 

^5) Durliartre, Journal de la Société centrale dlio ticuUure de France, t. IV, 
p. 484-485. 
(6) Fischer, Ind. pi. hort. Gorenk, p. 8, 1812. 



78 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

M. Leichllin le marque dans sa collection comme une es- 
pèce très nette. îH 

M. Duchartre (1), de même que M. Leichllin, regarde comme 
une variété de cette espèce le Lis introduit du Japon par 
Siebold, en 1856, sous le nom de L. punicetim, cédé par lui 
à M. Krelage (2) à Harmle. Ce lis est plus fort et ses fleurs, qui 
se montrent en mai, sont plus nombreuses et peuvent aller 

jusqu'à 15. ! ■'■.■n 'siii.i) i, 

Le Lilium callosum : Hime-yuri (S) de Siebold' et Zucca- 
rini (4), mentionné par Miquel (5), par Franchet et Savatier (6), 
ou L. pomponium de Thunberg (7). 

D'après Kaempfer(8) et Siebold, \e H ime-yuri est fréquent, 
à l'état sauvage, dans les régions montagneuses, peu boisées 
du Japon, à une altitude de 165 à 650 mètres. M. Maximo- 
wicz dit qu'il est communément cultivé dans l'île de Kiusiu, 
aux environs de la ville de Nagasaki. 

Les Japonais utilisent dans leur nourriture les bulbes co- 
mestibles du L. callosmn et les mangent cuits, bouillis et 
confits. Ils retirent de ces bulbes une fécule blanche qui était 
représentée dans l'Exposition par des bocaux remplis de cette 
fécule en morceaux (classe 69, céréales, produits farineux et 
leurs dérivés) du département d'Iwaté, province de Rikuchiu. 

Le Hime-yuri (Lis mignon) que les Japonais nomment 
souvent Yama-yuri (Lis de montagne) vient aussi en Chine, 
où il est connu sous le nom de Santan. Il est fréquemment 
cultivé dans les jardins japonais et il est alors plus vigoureux 
qu'à l'état sauvage. 

Sa tige simple, arrondie, s'élève jusqu'à 1 mètre; sesfeuilles 
sont alternes, étroites, aiguës, de couleur vert clair. 



(1) Duchartre, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, 1. 1\', 
p. 282. 

(2) Annales d'horticulture et de botanique ou Flore des Pays-Bas, p. 23, 
1861. 

(3) Sômoku-Dusets, vol. V, p. 49, n" 65. 

(4) Siebold et Zuccarini, Flora /a/^onica, p.. 86, tabl. 41, 1835. 

(5) Miquel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 320. 

(6) Franchet et Savatier, vol. II, pars. 1, p. 65, n° 1893. 

(7) Thunberg, Flora Japonica, p. 134. 

(8) Kaempfer, Amœnitates exoticœ, fasc, 5, p. 871, 1712. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 79 

Ses fleurs, au nombre de six à dix, sont disposées en grappe 
terminale; elles sont légèrement pendantes, leur pédoncule 
sort de l'aisselle de deux bractées inégales s'épaississantàleur 
sommet en une callosité qui a fait donner à ce lis le nom de 
Callosum (1). Elles sont d'un rouge vif, parsemées de 
points d'un rouge foncé. 

M. Geoffroy Saint-Hilaire a reçu directement du Japon pour 
le Jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne, dans le cou- 
rant de l'année 1882, un album représentant les fleurs admi- 
rablement peintes de vingt-quatre lis japonais, en même 
temps qu'une collection des bulbes de ces lis, se rapportant 
comme numéros, aux numéros identiques de l'album. 
M. Geoffroy Saint-Hilaire les a fait planter par M. Palry, jar- 
dinier en chef du Jardin. D'après les renseignements qui 
m'ont été donnés par M. Patry, très peu de ces lis ont réussi 
en 1882. 

Len"2a fleuri régulièrement et a donné, en juillet, une 
belle fleur, terminale, de 10 centimètres de large, dressée, 
campanulée, à divisions du périanthe plutôt pliées que révo- 
lutées, d'un beau rouge pourpre uniforme, sans macules en 
dedans, d'un rouge clair à l'extérieur. 

Le n" 4 a donné une petite fleur campanulée, à extrémités 
des folioles du périanthe pliées, d'un beau jaune à l'inté- 
rieur, avec des points rouges disséminés, de couleur jaune 
clair en dehors. 

Le n" 9 a produit, en juillet, un grand lis blanc, lavé de 
vert clair à l'extérieur dans la partie s'attachant au pédon- 
cule, tubulé, médiocrement ouvert, non ré volute. 

Le n" 15 a fourni une belle fleur de 10 cenlimètres de large, 
campanulée, largement épanouie, révolutée, jaune, avec des 
macules rouge foncé en dedans, de couleur jaune clair sur 
la face externe. 

Len°24 a avorté. 

Les autres lis n'ont pas réussi. 

Les vingt-quatre lis figurés dans l'album japonais envoyé 

(1) Duchartre, Journal de la Société centrale d'Iiorticullure de France, t. IV, 
p. 349. 



80 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION, 

au Jardin d'Acclimatalion du Bois de Boulogne, peints, dans 
leur grandeur normale et avec leurs véritables nuances, sont 
les suivants (1): 

N" 1. Lis à tige ronde, glabre, de couleur verte, à feuilles 
sessiles, alternes, allongées, d'un vert clair en dessus, d'un 
vert jaunâtre en dessous. Pleur de 18 centimètres de large, 
portée sur un pédoncule assez long, horizontal, largement 
ouverte, ondulée, révolutée, d'un blanc légèrement rosé, 
parsemée en dedans de gros et nombreux points pourpres, 
avec une large bande médiane d'un jaune uniforme; étamines 
à grosses anthères de couleur rouge brique , large pistil 
vert clair. Le bouton de la fleur, gros, long, renflé à sa partie 
moyenne, d'un blanc rosé dans le milieu et vers la pointe, 
blanc lavé de vert près du pédoncule. 

N° 2. Lis à tige ronde, glabre, vert jaunâtre; à feuilles 
sessiles, disposées supérieurement en verticille, linéaires, 
d'un beau vert en dessus, vert jaunâtre en dessous; fleur 
terminale, dressée sur un pédoncule assez gros et assez court, 
de 13 centimètres de large, campanulée, à divisions du 
périanthe plutôt pliées que révolutées dans leur tiers supé- 
rieur, d'un beau rouge pourpre foncé, en dedans avec une 
nervure médiane d'un rouge plus clair, d'un rouge moins 
foncé à l'extérieur. Étamines rougeâtres ; gros pistil dépas- 
sant peu les étamines. 

N" 3. Lis à tige ronde, glabre ; à feuilles sessiles, alternes, 
étroites, linéaires, vert clair en dessus, vert jaunâtre en des- 
sous; deux fleurs à l'extrémité supérieure de ia tige, dressées, 
portées par un pédoncule de grosseur moyenne, campanu- 
lées, révolutées, de 12 centimètres de large, de couleur rouge 
orange ou rouge tomate, uniforme en dedans et en dehors, 
un peu plus foncé au centre, sans macules. Anthères de cou- 
leur rouge pourpre ; pistil rougeâtre. 

Le bouton de la fleur, ovale, de couleur rouge clair. 
N° 4. Petit lis à tige ronde, glabre ; feuilles sessiles, verti- 
cillées supérieurement, linéaires, étroites, peu longues; fleur 

(1) J'ai suivi dansTénumération l'ordre des numéros indiqué dans l'album. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 81 

terminale de 6 centimètres de large, dressée, campanulée, 
légèrement pliée à l'extrémité de chaque foliole du périantlie, 
d'un jaune clair uniforme à l'extérieur, d'un jaune plus foncé 
en dedans, avec des points nombreux, disséminés, de cou- 
leur rouge brique ; étamincs à anthères rougeâtres assez 
longues. 

N° 5. Beau lis à tige jaune verdâtre, ronde, glabre, à feuilles 
sessiles, alternes, linéaires, peu nombreuses; fleur de 13 cen- 
timètres de long sur 15 centimètres de large, horizontale, sur 
un pédoncule de 9 centimètres de long, campanulée, pliée à 
l'extrémité des folioles du périanthe, d'une belle couleur rose 
carmin, uniforme, sans macules, plus foncée en dedans qu'en 
dehors; étamines courtes, rapprochées, à anthères de couleur 
rouge brique. 

N" 6. Magnifique lis, à tige ronde, glabre, ta feuilles ses- 
siles, alternes, nombreuses, assez larges, obovales, réguliè- 
rement espacées dans la hauteur de la tige, d'un beau vert 
foncé en dessus, jaunâtres en dessous; à fleurs de il centi- 
mètres de large, obliques sur im pédoncule de 6 centimètres 
de long, largement ouvertes, révolutées, ondulées, d'un blanc 
rose extérieurement, blanc en dedans, carminé vers le 
milieu, parsemées de gros points nombreux de couleur car- 
min foncé; longues étamines à anthères de couleur rouge 
brique; long style verdâtre. Le bouton de la fleur, de couleur 
blanc verdâtre, lavé de rose vers la partie médiane. 

N" 7. Joli lis cà tige assez grosse, ronde, glabre; à feuilles 
sessiles, alternes, obovales; fleurs terminales de 12 centimè- 
tres de large, obliques sur un pédoncule grêle de 7 à 8 cen- 
timètres de long, largement ouvertes, ondulées, révolutées, 
d'un blanc pur, parsemé en dedans de gros points blancs 
plus foncés ; longues étamines à anthères, de couleur rouge 
brique; style dépassant de beaucoup les étamines. 

Le bouton de la fleur est blanc lavé de vert clair. 

'N" 8. Lis à lige ronde, glabre, à feuilles alternes, sessiles, 
linéaires, allongées, les inférieures plus larges que les supé- 
rieures ; à fleurs terminales, dressées, de 12 centimètres de 
large, doubles, très largement épanouies, révolutées, de cou- 

3' SÉRIE, T. X. — Février 1883. 



82 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

leur jaune orangé, ou rouge tomate, parsemées en dedans 
de nombreux et gros points rouge brun. 

Le bouton de la fleur, presque rond, de couleur rouge 
abricot, maculé de rouge brun. 

N" 9. Lis à ti^e ronde glabre, feuilles peu nombreuses, 
alternes, pétiolées (les pétioles plus courts dans les feuilles 
supérieures que dans les inférieures), en forme de cœur, de 
couleur vert clair en dessus, vert jaunâtre en dessous ; deux 
fleurs terminales, allant en sens opposé, horizontales, tubu- 
lées, les extrémités des folioles du périanthe légèrement 
repliées sans être révolutées, médiocrement ouvertes, de 
couleur blanche, légèrement lavée de vert extérieurement 
dans le quart de la longueur, près du pédoncule. 

N° 40. Petit lis, à feuilles sessiles étroites, linéaires, nom- 
breuses, rapprochées, d'un beau vert en dessus, vert jaunâtre 
en dessous, fleur terminale, dressée, de 8 centimètres de 
large, campanulée, non révolutée, simplement pliée à chaque 
extrémité des folioles du périanthe, assez largement ouverte, 
de couleur rouge clair en dehors, de couleur rouge lie de vin 
à l'intérieur, parsemée de points noirâtres. 

NMl. Beau lis à tige ronde, glabre; à feuilles sessiles, 
nombreuses, verticillées, assez longues, vert clair en dessus, 
vert jaunâtre en dessous ; fleurs terminales semi-doubles, de 
14 centimètres de large, dressées, campanulées, non révolu- 
tées, pliées aux extrémités des folioles du périanthe, de cou- 
leur rouge clair à l'extérieur, d'un beau rouge pourpre 
uniforme en dedans, sans macules, ayant au milieu seize à 
dix-huit prolongements rougeâtres bordés de blanc, et treize 
filaments blancs grêles ; long style verdâtre. 

N° 15. Large et beau lis à grosse tige ronde, glabre ; à 
feuilles sessiles, assez nombreuses, verticillées dans la partie 
supérieure de la tige ; fleur terminale de 14 centimètres de 
large, dressée, campanulée, non révolutée, ayant les extré- 
mités des folioles du périanthe repliées, d'une belle couleur 
pourpre velouté, uniforme en dedans, sans macules, rouge 
clair à l'extérieur ; étamines à grosses anthères de couleur 
chocolat ; fort style rougeâtre. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 83 

N" 13. Beau lis à tige arrondie, glabre; à feuilles nom- 
breuses, sessiles, petites, linéaires, de couleur vert clair en 
dessus, vert jaunâtre en dessous; fleurs de 10 à 12 centimè- 
tres de large, obliques sur de longs pédoncules grêles, large- 
ment ouvertes, révolutées, ondulées, d'une jolie couleur 
abricot foncé ou jaune orangé, avec une nervure médiane 
orangée, parsemées de gros points rouge pourpre, très nom- 
breux, de couleur rouge orangé clair à l'extérieur; étamines 
à grosses anthères de couleur rouge brique ; long style dépas- 
sant de beaucoup les étamines. 

Le bouton de la fleur ovale allongé, de couleur rouge 
orangé, lavé de vert. 

N" 14. Lis cà grosse tige ronde, glabre, vert jaunâtre, à 
nombreuses feuilles alternes, sessiles, assez larges, obovales ; 
fleurs de 14- à 15 centimètres de large, bien ouvertes, peu 
révolutées, plutôt pliées, de couleur blanche avec une bande 
jaune clair de 1 centimètre de large sur le milieu de la face 
interne de chaque foliole du périanthe qui est parsemée de 
gros et nombreux points jaunes de la môme nuance que la 
bande ; étamines courtes, à grosses anthères de couleur 
rouge brique; large style verdâtre. 

Le bouton de la fleur blanc lavé de jaune dans la moitié dé 
sa longueur près du pédoncule. 

NMô. Lis à tige assez grosse, à feuilles alternes, sessiles, 
nombreuses, étroites, allongées; à fleurs de 0,10 à 0,1 !2 de 
large, obliques sur le pédoncule, campanulées, légèrement 
ouvertes, d'un jaune clair à l'extérieur, d'un jaune plus foncé 
sur la face interne des folioles du périanthe, qui sont parse- 
mées de nombreux et gros points, de couleur rouge brique ; 
longues étamines avec anthères rougeâlres ; style jaunâtre. Le 
bouton de la fleur, ovale allongé, jaunâtre, est légèrement 
lavé de vert près de son attache au pédoncule. 

NMô. Lis à grosse tige vert jaunâtre, ronde, glabre, à 
jolies feuilles alternes, sessiles, nombreuses, assez étroites, 
allongées, d'un beau vert en dessus, bordées de blanc, veri 
jaunâtre en dessous ; grandes fleurs terminales, horizontales, 
campanulées, légèrement révolutées, un peu ondulées, blan- 



8-4 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

che?, lavées de vert clair près du pédoncule et à la partie 
movenne de la face inlerne des folioles du périanlhe : étamine* 
cour'ips, à larges anlhères; style assez gros. 

L^'. bouton de la ileur ovale allongé, blanc lavé de vert. 

N° 17. Lis à tige grêle, jaunâtre, à feuilles sessiles, verti- 
cillées, linéaires, allongées; trois tleurs terminales, obliques, 
petites, de G centimètres, bien ouvertes, étalées, révolutées,, 
d'tin jaune clair à l'extérieur, d'un jaune plus foncé en de- 
dans, parsemées de nombreux points de couleur rouge bri-^ 
«jue ; étamines assez longues, à anthères rougeâtres ; long- 
style j.'iunâtre. 

Le bouton de la fleur ovale arrondi, jaunâtre, lavé de verh 
vers le pédoncule. 

, N" 18. Lis à grosse tige verdàtre, ronde, glabre, à feuilles- 
sessiles, nombreuses, étroites, allongées, verl clair en dessus,, 
bordées de jaune rosé, de couleur vert jaune en dessous;; 
fleur terminale, presque horizontale, tubulée de0™,15 de long. 
surO%li de large, légèrement révolutée, bien ouverte, d'un 
beau blanc lavé de verl clair dans le tiers de sa longueur près^ 
du pédoncule, sans macules; étamines courtes, dépassant 
peu le tube du périanthe, à grosses anthères, droites, jaunâ- 
tres ; style assez fort. 

N" 10. Lis à grosse tige verte, arrondie, glabre ; à feuilles- 
alternes, sessiles, nombreuses, allongées, de couleur vert 
foncé en dessus, vert clair en dessous ; magnifique fleur ter- 
minale, oblique sur le pédoncule, de 0'",15 de large, campa- 
nulée, largement ouverte, révolutée, ondulée, d'un blanc lavé 
de vert à l'extérieur, d'un beau blanc en dedans, parsemée- 
de gros et nombreux points de couleur rouge cramoisi, avec 
une large bande d'un rouge cramoisi sur le milieu de la lace 
interne de chaque foliole du périanlhe; longues élamiues ver- 
dâtres à grosses anlhères obliques, de couleur rouge brique;, 
long el gros style verdàtre. 

N° 20. Charmant lis à lige mince, d'un vert jaunâtre, à. 
fe\ii.les verticillées, étroites, linéaires, d'un beau vert; petite 
fleur tcrmhiale, horizontale, de0™,06 de large, campnnulée, 
largement ouverte, non révolulée, pliée à l'extrémité des. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 85 

folioles du périanlhe, d'un beau violet foncé uniforme, sans 
macules, intérieurement et extérieurement ; six minces et lon- 
gues étamines à petites anthères, rondes, jaunâtres ; long et 
mince style. 

N" 41 . Lis à grosse tige arrondie, glabre ; à feuilles sessilos, 
alternes; deux fleurs terminales, tubulées, médiocrement 
ouvertes, horizontales sur un petit pédoncule, l'extrémité des 
folioles du périanthe plutôt pliée que révolutée, d'un blanc 
uniforme en dedans, sans macules, d'un blanc légèrement 
lavé de vert à l'extérieur; grosses étamines à anthères, droites, 
d'un beau jaune ; long et gros style. 

Bouton de la fleur renflé dans son milieu, de couleur 
blanche lavée de vert v(!rs le pédoncule. 

N" 2:2, Magnifique lis à grosse tige arrondie, glabre, à 
feuilles sessiles, alternes, linéaires, allongées, d'un beau vert 
en dessus, d'un vert jaunâtre en dessous; fleurs de 0'",17 de 
large, largement ouvertes, ondulées, révolutées, d'un blanc 
uniforme, sans macules, avec une large bande médiane d'un 
beau jaune sur le milieu de la face interne de chaque foliole 
du périanthe; grosses étamines de couleur chocolat; pistil 
gros et long de couleur vert clair. 

N°23. Beau lis à tige de grosseur moyenne, ronde, vcrdàtre ; 
feuilles nombreuses, sessiles, allongées, d'un beau vert en 
dessus, de couleur vert jaunati'e en dessous; fleur terminale, 
grande, horizontale, tubulée, médiocrement ouverte, non 
révolutée, de couleur blanc jaunâtre, maculée extérieurement 
de rouge et de brun, en plaques et en bandes allongées, d'un 
blanc jaunâtre uniforme en dedans, sans macules; grosses 
étamines droites, de couleur rouge brique ; gros et long style 
verdàtre. 

iV 24. Petit lis à tige mince, jaune clair, à feuilles verti- 
cillées, sessiles, linéaires, d'un beau vert en dessus, vert jau- 
nâtre en dessous, les feuilles inférieures plus longues que les 
•feuilles supérieures; fleuis horizontales sur un long |)édon- 
cule, largement ouvertes, de 5 centimètres 1/2, ondulées, 
révolutées, de couleur abricot, parsemées de nombreux points 
pourpres ; longues étamines à petites anthères obliques, de 



86 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

couleur rouge brique; long style rose. Le bouton de la fleur 
ovale, presque rond, de couleur abricot. 

Erythronium grandiflorum. Katakuri. — Parmi les 
autres plantes utiles de la famille des Liliacées, le Sàmoku- 
Dusets (1) et le Phonzo-Zoufou (2) indiquent VErythro- 
nixim grandiflorum sous les noms de Katakuri et de Ka- 
tako-yuri. 

V Erythronium grandiflorum, qu'on trouve marqué dans 
Miquel (3), dans Francliet et Savalier (4), fleurit en mai. 
D'après le Phonzo-Zoufou, les fleurs sont de couleur pourpre 
violet clair ; la tige porte deux feuilles en général dissembla- 
bles, l'une plus grande, plus large, plus arrondie cà la base, 
presque toujours contractée en pétiole; l'autre lancéolée, 
plus petite, atténuée inférieurement; la capsule est obovale, 
arrondie au sommet (5). Suivant MM. Franchet et Savatier, la 
plante du Japon pourrait bien n'être qu'une forme k grande 
ileur de VEryt. dens canis. Le docteur Vidal (6) a commu- 
niqué au docteur Savatier ununlve Erythronium, qui rappelle 
VEryt. albidum Nutt. Il l'a recueilli aux environs de Niigata, 
dans la partie occidentale de l'île de Nippon. 

Le Katakuri se rencontre sur les coflines boisées des 
provinces septentrionales de l'île de Nippon, d'après le doc- 
teur Kramer et le docteur Savalier. Le botaniste japonais 
Keiske l'a marqué comme existant dans l'île de Yeso. 

C'est une plante qu'on rencontre à l'état sauvage, et dont 
les bulbes contiennent une fécule qui est employée dans l'ali- 
mentation japonaise. On remarquait dans la classe 09 (céréales, 
produits farineux avec leurs dérivés) des flacons de fécule 
iDlanche en poudre et en morceaux à'Erythronium grandi- 
florum sous le nom de Katakuri-ko du département d'Iwaté 
(province de Rikuchiu). 

(1) Sàmoku-Dusetz, vol. V, p. 51, n" 84. 1856. 

(-2) Phonzo-Zoufou, vol. VU, fol. 3-2. Yedo, 1828. 

(3) Miquel (F. A. W.), Proliisio florœ Japonicœ, p. 322. Amsterdam, 1866- 
1867. 

(4) Franchet et Savatier, Enumeratio,\o\. Il, pars 1, p. ô'J, n" 1883. 

(5) Ibid., vol. Il, pars 1, p. 60. 

(6) Ibid., vol. 11, pars 2, p. 525, n" 2725. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 87 

VOrithya ediilis de Miquel (1), de Franchet et Savatier (2), 
Amana et Mugi-giitvai, d'après le Sàmoku-Dasets (3), le 
Phonzo-Zoufou (A) et le Kwa-wi (5), qui est commun dans les 
champs, le long des routes, près des endroits boisés, dans les 
parties humides des montagnes, et qui donne, de mars à 
avril, des fleurs rosées à veines violettes. Il y a des variétés à 
fleurs blanches et rougeàtres. 

LOrithya edulis se rencontre, d'après Oldham, dans 
l'île de Kiusiu; suivant Siebold, il est fréquent dans 
toutes les parties de l'île de Nippon, et d'après le doc- 
teur Savatier, principalement aux environs de la ville de 

Yokoska ; 

Ainsi qu'une autre espèce, l'Or, oxypetala de Kunth (6) et 
d'Asa Gray (7). Hiroha Amana et Hiroha-miigi-guwaï, d'a- 
près le Sdmoku-Dusels (8), dont les feuilles sont plus larges 
et dont les fleurs sont blanches cà l'intérieur et lavées de rose 
en dehors (9). 

La famille des Liliacées fournit aussi plusieurs espèces 
d'HemerocalHs. 

VHemerocallis fulva, Lin., indiqué par Miquel (10), Fran- 
chet et Savatier (ii), marqué dans le Sômoku-Dusets (1^) 
sous les noms de Yahu-Kuiuanzo et de Oni-Kuwanzo et sous- 
celui de Wasuregusa (1o) (forme des jardins à fleurs doubles) ^ 
avec une \ariéié angustifolia de Baker(14-), désignée par Miquel 
sous le nom d'Hemer longituha et classée dans le Sàmoku- 
Dusets{[b) sous le nom de Zentel Kuiva, remarquable suivant 

(1) Miquel (F. A. W.), Prolusio florce Japonicœ, p. 322. 

(2) Franchet et Savatier, vol. 11, pars 1, p. 60, n" 1884. 

(3) Somoku-Dusets, vol. V, p. 51, n» 82, 

(i) Pliouw-Zoufou, vol. VII, foi. 30, verso, fig. dexlr. 

(5) Kwa-wL Herb. I, p. 19, n° 22. 

(6) Kunth, Enmnerat., 4, p. 227. 

(7) Asa-Gray, Plant. Jap., p. 322. 

(8) Sômoku-Dusets, vol V, p. 51, n» 83. 

(9) Phonzo-Zoufou, vol. VII, fol. 30 verso, fig. sinist. 

(10) Miquel (F. A. \V.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 316. 

(11) Franchet et Savatier, vol. H, pars 1, p. 80, n° 1930. 

(12) Sômoku-Dusets, vol. VI, p. 55, n" 14. 

(13) Ibid.,\o\. VI, p. 55, n° 13. 

(14) Baker, On Liliac in the Journ. of Ihe Linnean Society, XI, p. 358. 
. (15) Sômoku-Dusets, vol. VI, p. 55, n. 17. 



88 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

MM. Franche! et Savatier par la longueur de son tube péri- 
gonal qui atteint jusqu'à 4 centimètres. 

Cette variété qui est peut-être spontanée au Japon, y est 
cultivée comme plante ornementale. 

VHemerocallis Dumortieri (1) ou Hemer. graminea, var. 
humilior de Maximowicz (2), et de Miquel (;:]), Yu-usuge et 
Yosinho-Kisuge, d'après le Sdmoku-Dusets (4). Celle espèce 
qui est cultivée dans les jardins de l'ile de Yeso, aux envi- 
rons de la ville d'Hakodate, sans qu'on puisse préciser si elle 
y est spontanée, est remarquable d'après le docteur Savatier (5) 
par ses fleurs presque sessiles et la brièveté de son tube péri- 
gonal qui n'atteint pas un centimètre. 

Le Sômoku-Dusets (6) et le Phonzo-Zoufou (7) indiquent 

de plus : 

L'Hime-Kuwanzo, Hemer . Middenfordii qui esi cultivé dans 
les jardins et dont le tube périgonal est de 10 à 15 milli- 
mètres. 

On trouve aussi au Japon VHemerocallis flava,Kwandzoo, 
qui y est cultivé dans les jardins et qui y est peut-être spon- 
tané, ainsi que VHemerocallis minor ou Hemer. graminea (8) 
qui sont synonymes suivant Baker (9) et que le Sàmoku- 
Dusels relate sous la dénomination do Deni-Kuwandzo (10). 

Les fleurs de VHemerocallis graminea séchées sont usi- 
tées quelquefois dans l'alimentation japonaise, mais c'est prin- 
cipalement en Chine qu'elles sont employées dans la nourri- 
ture et elles consliluent un plat favori des Chinois. On en 
remarquait des échantillons dans l'exposition chinoise n" 8098 
provenant des douanes chinoises de Chinkiang et au n" 2608, 
des tiges (ÏHemerocallis recommandées dans la médecine 

(1) Moir, Hort. Behj., II, p. 195. tabl. 43. 

(2) Maximowicz, Primiliœ florœ Amurensis ( Mémoires présentés à l'Aca- 
démie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, t. IX, p. 28"), 185U). 

(3) Miquel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 31(5. 

(4) Sànwku-Dmets, vol. VI, p. 55, n" 18. 

(5; Fraiicliot et Savatier, vol. U, p. 79, n" 1929. 
(6j Sômoliu-Dusels, vol. Vi, p. 55, n° 15. 

(7) Phomo-Zoufou, vol. XVll, fol. U verso. 

(8) Miquel, Prolusio florœ Japonicœ, p. 316. 

(9) Baker, On Liliac. in the Jour», ofllie Linnean Socieltj, XI, p. 358. 

(10) Sômoliu-Dusels, vol. VI, p. 55, n" 16. 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 89 

chinoise comme médicament stimulant et venant des douanes 
chinoises de Canton. 

La province du Shantung exporte une quantité considé- 
rable de fleurs séchées de VHeniewcallls graminea. 

On trouve au Japon plusieurs espèces de Funkia: le Fiin- 
kiacordata, de Spreng (l), de Miquel (-2), de Franchet et 
Savatier (3) : Funkia grandi flora, de Siebold (4), que le 
Sànwku-Dusels désigne sous le nom do Tô-giboski (5) et sous 
celui de Tamano-Kandsaki (G), qui est celui qu'on trouve 
marqué dans le Phonzo-Zoufou (7). 

Le Funkia cordata a une tige de 0'",30 à 0'",35 de haut, des 
feuilles radicales en forme de cœur; des fleurs nombreuses, 
odorantes, blanches, rayées légèrement de rouge, en grappes 
«lunies de deux bractées dont Tune caduque et l'autre persis- 
lanle, ovale et blanchâtre. 

C'est une espèce élégante cultivée par les Japonais pour 
l'ornement de leurs jardins ainsi qu'une autre espèce : 

Le Funkia Sicboldiana, de Ilooker (8), relaté dans Mi- 
quel (9), dans Franchet et Savatier (10), Hemerocallis cordata 
de Thunberg (11). 

Kuro-giho>ihi, suivant le Sdmoku-Dusets (12), qu'on ren- 
contre aussi à l'état sauvage diins les bois des montagnes de 
i'île de Nippon où il fleurit en août. Ses fleurs nombreuses 
sont quelquefois réunies en verticilles; quant à ses feuilles, 
elles sont ovales et plus petites de moitié, de même que les 
fleurs, que dans le Funkia subcordata. 

Le Funkia Sieboldiana était représenté à l'Exposition de 
Nancy (13), exposé par M. Gerbeaux. 

(1) Spren?y Sust. 2, p. 41. 

(2) MiqiiPl 'F. A. W.), Prnlusin florœ Japonicœ. Amsterdam, 1865-1867 

(3) Franchet et Savalier, Enuineralin, voi. II, pars 1, p. 80, a° i931. 

(4) Siel>olil, FI. des Serr. labl. 158-159 (foiine des jardins). 

(5) Sàmnkii-Dmits, vol. VI, p. 56, n" 21. 

(6) Ibll., vol. VI, p. 56, n»25. 

(7) Phonzo-Znufnu,\o\.\\\\\Ji\\. 13 recto. 

(8) Ilooker, Hnlanical magminc, tiilil. 3 i63. 1867. 

(9) Mi((iiel (F. A. W.), Proluxin flonr. Jaiionicœ, p. 317. 

(10) Fran.het et Savati-r. Rnuineratio, vol. II, parsl, p. 81. n" 1932. 

(11) Thnnliert?, Flora Jiipnmca, j». 143. 

(12) Sônvilm-'lJusel^, vol. VI, p. 57, n° 27. 

(13y Catalogue de r Exposition de Nancy, p. 61, n" 1650. 1880. 



00 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Les. Japonais ciiltivenl aussi dans les jardins comme plantes 
d'ornement ; le Funkia ovata de Spreng (i), relaté dans 
Franchet et Savatier(2) ou Hemerocallis cœrulea de An- 
drews (3), dénommé dans le Sàmoku-Dusets ('4), Gibo et 
Giboshi, c'est VHemerocalle bleue, à tige de 0™,50 de haut, 
à feuilles ovales, à fleurs d'un bleu violacé, qui fleurit au 
Japon de juillet à août. 

Le Phonzo-Zoufou (5) en indique une forme dont les 
feuilles sont bordées de blanc; cette forme est notée dans le 
Sànioku-Diisels ((5) sous le nom de Oba-Giboshi. C'est le 
Funkia cœruJca albo-marginata. 

Le Sômokii-Diisels en marque une autre forme sous le nom 
deKobaGiboshi{l),qm est le Funkia ovata forma lancifolia. 

Le Funkia cœrulea et le Funkia cœrulea albo-marginata 
étaient exposés à Nancy par M. Gerbeaux en 1880 (8). 

Le Funkia lancifolia de Spreng (9), de Franchetet Sava- 
tier (10), Hemerocallis lancifolia de Thunberg (H), Midzu 
(jibosld et Sagi gibosJti d'après le Sàmoku-Dusets (12) qui 
fleurit en juillet et août et qui vient à l'état sauvage dans les 
montagnes boisées de toute l'étendue du Japon. 

Le Phonzo-Zoufou (13), suivant MM. Franchet et Sava- 
tier (14), en relate plusieurs formes. 

Fol. 15. Sous le nom de Gibosi : Funkia à feuilles large- 
ment lancéolées et bordées de blanc, à fleurs violettes. 

Fol. 16 recto. Sous le nom de Kinran: Funkia à feuilles 
lancéolées, glauques en dessous, à fleurs d'un violet foncé à 
l'intérieur, et d'un violet clair en dehors. 

(1) Spreng, S>ist. \\, p. 210. 

(2) Franchet et Savatier, Enumeratio, vol. II, pars 1, p. 80. n° 1933. 

(3) Andrews, Dot. rep., t. VI. 

(4) Sàmoku-Dusets, vol. VI, p. 56, n" 19. 

(5) Phonzo-Zoufou. yo\. XXUI, fol. 15 recto. 

(6) Sômoku-Dusels, vol. VI, p. 56, n" 20. 

(7) md., vol. VI, p. 56, n» 21. 

(8) Catalogue de l'exposition de Nanoj, p. 61, n° 1656, 1880. 

(9) Spreng. Sijst. 2, p. 241. 

(10) Franchet et Savatier, Enumeratio, vol. H, pars 1, p. 80, n" 1934. 

(11) Thunberg, Transactions of the Linnean Society... 11, p. 335. 

(12) Sàmoku-Dusets, vol. VI, p. 51, n" 23. 

(13) Plwn:-o-Zoiifou, vol. XXIll, fol. 16 et 17. 

(14) Franchet et Savatier, Enumeratio, vol. Il, pars 1, p. 82, n" 1934- 



PRODUCTIONS VÉGÉTALES DU JAPON. 91 

Fol. 16 verso, avec la dénomination de Guimrau : Funkia 
à feuilles lancéolées, d'un vert foncé, à fleurs blanches lisérées 
de vert. 

Fol. 17 recto. Kahim-Ooshi: Funkia à feuilles lancéolées, 
à teinte jaunâtre avec les bords du limbe verts, à fleurs vio- 
lettes. 

Fol. 17 verso. Miclzu-gibosi à feuilles lancéolées, li- 
néaires, à fleurs violacées et blanches lavées de vert en 
dehors. 

MM. Franchet et Savatier (1) indiquent, en outre, le Funkia 
longipe.'i, espèce nouvelle marquée dans le Somoku-Dusetsi^l), 
sous le nom à'Iwa Giboshi, qui fleurit en juillet dans les par- 
ties boisées des montagnes de l'île de Nippon, principalement 
sur les montagnes d'ilakone. 

On rencontre au Japon : VAnthericum Yedoensis, Keibi- 
ran (8), relaté par Maximowicz et qui, d'après le docteur 
Savatier (4), est cultivé, mais rarement, dans les jardins de 
la ville de Tokio. 

Les Japonais cultivent aussi comme plante d'ornement, 
VOphiopogon spicatus de Gawlcr (5), de Franchet et Sava- 
tier (6), Convallaria spicata de Thunberg (7), marqué dans 
le Somoku-Dusels (8) sous le nom de Yaburan, qui, d'après 
M. Maximowicz, a trois variétés : var. communis (9) ; var. 
gracilis (10) et var. minor (11). Cette dernière porte le nom 
de Hamani-ran. 

Le Yaburan est cultivé dans les jardins; il croît aussi à 
l'état sauvage dans les lieux incultes, arides, le long des che- 
mins dans presque toutes les provinces du Japon, principale- 

(1) Franchet et Savatier. Enumeralio, vol. II, pars 1, p. 82, n" 1935. 

(2) Somoku-Dusels, vol. Vi, p. 56, n" 22. 

(3) Ihid., vol. VI, p. 59, n" 46. 

(4) Franchet et Savatier, vol. H, pars I.p. 83, n" 1937. 

(5) Gawlcr, Botanical magazine, \.nh\. \063. 

(fi) iM-aiicliet cl Savatier, vol. II, pars 1, p. 83, n° 1938. 

(7) Thunberg, Flora Japonica, p. lit. 

(8) Sômoliu-Dusets, vol. VI, p. 50, n° 44. .... 

(9) Maximowicz, Mélanges biologiques tirés du Bulletin de l'Académie impé- 
riale des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. VU, p. 303 

(10) IbUL, t. VII, p. 323. 
(H) Ibid., t. Vil, p. 324. 



92 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

meut dans l'île de Kiusiu et dans la partie septentrionale de 
l'île de Nippon. Il est commun en Chine. 

LOphiopogon spncatus était représenté à l'Exposition de 
Nancy, en 1880, exposé par M. Lemoine (1). 

Quant au Muguet de mai, Convallaria maïalis, il se ren- 
contre au Japon, dans les bois humides des îles de Nippon et 
de Yeso et se nomme Kimi-Kakeso et Sudzuran, d'après le 
Sàmoku-Dusets (2). 

On rencontre au Japon plusieurs espèces de Fritillana. 
Le FritiUaria Thunbergii décrit par Miquel (3), par Fran- 
chet et Savatier (4), Uvularia cirrhosa de Thunberg (5), 
désigné dans le Sàmoku-Dusets (6), sous le nom de Baimo et 
dans le Kwa-wi (7), sous celui de Hawakuri ; à tige ronde, 
bleuâtre, qui donne en juin des fleurs d'un jaune clair, quel- 
quefois blanchâtres. 

Le FritiUaria Thunbergii est fréquemment cultivé dans 
les jardins, mais, d'après le botaniste japonais Keiske et 
d'après Siebold, il croît à l'état sauvage, dans plusieurs îles du 
Japon, notamment dans l'île de Nippon. 

ML Franchet et Savatier (8) pensent que le FritiUaria 
verticillata de Wildenow, cité par Miquel (9), est identique 
avec le FritiUaria Thunbergii. 

Quixnl a.\i FritiUaria riUhenica, cité par Miquel, dont les 
fleurs sont plus petites et plus nettement campanulées que 
celles du FritUlaria Thunbergii, c'est, suivant le D'" Savatier, 
une espèce peu connue et sur laquelle il est difficile de se pro- 
noncer. 

Le Sàmoku-Dusets mentionne aussi : le FritiUaria Kamts- 
chalcensis (10) de Gawler, sous le nom de Kure Ywî'o, qui 

(1) Catalogue de V Exposition de Nancy, p. 89, n" 1828, 1880. 

(2) Sàmoku-Dusets, vol. VI, p. 53, n° 1. 

(3) Miquel (F. A.W.), Prolusio (lorœ Japonicœ, p. 321. Amsterdam, 1865-1867. 
(A) Franchet et Savatier, Enumeralio, vol. Il, pars 1, p. 61, n" 1888. 

(5) Thiiiibern;, Flora Japonica, p. 136. 

(6) Sàmoku-Dusets, vol. V, p. 51, n" 79. 

(7) Kwa-iviJIerb., I, p. 10, n" 2. 

(8) Franchet et Savatier, Enumeralio, vol. H, pars 1, p 62. 

(9; Miquel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 360. Amsterdam, 1865-1867 . 
(lOj SomokU-Dusets, vol. V, p. 51, n" 78. 



PRODUCTIONS VEGETALES DU JAPON. yà 

donne en juillet, des fleurs d'un rouge brun avec des ponc- 
tuations ibncées ; on le trouve dans les montagnes de la partie 
septentrionale de l'île de Nippon et dans l'île de Yeso. 

Le Frilillaria japonica (1) de Miquel (^1), sous les dé- 
nominations de Ko baimo et de Tengai Ywi, qui croît 
dans la province d'Owari. D'après le D' Savalier (8), celte 
espèce est indiquée dans l'ouvrage du botaniste japonais 
Keiske (4). 

De la famille des Liliacôes, on cultive aussi au Japon: La 
Tubéreuse des jardins {Polyanthes iuberosa) : Gekkako, 
d'après le Somoku-Dusets (5), à fleurs blanches, lavées de 
rose) odorantes, avec variétés doubles ou semi-doubles. 

La Sansevière carnée {Reinekia carnea) de Kunth : Kichi- 
joso, 5m\i\nl\e Sàmokii-Diisets (6), le PJionzo-Zoufou (7) et le 
Kwa-wi (8), qui pousse dans les herbages, dans les massifs 
de bambous, dans les bois, que les Japonais et les Chinois 
plantent dans les interstices des rochers artificiels de leurs 
jardins. 

Le Kichijoso à rhizome tubéreux a une tige pourpre violacé, 
lisse ; il donne en septembre de nombreuses fleurs en épis, 
d'un blanc violacé ou rosé en dehors, blanches en dedans, 
odorantes. 

Le Reineckia carnea Kunth était représenté à l'Exposition 
de Nancy (9), en 1880, exposé par M. Galle. 

Le Rhodea japonica de Rothler(10),que le Sômoku-DuseU 
désigne sous le nom de Omoto (il), qui fleurit en septembre, 
dans les lieux bas et humides des îles de Nippon, de Kiusiu 
et Jokasima. 

(I) Sùmoku-Dusets, vol. V, p. 5i, 80. 

('2j Mniiiel (F. A. W.), Prolusio florœ Japonicœ, p. 3-22. 
(3j Fraiicliet cl Savatier, vol. 11, pars 1, p. 61, n" 1889. 

(4) Kf'iske, Nihon nan bouto shi (Ouvrage sur les produclioiis naturelles du 
Japon), vol 11, fol. 17. 

(5) Sùmohi-Diisets, vol. V, p. 47-4.8, n" 55. 

(6) Ibid., vol. vil, p. 6-2, 11" 11. 

(7j Plioiizo-Zoïifon, vol. 39, fol. 7 recto. 

(8) Kiva-wi, vol. IV, p. 53, ii" 1. 

(9; C'Ualogue df. rF.xposUion de Nanci/, p. 89, u" 1829, 1880. 

(10) Rollilcr, Nov. sp., 197. 

(II) Somuliu-Dusets, vol. Vil, p. 6:!, n" 16. 



94- SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Le Sugerokia japonica de Miquel (1), Scilla japonica de 
Thunberg (2), Shojo-Bakama, suivant le Sdmoku-Dusets (3), 
qui fleurit en août dans les parties humides et boisées des 
montagnes de l'île de Nippon et que le D' Savatier a rencon- 
tré dans les environs de la ville de Yokoska (4). 

(1) Miquel (F. A. W.), Prolusio florœJaponicœ,\).209. Amsterdam, 1865-1867. 

(2) Thunberg, Flora Japonica, p. 137. 

(3) Sàmoku-Dusets, vol. VI, p. 60, n" 48. - 

(4) Franchet et Savatier, vol. H, pars 1, p. 88, n" 1947 {Melanthaceœ). 

{A suivre.) 



Il- TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ. 



NOTE 

SUR LES NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS 

DE LA MÉNAGERIE DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 
Pendant les mois d'octobre, novembre et décembre 1882 

Par m. HUET 

Aide naturaliste chargé de la ménagerie. 



Dans une précédente notice, j'avais annoncé la naissance 
d'une femelle de Gnou, et j'avais ajouté que c'était la pre- 
mière fois que cette antilope se reproduisait dans les jardins 
aoologiques; je dois ajouter que peut-être un pareil fait a déjà 
été observé à la ménagerie de lord Derby ; cardans l'ouvrage 
descriptif qui a été publié sur les animaux du parc de Knows- 
iey, se trouvent représentés les jeunes de Gnou et de Gor- 
gone. Cependant il n'est pas dit dans le texte que ces anti- 
lopes soient nées en Angleterre, et il est possible qu'elles aient 
été figurées d'après des dépouilles rapportées d'Afrique; je 
serais tenté de le croire, car les dessins ne donnent en aucune 
façon une idée exacte du port et des allures de ces petits 
animaux. 

(juoi qu'il en soit, notre jeune femelle de Gnou née le 
8 août et qui a maintenant cinq mois, s'est développée très 
rapidement, elle est presque aussi grande que sa mère, toutes 
deux vivent à l'air libre, au moins pendant le jour, car 
depuis que la femelle a mis bas, nous avons pu la renfermer 
dans la cabane, ce qui était impossible auparavant; il semble 
que cette bête ait compris qu'il fallait un abri pour son jeune, 
qu'il était trop faible pour supporter la température des 
nuits ; chose remarquable, quand la ration du soir est servie 
et que la mère hésite à rentrer, le jeune la pousse doucement 
avec les cornes, la forçant à se faire renfermer, et il la suit* 
alors on baisse la coulisse et chacune d'elles va trouver la 
ration qui lui est destinée. 

Cette jeune femelle de Gnou, en se développant, a com- 



96 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

plèlement changé couleur de robe, qui, de grise qu'elle 
était, est devenue marron foncé ; les cornes, au lieu d'être 
contournées comme chez l'adulle, où elles se dirigent en 
avant et forment un crochet vers le bas, ont chez le jeune une 
direction verticale formant un angle presque droit avec la 
Ijo-ne du nez. Ces prolongements frontaux se modifieront sans 
doute plus tard et reproduiront ce caractère si singulier dans 
cette espèce. Quant au pelage, il est exactement semblable 
comme disposition à celui des parents, on trouve ces longs 
poils sur le nez, sous le menton et la gorge, ainsi que ceux 
de la crinière et de la queue, enfin maintenant c'est bien un 
véritable Gnou, que nous considérons comme élevé, car il est 
assez fort pour supporter les froids que nous pouvons avoir. 

Nous avons pour terminer l'année, quelques naissances à 
indiquer, ce sont : 

2 mâles d'Antilope Isabelle {Eleolragus reduncm); 

2 mâles et 4 femelle de Cerf cochon {Cervu^s porcinus); 

4 Agouih {Dasyproda acutl); 

i Guib femelle {Tra(jela}ihus scriptus) ; 

1 Bison (Bos A mericamis) ; 

i Muntjac hybride de Cervukis lacrymans et de C. Reevesii; 

l Kob mâle {Kobus uncluosus) ; 

4 Perdrix brunes {Perdix fusca). 

Le jeune mâle de Kob est né le \" novembie; nous crai- 
gnions pour lui les froids, mais jusqu'à ce jour il n'en paraît 
pas souffrir, il grandit très rapidement ; nous prenons seule- 
ment le soin de ne pas le laisser sortir trop tôt le matin, quand 
il fait mauvais temps, et nous le renfermons de bonne heure 
dans l'après-midi quand la température est basse. 

C'est le troisième jeune de cette belle espèce que nous 
avons obtenu en deux ans, du mâle et des deux femelles qui 
ont été offerts au Muséum, par M. Brière de l'isle, lorsqu'il 
était gouverneur du Sénégal. 

Nous avons reçu en cadeau : 

1 Macaque {Macaciis cynomolgus), don de M, Cochet; 

2 Macaques bonnet chinois [Macaciis siniciis), don de M. 

Morgan ; 



NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS DU MUSÉUM. 97 

2 Callitriches {Cercopithecus griseo-viridis), don de M. 
Livio ; 

1 Sajou à gorge blanche {Cebus hypoleucus), don de M. 
Birr ; 

1 Mangouste grise {Herpestes griseus), don de M. le comte 
deTurgot; 

i Vison {Mus lela vison), don de M. Trouëssart; 

1 Ocelot {Felis pardalis), don de M. Nantouson; 

1 Gazelle {Gazella subgutlurosa), don de M. Grespin, capi- 
taine de frégate; 

1 Ghèvre de Madagascar, don de M. Grespin, capitaine de 
frégate; 

1 Aigle fauve (Aquila fulva), don de M. Lefevre; 

1 Busard de marais (Circus œriiginosus) , don de M. Moi- 
neau; 

1 Aigle Jean le Blanc (Circaelus gallicus), don de 
MM. Agard et Porthé ; 

i Goéland bourgeimestre {Larus glaucus) , don de M. 
Rabot ; 

1 Goéland jeune {Larus argen talus), don de M. Morin ; 

2 Gerbilles Simon {Gerhillus Simoni) ; 

3 Papions {Cynocephalus sphinx) ; 
3 Sajous {Cebus flavus) ; 

\ Otarie {Otaria califurniana); 

1 Lion {Felis leo); 

1 Bles-Block femelle {Alcelaphus albifrons). 

1 Biche Milou {Elaplmrus Davidiunus); 

J'ajouterai que des expériences sur l'hybridation de divers 
Ruminants et sur la formation des races chez les mammifères 
et les oiseaux, se poursuivent depuis plusieurs années à la 
ménagerie du Muséum, elles ont déjà fourni des résultats 
intéressants, mais avant de pouvoir en rendre compte, il est 
nécessaire de laisser les faits s'accumuler; il faudra encore 
de nombreuses observations avant d'arriver à la solution des 
problèmes biologiques dont nous poursuivons l'étude. 



3e SÉHIE, T. X. — Février 1883. 



ACTION BIOLOGIQUE 
DES SELS DE L'EAU DE MER 

AU POINT DE VUE DE L'ENTRETIEN DES ANIMAUX MARINS 

Par H. A. COUTANCE 

Professeur aux écoles de médecine navale 

F'Iiarmacien en chef de la marine 
Président de la Société académique de Brest. 



Les animaux marins sont des organismes d'une excessive 
sensibilité et qui subissent les influences variées du milieu 
dans lequel ils vivent. La répartition des faunes de la mer a 
pour facteurs la composition de l'eau salée, la nature et la 
quantité des gaz dissous, la température, les pressions, et 
l'action des courants. La succession des espèces de la mer 
dans les couches géologiques peu différentes les unes des 
autres au point de vue de la nature des sédiments, indique 
bien que des influences qui nous semblent de peu d'impor- 
tance, ont régi cette succession même. 

J'ai voulu constater l'action que des modifications dans la 
nature des sels dissous pourraient exercer sur les animaux 
de la mer, et j'ai entrepris une série de recherches afin d'éta- 
blir un parallèle biologique entre ces sels. Mes expériences 
ont porté seulement sur les Mollusques de nos rivages, et sur 
ceux qui sont une ressource alimentaire pour nos popula- 
tions. 

L'eau de mer contient en moyenne 35 pour 1000 de sels 
divers en dissolution, parmi lesquels le chlorure de sodium 
semble avoir sur la vie une action prépondérante. Sans doute 
il est permis de penser que les autres substances ont un eftet 
utile dans une certaine limite, ils n'ont pas au moins d'action 
nuisible manifeste. 

J'ai préparé huit solutions renfermant 35 grammes pour 
1000 d'eau distillée des substances suivantes : 



DES SELS DE L EAU DE MER. 



99 



Solution a" 


1 : 

2 

3 


Chlorure de sodium 

Chlorure de magnésium.. . 
Sulfate de magnésie 


35/1000 
» 


— 


k 


Bromure de potassium 


ï 




5 


lodure de potassium 


» 


— 


6 
7 
8 


Chlorure de potassium 

Sulfate de soude 


> 


— 


Sulfate de potasse 


» 



Voilà donc huit solutions l'éduites à un seul des éléments 
naturels de l'eau de mer, dans la pi'oportion où elle contient 
leur totalité. Le sulfate de soude seul n'appartient pas à pro- 
prement parler à l'eau de mer, bien que ses éléments y ligu- 
rent. 

Trois autres solutions ont été préparées, dans lesquelles 
tous les éléments se trouvent réunis, mais dans lesquelles la 
prééminence quantitative, qui dans l'eau de mer appartient 
au sel marin, se trouve donnée ri" au chlorure de magné- 
sium, -2" au chlorure de potassium, 3" au sulfate de magnésie. 
Voici la composition de ces solutions : 



Solution n" 9 



Solution n° 10: 



Solution n" H 



Chlorure de magnésium.. . 


27,00 


» de potassium., . . 


0,75 


» de sodium 


3,70 


Sulfate de magnésie 


2,30 


Sulfate de chaux 


1,50 


Bromure de potassium... 


0,02 


Eau distillée 


. 1000,00 


Chlorure de potassium. . . . 


. 27,00 


Chlorure de magnésium.. . 


3,70 


Chlorure de sodium 


0,75 


Sulfate de magnésie 


2,30 


Sulfate de chaux 


1,50 
0,02 


Bromure de potassium.... 


Eau distillée 


. 1000,00 


Sulfate de magnésie 


. 27,00 


Chlorure de magnésium.. 


3,70 


Chlorure de potassium.... 


0,75 


Chlorure de sodium 


2,30 


Sulfate de chaux 


1,50 


Bromure de potassium.... 


0,02 


Eau distillée 


. 1000,00 



100 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLLMâTATION. 

Une dernière dissolu don fut enfin composée de la manière 
suivante : 

Solution n'^ 12 : Chlorure de sodium 8 

» de potassium 8 

» de magnésium 8 

» de calcium 8 

Outre ces solutions, ou milieux d'expérimentation, furent 
encore employés : 

Solution n° 13 : Eau de Vichy naturelle (Gélestins). 

— U Eau commune (sources de Brest). 

— 15 Eau de mer naturelle (rade de Brest). 

— 10 Air atmosphérique. 

L'eau de Vichy représentait un milieu aqueux différent de 
l'eau de mer, mais riche en sels de soude. Il était en outre 
nécessaire de comparer l'action des milieux artificiels avec 
le milieu naturel, l'eau de [mer, et de voir si des Mollusques 
bien renfermés dans leurs coquilles ne pouvaient pas vivre 
quelque temps dans l'eau douce, ou même dans l'air. 



MODE D EXPÉRIMENTATION 

Les solutions précédentes furent versées dans des capsules 
de porcelaine, placées en pleine lumière à une lempéi^ature 
moyenne de 12 dêgi'és. Tous les deux jours l'eau évaporée 
était remplacée par de l'eau distillée de façon à. maintenir les 
solutions au même état de concentration. Chaque jour ces 
solutions étaient fortement aérées et agitées, pour les main- 
tenir dans des conditions analogues à celles de l'eau de mer. 
Les Mollusques très récemment péchés furent placés sur le 
fond des capsules à" une distance de 20 centimètres de la sur- 
face du liquide. . . 



DES SELS DE l'EAU DE MER. 101 



SUJETS D EXPERIMENTATION. 

Un très petit nombre d'espèces ont été soumises à ces expé- 
riences physiologiques (1), ce sont : 

■La Vénus réticulée {Venus reticulata); 

La Moule commune {Mylilus edulis) ; 

La Palourde commune (Venus decussata) ; 

La Littorine commune (Littorina viilgaris) ; 

Le Buccin de la Manche (Tritonium undalum). 

Ces Mollusques ont donné en raison de leur organisation 
des résultats fort diiïérents. Les bivalves, Moules et Vénus 
qui peuvent se clore entre leurs valves, ont en général beau- 
coup mieux résisté que les enroulés à opercules, Liltorines et 
Buccins. Parmi ces derniers même, les Liltorines, dont l'oper- 
cule peut clore complètement l'animal retiré prudemment 
dans les derniers tours de spire, ont beaucoup mieux résisté 
que les Buccins dont la porte ferme mal, et chez lesquels 
l'eau peut s'introduire par le canaliculede la bouche de la 
coquille. 

Les bivalves qui peuvent si bien résister aux influences 
extérieures entre leurs valves fermées, les bivalves ne se 
comportent pas non plus de la môme façon. La Moule résiste 
moins dans les milieux artificiels que les Vénus, et parmi 
celles-ci la Vénus réticulée ou Clovisse, beaucoup moins que 
!a Palourde (Venus decussata), qui présente une résistance 
très remarquable. Dans la solution de sulfiitc de magnésie 
par exemple, la Moule a succombé au bout de dix jours, la 
Vénus réticulée au bout de quinze jours, tandis que la Pa- 
lourde y vivait encore au bout de soixante jours. Ces propor- 
tions se sont à peu près maintenues dans les autres solutions, 
relativement à la durée de la vie dans ces milieux. 

Voici en ce qui concerne les Palourdes (Venus decussata) 

(1) Des Huîtres soumises au>: mêmes épreuves ont manifesté une variabilité 
d'impressions très grande, et ont i,'éiiéralcment très rapidement succombé 
dans les solutions diverses. 



102 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

le résultat de ces expériences. Des lots de cinq individus de 
cette espèce avaient été placés le 10 janvier 1882 dans des 
conditions identiques, dans les solutions diverses indiquées 
plus haut. Les mêmes soins, la même aération leur étaient 
donnés chaque jour. En même temps un certain nombre de 
ces Mollusques étaient placés comme témoins près des pre- 
miers dans des vases contenant de l'eau de mer naturelle. 

10 janvier L'expérimentalion commence pour les Palourdes. 

25 — Elles ont succombé dans l'iodure de potassium. 
10 février — le chlorure de potassium. 

15 — — dans l'air. 

18 — le sulfate de potasse. 

18 — l'eau commune. 

20 — — la solution n" 10. 

20 — le bromure de potassium. 

20 — le chlorure de magnésium. 

20 — — l'eau de Vichy. 

22 — le chlorure de sodium. 

22 • — la solution n° 12. 

24 — — la solution n" 9. 

10 mars — le sulfate de magnésie. 

10 — — la solution nMl. 

15 — Des Palourdes vivent encore dans le sulfate de soude. 

15 — Les Palourdes placées dans l'eau de mer sont vivantes. 



REMARQUES SUR CES FAITS 

Il résulte de ces expériences que malgi^é la possibilité de 
se clore entre leurs valves, les Vénus subissent l'action des 
milieux puisque leur résistance est inégale. 

Les sels de potasse semblent bien moins favorables que les 
sels de magnésie, et surtout que les sels de soucie. La vie a 
cessé d'abord dans l'iodure, le bromure, le chlorure, le sul- 
fate de potassium, et dans la solution n° 10, dont le chlorure 
de potassium est l'élément dominant. 

Les sels de soude et de magnésie entretiennent encore la 
vie alors que les animaux ont succombé dans les sels de po- 
tasse. La solution n" 9 par exemple, dont le chlorure de ma- 



DES SELS DE l'EÂU DE MER. 103 

gnésium est l'élément essentiel, a gardé plus longtemps ses 
habitants, il en est ainsi du sulfate de magnésie seul, et dans 
la solution nMI. 

La résistance des Palourdes dans l'eau de Vichy accuse 
l'action favorable des sels de soude sur l'entretien de la vie 
des animaux marins. Pendant quarante jours les Palourdes 
ont vécu dans cette eau minérale ! 

C'est dans le sulfate de magnésie et le sulfate de soude que 
la vie s'est éteinte en dernier lieu, et le sulfate de soude l'a 
emporté sur le sulfate de magnésie. Le 12 mars, j'ai dégusté 
des Palourdes gardées dans le sulfate de soude pendant 
soixante jours ; elles étaient excellentes et sans amertume. 
Cette observation pourra trouver son utilité dans l'économie 
alimentaire, les Palourdes étant un coquillage recherché, et 
le sulfate de soude une substance d'un bas prix. 

Un fait bien digne de remarque c'est que dans les solutions 
de sulfate de soude et de sulfate de magnésie, seules, des 
algues vertes avaient commencé à se montrer au bout de ces 
soixante jours. Les conditions qui favorisaient la vie animale 
marine se sont donc trouvées aptes à développer aussi la vie 
végétale. Ce parallélisme n'a rien de surprenant, mais il 
trouve dans la circonstance une confirmation originale. 

Une singularité : la solution de chlorure de sodium (sel 
marin impur) a moins longtemps entretenu la vie que les 
solutions de sels de magnésie et de sulfate de soude, et ce- 
pendant le sel est l'élément essentiel de l'eau de mer. Cela 
prouve que les Mollusques sont adaptés non pas au sel pur, 
mais à ce mélange particulier qui constitue l'eau de mer na- 
turelle ; et que les éléments secondaires, au point de vue de 
la quantité, y jouent un rôle important. Nous voyons encore 
là l'occasion de penser que les modifications accidentelles des 
eaux de la mer aux différentes époques géologiques, ont dû 
avoir une action marquée sur les extinctions d'espèces. 

Les Vénus sont demeurées fermées dans la plupart de ces 
solutions dont elles avaient sans doute apprécié la nature en 
entrebâillant très petitement leur coquille. Cependant elles 
ont envoyé quelquefois leurs siphons au dehors, dans le sul- 



404 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

fate de magnésie et dans le sulfate de soude par exemple. 
Dans la solution de chlorure de sodium et dans l'eau de mer, 
elles gardaient presque constamment cette situation. 

Les Palourdes peuvent vivre plus d'un mois dans l'air dans 
un endroit frais. Pendant vingt jours environ elles demeurent 
fermées, plus tard elles entrebâillent leurs valves et font 
sortir leurs siphons. Au moindre toucher elles les rentrent 
et se ferment. Puis vient le moment où les muscles striés qui 
ramènent les valves n'en ont plus la force, mais les muscles 
lisses qui les retiennent le font encore quand on amène les 
valves à fermeture. Dans toutes les solutions où ces Mollus- 
ques ont vécu il en a été de même. 

L'affaiblissement musculaire s'est montré d'abord sur la 
partie striée des muscles adducteurs qui ramène les valves, 
puis enfin sur la partie lisse de ces mêmes muscles, qui re- 
tenait de moins en moins longtemps les valves artificielle- 
ment rapprochées (1). 

Les Venus reticulata ou Clovisses ont présenté des faits 
analogues; l'ordre d'extinction de la vitalité dans les solu- 
tions a été le même, mais ces Mollusques ont bien moins 
longtemps vécu que les précédents. Un mois après leur mise 
en expérience ils avaient succombé, dans les sels de potasse 
d'abord, dans les sels de magnésie ensuite, puis dans les sels 
de soude. 

Les Littorines ont moins longtemps résisté que les bivalves, 
et ont accusé aussi moins de répulsion pour le sulfate de 
soude dans lequel elles ont vécu quarante jours. 

Le gros Buccin {Trilonium undatum) succombe beaucoup 
plus rapidement, ne pouvant se clore hermétiquement comme 
les Littorines. Au bout de vingt-quatre heures il périt dans la 
plupart des solutions employées, et surtout dans les sels de 
potasse. Sa vie se prolonge au delà de quarante-huit heures 
dans la solution n" 12, dans le sulfate de magnésie et le sul- 
fate de soude, mais ne tarde pas à prendre fin. 

Pendant toute la durée de ces expériences, du 10 janvier 

(1) Voy, De l'Energie et de la structure musculaire cha les Mollusques 
acéphales. J.-B. Baillière, Paris. 



DES SELS DE l'eAU DE MER. 105 

^u 15 mars, les Palourdes elles Litlorines ontvécu dans l'eau 
de mer du laboratoire ; les Venus reticulata et les Moules 
moins longtemps, les Buccins quelques jours seulement. 

Il est un fait très important que nous signalons d'une façon 
toute spéciale, c'est que les sels constituant l'eau de mer et 
les diverses solutions que nous avons employées, communi- 
quent à l'eau la propriété de dissoudre des quantités variables 
d'air atmosphérique. Nous avons acquis la preuve par des 
expériences directes, que les solutions des sels de soude re- 
tiennent plus d'air quand elles sont agitées avec lui que les 
solutions de sels de potasse. 11 en résulterait donc que la 
toxicité des sels indiqués dans nos expériences, pourrait ré- 
sulter, pour une part, de ce qu'ils ne permettent pas à leurs 
solutions de s'aérer suffisamment : ils agiraient par asphyxie. 
€eci nous permet de comprendre comment le sulfate de po- 
tasse et le sulfate de soude, sels neutres auxquels les mollus- 
ques ne sont nullement adaptés, agissent si différemment sur 
eux, les sels de potasse les tuant rapidement, ceux de soude 
les conservant quelque temps. 



CONCLUSIONS 

1° Les éléments salins de l'eau de mer agissent très diver- 
sement chez les Mollusques, 

2" Toute modification à la constitution de l'eau de mer finit 
par devenir fatale à la vie de ces animaux. 

3° Leur résistance plus ou moins grande tient à leur orga- 
nisation. Les bivalves résistent mieux que les enroulés, et 
dans ces deux groupes les résultats varient également suivant 
les espèces. 

4^" Les sels de potasse sont moins favorables à la vie des 
Mollusques que les sels de magnésie, les sels de magnésie 
que les sels de soude. 

5° En dehors des sels dissous dans l'eau de mer, le sulfate 
de soude semble jouir d'une neutralité conservatrice bien 
accusée. 



106 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

6" La mort des bivalves est due à un affaiblissement mus- 
culaire général. 

7° Les muscles ne pouvant plus ramener ni retenir les 
valves, l'animal est livré à l'action défavorable ou toxique du 
milieu (1). 

(1) Ce mémoire a été lu à la dix-neuvième réunion des Sociétés savantes 
de 1882, en séance générale 



EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 2 FEVRIER 1883. 
Présidence de M. Henri Bouley, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 
— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

, , ^ , , . ^^ j : Euî?. Aron. 

Aron (.lu es-Lazare), négociant, 90, rue La- \ t^ . ^ • 
^ . *' . Eugène Dupm. 

fayette, a Pans. ( Ra.eret-Waltel. 

Bailly (Louis-Joseph), chef de bataillon en / 
retraite, commandant le 2* bataillon du ) . a r . i 

9* territorial d'infanterie, U, rue Charles- ) ,' „' ,,' , 
. <> . ^T 11 /o • X I J--E. Caroiy. 

Lafitte, à Neui y Seine). [ ■' 



l 0. C. Béren^'er. 

Beauchaine (Gustave), propriétaire, à Cha- \ r.' .' ^ ^ ' 

, ,,,. " f r Eugène Uupin. 

tellerault (Vienne). ^, r- a 

^ ' \ Maurice Girard. 

^ .. 1 . 1 N 1 .1 i E. Dupin. 

Bellecombe (André de), homme de lettres, ^ . . ^ . , 

43, rue Jacques-Dulud, à Neuilly (Seine). \ Raveret-Wattel. 

,.._., . . . 1 0. C. Bérenger. 

COLLIN (Antoine-Fritz), ancien notaire, juge \ . ç- \ 

de paix, à Lussac-les-Châteaux (Vienne). / .^ n i 
^ ' ^ ' \ \ . Palyart. 

_,,.,.._„ { Bourdel. 

COLLINET (Edmond), négociant, 53, avenue \ . ., » „ • .u-i • 

, ^, .,, , ., .,, ,o ■ ' \ A. GeoffroySamt-Hilaire. 

de Neuilly, a Neuilly (Seine). j ^ p^^,^^ 

/ J. Cornély, 

GÉRARD (Albert), rue Drouot, 8, à Paris. | A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

( Saint-Yves 3Iénard. 

„ . . , „,, l k. Dubief. 

Lelubez (Grégoire), constructeur, 59, rue \ „ . „ . 
-, ^ f^ : \ Eugène Dupin. 

Condorcet, a Pans. / i i" r • a 

' V Jules Gnsard. 

PiMONT (Georges-Pierre-Laurent), proprié- ( A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

taire, à Vilainville par Criquetot d'Esneval \ A. Porte. 

(Seine-Inférieure). ' ( Saint-Yves Ménard. 

^. , , , . ,„ ( A. Geoffroy Saint-Hilaire, 

RoULiNAT (Charles), négociant, 49, rue ^ 

Charles-Lafitte, à Neuilly (Seine). ( Saint-Yves Ménard. 

...... • r., ( Louis liesèble. 

Vianelli (Albert), artiste peintre, 84, avenue ) » n .^ 

des Champs-Elysées, à Paris. / o • . ^ xi- i 

V i ^ ( baint-Yves Ménard. 



108 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

— Des remerciements pour leur récente admission sont adressés par 
MM. A. de Bellecombe, Delaquys et Bravard. 

— MM. A. Blanchon, Baril, Goil, Mérat, Bénardaky, vicomte de Mon- 
dion et 0. Massias font parvenir des demandes de cheptels. — Renvoi à 
Ja Commission spéciale. 

— Des comptes rendus sur la situation de leurs cheptels sont adressés 
par MM. Le Berre, comte d'Archiac, Sénéquier, Marlel-Houzet et Gorry- 
Bouteau. 

— M. le préfet de Constantine transmet deux rapports de MM. les 
administrateurs des communes mixtes d'Oued-Marsaet de Takitount rela- 
tifs aux encouragements à accorder à des cultivateurs de leurs com- 
munes. — Renvoi à la Commission des récompenses. 

— La Société impériale d'horticulture de Russie annonce qu'à 
l'occasion du 25* anniversaire de sa fondation, elle organise, à Saint- 
Pétersbourg, une Exposition internationale d'horticulture et un congrès 
de botanistes et d'horticulteurs. L'ouverture en est fixée au 5/17 mai 
prochain. 

— M.Julien écrit de Chantenay : « Les Canards du Labrador sont 
très répandus maintenant dans la Loire-Inférieure et dans les départe- 
ments voisins grâce au couple que j'ai reçu de M. Garnol. J'ai distribué 
à tous les demandeurs (et ils ont été nombreux), tous les œufs pondus 
par ma Cane. N'en ayant élevé que cinq ou six que j'ai également don- 
nés, il ne me reste plus que les deux premiers oiseaux qui m'ont été 
envoyés. Je vais cette année essayer l'élevage d'une couvée pour rem- 
placer les vieux dont j'ignore l'âge, d 

— M. Delgrange écrit de Valenciennes : « Non seulement la femelle 
de mes pigeons {Goura coronata) a pondu et couvé en juillet son œuf 
(car elle n'en pond qu'un), mais elle a pondu de nouveau fin août et une 
troisième fois fin septembre. Malheureusement ces œufs étaient clairs. 
J'attribue le fait au mâle qui a eu le bout des pattes gelé et qui ne peut 
pas bien cocher sa femelle. ^Je verrai cette année si je serai plus heureux». 

— M. Ad. Jacquemart écrit de Reims : « Mes Saumons de Californie 
sont beaux, mais d'une grosseur inégale. J'en ai de magnifiques et 
d'autres d'une croissance lente. Je crois que la nourriture a dû être 
insuffisante pour ces grands voraces, dont les plus petits sont quelquefois 
la proie des gros, j'en ai été témoin. » 

— M. le professeur Spencer F. Baird, commissaire des pêcheries des 
États-Unis, prie la Société de vouloir' bien lui procurer les documents 
publiés en France sur l'industrie ostréicole. 

Par une autre lettre 31. S[)encer F. Baird fait connaître qu'il vient 
de donner des ordres pour que le Bulletin de la Commission des Pêche- 
ries soit, à l'avenir, adressé à la Société ; il annonce en même temps 
l'envoi prochain d'œufs embryonnés de Whitefish {Coregonus albus) 
et de Truite des lacs d'Amérique {Salmo namaycush). 



PROCÈS-VERBAUX. 109 

— M. de Behr, président de l'Associalioii allemande de pisciculture, 
annonce qu'il compte faire prochainement à la Société l'envoi d'œufs 
embryonnés de deux espèces de Corégones, la grande et la petite Marène 
(Coregonus marœna et C. albiila). 

— M. le Secrétaire des séances fait connaître que les œufs annoncés 
par M. Behr sont déjà arrivés. Ces œufs, qui étaient dans un état de 
parfaite conservation, malgré la longueur du voyage, ont été immé- 
diatement distribués. M. Raveret-Wattel donne à celte occasion les ren- 
seignements suivants : 

» Le Coregonus marœna se pêche dans le lac Ladoga et le lac- 
Peipus, eu Russie, et dans le lac Jladù, en Poméranie. Pendant la plus 
grande partie de l'année, et surtout en été, ce poisson se tient à de 
grandes profondeurs (iO ou 50 mètres), et ce n'est guère qu'à l'époque 
de la reproduction que, recherchant les endroits moins profonds, il se 
rapproche des bords pour venir frayer dans des eaux tranquilles. Le 
frai a lieu en novembre et décembre. Une femelle peut donner de 
20 à 50 000 œufs, lesquels ont 0"',0030 ou 0'",0035 de diamètre. Ces 
œufs soiit libres, non adhérents, et un peu plus lourds que l'eau. Le 
C. marœna vit surtout de Vers, d'Lisectes et de petits Mollusques; \\ 
atteint en moyenne une longueur de 0",60; mais des sujets de plus 
forte taille ne sont pas rares. Ce poisson, qui paraît avoir existé autrefois 
dans un assez grand nombre de lacs du nord de la Piusse , a été 
propagé, depuis peu, dans différentes localités, grâce surtout à des 
envois d'œufs et d'alevins faits de l'établissement de pisciculture de 
Suwalki, en Pologne, oîi l'on s'occupe particulièrement de celte espèce. 
La croissance paraît rapide, car les alevins d'un an, venus dans de bonnes 
conditions, mesurent déjà 0"',20 de longueur. La chair blanche et ferme 
de ce poisson est très recherchée, soit fraîche, soit fumée. 

» Le C. albula se pêche dans presque tous les lacs des pays qui 
avoisinent la Baltique. Ce poisson passe presque toute l'année dans les 
eaux profondes, où il vit de iMollusques, de Vers et de petits Crustacés; 
c'est seulement pour frayer qu'il gagne les endroits moins profonds, où 
l'eau est calme. Le frai a lieu de novembre à décembre, à peu de dis- 
tance du rivage ; il s'y effectue avec de grands ébats, au milieu d'évolu- 
tions bruyantes qui attirent l'attention des pécheurs. Les œufs, plus 
denses que l'eau, sont nombreux; chaque femelle en donne environ 10 000. 
Le C. albula n'atteint généralement qu'une longueur de 12 à 15 centi- 
mètres; mais, dans certains lacs, notamment le lac Dadey, prés de 
Bischofsburg, la taille de ce poisson va jusqu'à 30 ou 35 centimètres. 
C'est une excellente espèce alimentaire, dont la chair se consomme 
aussi bien fumée que fraîche. On la pêche à l'aide d'immenses sennes. 
» L'alevin de ces deux espèces, comme celui des autres Corégones, 
ne peut guère être nourri artificiellement; en outre, ce n'est qu'avec 
beaucoup de peine qu'on le tient captif dans les appareils d'incubatiou 



110 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

traversés par un courant d'eau, car il s'échappe par les plus petites 
ouvertures. Mieux vaut donc, très peu de jours après l'éclosion, lorsque 
la vésicule vitelline est sur le point d'être résorbée, le mettre en liberté 
dans les eaux qu'il est destiné à peupler. » 

— Des remercîments pour les envois d'œufs embryonnés qui leur ont 
été faits sont adressés par MM. des Vallières, Focet, Martial et Ber- 
thoule, ainsi que par M. le Président de la Société Linnéenne du Nord de 
la France, et par la direction de l'Aquarium du Trocadéro. 

— M. Delgrange écrit de Valenciennes que les œufs de Salmo na- 
maycush qui lui ont été adressés ont souffert de la gelée pendant le 
transport, mais qu'il espère néanmoins obtenir des éclosions. Les œufs 
out été mis en incubation sur une sorte de frayère artificielle au milieu 
d'une large panier à claire-voie placé en eau de source. (.< Je fais faire 
en ce moment, ajoute M. Delgrange, trois étangs qui auront chacun de 
2 à3 hectares; ils seront finis prochainement. J'en ai déjà deux de plus 
d'un demi-hectare, qui sont empoissonnés, et plusieurs réservoirs 
alimentés par des sources, dans lesquels j'entretiens de la Truite. » 

— En accusant réception de l'envoi d'œufs embryonnés qui lui a été 
fait, le régisseur de l'établissement national de pisciculture de Bouzey 
écrit : « Nous avons obtenu un beau résultat d'élevage de Saumons de 
Californie; 600 alevins ont été répandus au printemps dernier dans la 
Saône.» 

— En remerciant des œufs de Coregonus albus qui lui ont été expé- 
diés, M. Auguste Iledde fait connaître en ces termes la non réussite de 
la presque totalité des œufs de Salmo fontinalis d'un précédent envoi : 
c Sur un millier d'œufs, j'en ai choisi une soixantaine qui m'ont donné 
cinq alevins. Ces poissons auront bientôt complété leur deuxième 
année. Ils sont restés longtemps frêles et peu vigoureux, si bien que, 
malgré mes soins, le choix de la nourriture et la qualité des eaux, 
au bout d'un an ces poissons atteignaient à peine la taille d'un Véron. 
Mais depuis six mois ces Salmo fontinalis prennent santé et vigueur 
ainsi que du développement. J'espère l'année prochaine en obtenir des 
œufs. Les Coregonus albus de ce même envoi étaient 'également si 
endommagés, qu'à l'éclosion j'ai eu seulement deux sujets, qui ont pris 
un bon développement. 

» Dans le lac du Bouchet, qui appartient au département de la Haute- 
Loire, et dont je me suis rendu fermier, j'ai péché il y a deux ans un 
Corégoiie qui proportionnellement est le poisson le plus charnu que j'aie 
jamais vu. La chair de ce poisson était légèrement parfumée comme celle 
de l'Ombre commun, ferme et d'une délicatesse exquise. » 

— M. Millet dépose sur le bureau plusieurs exemplaires du programme 
de l'Exposition des Insectes qui doit avoir lieu au Palais de l'Industrie 
du I"au 22 juillet 1S83, et qui est organisée par la Société centrale 
d'apiculture et d'insectologie. 



,■/'.)■ PROCÈS -VERyAUX. lil 

Ms"" Perny, provicaire apostolique de Chine, écrit à M. le Secré- 
taire général : « Au mois de mai de l'an dernier, la Société d'Acclimata- 
tion a bien voulu me remettre environ deux cents œufs, des graines des 
Vers à soie du chêne. 

» J'en ai fait deux parts. L'une était destinée à M. le vicomte de 
Melun, qui possède à Brumetz (Aisne) une magnifique forêt où le chêne 
abonde. L'autre était réservée pour une famille aisée et intelligente de 
Cerdon, dans le Loiret. J'avais donné des instructions détaillées à cha- 
•cun des éducateurs. 

» M. Douchy, instituteur de Brumetz, apportait les plus grands soins 
à l'élevage des chenilles. Tout marchait à souhaits. Presque tous les 
<Bufs avaient éclos. Les chenilles paraissaient se plaire beaucoup dans 
cette forêt. Elles atteignaient déjà le maximum de leur grosseur, lors- 
•qu'un jour il s'éleva dans le pays une tempête furieuse qui dévasta en 
quelques instants toute la moisson du pays et hacha complètement le 
feuillage des arbres. Toutes les chenilles furent broyées durant cet 
ourao-an, sans qu'on en retrouvât une seule survivante. De mémoire 
d'homme, on n'avait vu dans le pays un ouragan aussi terrible. Sans ce 
malheur, tout faisait prévoir un succès complet dans l'éducation de ce 
Ver à soie. Cette année, on fera un nouvel essai. 

» Quant aux œufs confiés à mon ami de Cerdon, l'éclosion a été plus 
tardive qu'à Brumetz. Elle a cependant réussi. On avait placé les œufs 
dans une petite corbeille en osier, comme le font les Chinois. On a 
nourri là, pendant une dizaine de jours, les jeunes chenilles, puis on les 
a portées sur les chênes. Elles prospéraient admirablement. Aucune ne 
paraissait malade. On les surveillait avec un soin maternel. On avait 
oublié une de mes recommandations, celle de veiller au rapt par les 
■oiseaux. En un jour ou deux, les mésanges s'abattirent avec ardeur sur 
les chênes et firent un grand ravage. Mon ami était dans une désolation 
d'autant plus vive que les chenilles étaient à la veille de faire leur pre- 
mier cocon. On apporta les soins les plus minutieux à sauver la vie des 
chenilles survivantes. ^Elles firent un premier cocon magnifique, dont 
la soie est fort belle. Quinze jours après, environ, malgré la persistance 
«xceptionnelle du mauvais temps, on obtint une nouvelle éclosion et une 
nouvelle ponte d'œufs, mais, par suite du mauvais temps, cette deuxième 
éclosion a mis une lenteur très grande à accomplir ses différentes phases 
•de mues, et la chenille n'a pu faire qu'un deuxième cocon incomplet. 

» Telle est sommairement l'histoire de cette double tentative d'élevage 
de ce Ver à soie. L'insuccès tient à des causes exceptionnelles. Nous espé- 
rons être plus heureux celte année, et nous sollicitons d'avance une 
large portion des graines que la Société d'Acclimatation pourra prochai- 
nement confier à ses membres. » 

— M. Ilignet écrit de Varsovie : « J'ai reçu hier les 20 cocons de 
Cynthia que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Sont-ce des cocons 



112 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

de la seconde ponte ou une race univoltine comme celle que j'étais par- 
venu à produire ici. Je m'attends à être dans Ja nécessité de recom- 
mencer le travail commencé au début de la création de mon établisse- 
ment de Siellze. Je regrette bien que la négligence de mon sériciculteur, 
pendant un de mes voyages à Paris, ait laissé se perdre cette race 
précieuse pour notre pays. 

» J'attends le printemps avec impatience pour voir si mes Pernyi du 
printemps dernier auront supporté jusqu'au bout la prolongation- 
d'existence à laquelle je les ai condamnés. Les nymphes sont toujours 
vivantes ; que sera-ce d'ici au mois de juin? La période à parcourir est 
encore longue. Quelques Vers de la seconde ponte ont été élevés par moi 
en chambre. J'ai eu de la feuille fraîche jusqu'à la fm d'octobre et 
même au commencement de novembre. Cependant, un moment est 
venu où elle a manqué, et mes Vers se sont résignés à manger des- 
feuilles sèches. C'est sous l'influence de cette nourriture qu'ils ont iilé. 
Les cocons sont assez beaux, moins fournis de soie cependant que ceux 
d'été. 

» Je vous remercie encore une fois pour les Cynthia, et me recom- 
mande à vous pour toutes espèces d'œufs dont vous pourriez disposer 
en ma faveur. J'ai planté déjeunes pruniers, pommiers, noyers, etc., 
pour répondre à toutes les exigences des espèces séricigénes que je 
pourrais tenir de votre obligeance. 

» Le Mûrier de l'Etna, dont je vous ai dans le temps envoyé de la 
graine, a levé chez moi ; mais je n'ai pas osé le soumettre à la rigueur 
de nos hivers, et j'en ai fait une plante de serre, qui entre maintenant en- 
végétation. — Si vous pouviez joindre à vos envois quelques graines de 
Mûrier du Japon, je vous en serais très reconnaissant. » 

— MM. Carbonnier, Guillaume, Laisné, de Montrol, Dumézil, comte- 
de Saint-Innocent, comte de Montlezun, R. Germain et Gorry-Bouteau, 
ainsi que la Société nantaise d'horticulture, demandent à prendre part à 
la distribution de graines diverses annoncée dans la Chronique. 

— Des remerciements pour les envois de graines qui leur ont été faits, 
sont adressés par MM. de Gazenove et Mathey. 

— M. A. Masson écrit du château de Villeblevin (Yonne) : « De retour 
d'un voyage au Canada, je viens vous rendre compte de mes démarches 
infructueuses pour trouver l'origine du Topinambour. Tous les savants 
de là-bas s'accordent à dire que la plante n'est pas originaire du 
Canada. Je profite de cette occasion pour vous adresser trois bien petits 
paquets de graines de Melons du Canada. Ces trois espèces sont les 
meilleures, et je puis garantir que le Melo'n brodé de Skillman est tout 
simplement délicieux, supérieur à mon avis à tous les autres Melons. 
Voilà quatre ans de suite que j'en cultive, et outre que c'est un Melou 
prolifique, hâtif et facile àpousser, il est, de l'avis de tous ceux qui l'ont 
goûté, excellent. 



PROCÈS-VERBAUX. H3 

» Pour les deux autres espèces, je ne puis rien garantir; mais au 
Canada elles sont aussi appréciées que les Skillmaii. Ces derniers se 
forcent très bien; on doit les laisser bien mûrir avant de les cueillir; la 
chair en est verte; ils sont très juteux et d'un goût très fin. 

3) Si les graines de Melons que je vous envoie réussissent et sont 
appréciées, je me ferai un plaisir de vous en envoyer d'autres. » 

— A l'occasion du procès-verbal, M. Raveret-Wattel revient sur la 
question de la formation des monstres dans la classe des Poissons. 11 
fait remarquer que les monstruosités, causées par les manipulations de 
la fécondation artificielle ou par les secousses du transport, sont toujours 
des monstruosités simples, unitaires. 3Iais quand les œufs ont été 
fécondés par la méthode sèche, il n'est pas très rare d'obtenir des 
monstruosités doubles, et cela peut-être parce que ce mode tout artifi- 
ciel de fécondation permet, plus qu'un autre, la pénétration de plusieurs 
spermatozoïdes dans l'ovule. 

— M. Millet fait connaître que les œufs récoltés sur des frayères na- 
turelles ne lui ont jamais donné de monstres, probablement parce que 
la fécondation s'est opérée dans des conditions régulières, et que chaque 
ovule n'a reçu qu'un seul spermatozoïde. 

— M. Decroix fait une intéressante communication sur un procédé de 
destruction en Algérie des Criquets voyageurs , procédé imaginé par 
M. Durand, ex-directeur de la Bergerie nationale de Ben Cliicao. Ce 
procédé consiste à barrer le passage aux larves des Criquets, par de 
longues bandes de zinc et de toile qui, soutenues sur des piquets, for- 
ment par leur surface lisse un obstacle insurmontable pour les insectes. 
Ceux-ci vont tomber dans des fossettes oîi il est facile de les recueillir. 
On peut ensuite les utiliser comme engrais. 

— M. Millet fait remarquer que le procédé imaginé par M. Durand est 
un perfectionnement de celui dû à l'invention de Mehmed Saïd-Pacha, o-ou- 
verneur de l'île de Chypre, et décrit dans le Bulletin de la Société d'Ac- 
climatation (année 1871). Il ajoute que ce procédé paraît appelé à rendre 
d'immenses services en Algérie, où, dans certaines années, les Criquets 
occasionnent des dégâts s'élevant à 50 ou 55 millions. Récoltés et des- 
séchés avec les soins voulus, ces insectes pourraient être utilisés pour la 
nourriture des Faisans et d'une foule d'oiseaux qui s'en montrent très 
friands. On pourrait sans doute aussi en préparer un produit de nature 
à être substitué économiquement à la rogue de Morue pour la pèche de 
la Sardine. 

— M. Raveret-Wattel fait connaître que M. le docteur Morvan, de 
Douarnenez,a, depuis longtemps, fait, avec le concours de l'administra- 
tion de la Marine, des essais tendant à utiliser les Criquets de l'Alo-érie 
pour la préparation d'une rogue artificielle. Ces essais n'ont pas donné 
de résultats très satisfaisants. Les préparations obtenut.'s, même au 
moyen de mélanges avec divers corps gras ou une certaine proportion 

3' SÈHIB, T. X. — Février 1883. g 



114 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

de ro""ue naUirolle, n'avaient pas la densité ni surtout l'onctuosité, le 
liant nécessaire. La difficulté de la préparation et les frais de transport 
auo-mentaient considérablement le prix de revient qui cessait d'être 
avantageux. 

M. Geoffroy Saint-IIilaire estime que les Criquets ne pourraient 

être employés que dans une certaine mesure pour la nourriture des 
oiseaux. On a plusieurs fois recommandé l'emploi de farine de Han- 
neton; or cette nourriture, qui est très stimulante, réussit bien à 
l'époque de la ponte ; mais , si l'on n'en usait pas avec modération, elle 
deviendrait trop excitante et pourrait occasionner des maladies sé- 
rieuses. C'est plutôt un médicament qu'un aliment. 

— M. Maurice Girard dit que l'abondance des Criquets est hors de 
toute proportion avec la consommation que pourraient en faire les 
oiseaux. Notre confrère pense qu'il importerait surtout de détruire 
les insectes arrivés à leur complet développement, les insectes ailés, 
qui voyagent en légions innombrables formant des nuages de plusieurs 
kilomètres d'étendue, et qui causent des ravages bien autrement graves 
que ne le font les larves, seules détruites par le procédé de M. Durand. 
M. Maurice Girard ajoute que ces larves sont souvent, mais à tort, seules 
désignées sous le nom de Criquets par certaines personnes qui donnent 
l'appellation erronée de Sauterelles à l'insecte adulte. Or VAcridium 
pcregrinnm, ou Criquet de l'Algérie, est très différent des Locustiens 
ou véritables Sauterelles. 

— M. Millet pense que par quelques recherches on arriverait à pré- 
parer avec les Criquets desséchés une rogue artificielle très satisfai- 
sante, et qu'il en serait de même sans doute pour les produits destinés 
à la nourriture des oiseaux. Depuis trois ans, M. Millet emploie, pour 
l'élevage des Becs-fins, une pâtée composée de fécule de pommes de 
terre et de farine de chrysalides de vers à soie, le tout aggloméré avec 
de l'huile d'olive, et il en obtient d'excellents résultats. 

— M. le Président dit que plusieurs Comices agricoles ont constaté 
l'efficacité du procédé imaginé par 31. Durand, auquel des remerciements 
ont été volés par le Comité de l'Algérie. La destruction des larves ne 
peut avoir qu'une très grande utilité, puisqu'elle prévient la transfor- 
mation de ces larves en insectes adultes, ailés. 

— M. Decroix dit que les insectes ailés sont moins nuisibles que les 
larves, attendu qu'ils passent rapidement. Les larves, au contraire, ne 
cheminent que lentement, ravageant tout sur leur passage, ne laissant 
pas, dans les cultures, un mètre de terrain intact. 

— M. Maurice Girard craint que les Criquets adultes ne fassent, eux 
aussi, beaucoup de mal. Le danger lui paraît être dans les migrations 
de ces individus ailés qui arrivent du désert, et qui viennent pondre 
dans les régions cultivées. Il pense qu'on devrait surtout s'occuper de la 
destruction des œufs. 



PROCÈS-VERBAUX. 115 

— Sur la demande de MM. Millet et Maurice Girard, la communication 
de M. Uecroix est renvoyée aux 2« et 4' sections. 

— M. Fornet présente à l'assemblée un modèle d'hydro-incubateur de 
son invention, appareil dont il fait ressortir les avantages. (Voy. au Bul- 
letin.) 



SEANCE DU 16 FÉVRIER J883. 
Présidence de H. Henri Bouley, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté après une 
observation de M. Millet. 

— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

Brun (François-Eugène), médecin-vétéri- ( ^"J*^"^ J^^P'"* 

n n • ■ n • ' n • \ ot-ives Menard. 

naire, 9, rue Casunir-Perier, a Pans. ) ... . 

V Vigier. 

Massjas (Gabriel), négociant, passage Mas- A. Bouts. 

séna, i, à Neuilly (Seine), et 13, rue Vi- ■ Eugène Dupin. 

vienne, à Paris. ( St-Yves Ménard. 

Métra (Claude), propriétaire, boulevard ( f ",°^"^ ^"P'"* 
d'Inkermann, 22, à Neuilly (Seine). } l"^"^ Grisard. 

\ Eugène vavin. 

ViNCENDON-DuMOULiN, vice-président de la ( Vicomte Brenier de Mont- 



Société d'agriculture de Saint-Marcellin { i^o'<^n • 
à Chevrières (Isère). ^ ^'^«"^'"'^y Saint-Hilaire. 

\ Raveret-Wattel. 

— M. Beauchaine adresse des remerciements au sujet de sa récente 
admission. 

— M. Bravard demande qu'il lui soit envoyé un exemplaire du règle- 
ment sur les cheptels, ainsi que la liste des animaux et des végétaux mis 
en distribution. 

— Des remerciements pour les cheptels qui viennent de leur être 
accordés sont adressés par MM. Bénardaky, G. de Kervénoaël, Saury, 
de Fontette, Delloye-Orban, Pitard, 0. Larrieu, Le Pelletier, Chambry 
et le comte de Montiezun. 

— M. Charles Baltet écrit de Troyes : « M. Paul Hariot, de Méry- 
sur-Oise (Aube), va rejoindre la mission française au Cap Horn, à titre 
de botaniste officiel. 

» Mon jeune compatriote, préparateur au Muséum d'histoire naturelle. 



.116 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

serait heureux, j'en suis certain, de rencontrer des correspondants de la 
Société d'Acclimatation et d'avoir leur concours bienveillant. » 

— M. N. Masson écrit à M. le Président : « Je viens de recevoir de 
M. Jean Kiener fils, de la Forge, près Watback (Haute-Alsace), une 
réponse à la lettre que je lui ai adressée, relativement au croisement du 
Cochon d'Inde avec le Rat. 

» Dans une de nos premières séances, M. le Secrétaire général a bien 
voulu nous donner communication d'un renseignement qu'il avait reçu 
de M. Kiener, au sujet de ce croisement. Notre Société n'a pas jugé, 
tout d'abord, devoir apporter une créance absolue. 

» J'ai voulu m'iiiformer directement auprès de ce collègue pour con- 
naître les sujets qu'il avait obtenus, et voici sa réponse : 

« Monsieur et cher confrère, 

> Soyez convaincu et tenez pour certain, que, dans les faits observés 
j ici sur le Cochon d'Inde, il est pertinent : 

» Que des individus de celte espèce sont nés de mères de pure race, 
» qui ont été vues en compagnie de Rais, avec des queues d'égale lon- 
» gueur à celle des Rats. 

» La certitude d'une alliance du Cochon d'Inde avec le Rat, révélée 
» par une ressemblance de forme, de queue et de caractères généraux du 
» Raf, m'avait dégoûté de ces animaux. Le croisement a eu lieu, il peut 
* se reproduire. 

» La coloration du poil, je ne la considère que comme accessoire. 

> Tout à votre disposition, je reste votre dévoué collègue. 

» Signé : Kiener fds. » 

» Je crois qu'il ne serait peut-être pas superflu de tenir compte de ces 
renseignements, et même d'en prendre note, et je vais m'occuper, de 
mon côté, d'acquérir quelques sujets de ces reproductions, que j'aurai 
l'honneur de soumettre à l'examen de notre honorable Société, pour la 
curiosité du fait, dont il est bon de s'assurer. » — (Renvoi à la t" sec- 
lion.) 

— M. Rogeron écrit du château d'Arceau (Maine-et-Loire) : c Comme 
je vous le disais dans ma dernière lettre, je possède , depuis près de 
quatre ans, un Cygne de Rewik {Cygniis minor), superbe oiseau, dont 
j'ai pu, par là même, apprécier à loisir tous les mérites, et parmi les- 
quels le principal est, sans contredit, la petitesse de sa taille qui lui 
assignerait une place dans bien des pièces d'eau et jardins plus ou moins 
restreints, dont ses congénères sont exclus à cause de leurs grandes 
dimensions. Il ne le cède d'ailleurs en rien à ceux de sa race par la 
grâce et la sociabilité; et sa blancheur est encore d'un plus grand éclat 
que celle du Cygne domestique et du Cygne sauvage... d 

— M. Deschamps sollicite une récompense de la Société pour l'intro- 



FROCÈS-VERDAUX. 117 

duction du Colin de Californie. — Renvoi à la Commission des récom- 
penses. 

— Des remerciements pour les envois d'œufs embryonnés qui leur ont 
été faits, sont adressés par MM. Banmeyer, Bertlioule, Carbonnier, 
Louis, Lugrin, ainsi que par le régisseur de l'établissement national de 
pisciculture de Bouzey, et par la direction de l'Aquarium du Trocadéro. 

— En accusant réception des œufs de Corégone qui lui ont été adressés, 
M. le vicomte de Causans ajoute : « Ces œufs sont arrivés tous en parfait 
état; ils sont d'une transparence irréprochable. Je suis étonné que vous 
arriviez à avoir si peu de perte pour des trajets aussi longs. Le jour 
même, ils ont été transportés à Saint-Joan-de-Nay, à 17 kilomètres du 
Puy, dans des appareils à éclosion construits avec beaucoup de soins, 
alimentés par une source abondante d'une température de 9 à 10 de- 
grés. 

» Aussitôt après leur éclosion, ils seront déposés à des places choisies 
et très favorables, à l'embouchure d'un ruisseau d'eau vive dans une 
pièce d'eau d'un demi-hectare ayant jusqu'à 5 mètres de profondeur, et 
recevant les égouts du village, et d'une vaste prairie qui fournissent une 
abondante nourriture. Ils y sont attendus par les With-fish de l'année 
dernière, dont on a pu constater le succès depuis leur éclosion, au 
printemps dernier. Je vous aviserai du succès des éclosions dès qu'elles 
auront lieu. » 

— M. le professeur Spencer F. Baird, commissaire des pêcheries des 
Etats-Unis , annonce l'envoi qu'il compte faire prochainement à la 
Société de l5 000 œufs de Saumon des lacs {Land locked Salmon). 

— M. le comte G. Casati adresse à la Société 40 grammes de graine 
de Ver à soie du mûrier de la race milanaise dite Brianza Verdolina 
Casati. Celte graine, obtenue par le système cellulaire, est très saine. 

— M. de Villette adresse une demande d'œufs ou de cocons de diffé- 
rentes espèces de Vers à soie. 

— M. Antonio Blasco fait parvenir une demande de graines. 

— M. Gorry-Bouteau accuse réception et remercie de l'envoi de 
graines qui lui a été fait. 

— M. Jules Leroux annonce l'envoi des noix de Jtiglans nigra qu'il a 
bien voulu mettre à la disposition de la Société. 

— M, Ch. Baltet adresse des fruits et des graines de Loza {Rhamnus 
utilis) employé pour la fabrication du vert de Chine. 

— M. Guillaume adresse un compte rendu de ses essais de culture de 
Saggina. 

— M. Eug. Vavin écrit de Neuilly (Seine) : « J'ai le plaisir de vous 
annoncer que je viens de recevoir de notre savant collègue, M. Masson, 
commandant le Catinat, et gouverneur du Gabon, un pied de Mais, qui 
a i'",C)0 de haut. 

» Ces jours-ci, j'ai reçu de Santiago de Cuba, un pied d'Arracac/ja 



118 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

csculenta, en pleine végétation. J'espère en recevoir d'autres d'ici à 
peu de temps. » 

— M. Sanford, ancien ministre des États-Unis en Belgique, annonce 
qu'il va faire expédier de la Louisiane à la Société, une barrique de 
Noix de Pacanier. « Ce bel arbre, ajoute M. Sanford, a bien réussi en 
Belgique; je suis sûr que, dans le sud de la France, il atteindra de 
grandes dimensions et sera très ornemental. Il se fait chez nous un 
grand commerce de noix, qui se vendent à un prix assez élevé. » 

— M. Beauchaine écrit de Chàtellerault : « Je prends la liberté de 
recommander à la bienveillante attention de la Société, une variété de 
Poire obtenue par M. d'Iray, et par lui nommée Poire M"'' Solange 
d'iray. Cette variété, issue de la Poire Citron-des-Carmes, est un peu 
plus précoce et de qualité bien supérieure. C'est la meilleure Poire pré- 
coce que je connaisse, et je serais heureux d'en offrir des greffons à ceux 
des membres de la Société qui auraient désir d'en essayer la culture. » 

— M. le Secrétaire général dépose sur le bureau : 

1° Des fruits de Zapallilo de Tronco de variété pure, offerts par 
M. Berson ; 

2° Un sac de graines de Soja noir, provenant des cultures du Jardin 
d'Acclimatation d'Hyères ; 

3° Une note dans laquelle M. Delaurier aîné, d'Angoulême, rend 
compte de ses élevages d'Oiseaux exotiques, et fait connaître la situation 
satisfaisante des Tragopansde Blyth qui lui ont été confiés par le Jardin 
d'.\cclimatation (voy. au Bulletin) ; 

4° Un ouvrage récemment publié par M. La Perre de Boo, et intitulé: 
Monographie des Pigeons domestiques. Ce volume est accompagné de la 
note suivante : « Jusqu'ici, les auteurs qui ont écrit sur les Pigeons, se 
sont contentés de faire des descriptions banales et absolument incom- 
plètes des caractères généraux et distinctifs des types purs de nos 
diverses races de Pigeons d'utilité et d'agrément. La raison en est facile 
à expliquer : les types purs avaient en quelque sorte cessé d'exister, 
par suite des nombreux croisements que nos diverses races de Pigeons 
domestiques avaient subis dans nos fermes et dans nos basses-cours. 

» Or les races pures, ayant disparu de la surface du globe, les 
auteurs français qui ont écrit avant moi sur les Pigeons, ne possédaient 
aucune base qui pût les guider dans leurs descriptions; car les pré- 
tendus types purs n'avaient de constance qu'au gré de l'éleveur ou du 
caprice d'un jury. 

» Voulant mettre de l'ordre dans cette confusion des races qui, dans 
les concours, exposait le jury à toute sorte de désagréments, nos voisins 
d'outre-Manche, en gens pratiques, ont reconstitué les races d'après 
des bases convenues entre les principaux éleveurs du pays. 

» Ils ont donc adopté pour chaque race un type officiel, reconnu, 
approuvé et couramment admis par le jury du Palais de Cristal et par 



PROCÈS-VERBAUX. 119 

les exposants ; et c'est d'après ces bases que j'ai fait la description des 
diverses races de Pigeons domestiques qui sont mentionnées dans mon 
ouvrage. 

» La vérité est que cet ouvrage manquait en France; car les Pigeons 
qu'on nous met tous les ans sous les yeux au Palais de l'Industrie , 
attestent l'ignorance des éleveurs, et démontrent jusqu'à l'évidence 
qu'ils ne connaissent pas les caractères généraux des races qu'ils culti- 
vent. A la dernière Exposition, j'ai vu le même éleveur exposer des 
Pigeons Boulants anglais rouges, ayant la queue rouge, et un couple de 
Pigeons de la même variété ayant la queue blanche ! Or aucun auteur 
français ne dit dans son ouvrage si la queue du Boulant rouge doit être 
blanche ou rouge : c'est ce qui explique l'ignorance de l'éleveur. 

» Je crois donc avoir rendu un immense service aux amateurs de 
Pigeons, en écrivant un livre dans lequel ils trouveront un inventaire 
complet de tous ces petits détails que les auteurs qui ont écrit avant 
moi, ont cru pouvoir négliger, au grand détriment du progrès et de la 
science, et sans lesquels il est impossible d'étudier les races. » 

— M. le Secrétaire général appelle ensuite l'attention de l'assemblée sur 
de nouveaux faits de croisement observés, entre espèces fort différentes, 
<lans la classe des Oiseaux. 11 mentionne d'abord le Faisan bleu, de 
€ochinchine et de Siam, qui a été allié avec le Faisan argenté, par 
M. Mathias, de Bourg-la-Reine. Ce croisement présente d'autant plus 
d'intérêt que les deux espèces sont assez éloignées pour que certains 
naturalistes aient proposé de les classer dans des genres distincts. 

Un autre croisement fort curieux, récemment obtenu, c'est celui du 
<]anard Casarka et de l'Oie d'Egypte, c'est-à-dire de deux oiseaux appar- 
tenant d'une façon bien précise à deux genres différents. 

A l'occasion de ces faits, M. le Secrétaire général exprime l'opinion 
que, plus les observations se multiplient, plus la notion de l'espèce, 
telle qu'elle a été comprise autrefois, se modifie et s'altère. 

« L'espèce est pour nous, ajoute M. Geoffroy Saint-Hilaire, un moyen 
de classement, mais elle n'existe pas dans la nature, attendu que nous 
voyons, chaque jour, des faits nouveaux venir nous démontrer qu'il y a 
des groupes naturels et qu'il n'y a pas d'espèces d'une façon absolument 
certaine, absolument fixe, puisque l'on passe de l'une à l'autre par des 
variétés insensibles. » 

M. le Secrétaire général met ensuite sous les yeux de l'assemblée 
deux aquarelles, représentant, l'une un Mouton d'une variété importée 
pour la première fois de l'Inde, l'autre une Corneille qui a été capturée 
prèsd'Étrépagny, et qui, au lieu d'être, soit entièrement noire comme la 
Corneille ordinaire, soit complètement blanche, comme le sont les sujets 
albinos, présentait, avec un plumage noir, une tache blanche en forme 
de cravate. 

—M. de Barrau de Muratel dépose sur le bureau une note de M. Vialan, 



120 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

instituteur à Blan (Tarn), qui a fondé dans son école une Société pour la 
proteclion des oiseaux et la destruction des animaux nuisibles. 

L'année dernière, cette Société, qui compte 70 enfants, a découvert et 
protéf^é 560 nids d'oiseaux divers; elle a, en outre, détruit environ 
16000 insectes nuisibles. M. de Barrau de Muratel ajoute que déjà plu- 
sieurs instituteurs ont suivi l'exemple de M. Vialan, et créé dans leurs 
écoles des Sociétés pour la protection des oiseaux et la destruction des 

insectes. 

Sur la demande de M. de Barrau de Muratel, le travail de M. Vialan 

est renvoyé à la 2" section. 

Tout en reconnaissant les services que peuvent rendre de sembla- 
bles Sociétés, M. Maurice Girard exprime la crainte qu'elles ne détrui- 
sent souvent beaucoup d'insectes utiles. 

— M. de Barrau de Muratel fait remarquer qu'il importerait que des 
ouvrat^es élémentaires, donnant la liste des insectes à détruire et celle 
des espèces à respecter, fussent mis à la disposition des instituteurs. 

— M. Maurice Girard donne lecture d'une note de M. Fallou rendant 
compte d'une éducation de Ver à soie du chêne de la Chine (Attacus 
Pernyi) faite en plein air, dans la forêt de Sénart. — (Voy. au Bulletin.) 

— M. de Barrau de Muratel fait connaître que, d'après les journaux, 
les Hirondelles auraient déjà fait leur apparition à Nevers. « Le fait, 
ajoute notre confrère, aurait besoin d'être vériûé, eu égard à l'époque 
de l'année; s'il est exact, c'est que l'hiver touche à sa fin. » 

— M. Paillieux fait connaître le résultat de ses cultures expérimen- 
tales de Plantes chinoises, et donne lecture d'une note sur le Pet-saï de 
Mongolie. — (Voy. au Bulletin.) 

Le travail de M. Paillieux est renvoyé à la Commission des récompenses 
avec invitation d'examiner s'il n'y aurait pas lieu de créer quelques prix 
pour l'introduction de certains des Végétaux chinois mis en essais par 
notre confrère. 

M. Raveret-Watlel fait une communication sur les échelles à 

Saumons, et présente un modèle d'échelle offert à la Société par M. le 
colonel Mac-Donald, inspecteur des pêcheries de l'État de Virginie. 

Le secrétaire des séances, 
C. Baveret-Wattel. 



IV EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



PREMIÈRE SECTION 

SÉANCE DU 9 JANVIER 1883. 

Présidence de M. DECROix 

Il est procédé au début de la séance à l'élection du bureau pour 
l'année 1883. Sont élus : 
Président: M. Decroix; 
Vice- Président: M. Ménard; 
Secrétaire: M. Gautier; 
Vice-Secrétaire : M. X. Dybowski; 

Délégué dans la Commission des récompenses : M. Ménard. 
11 est donné connaissance à la section d'une lettre de M. Fauvel, ofti- 
cier des douanes chinoises, se mettant à la disposition de la Société d'Ac- 
climatation pour lui envoyer des animaux ou des plantes du pays, et 
demandant de vouloir bien lui adresser une note indiquant les espèces 
qui l'intéresseraient particulièrement. La Section adresse ses remercie- 
ments à M. Fauvel; une note dans le sens demandé lui sera envoyée. 

M. le Président lit ensuite une lettre de M. le marquis de Pruns 
appelant à nouveau l'attention de la Société sur ce que les Chèvres ne 
sont pas comprises au nombre des animaux admis dans les concours 
régionaux. 

M. le Président et après lui M. Dybowski proposent d'adresser à brei 
délai une lettre à M. le Ministre du Commerce, mais sur l'observation 
de M. Gautier et de plusieurs autres membres, qu'il n'y a pas urgence 
puisqne la décision ministérielle ne pourrait produire effet pour le con- 
cours des animaux gras s'ouvrant le 28 janvier, et qu'il y a intérêt a 
discuter la question d'une façon plus approfondie, la Section remet la 
discussion à sa prochaine séance. 

M. le Président donne communication d'une lettre de M. Jean Kiener 
informant la Société qu'ayant mis en liberté dans une cour un couple de 
Cobayes, ces animaux se sont croisés avec des Rats. 

Il donne également communication d'une lettre de M. Reynal, infor- 
mant la Société que des Cobayes ayant été envoyés par lui au pic du 
Midi, ont été lâchés dans la montagne, s'y sont fait des abris, et y ont 
reproduit. Dans cette lettre, M. Reynal informe également la Société que 
des Ouistitis viennent de reproduire en France à côté de chez lui, à Péri- 
gueux, et que des deux petits nés, l'un est mort, mais l'autre est arrivé 
presque à grosseur. Ces différentes communications devant être repro- 
duites à l'Assemblée générale, la Section se borne à adresser ses remer- 
ciements à leurs auteurs. 

Le Secrétaire, 
Jules Gautier. 



122 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

DEUXIÈME SECTION 

SÉANCE DU 9 JANVIER 1883. 
Présidence de M. le baron d'AvÈNE, Vice-Président. 

L'ordre du jour porte la nomination du bureau. 

Le dépouillement du scrutin donne le résultat suivant: 

Président: M. Millet; 

Vice-Président : M. le baron d'Avène; 

Secrétaire: M. Gustave Sturne ; 

Vice-Secrétaire: M. le vicomte d'Esterno ; 

Délégué dans la Commission des récompenses: M. Millet. 

M. Grisard donne lecture d'une lettre de M. le Ministre de l'Agricul- 
ture, répondant à une demande faite par la Société d'ouvrir un concours 
pour les Couveuses artificielles au moment du concours dit des animaux 
gras à Paris. 

M. le Ministre ne peut accepter cette proposition, par la raison que, 
les machines agricoles ne sont admises que pour être exposées et ne 
sont l'objet d'aucune récompense. 

M. Xavier Dybowski trouve que cette réponse était inévitable. 

M. Sturne pense qu'il est r£grettable, que M. le Ministre n'ait pas 
autorisé ce concours, qui se fait sentir de jour en jour plus nécessaire, 
et il rappelle que dans une de nos dernières séances générales, M. le 
vicomte d'Esterno écrivait une lettre dans le même sens. Non seulement 
ce concours rendrait un grand service aux éleveurs et à l'agriculture, mais 
cette question s'étend encore à l'élevage des Autruches, dont nos colonies 
peuvent retirer de si grands bénélices ; et, comme M. Sturne avait été le 
promoteur de cette démarche, il demande que la Section veuille bien 
émettre le nouveau vœu d'une seconde démarche, pour faire l'expé- 
rience des Couveuses artificielles, une fois seulement, au concours de 
1884, afin de reconnaître celles qui sont les meilleures. 

M. le Président met la motion aux voix, qui est adoptée. 

L'ordre du jour appelle l'attention de la Section sur les instructions 
que demande M. Fauvel, officier des douanes chinoises, à Han-Kéou, qui 
se met à la disposition de la Société d'Acclimatation, pour des questions 
d'histoire naturelle, sur la faune si fiche du Céleste-Empire. 

M. Sturne demande si M. Fauvel a été l'objet d'une récompense pour 
les savantes communications qu'il a faites à la Société, particulièrement 
lors de son dernier passage à Paris. En tous cas, M. Slurne prie la 
deuxième Section d'émettre le vœu que les travaux de .M. Fauvel soient 
examinés par la Commission des récompenses. 

Cette proposition est adoptée. 

M. Millet présente deux têtes, pattes et ailes comparatives d'une espèce 
de Perdrix grise nouvelle et d'une Perdrix grise ordinaire et dit : 



PROCÈS-VERBAUX. 



423 



« On ne connaît généralement en France, qu'une espèce de Perdrix grise ; 
mais depuis deux ans, vers la fin d'octobre, dans la région du nord de la 
France, et particulièrement dans les départements de l'Aisne, de l'Oise et 
du Nord, on voit des passages, pendant une huitaine de jours seulement, 
de cette petite espèce, se dirigeant vers le midi; ces migrations s'o- 
pèrent par bandes de 25 à 35 têtes, et toujours à la même époque. 

» On ne trouve, dans les ouvrages, que des indications très incomplètes 
qui sont indécises pour la désigner, soit en une race ou une espèce. 11 
serait intéressant de savoir si d'autres personnes ont remarqué ces 
migrations de Perdrix nouvelles, tant au point de vue de l'histoire natu- 
relle, que de la chasse. » 

M. Millet termine en promettant un rapport détaillé à la Société. 

Le Secrétaire, 
Gustave Sturne. 



TROISIÈME SECTION 

SÉANCE DU 16 JANVIER 1883. 

Dès l'ouverture de la séance, il est procédé à l'élection du bureau de 
la Section pour l'exercice 1883. Sont élus: 

Président: M. Vaillant; 

Vice-Président : M. de Barrau de Muratel ; - 

Secrétaire : M. Banmeyer ; 

Vice-Secrétaire : M. Léon Vidal ; 

Délégué dans la Commission des récompenses : M. Berthoule. 

M. Baveret-Wattel donne lecture de diverses lettres adressées à la 
Société et de nature à intéresser la Section. 

Parmi ces lettres, il en est une, émanant du Ministère de la Guerre, 
demandant des renseignements sur les échelles à Saumons. 

En réponse à cette lettre, l'administration de la Société a communiqué 
au Ministère le modèle d'échelles à Saumons imaginé par M. Mac-Donald 
et employé avec un très grand succès aux États-Unis d'Amérique. 

Une intéressante discussion a lieu au sujet des échelles à Saumons et 
de l'importance que présente cette question, au point de vue du repeu- 
plement des cours d'eau. 

Il est évident que partout où il existe des échelles mal construites, les 
Saumons ne peuvent remonter facilement le cours d'eau; ils sont violents 
dans leurs instincts, d'où résulte l'appauvrissement des fleuves et ri- 
vières. On ne saurait donc insister trop sur la nécessité de recourir 
pour la construction des échelles à des types consacrés, après une longue 
expérience, par de bons résultats. 

M. le Président annonce la satisfaction qu'il éprouve de voir le Minis- 



124 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACGLIMATATION. 

1ère de la Guerre faire appel en pareil cas aux lumières des membres 
de la Société d'Acclimatation. 

A propos de Saumons, M. Raveret-Wattel expose que les Saumons de 
Californie se sont remarquablement reproduits dans les bacs du Troca- 
déro. Il y a eu toutefois une très grande mortalité parmi les sujets repro- 
ducteurs, par suite sans doute de blessures. 

En Améri(}ue, on a constaté une très grande mortalité des sujets qui 
ont frayé, ce qui prouverait que cette mortalité, qui a surtout atteint 
les mâles, tient à une cause étrangère aux entraves apportées à la lil)re 
circulation des poissons par suite de barrages , ou d'échelles défectueuses. 
Cette mortalité n'a pas d'ailleurs été générale, car dans le Sacra- 
menlo il y a de nombreux sujets qui ont frayé plusieurs fois. 

Le fait de mortalité des Saumons au moment du froid, fait signalé à la 
Société par une lettre de M. Le Faute, provoque un intéressant échange 
d'idées au sujet des causes de maladie ou de mortalité des poissons élevés 
en stabulation. 

La nourriture animale qui est donnée aux Saumons est, ainsi que cela 
s'est produit à Courance, dit M. Millet, une des causes d'infection des 
eaux qui amènent des maladies mortelles. D'ailleurs, les Saumons tenus 
enfermés sont privés de leur migration annuelle vers la mer, ce qui est 
une anomalie dont ils doivent naturellement se ressentir. 

Un membre fait remarquer qu'au Trocadéro la nourriture n'est com- 
posée que de poissons, ce qui n'empêche pas qu'il y ait chaque année une 
grande. mortalité. Les femelles sont très souvent maculées de mousses. 
Les exemples de poissons recouverts de mousses abondent. Les Carpes 
du Dois de Boulogne ont été souvent les victimes de ce parasite végétal. 
Des Anguilles au repos en sont souvent recouvertes. M. Vaillant explique 
que le mycélium du Saprolegna envahit le dessous des écailles. 

Les animaux atteints peuvent être guéris si les conditions du milieu oîi 
ils vivent se trouvent modifiées. En général, ce parasite végétal se pro- 
page d'autant plus facilement, que l'animal est maintenu dans une eau 
plus dormante. 

M. Raveret-Wattel ajoute qu'en Amérique, on emploie de l'eau salée 
assez saturée pour faire disparaître la maladie. 

M. Millet donne quelques intéressants détails au sujet de la maladie 
des Ecrevisses. 

11 n'existe presque plus de ce crustacé dans le département de l'Aisne 
où il y en avait beaucoup. 

11 serait intéressant de dresser une carte des localités où la maladie a 

sévi. La Société d'Acclimatation possède sur celte question un ensemble 

de documents qu'il serait intéressant de grouper, de façon à étudier le 

mal de plus près et à présenter à la Section un travail plus complet. 

M. Millet veut bien se charger de préparer ce rapport. 

On dit que celte maladie est causée par la présence d'un parasite. 



PROCÈS-VERBAUX. 125 

mais cane semble pas, suivant M. Millet, pouvoir donner une explication 
des cas foudroyants. 

M. Raveret-Waltel répond que le distome de l'Écrevisse se reproduit 
avec une telle rapidité que l'on pourrait bien trouver là une cause des 
mortalités soudaines constatées dans diverses localités. 

Il ajoute que la maladie tend à disparaître en Allemagne. 

M. Millet pense que le meilleur moyen pour étudier la maladie con- 
sisterait dans l'examen immédiat des sujets contaminés, il y aurait donc 
lieu de prier les personnes chez qui sévit la maladie, d'envoyer à la 
Société des échantillons malades. 

Il est décidé que l'Administration sera invitée à écrire dans ce sens. 

M. le Président trouve dans le dossier de la Section, un projet de loi 
relatif à la pêche fluviale, il propose de nommer une Commission qui 
s'occuperait de l'examen de ce projet. 

Cette proposition étant accueillie, une Commission est nommée com- 
posée de : MM. Millet, de Glaligny, Banmeyer et Raveret-Wattel. 

31. Vidal fait remarquer à ce propos que les travaux de la troisième 
Section lui paraissent demeurer un peu à l'état de lettre morte. L'année 
dernière, aucun procès-verbal émanant de cette section, n'a été publié, 
il exprime le désir que ces réunions puissent avoir une sanction 
effective. Il lui semble que la Section devrait être informée des suites 
qui sont données à ses propositions. 

M. J. Grisard répond que les procès-verbaux n'ayant pas été remis au 
Secrétariat, il n'a pu être statué sur les vœux émis par la Section. 

Le Vice-Secrétaire, 
Léon Vidal. 



QUATRIÈME SECTION 

SÉANCE DU 23 JANVIER 1883 
Présidence de M. Fallou, Vice-Président. 

La Section procède à la constitution de son bureau. 
Sont élus par scrutin de liste : 
Président :M. Maurice Girard; 
Vice-Président : M. Fallou; 
Secrétaire : M. Clément ; 
Vice- Secrétaire : M. X. Dybowski ; 
Délégué à la Commission des récompenses : M. Fallou. 
M. Grisard lit: X" une lettre de M. le comte Casali, de Milan qui offre des 
graines de Vers à soi(î du mûrier provenant d'une variété saine et robuste; 
t° Un mémoire de M. Fallou intitulé : Observations sur «n Lvpido- 



126 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

phire hétérocère séricigène, provenant d'un envoi de M. Moquin-Tandon, 
de la Cochinchine ; 

3» Une lettre de M. P. Nemelz, à Wiener-Neustadt (Autriche), sur une 
éducation de Pernyi ; 

4" Deux lettres de M^e de Bompar, relatives à la destruction du 
pliylloxera par une araignée : le Trombidion, laquelle vivrait sur le 
Fraisier, D'après M""" de Bompar, on détruirait le phylloxéra, en plan- 
tant des Fraisiers dans les Vignes. 

A ce propos, M. M. Girard dit que c'est là une erreur absolue; le 
Trombidion ne mange pas le phylloxéra : peut-être en détruit-il quand 
il est à l'état de larve, car alors il a un régime parasitaire sur les insec- 
tes, mais, adulte, il suce les plantes. Le phylloxéra ne prend que sur les 
■ sarments, — il est nionophage et ne vit que de la Vigne. 

M. Fallou ajoute qu'il est bien possible que le Fraisier attire le Trom- 
bidion, comme il attire beaucoup d'autres insectes, et entre autres les 

altises. 

Il est donné lecture de la lettre suivante de M. de Confévron, relative 
- à une observation qu'il a faite sur les mœurs des Cigales et des Sphex. 

a Je cède au désir de raconter à ceux de nos confrères qui s'occupent 
d'entomologie et que cela pourra intéresser, une observation que j'ai 
faite par hasard sur les mœurs des Cigales et des Sphex. 

» C'était en Vaucluse, pendant l'été de 1881, par une de ces journées 
brûlantes pendant lesquelles, dans le Midi, le soleil dardant d'aplomb 
ses rayons de feu, engourdit tout, durant quelques heures du milieu du 
jour. Alors, tout se taisant dans la nature, on n'entend guère que le zi zi 
strident des Cigales, qui semble rendre plus accablante encore cette 
fournaise où elles sont dans leur élément et qui fait leurs délices. 

» J'étais assis à l'ombre d'un arbre, regardant tout près de moi les 
rapides cicindelles poursuivant leur proie sur le sable embrasé. 

» Mes yeux vinrent à s'arrêter sur un platane où je remarquai une 
Cigale. Avec la tarière qu'au repos elles portent repliée le long de leur 
abdomen et qui, comm.e on sait, remplace chez les femelles l'appareil 
du chant dont les mâles seuls sont pourvus, elle avait creusé dans 
l'écorce de l'arbre, un puits artésien ou elle s'abreuvait de sève. 

» Tout à coup, deux Sphex arrivent, et sans hésiter, se mettent à 
pousser, tirailler, harceler ma Cigale, tant et si bien qu'ils lui font 
quitter la place et se mettent à se délecter à la source dont elle était 
l'inventeur. 

» N'est-ce pas là un exemple de plus, du parasitisme naturel qu'on 
retrouve à chaque pas. 

» Ce fait n'étant pas à la connaissance de tous, j'ai voulu vous le 
narrer dans toute sa simplicité, car tout se tient et s'enchaîne dans 
l'étude de la nature et les moindres remarques peuvent être utilisées. 

)> Veuillez, etc. « De Confévron. » 



PROCÈS-VERBAUX. 127 

M. Millet promet une note, pour la prochaine séance, sur le dévelop- 
pement de la sériciculture en Autriche qui, depuis deux ans, a pris de très 
grands développements. 

M. Millet tient de M. Durand des documents sur les ravages et la 
destruction des criquets voyageurs. MM. Durand et Millet doivent en 
parler en séance générale, mais dès à présent M. Millet dit que 
M. Durand a sans doute perfectionné le mode de destruction dont se 
servait le Gouverneur de Chypre. 

M. Grisard rappelle que M. Fauvel, officier des douanes en Chine, 
offre ses services; la Section remercie 31. Fauvel et se propose de pro- 
fiter de ses offres à l'occasion. 

M. Fallou se propose de donner en séance générale un compte rendu 
détaillé d'une éducation de Pernyi. Mais dès maintenant il donne quel- 
ques renseignements : M. Huin lui a donné des œufs. 11 a placé des 
jeunes Vers sur des cépées de chêne dans la forêt de Sénart. Au moyen 
de quelques abris, malgré la grêle, les Vers ont abouti complètement. 

Ce qu'il y a d'important dans celte éducation, c'est l'obtention de cocons 
qui n'éclosent qu'au printemps suivant. Cette espèce paraît donc dis- 
posée à devenir univoltine, seule condition qui permet de conserver 
l'espèce chez nous et d'en propager la culture, car restant bivoltine, les 
Vers de la deuxième éclosion, qui se fait en octobre, ne trouvent pas la 
nourriture fraîche qui leur est indispensable. En outre, en automne, 
les jeunes chenilles sont attaquées par les araignées, qui en détruisent 
une grande quantité et diminuent encore les chances de la conservation 
de l'espèce. 

M. Hignet, à Varsovie, et le professeur Balbiani ont obtenu un résultat 
analogue. 

Le Vice -sécréta ire, 
X. Dybowski. 

CINQUIÈME SECTION 

SÉANCE DU 30 JANVIER 1883 
Présidence de M. Vavin, Président, puis de M. Paillieux. 

M. le Président fait connaître qu'il va être procédé au renouvellement 
du bureau et à la nomination d'un délégué près la Commission des 
récompenses et, à cette occasion, exprime le désir de voir les suffrages 
de ses collègues se reporter sur une autre personne, son intention n'étant 
pas d'accepter les fonctions de Président, s'il était renommé. 

Le dépouillement du scrutin donne le résultat suivant : 

Président : M. Henri de Vilmorin ; 

Vice-Président : M. Paillieux; 



\^2S SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Secrétaire : M. Jules Grisard ; 

Vice-Secrétaire : M. X. Dybowski; 

Délégué dans la Commission des récompenses : M., le D'" Ed. Mène. 

M. Chappeliier, se faisant l'inlerprèle des sentiments de ses collègues, 
exprime à M. Vavin les remerciements de la Section pour le zèle qu'il a 
toujours montré pendant les longues années de sa présidence. 

31. Paillieux prend la présidence. 

M. Paillieux donne lecture d'un rapport détaillé et fort intéressant sur 
ses cultures de diverses plantes chinoises. 

Sur le bureau, figurent les produits dftnt parle le mémoire de notre 
zélé collègue, et des fruits conlits de Shiro-uri, préparés par la maison 
Robineau-Boissier. Ces derniers, dégustés par la Section, sont trouvés 
exquis. 

M. le D' Mène demande que, vu son importance, le travail de M. Pail- 
lieux soit publié dans le corps du Bulletin et non dans le procès-verbal 
de la séance ; la Section tout entière s'associe à ce vœu qui sera transmis 
à la Commission de publication. 

MM. Fallou et de Vroil font connaître les résultats qu'ils ont obtenus 
de la culture des graines offertes par M. Paillieux à la Section, dans le 
courant de l'année 1882. 

M.Jules Grisard informe la section que la Société vient de recevoir 
un baril de Noix fraîches de Pacanier {Carya olivœformis). 

Celte intéressante espèce convient surtout au bassin méditerranéen ; 
elle demande un terrain frais, même humide. 

Le Pacanier supporte diflicilement la transplantation, il est donc bon 
de le semer en place, trois on quatre noix par trou, en éliminant, lors 
de la levée, les plants les moins vigoureux; c'est le procédé suivi aux 
États-Unis. 

M. Chappeliier, qui a reçu de la Société quelques tubercules de la 
Pomme de terre Heymonet, dit que cette variété mérite d'être plus 
répandue et qu'elle lui a donné des résultats très satisfaisants. 

M. .Malhey confirme ces renseignements. 

Le Secrétaire, 
Jules Grisakd. 



Le gérant : Jules Grisard. 



Monenoz, AiJm.-Direcl <Jes Imprimeries réunies. A, rue Mignon, 2; Pari; 



i. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



RAPPORT 
PRÉSENTÉ A LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION 

AU NOM 

DE LA COMMISSION DE LA CHASSE 
[Par J. GtiillTlER. 



Messieurs, 

Yotre Commission de la chasse a été chargée par vous d'éla- 
borei' un projet de loi sur les animaux nuisibles, destiné à 
compléter le projet de loi sur la chasse que vous avez ap- 
prouvé dans votre assemblée générale du 2 juin dernier. C'est 
ce projet de loi que j'ai l'honneur de vous présenter aujour- 
d'hui. 

Voire Commission, vous vous en souvenez. Messieurs, a 
dans son précédent travail suivi pas à pas le projet de loi 
déposé à la Chambre des députés par M. Labitte et s'est bornée 
à demander à leur ordre les modifications qui lui ont semblé 
désirables. Elle a estimé, en effet, que c'était là le mode le 
plus pratique de présenter ses observations sur un projet qui, 
tel qu'il était, réalisait à ses yeux un progrès réel sur la loi 
de 1844. Elle eût désiré de même prendre pour base de son 
travail actuel le projet de loi déposé à la Chambre des dé- 
putés le 41 février 1878 par M. Petitbien, député, mais elle 
a dû bientôt y renoncer, ce projet se résumant en réalité à 
deux mesures qu'elle considère à l'unanimité comme funestes : 
la suppression de la louveterie et l'attribution aux municipa- 
lités du droit de déterminer les animaux nuisibles, d'en or- 
donner et d'en opérer la destruction. 

Sur le premier point, les motifs donnés par l'auteur du 
projet pour supprimer la louveterie sont assez vagues et ne 
s'appuient sur aucun fait ni aucun document. « En résumé, 
dit-il, la louveterie est un privilège qui nous vient de l'ancien 
régime. S'il pouvait alors se justifier par le petit nombre des 
chasseurs qui existaient eu égard à l'état des chasses avant la 

3* SÉRIE, T. X. — Mars 1883. 9 



i.]0 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Révolution, aucune considération ne saurait le légitimer 
aujourd'hui que le nombre des chasseurs est illimité ; que 
les exercices militaires rendent tous les hommes valides en 
état de tenir une arme et que chaque localité possède des 
moyens de destruction des animaux nuisibles ou dangereux 
qui peuvent se trouver sur son territoire. 

» La destruction des animaux nuisibles est d'ailleurs essen- 
tiellement une mesure de police municipale et rurale qui 
appartient aux maires. » 

Nous nous bornerons, Messieurs, à vous faire remarquer 
combien l'assertion q^e la charge de louvelier est un privilège 
est inexacte aujourd'hui, alors que les louvetiers sont nommés 
chaque année par les préfets, c'est-à-dire les représentants . 
mêmes du gouvernement, et nous vous exposerons brièvement 
les raisons qui ont déterminé votre Commission à maintenir 
au contraire dans son projet de loi l'institution de la louve- 

lerie. 

On a souvent répété que la louveterie était inutile, et que, 
loin de détruire les loups, les louvetiers en favorisaient le 
repeuplement. C'est là une assertion sans fondement qui 
tombe d'elle-même en présence des services des louvetiers offi- 
ciellement constatés dans le présent, et de l'expérience faite 
dans le passé. 

Si en effet on consulte les relevés officiels de ces dernières 
années (Ministère de l'agriculture), on lit qu'il a été détruit 
par les louvetiers, en 1877-1878 par exemple, 555 loups, 
louves ou louveteaux et 5328 sangliers, chiffre déjà bien res- 
pectable; et si l'on remonte de quelques années, on trouve 
des tableaux qui accusent le chiffre énorme de 5000 loups 
dans une seule année. Comment en conclure que la louve- 
terie favorise le repeuplement des loups? comment se refuser 
à reconnaître que la louveterie faitbeaucoup encore et qu'elle 
a déjà beaucoup fait pour la destruction des loups ? 

D'autre part, l'expérience déjà faite sous la première Répu- 
blique de la suppression de la louveterie n'est pas moins con- 
cluante en faveur de son maintien actuel. En effet, cette sup- 
pression qui avait paru la conséquence nécessaire de l'inter- 



RAPPORT SUR LA CHASSE. 131 

diction de chasser sur le terrain d'aiitriii édictée par la loi 
il'avril 1790, a produit des résultats désastreux qui ont néces- 
sité son rétablissement à bref délai. Malgré l'élévation des 
primes fixées à 300 livres pour une louve pleine, "âSO livres 
pour une louve, "^OO livres pour un loup, sommes considé- 
rables pour l'époque, les loups devenus à nouveau Ibrt nom- 
breux, causaient de grands ravages, et l'on a vite compris que 
l'intérêt public exigeait en cette matière de sacrifier l'intérêt 
particulier. 

C'est que nulle chasse n'est plus difficile que la chasse du 
loup. Les battues sont le plus souvent inefficaces; de plus 
elles ont l'inconvénient grave non seulement de nécessiter la 
réquisition de traqueiirs enlevés ainsi à leurs travaux, mais 
encore de porter un préjudice véritable au propriétaire ou 
possesseur des bois dans lesquels elles ont lieu. 

Seule lâchasse avec des chiens produit de bons résultats et 
encore faut-il des chiens spéciaux, tous les chiens ne prenant 
pas sur la voie du loup, et un véritable savoir étant nécessaire 
pour conduire la chasse. 

Si aux considérations qui précèdent on ajoute que la charge 
de louvetier est gratuite et que l'Etat trouve même une source 
de revenus dans les dépenses qu'elle entraîne pour celui qui 
en est investi, on ne comprend plus la raison de supprimer 
une institution dont la longue existence démontre clairement 
l'utilité. 

Sur le deuxième point voire Commission, Messieurs, s'est 
trouvée également unanime. Pour elle l'attribution aux muni- 
cipalités du droit de déterminer les animaux nuisibles à l'agri- 
culture locale et d'en opérer la destruction au moyen de 
battues qu'elles ordonneraient, aurait les résultats les plus 
fâcheux. Nul doute, en effet, que de graves abus ne tarderaient 
à se produire, et que l'on verrait ranger au nombre des ani- 
maux nuisibles ceux qui sont le plus inoffensifs, ceux-là 
mêmes qui sont sans conteste au nombre des animaux utiles; 
nul doute que l'on verrait à bref délai le gibier objet de tant 
de convoitises, pourchassé de tous côtés et bientôt exterminé. 
Celte disposition donnerait, eu ellet, aux municipalités un 



132 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

droit général et absolu, puisqu'elle ne distingue pas entre les 
animaux qui menacent l'intérêt public et ceux qui ne sont 
nuisibles que dans certaines circonstances et au regard de cer- 
taines personnes seulement, le lapin par exemple. 

Or les battues administratives sont chose grave puisqu'elles 
constituent une véritable expropriation ; expropriation que 
peut seul Justifier un intérêt supérieur, un intérêt public. 

Cet intérêt existerait-il si- une municipalité déclarait le la- 
pin nuisible à l'agriculture locale? évidemment non. Sans 
doute, comme nous venons de le dire, le lapin peut être nui- 
sible à tel ou tel propriétaire ou fermier, mais l'intérêt lésé 
est en ce cas un intérêt purement privé, et les questions de 
dommages et de responsabilité sont du ressort des tribunaux 
qui ont seuls droit de connaître des contestations s'élevant 
entre les particuliers; autoriser les municipalités à faire dé- 
truire les animaux qu'il leur plairait sur telle propriété qu'elles 
désigneraient, serait donc non seulement leur permettre d'ex- 
proprier sans même qu'il y ait en jeu un intérêt public, ce qui 
est contraire au système tout entier de notre législation, mais 
encore substituer en quelque sorte l'autorité administra- 
tive à l'autorité judiciaire dans des questions qui, nous le 
répétons, sont purement des questions d'intérêt particulier. 

Loin de vouloir étendre aux municipalités le droit d'établir 
la nomenclature des animaux nuisibles, votre Commission 
vous propose au contraire. Messieurs, de l'enlever aux préfets 
en énuméranl dans la loi môme quels sont les animaux nui- 
sibles et en déterminant les conditions de leur destruction. 
De cette façon l'on ne verrait plus des arrêtés préfectoraux 
déclarer animaux nuisibles les alouettes, comme celui du 
préfet des Deux-Sèvres, les hirondelles comme celui du préfet 
des Bouches-du-Rhône, les chevreuils comme celui du préfet 
de l'Oise. 

A part cette modification importante et quelques modifica- 
tions de détail dont l'expérience a démontré la nécessité, le 
projet qui vous est soumis n'est en quelque sorte, Messieurs, 
que la réunion dans un seul texte des dispositions qui régis- 
sent aujourd'lnii la matière et qui se trouvent éparses dans 



RAPrORT SUR LA CHASSE. 133 

les lois, décrets et ordonnances de messidor et pluviôse an V, 
germinal an XIII, août 1814, septembre 1830, juillet 184-4, 
etc.. Il a paru, en effet, à votre Commission que ce qu'il y 
avait à faire, c'était non de chercher de nouvelles règles dp 
droit, tnais de rendre celles qui existent plus claires, et d'um 
application plus facile. 

C'est ainsi qu'en tête du projet est inscrit le droit d 
défense qui figure à l'article 9 de la loi de 184-4, emprunta 
déjà par elle à la loi de 1700. Il est ainsi conçu dans 1? 
loi de 1844: « Tout propriétaire, possesseur ou fermier a 
îc droit de repousser ou de détruire sur ses terres, même 
avec les armes à feu, les animaux malfaisants ou nuisibles qui 
porteraient dommage à ses propriétés. 5 Votre Commission, 
Messieurs, vous propose de supprimer les mots « malfaisants 
et nuisibles » pour mettre le texte en harmonie complète avec 
la jurisprudence. Dans la pratique, en effet, on entend ce droit 
de défense dans le sens le plus large, admettant qu'il peut 
.s'exercer en tout temps, même la nuit, même en temps de 
neige, par tous moyens et contre tous animaux, qu'ils soient 
ou non classés parmi les animaux nuisibles, qu'ils soient 
îTîême classés parmi les animaux utiles; c'est que, nous le ré- 
pétons, c'est là un droit de légitime défense. 

Le projet divise ensuite les animaux nuisibles en trois ca- 
tégories. Dans la première sont rangés l'ours, le loup et le 
sanglier, animaux essentiellement nomades, qui constituent 
.un danger public et dont la destruction pourra être ordonnée 
par l'administration au cas où elle le jugerait nécessaire, 
comme elle peut l'être aujourd'hui. 

Dans la seconde catégorie sont rangés les petits carnassiers 
elles oiseaux de proie dont la destruction intéresse seulement 
les propriétaires ou fermiers, lesquels auront le droit de pro- 
céder ou faire procéder à cette destruction sans qu'il soit 
besoin d'arrêté préfectoral les y autorisant. 

Enlin, dans la troisième catégorie sont rangés les animaux 
inoffensifs par eux-mêmes, mais pouvant devenir nuisibles par 
excès de nombre, les cerfs, biches, daims et lapins. Pour la 
destruction de ces animaux une autorisation nominale et tem- 



\o^ SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

poraire continuera à être nécessaire. C'est qu'en effet ces- 
animaux ne sont nuisibles qu'au regard de certaines pro- 
priétés riveraines et que leurs habitudes sédentaires per- 
mettent de rendre responsables des dégâts qu'ils causent les 
propriétaires des bois qu'ils habitent. C'est donc à eux seuls 
qu'il peut appartenir de les détruire et l'autorisation ne doil 
leur en être donnée que s'ils justifient d'un intérêt, cette auto- 
risation étant le seul moyen d'empêcher, sous prétexte de des- 
truction, une véritable chasse en temps prohibé. 

En résumé, Messieurs, nous le répétons, le projet qui vous 
est soumis n'est pour ainsi dire que la réunion des règles de 
droit et de jurisprudence qui régissent aujourd'hui la ma- 
tière. 

PROJET DE LOI SUR LA DESTRUCTION DES ANIMAUX NUISIBLES 

OU MALFAISANTS. 

Art. l^"". 
Tout propriétaire, possesseur ou fermier, a le droit de repousser ou 
détruire sur ses terres, même avec les armes à feu, les animaux qui. 
porteraient dommage à ses propriétés. 

Section 1". — Règles relatives aux animaux compris dans la 

première catéfjorie. 

Art. 2. 
La première catégorie comprend les loups, les sangliers et l'ours. 

Art. 3. 
Les lieutenants de louveterie sont nommés par le préfet, sur la pré- 
sentation du conservateur des forêts. Leur nombre est fixé par le préfet, 
également sur la proposition du conservateur des forêts. 

Art. 4. 
La commission des lieutenants de louveterie est valable pour une 
année et renouvelable. 

Art. 5. 
Leur fonction est gratuite. 

Art. 6. 

Les lieutenants de louveterie sont tenus d'avoir un équipage suffisant 
pour chasser le loup dans leur circonscription; le nombre de chiens 
devant comuosf'.r cet éouipage est déterminé dans l'arrêté de nomination. 



RAPPORT SUR LX CHASSE. 135 

Art. 7. 

Les lieutenants de louveterie ont le droit de chasser Tours et le louj. 
en tout temps et en tous lieux dans leur circonscription, en vertu de leur 
seule commission, mais sous l'obligation de prévenir le propriétaire ou 
garde du bois dans lequel ils doivent attaquer. 

Akt. 8. 

Ils peuvent être chargés de faire des battues, soit à l'ours, soit au 
loup, soit au sanglier, par ordre du préfet ou du sous-préfet de leur 
arrondissement, motivé par la plainte du maire de la commune ayant 
à souHrir de la présence de ces animaux. 

Art. 9. 

Dans ce cas, ils conduisent la battue et désignent les tireurs qui 
doivent y prendre part. 

Art. 10. 
Les traqueurs sont désignés et fournis par le maire de la commune 
oii la battue est faite. 

Art. 11. 

Sera puni d'une amende de 3 à 5 francs tout habitant requis qui aura 
manqué à la réunion sans excuse valable. Sera puni de la même peine 
tout individu qui dans la battue aura refusé d'obéir à celui qui la 
dirige. 

Art. 12. 

La moitié soit de la bête, soit de la prime affectée à sa destruction, 
.sera distribuée aux traqueurs. L'autre motié et la peau appartiendront 
au louvetier directeur de la battue. 

Art. 13. 

Les lieutenants de louveterie enverront chaque année au préfel^'élat 
des animaux détruits par eux. 

L'état général des animaux détruits sera dressé par l'administration 
supérieure et sera publié au Journal officiel. 

Art. 14. 

Les louvetiers, pour tenir leurs chiens en haleine, pourront chasser 
It; sanglier deux fois par mois dans les bois appartenant à l'État et dr- 
pendant de leur circonscription, du 1" octobre au 1'^' avril. 

Art. 15. 

L)9S primes seront allouées par l'État à ceux qui détruiront tie» luiips 
conformément à la loi du l .''.oùt 18^2. 



136 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Section 2V — Règles relatives aux animaux compris dans la seconde 

catégorie. 

Art. 16. 

La deuxième catégorie comprend : 

Parmi les Mammifères : le Renard, le Blaireau, le Lynx, la Loutre, 
le Lynx, le Chat sauvage, la Genete, le Putois, la Fouine, la Martre, 
l'Hermine, la Belette, le Roselet, l'Écureuil, le Chat errant. 

Parmi les oiseaux : tous les oiseaux de proie diurnes, tels que les 
Aigles, les Vautours, les Autours, les Faucons, la Crécerelle, l'Épervier, 
les Buses, les Buzards, etc.; les Corbeaux, sauf le Choucas et le Freux, 
la Pie, le Geai, les Pigeons ramiers. — Parmi les oiseaux nocturnes, le 
Grand-Duc. 

Art. 17. 

Tout propriétaire, fermier de chasse ou garde les représentant, peut 
détruire en tout temps et de toute façon les animaux compris dans celte 
catégorie. 

Section 3*. — Règles relatives aux animaux compris dans la troisième 

catégorie. 

Art. 18. 
La troisième catégorie comprend les Cerfs, Biches, Daims et Lapins. 

Art. 19. 
Les propriétaires on possesseurs de bois, les fermiers de chasse pour- 
ront, lorsque les animaux compris dans la troisième catégorie devien- 
dront, par excès de nombre, un danger pour les propriétés riveraines 
ouïes bois qu'ils habitent, obtenir du préfet une autorisation nominale 
et temporaire de les détruire ou faire détruire, même au fusil, soit en 
temps de neige, soit après la clôture de la chasse. 

Art. 20. 
Les lois et décrets antérieurs sur la matière sont abrogés. 

Ce projet a été adopté par la Société nationale d'Acclima- 
tation, dans sa séance générale du 16 mars 1883. 



ETUDES EXPERIMENTALES SUR L'INCUBATION. 

Par n. le D' ( ASIILLE UARESTE. 



On rencontre fréquemment dans l'incubation, naturelle ou 
artificielle, des œufs qui n'éclosent point. Les causes de ces 
insuccès sont multiples. Leur connaissance intéresse à un 
haut degré la pratique de l'incubation artificielle dont l'im- 
portance s'accroît tous les jours : elle intéresse également la 
physiologie générale, qui n'a pas de plus grande queslion 
que celle de l'origine et du mode de formation des êtres 
vivants. C'est en me plaçant à ce dernier point de vue que 
J'ai entrepris les études dont je vais faire connaître les ré- 
sultats. 

Le germe de l'œuf est un organisme vivant, dont la vie 
reste latente jusqu'au moment où elle se manifeste par la for- 
mation d'un nouvel être; ce qui arrive sous l'influence de la 
chaleur, soit de la chaleur de la poule, soit de la chaleur qui 
lui est appliquée artificiellement. Or le germe peut être frappé 
de mort et plus ou moins désorganisé avant la mise en incu- 
bation. Tel est le cas des œufs non fécondés, soit que la poule 
ait été privée de l'influence du coq, soit que, comme cela arrive 
souvent, certains œufs aient échappé à l'influence de la 
fécondation. D'autre part, le germe, même fécondé, meurt 
un certain temps après la ponte, lorsqu'il n'a pas été mis 
en incubation. Enfin, je l'ai constaté depuis longtemps, le 
germe fécondé, mais non soumis à l'incubation, commence 
à se développer sous l'influence d'une température un peu 
élevée (25 à 30 degrés); mais son évolution s'arrête rapide- 
ment, et alors il se désorganise et meurt. 

Dans l'état actuel de la science, il est absolument impossible 
de constater directement la mon et la désorganisation du 
germe, lorsque la coquille de l'œuf est intacte. On peut cepen- 
dant dimmuer de beaucoup le nombre des non-éclosions, 
en choisissant les œufs dans des poulaillers pourvus d'un 
nombre suffisant de coqs, en soumettant les œufs à l'incuba- 



138 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

lion peu de temps après la ponte, en conservant les œufs qui 
doivent être couvés dans des locaux à température peu élevée. 

Mais l'absence d'éclosion peut aussi se produire pour des 
œufs dont le germe était fécondé et vivant. Il arrive fréquem- 
ment que le germe commence à se développer; qu'il pro- 
duise le blastoderme ou la membrane qui enveloppe le jaune ; 
qu'au centre de ce blastoderme l'embryon commence à se 
développer. Mais tous ces faits d'évolution s'arrêtent de très 
bonne heure. Au bout de peu de jours, l'embryon meurt, se 
désorganise et disparaît plus ou moins complètement, telle- 
ment qu'au bout des vingt et un jours de l'incubation il n'est 
plus possible de reconnaître les traces de son existence. Quelle 
est la cause de cette mort précoce de l'embryon? Mes recher- 
ches expérimenlales m'ont permis de la constater ; c'est la 
formation des monstruosités. 

L'évolution de l'embryon, lorsqu'elle suit son cours nor- 
mal, aboutit toujours à la formation d'un être bien conformé. 
Mais, dans beaucoup de cas, l'évolution est modifiée ; l'em- 
bryon se développe d'une manière anormale et devient un 
être monstrueux, atteint à la fois dans son organisation et 
dans sa viabilité. Aussi sa mort est-elle très précoce. Les em- 
bryons monstrueux périssent presque tous dans les quatre ou 
cinq premiers jours de leur évolution. 

Comment l'évolution est-elle tantôt normale et tantôt anor- 
male? Quelles sont les causes qui la modifient? C'est une 
question que je me suis posée depuis longtemps. Guidé par 
d'anciennes expériences d'E. Geoffroy Saint-Hilaire, j'avais 
pensé qu'en modifiant légèrement les conditions physiques de 
l'incubation artificielle, j'arriverais à produire des monstres 
et à établir, par l'observation directe, les lois de leur forma- 
tion. Mes prévisions ont été pleinement justifiées. J'ai pro- 
duit plusieurs milliers de monstres artificiels, qui m'oni 
fourni les éléments dont j'avais besoin pour mes études. 

Mais, pendant longtemps, je n'ai pu me rendre scientifique- 
ment compte des procédés que je mettais en œuvre. L'imper- 
fection de mes appareils d'incubation et leur fonctionnement 
irrégulier s'y opposaient absolument. Aussi mes recherches 



ÉTUDES SUR l'incubation. 13f> 

sur les causes qui produisent les monstruosités ne me don- 
naient alors que de simples indications, très utiles, sans doute, 
puisque je pouvais, à leur aide, me procurer facilement les 
matériaux de mes études ; mais absolument insuffisantes pour 
me permettre de déterminer scientifiquement, d'une part, les 
conditions de l'évolution normale, de l'autre, les conditions 
de l'évolution anormale. 

Il y a six ans, la création d'un laboratoire spécial que j'ai 
obtenue, non sanspeine, grâce au concours d'un grand nombre 
de membres de l'Académie des sciences, et l'invention toute 
récente des régulateurs de la température m'ont permis d'in- 
staller des appareils destinés à établir, avec la précision 
la plus grande, les conditions physiques de l'incubation 
artificielle. J'ai donc repris mon travail; mais j'ai ren- 
contré de suite un résultat tout à fait inattendu. Je cherchais 
dans mes expériences à réaliser les conditions de l'évolution 
normale en me rapprochant, autant que possible, des condi- 
tions de l'incubation naturelle. Si, dans certains cas, les 
embryons se développaient d'une manière normale, lorsque je 
recommençais l'expérience dans des conditions physiques 
absolument identiques, je rencontrais souvent, en plus ou 
moins grand nombre, des embryons monstrueux. J'avais beau 
varier mes expériences de toutes les manières possibles, je 
retrouvais toujours le même fait, la présence simultanée 
d'embryons normaux et d'embryons monstrueux. 

Il n'y avait qu'un moyen d'expliquer ces résultats; c'est 
que l'évolution normale ne dépend pas seulement de condi- 
tions physiques, mais qu'elle dépend aussi de conditions phy- 
siologiques inhérentes à l'œuf lui-même et, par conséquent, 
antérieures à la mise en incubation. J'ai cherché à déterminer 
ces conditions, et j'y suis en grande partie parvenu. Je dis en 
grande partie^ car le problème dont je recherche la solution 
contient un nombre indéterminé d'inconnues. Je n'ai pas 
la prétention de les faire connaître toutes ; mais je puis 
dès à présent en signaler quelques-unes d'une bien grande 
importance. 

Il y a d'abord l'âge des œufs. Le germe de l'œuf pondu, et 



iiiO SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

qui n'est point soumis à l'incubation, périt un certain temps 
après la ponte. Mais, avant de mourir, sa vitalité s'affaiblit 
peu à peu. Il arrive une époque où le germe ne produit plus 
qu'un embryon monstrueux ; une autre époque dans laquelle 
il ne produit qu'un blastoderme sans embryon. Or cet affai- 
blissement de la vitalité du germe est plus ou moins prompte, 
suivant diverses circonstances. Dans certains œufs ce fait se 
produit plus rapidement que dans d'autres. De plus, l'éléva- 
tion de la température de l'air accélère cette altération du 
germe. Dans une expérience que j'ai faite au mois de juillet 
dernier, les œufs que j'avais mis en incubation, neuf jours 
après la ponte, m'ont tous donné des monstres. Répétant mes 
expériences au mois d'octobre et de novembre, j'ai obtenu 
des poulets bien conformés d'œufs mis en incubation quinze 
et vingt jours après la ponte. 

Une autre cause de la production des monstres provient du 
transport des œufs dans les charrettes ou les chemins de fer. 
J'ai déjà entretenu la Société de ces faits, et j'ai montré que 
eette cause n'a généralement qu'une action passagère ; car 
son intluence disparaît quand on laisse reposer les œufs 
quelques jours avant la mise en incubation. Toutefois cette 
influence ne disparaît pas lorsque les secousses ont eu un cer- 
tain degré d'intensité. J'ai eu, en effet, la pensée de soumettre 
des caisses pleines d'œufs à l'action de cette machine que l'on 
désigne sous le nom de tapoteuse, et qui sert, dans les fabriques 
■de chocolat, à laire pénétrer la pâte dans les moules où elle 
se forme en tablettes. L'appareil que j'ai employé dans mes 
expériences et qui avait été mis à ma disposition par mon 
parent. M, Devinck, donne 120 coups par minute. J'ai soumis 
les œufs à l'action de cette machine pendant une heure, pen- 
dant une demi-heure, pendant un quart d'heure. Les œufs 
ainsi secoués m'ont presque tous donné des monstres; aussi 
bien ceux que j'avais laissés reposer pendant plusieurs jours, 
que ceux que j'avais mis en incubation immédiatement après 
les secousses. 

Enfin, une troisième cause de production des monstres 
■consiste dans les végétations cryptogamiques qui peuvent se 



ÉTUDES SUR l'INCUDATION. 14-1 

développer dans rintéiieiir de l'œuf. J'ai fait connaître à la 
Société, depuis deux ans, l'existence très fréquente de germes 
de moisissures dans l'intérieur des œufs. S'il arrive que ces 
germes se développent avant la mise en incubation, l'albu- 
mine contient, en plus ou moins grande quantité, des touffes 
de mycéliums, ainsi que j'ai eu plusieurs fois occasion de le 
constater. L'embryon, qui se développe dans des œufs ainsi 
infectés, se développe d'une manière anormale et ne tarde 
pas à périr. Je n'ai rencontré ces faits que très rarement ; 
mais ils doivent être plus fréquents lorsque les œufs sont con- 
servés dans des locaux humides. 

ie compte d'ailleurs revenir dans une prochaine communi- 
cation sur l'histoire physiologique des œufs infectés par les 
germes de moisissiu^es. Mais je dois dès à présent signaler 
un fait très important qui résulte de toutes mes expériences 
à ce sujet : c'est que, bien que les œufs en très grande ma- 
jorité contiennent en eux-mêmes, dès l'époque de la ponte, 
ces causes de destruction, ces germes ne se développent 
point sous l'influence seule de l'incubation. Pour qu'ils entrent 
en végétation, il faut que l'incubation se fasse dans de l'air 
saturé d'humidité. C'est alors que les mycéhums se produisent 
en abondance dans l'albumine, que les proliférations vertes 
apparaissent dans la chambre à air. Ces végétations, qui ne 
sont ordinairement bien manifestes qu'après la première 
semaine de l'incubation, ne peuvent évidemment pas modi- 
fier sensiblement l'évolution embryonnaire ; mais elles font 
périr l'embryon par asphyxie en le privant d'air respirable. 
Je n'ai pas rencontré ces végétations lorsque l'air des appa-^ 
reils à incubation n'était pas saturé d'humidité. 

En résumé, l'évolution aura un nombre d'autant plus grand 
de chances de réussite que les œufs seront mis en incubation 
le plus tôt possible après la ponte ; qu'ils n'auront pas été 
transportés, ou du moins que les effets des transports auront 
été neutralisés par le repos ; qu'ils auront été conservés dans 
des locaux parfaitement secs. 11 faut encore ajouter que la 
coquille de l'œuf doit être nettoyée et lavée avec soin pour 
être débarrassée de toutes les impuretés qui y sont adhérentes. 



liiJ SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Ces impuretés, formant des couches plus ou moins imper- 
méables à l'air, diminuent souvent les échanges de gaz entre 
l'extérieur et l'intérieur et gênent notablement la respiration 
embryonnaire. 

En tenant compte de toutes ces conditions, j'ai pu conduire 
mes embryons jusqu'à l'époque de l'éclosion. J'ajouterai, 
pour que cet exposé soit complet, que mes incubations ont 
été faites à une température de 37 à 38 degrés dans de l'air 
moyennement humide et constamment renouvelé. 

Je dois dire, en terminant, que si ces expériences m'ont 
donné des résultats très satisfaisants à bien des égards, elles 
sont cependant encore défectueuses h un point de vue très 
important. Après avoir conduit mes embryons jusqu'à l'éclo- 
sion, je n'en ai vu éclore qu'un petit nombre, un tiers à peu 
près. Dans les deux autres tiers, le jaune ne rentrait point 
dans la cavité abdominale, et le poulet ne bêchait pas la 
coquille. Les poulets qui n'avaient pu éclore étaient d'ailleurs 
parfaitement conformés. Cela résulte évidemment de quelque 
condition, inhérente à mes appareils, qui rend l'éclosion, 
sinon impossible, du moins assez difficile ; mais cette condi- 
tion m'a échappé jusqu'à présent. 

II me reste maintenant, pour terminer cette étude, à dé- 
terminer d'une manière scientifique les conditions physiques 
de l'évolution embryonnaire. Je pense qu'aujourd'hui les faits 
que je viens de faire connaître me permettront de me mettre 
à l'abri de presque toutes les causes d'erreur qui ont pendant 
longtemps entravé mes recherches. Mais ces expériences sont 
très longues et ne pourront être achevées que dans plusieurs 
mois. 



REPEUPLEMENT DES COURS D'EAU 

EN BELGIQUE 

Par M. le Baron DR SEI.TS I.01iCiCII.%MP«i 

.Moiiiljic (le l'Académio royale île Belgique, Prc.sideiit du Sénat. 



La Belgique se décide enfin à tenter le repeuplement de 
ses cours d'eau. 

La pêche fluviale autrefois si riche, notamment par ses Sal- 
monidés et ses Ecrevisses, périclite chez nous plus que partout 
ailleurs. 

Les causes de destruction sont multiples, et nécessitent une 
grande persistance d'efforts pour être en partie conjurées. 

Nos deux fleuves, la Meuse et l'Escaul, sont d'une nature 
différente, et produisent des poissons en rapport avec celte 
diversité. 

L'Escaut, à partir d'Anvers, devient un bras de mer d'eau 
saumàtre et la marée se fait encore sentir en amont de cette 
ville. 

Dans cette partie du fleuve l'existence du poisson ne paraît 
pas atteinte par la contamination des eaux. On y pêche, selon 
les saisons, l'Alose finie (A losa finla), l'Éperlan {Osmerus eper- 
lanus) et le Corégone oxyrhynque (Coregonus oxyrhynchus) ; 
mais ce dernier ne doit pas être très commun, car au marché 
de Bruxefles je ne l'ai jamais rencontré qu'isolément et con- 
fondu avec les Éperlans. L'Anguille [Anguilla vulgaris) et la 
petite Pleuronecte (Pleuronectes /lesus) y sont 1res communs 
en tout temps. LEsturgeon {Acipenser sturio) y i'cmont(;. 
L'Escaut, dans sa partie supérieure et ses affluenrs vers la 
Flandre, le llainautet le Brabant, est horriblement contaminé 
par les fabriques de Roubaix, ïurcoing, Gand, Bruxelles. 
Auparavant il était fort poissonneux, bien que les poissons 
souffrissent beaucoup de la corruption résultant du rouissage 



144- SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

du lin dans les parties de lu Flandre où cette industrie 
existe (I). 

La Meuse était célèbre par ses Saumons (Salmosalar) qui la 
remontaient pour aller frayer dans ses affluents d'eaux vives 
qui proviennent de l'Ardenne et des autres parties monta- 
gneuses de la rive droite du fleuve. L'Alose {Alosa communis) 
la remontait au printemps en nombre immense, mais rare- 
ment plus haut que Huy. La plupart des rivières qui s'y jet- 
tent, la Yesdre, l'Ourlhe, le Hoyoux, le Bocq, la Lessc, la 
Semoi, et leurs tributaires étaient largement peuplées de 
Truites (Salmo fario) et d'Ombres {Thymallus vexiUifer) 
sans parler des autres espèces de poissons comestibles qui se 
rencontrent partout dans l'Europe tempérée occidentale. 

Ce paradis des pécheurs est bien avarié ! 

Pour les besoins du batellage et ceux de la navigation vers 
la France, on a exécuté de grands travaux sur tout le cours de 
la Meuse. Les barrages empêchent la plus grande partie des 
Saumons d'y remonter. Ceux qui parviennent à franchir ces 
obstacles ne le font guère qu'à la faveur des grandes eaux et 
des inondations accidentelles. 

• Quant à l'Alose, qui naguère encore donnait lieu, dans la 
ville de Liège, à des pêches véritablement miraculeuses (2), 
elle est arrêtée tout court aux barrages qui se trouvent en aval 
et je ne crois pas qu'elle soit apte à franchir les échelles à 
Saumon que l'on va établir, nous l'espérons, dans de meil- 
leures conditions que celles que l'on a essayées. 

Nous ne pouvons pas nous flatter de voir les eaux de la 
Yesdre rétablies dans une pureté suffisante pour nourrir 
encore du poisson. Elles sont empoisonnées à trop haute dose 
par les lavages de laines, les teintureries et les fabriques de 
draps de Verviers. 



(1) Sous le tilre de Suppression totale, du rouissage putride par l'application 
du système de M. Lefebvre, a paru une brochure importante, lue à la séance 
du 13 juin 1881 de la Société centrale d'agriculture de Belgique (Bruxelles, 
E. Guyot, 1881). Les résultats pratiques y sont donnés en détail. 

(2) A la lin d'avril et au cjmmencenient de mai, je me souviens avoir vu 
prendre d'un coup de filet, à Liège, jusqu'à deux cent cinquante et même trois 
cents grandes aloses. 



REPEUPLEMENT DES COURS d'eAU. 145 

Cependant il ne serait pas impossible qu'on arrivât à une 
solution satisfaisante, en conduisant les eaux corrompues de 
Verviers jusqu'à la Meuse, par de larges tuyaux longeant la 
Vesdre. Ce genre d'ouvrage se construit maintenant à des frais 
■ assez modérés pour la conduite des jus de betteraves depuis 
les râperies locales jusqu'aux sucreries, à des distances de 
plusieurs lieues. Sur une plus grande échelle on peut citer 
i'égout collecteur de la Sonne à Bruxelles, enfin le travail fait 
en Angleterre pour conduire les eaux d'égouts de Londres 
jusqu'à la mer. Ce dernier ouvrage a si bien réussi, que der- 
nièrement on a poché des Truites dans la Tamise, d'où elles 
avaient disparu depuis longtemps. Dans les cours d'eau de la 
rive droite, où l'eau est restée pure, la Truite existe, mais le 
braconnage s'exerce sur une grande échelle. 

Quant aux affluents de la rive gauche de la Meuse, les indus- 
tries qui y tuent le poisson sont les fabriques de produits chi- 
miques, les sucreries et à un moindre degré les distilleries. 
On a voté de bonnes dispositions pour la réglementation de 
la pêche et pour la répression des délits ; mais comme il ne 
peut être question chez nous pour rétablir la salubrité des 
eaux de prendre des mesures qui auraient pour effet de ren- 
dre l'industrie impossible, c'est à la science que nous devons 
faire appel, pour chercher les moyens d'assainir les eaux 
empoisonnées. 

Lors de la vulgarisation des procédés de pisciculture, il y a 
bientôt quarante ans, on crut avoir résolu le problème du 
repeuplement de nos rivières. La fondation de la Société 
d'Acclimatation en France, et celle de l'établissement de pis- 
ciculture de Huningue avaient donné l'essor. Antérieurement 
le roi des Belges, Léopold I"", avait fait pratiquer la piscicul- 
ture avec succès dans son domaine d'Ardennes, d'après les 
anciens procédés des forestiers allemands. 

En i85o, M. Ernest van den Peereboora avait recommandé 

la pisciculture à la Chambre des représentants. Des essais 

tentés alors, mais dans des eaux peu convenables et avec un 

outillage insuffisant, ne réussirent pas. 

Peu de temps après, une société de pisciculture plus impor- 

3* SÉRIE, T. X. — Mars 1883. - ' 10 



iâ6 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

tante s'organisa et des efforts sérieux furent tentés. Elle ne 
subsista pas toutefois bien longtemps. On avait eu tort de vou- 
loir embrasser trop de branches de cette science nouvelle, et 
de tenter entre autres la culture des Huîtres et des poissons de 
mer à Nieuport, qui ne possédait pas toutes les conditions 
voulues. Enfin, l'on aimait à croire à cette idée, alors répan- 
due, que les Truites et même les Saumons pouvaient vivre 
dans toutes les eaux pures du pays, jusqu'à se prêter à pros- 
pérer étant renfermés et à l'état de stabulation. De là les 
mécomptes, et finalement la dissolution de la société, com- 
posée en grande partie de personnes dont les propriétés ne se 
trouvaient pas dans la région où peuvent vivre les Salmonidés. 

Depuis une vingtaine d'années on peut dire que si la ques- 
tion sommeille, au point de vue pratique, du moins elle n'a 
pas été enterrée, car la prescription a été plus d'une fois inter- 
rompue par des discussions publiques et par diverses publi- 
cations. Il est nécessaire d'esquisser rapidement l'historique 
des phases par lesquelles elle a passé avant d'arriver à son. 
réveil actif. 

En 1-865 et 1866 le conseil provincial du Brabant charge» 
une commission de s'occuper de l'assainissement des cours 
d'eau, et spécialement des moyens de repeupler les ruisseaux. 
Feu M. de Gronckel en fut le rapporteur, et constata qu'en 
cette matière se concentrent les intérêts les plus puissants 
qu'il est du devoir de l'autorité de sauvegarder, coordonner, 
concilier autant que possible, et avant tout ceux de la santé et 
de la sécurité au point de vue des inondations. A cela vient 
se joindre, dit-il, une question d'alimentation et de richesse 
nationale, celle de la conservation et de la multiplication du 
poisson d'eau douce. 

I.a Société libre d'émulation de Liège, sur la proposition de 
mon regretté ami, feu Théodore Lacordaire, professeur de 
zoologie à l'Université, avait mis au concours cette question : 
« Déterminer les causes qui, depuis une vlnglainc iV années, 
ont amené la dégénérescence du poisson dans les rivières de 
la province de Liège, et indiquer les moyens de remédier à cet 
étal de choses. » 



REPEUPLEMENT DES COUPxS d'ëAU. 147 

Le mémoire adressé en réponse et qui fut primé, est de feu 
Charles Lehardy de Beaulieu, ingénieur et économiste très 
estimé. Il attribue surtout la diminution du poisson à l'excès 
de la consommation sur la production. Il recommande parti- 
culièrement la pisciculture et une réglementation de la pro- 
priété des cours d'eau, dont il voudrait voir remettre l'usage 
dans les mains de compagnies dont l'intérêt et l'insistance fini- 
raient par avoir raison des diverses causes qui troublent la 
pureté des eaux. Il pense que, pressé par la nécessité, on 
chercherait à tirer parti comme engrais, ou d'une autre façon, 
des substances nuisibles dont on trouve plus commode de se 
débarrasser en les jetant à la rivière. Il cite l'exemple de 
Reims, où l'on utilise pour la fabrication du gaz, les eaux de 
savon qui ont servi au dégraissage de la laine (1). 

La même année (186G) je fis partie d'une commission nom- 
mée par le gouvernement pour étudier sur nos côtes les ques- 
tions relatives à la pêche maritime, commission qui émit le 
vœu que l'on lit une enquête analogue sur la pêche d'eau 
douce ; et au mois de décembre, à la séance publique de la 
classe des sciences de l'Académie royale de Belgique, je pro- 
nonçai un discours : « Sur la pêche fluviale en Belgique y^ 
accompagné de notes et de documents (2). Il est inutile de 
l'analyser ici, car ce serait répéterla constatation de faits qui 
sont de notoriété publique relativement aux causes du dépeu- 
plement et aux moyens d'en atténuer la gravité. La part du mal 
que l'on doit attribuer à la corruption des eaux s'est du reste 
accrue depuis cette époque. 

Le projet de loi sur la pêche, dont j'annonçais dans un 
post-scriptum le dépôt fait par le gouvernement, est resté 
parmi les affaires arriérées dans les cartons de la Chambre 
des représentants pendant quatorze ans, avant d'être discuté 
et voté. 

En 1879, M. Emile Gens, docteur en sciences naturelles et 



(1) Le mémoire de M. Lehardy, de Beaulieu, précédé du rapport de M. Lacor- 
il.tire, a été pu))lié en 18(51), dans le tome III (nouvelle série) des Mémoires de 
la Société libre d'émulation de Liège. 

(i) Bulletins de PAcadémie royale de Belgique, 2' série, tome XXII, 1806. 



148 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

professeur au collège de Verviers, publia une petite brochure 
très substantielle : « De la 'protection du poisson d'eau douce 
en Belgique. » L'auteur, après avoir esquissé à grands traits 
l'état déplorable dans lequel se trouvent nos rivières au point 
de vue de la pêche, résume ainsi qu'il suit les mesures pro- 
pres à y remédier : 1° interdiction de la pêche pendant les 
mois d'avril et de mai dans toutes les rivières et canaux; 
2" interdiction de la pêche du 15 septembre au \" janvier 
dans les cours d'eau de la rive droite de la Meuse (ce sont 
ceux où vivent les Salmonidés) en permettant cependant la 
pêche du Saumon à partir du 15 novembre, la ponte ayant eu 
lieu ; 3" établissement de peines sévères pour empêcher l'em- 
ploi de la dynamite et du cocculus (coque du Levant) ; orga- 
nisation d'une surveillance ; 4° défense de vendre le cocculus 
dans les pharmacies ; 5" interdiction de toute pêche pendant 
la nuit ; 6° défense de pêcher au moyen de barrages qui met- 
tent momentanément à sec une partie d'un ruisseau ; 1° déter- 
mination d'une largeur de mailles suffisante pour permettre 
à tout poisson d'une taille inférieure à 15 centimètres d'échap- 
per aux lilets; 8" établissement réglementaire d'échelles à 
Saumon le long de tous les barrages de nature à empêcher 
les migrations de poissons ; 9° interdiction de la pêche à la 
main, etc. ; 10° mesures destinées à empêcher autant que pos- 
sible la viciation des eaux par les industries établies le long 
des rivières; 11° organisation sérieuse de la pisciculture ; 
12° comités de surveillance munis de pouvoirs les autorisant 
à interdire localement et momentanément la pêche dans 
l'intérêt du repeuplement. 

L'année suivante (1880), M. Gens fut chargé par le Gouver- 
nement de visiter l'Exposition de pêche et d'assister au Con- 
grès de pisciculture qui s'ouvrirent à Berlin en avril. Son 
rapport a été publié dans le Moniteur belge du 19 sep- 
tembre 1880. 

Notre honorable collègue M. Raveret-Watlel a donné dans 
les Bulletins de la Société d'Acclimatation un travail si excel- 
lent et si complet, que je pense superflu d'analyser dans ce 
même recueil celui de M. Gens relatif au même objet. Je me 



REPEUPLEMENT DES COURS d'eAU. 149 

borne à relever quelques points de détail que j'y trouve. L'au- 
teur mentionne le fait que divers mémoires étaient exposés rela- 
tivement au problème de rendre les eaux des fabriques inof- 
fensives pour le poisson des rivières où elles sont déversées. 
On sait qu'un prix d'honneur était institué par le roi de Saxe 
pour la meilleure réponse à faire à cette question, d'un si 
haut intérêt pour nous. M. Gens cite encore un moyen bien 
simple indiqué au Congrès, pour rendre inoffensives de 
petites chutes d'eau, telles que celles des moulins : Lorsque 
le barrage est construit sur un plan incliné, il suffit 
d'établir une poutre placée obliquement en travers de ce plan, 
installation peu coûteuse, qui devrait exister partout. Au cha- 
pitre IV, il reprend l'exposition des principes de sa brochure 
de 4879, citée plus haut, et la complète en donnant une liste 
de presque tous les poissons d'eau douce de Belgique, qu'il 
répartit naturellement en trois catégories : ceux qui sont com- 
muns à nos deux régions ; les espèces particulières à la région 
des plaines; enfin celles de la région montagneuse. 

Dans un chapitre spécial, M. Gens traite des établissements 
de pisciculture. 

La Belgique ne possédait aucune masse d'eau à la fois 
pure, froide et profonde, où l'on pût espérer d'acclimater les 
Salmonidés des lacs suisses. Aujourd'hui, il n'en est plus de 
même. Afin de parera la fois aux inondations temporaires de 
la Vesdre et au manque d'eau dont souffrait en certaines 
saisons la ville de Verviers, on a construit d'une montagne à 
l'autre, près de l'embouchure de la Gileppe, à l'altitude de 
2-41 mètres au-dessus de la mer, un barrage gigantesque, haut 
de 47 mètres, qui emmagasine en capacité, lorsqu'il est rempli, 
12 millions de mètres cubes de l'eau de cette rivière subal- 
pine, qui elle-même reçoit tout ce qui s'écoule d'environ 
4000 hectares de la forêt appelée Hertogenwald et des bruyè- 
res marécageuses nommées les Ilautes-Fagnes, dont l'altitude 
approche de 700 mètres au point culminant. Le lac de la 
Gileppe, ainsi formé, s'étend sur une supcrlicie de 800 000 
mètres carrés, et l'eau au barrage a, selon les moments, de 
25 à 45 mètres de profondeur. 



150 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Là je suis d'avis d'essayer l'introduction de la grande 
Truite des lacs {Salmo lacustris), de la Truite des Alpes 
{S. salvelinus), du Coregone fera et de certains Salmonidés 
américains qui ne vont pas à la mer, et qui trouveraient pour 
Irayer tous les niveaux possibles, depuis le barrage jusqu'à 
la rivière rapide et caillouteuse qui alimente le lac. 

Notre Ministre des Travaux publics avait chargé M. de 
Clercq, ingénieur en chef des ponts et chaussées, de lui 
adresser des propositions pour V empoissonnement des eaux 
navigables. Le travail remarquable de cet habile ingénieur a 
été publié en 1881. 

Les propositions qu'il fait pour remédier à l'appauvrisse- 
ment des eaux se classent dans l'ordre suivant : 
1" Empêcher la pollution des eaux ; 
2" Interdire la destruction des poissons sédentaires en 
temps de frai, et réglementer la pêche des poissons migra- 
teurs ; 

3° Établir dans la Meuse et ses affluents des échelles à 
poissons aux barrages qui sont trop élevés pour être franchis 
par les Saumons ; 

4" Ménager des frayères dans lesquelles les poissons l'en- 
oontrent des conditions favorables à leur reproduction ; 
5° Pratiquer la pisciculture pour les Salmonidés. 
Ces divers points sont traités avec soin par un homme tout 
à fait compétent. Je résumerai en peu de mois ce qu'il dit de 
la pollution des eaux, puisque c'est, à mon avis, l'obstacle 
capital au repeuplement : 

« Il ne peut être question, dit-il, d'interdire les industries 
dont le sort est lié à l'intérêt général; mais il importe de 
n'autoriser le déversement des matières dans les cours d'eau 
qu'après qu'elles ont été traitées par les moyens les plus effi- 
caces pour les débarrasser de leurs principes malfaisants 
pour les poissons, et qui le sont dans une proportion au moins 
aussi grande pour les autres animaux qui boivent ces eaux 
corrompues. On ne peut donc considérer la pollution comme 
suffisamment atténuée tant qu'on ne pourra pas y faire vivre 
les poissons. » 



REPEUPLEMENT DES COURS d'EAU. 151 

On consultera encore avec fruit le chapitre où M. de Clercq 
détaille la construction des bonnes échelles à Saumon, et 
énumère les défauts existant chez celles qui ne valent rien. 

C'est ici le lieu de signaler, dans une sphère beaucoup plus 
modeste que le régime des grandes rivières et que les intérêts 
de la pêche au Saumon, l'obslacle que beaucoup de moulins 
•à eau apportent au repeuplement des petites rivières. Il s'agit 
de ceux qui sont placés sur les petits cours d'eau des plaines 
n'ayant qu'une faible pente. Lorsque 'le moulin n'est pas 
établi sur un biez dérivé et qu'il barre entièrement la rivière, 
il interromptla circulation du poisson. Le niveau de l'eau varie 
alors sans cesse, tantôt très élevé lorsque l'usine est en repos, 
tantôt très bas au point de mettre le cours d'eau presque à 
sec lorsque toute l'eau a été utilisée. Dans ces conditions, la 
reproduction et même l'existence du poisson sont impossibles. 
Si l'on tient compte, à un autre point de vue, du tort énorme 
que cause aux propriétés riveraines le niveau presque tou- 
jours trop élevé de la retenue d'eau dans les cours d'eau de 
^•ette espèce, en les rendant marécageuses, les inondations 
•temporaires que les moulins aggravent singulièrement, les 
dommages causés à la culture, enfin l'atteinte grave que porte 
cet état de choses à la salubrité et à la santé publiques, on 
doit désirer que les usines à eau dont je viens de parler soient, 
autant que possible, remplacées par des moulins à vent, ou 
mieux qu'elles se procurent la force motrice au moyen d'une 
petite machine à vapeur (1). 

D'après la Loi sur la pêche fluviale, votée par nos Cham- 
bres à la fin de 1881, la police et la conservation sont attri- 
buées à l'administration forestière. Le droit de pèche est 
«3xercé au profit de l'État dans les rivières et canaux navigables 
ou flottables; mais la pêche à la ligne flottante tenue à la main 
est permise à tout citoyen. Dans les autres cours d'eau, les 
riverains ont le droit de pêche. Le temps où la pêche est per- 



(1) Ce dernier système est préconisé récemment dans une pétition des habi- 
iants des bords du Geer, rivière de la rive gauche de la Meuse, qui réclament 
du gouvernement belge la suppression des moulins à eau pour cause d'utilité 



luiblique. 



152 SOCIÉTÉ HMIONALE d'ACCLIMATATION. 

mise et les engins à autoriser sont déterminés par le gouver- 
nement, ainsi que ce qui concerne le colportage. La pêche 
est libre en tous temps pour les propriétaires et usagers des 
étangs et réservoirs dont les eaux cessent de communiquer 
naturellement avec les rivières. Il est interdit aux bateliers 
d'avoir à bord aucun engin de pêche, excepté la ligne flot- 
tante. Pour ce qui concerne le déversement des substances 
nuisibles qui ne serait pas fait dans le but de détruire le 
poisson, cette question est réglée par la loi sur les cours d'eau 
votée précédemment. Malheureusement, l'exécution en étant 
principalement confiée aux autorités provinciales et commu- 
nales, qui sont électives, elle laisse beaucoup à désirer. A 
mon avis, c'est le gouvernement qui devrait être chargé de la 
surveillance. 

La loi sur la pêche fluviale étant adoptée, un membre de- 
la classe des sciences de l'Académie royale de Belgique pensa 
que le moment était opportun pour encourager des recherches 
scientifiques et pratiques propres à rendre possible le repeu- 
plement des cours d'eau contaminés. Il mit à la disposition 
de FAcadémie une somme de 3000 francs, prix à décerner en 
4884 à l'auteur du mémoire qui aurait répondu à la question 
d'une manière satisfaisante. 

Je reproduis à la fin de cet article l'exposé des motifs et les 
conditions du concours, tels qu'ils figurent dans les actes de 
FAcadémie, afin d'attirer l'attention des savants et des pra- 
ticiens qui seraient à même de concourir. 

Bien que ces conditions mentionnent certaines queslions 
locales concernant spécialement la Belgique, je pense que 
ceux qui seraient aptes à fournir la solution des questions 
principales se mettraient facilement au courant des renseigne- 
ments accessoires dont l'exposé est réclamé. 

Je suis persuadé, d'ailleurs, que beaucoup de contrées en 
France sont dans la même position que nous sous le rapport 
des rivières dont le dépeuplement est causé par la corruption 
des eaux. 

C'était le 1" avril 1882 (jour approprié k une discussion 
sur le poisson!) que l'Académie adopta à une grande majorité 



REPEUPLEMEIST i)ES COURS d'EAU. j 5o 

la mise au concours de la question proposée. Ce n'était pas 
une séance publique. Je ne crois pas cependant être indiscret 
en indiquant d'une manière générale les principales objec- 
tions que firent valoir les opposants, hommes du reste savants 
et consciencieux. 

L'un d'eux croit que ce serait immiscer l'Académie dans 
une sphère administrative qui n'est pas son domaine, et qu'elle 
aurait l'air de supposer que l'on n'exécute pas les lois, no- 
tamment celle du 7 mai 1877, sur les cotirs d'eau non navi- 
gables ni flottables, qui a comminé des peines contre ceux 
qui y jetteront ou déposeront des matières pouvant les cor- 
rompre ou les altérer. Il ajoute que les particuliers lésés peu- 
vent s'adresser aux tribunaux. 

Un autre fait valoir qu'il a fait beaucoup de recherches pour 
arriver aune purification exécutable des eaux des fabriques, 
et qu'il n'a pas abouti. Il cite l'évaporation de l'eau conta- 
minée, prescrite à certaine usine, dont il résulta une fumée 
d'une odeur intolérable pour les voisins. Que d'ailleurs, avec 
notre système électif, peu de personnes oseraient exécuter les 
mesures nécessaires. Enfin, il assure que la question est 
pleine de périls, à cause des exigences qui se produiront 
lorsque l'on aura étalé au grand jour l'état actuel des eaux et 
que les remèdes auront été insuffisants. 

Un troisième membre demande que l'on établisse la sta- 
tistique des capitaux engagés dans les industries en question, 
et que l'on mette en parallèle la valeur des poissons détruits 
par les eaux que les usines corrompent. 

L'auteur de la proposition a répondu en substance que les 
solutions scientifiques réclamées sont parfaitement de la com- 
pétence de l'Académie; qu'il ne s'agit nullement d'infliger un 
iDlâme à l'administration, attendu que l'on veut au contraire 
appeler la science à son aide pour lui fournir les moyens pra- 
tiques de satisfaire au vœu de la loi, ajoutant que le pro- 
gramme sollicite la recheiche de moyens de purification qui 
rendent possible la vie du poisson, avec la réserve formelle 
que ces remèdes ne compromettent pas Vexistence des indus- 
tries. Selon lui, la valeur des usines et celle du poisson qu'elles 



154 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

tuent, en même temps qu'elles rendent les eaux insalubres, 
ne sont pas d'ailleurs des termes rigoureusement comparables, 
parce que l'usine est une entreprise toute particulière, tandis 
que le cours d'eau et les poissons sont à l'usage des liabitanls 
en général sur tout le parcours de la rivière. 

Peu de temps après la décision de l'Académie, nous avons 
reçu le programme de la Grande exposition internationale 
des produits et engins dépêche, qui s'ouvrira à Londres le 
I" mai 1883. J'ai eu la satisfaction d'y trouver deux para- 
graphes qui rentrent tout à fait dans ce que demande l'Aca- 
démie de Belgique. A la classe IV (pisciculture), on lit (divi- 
sion 39) : On réclame « un système pour la destruction des 
effets nuisibles produits pour les poissons par les rivières 
" et fictives imprégnés d'eaux de cloaques, de produits chi- 
> iniques et autres, système illustré de modèles et de des- 
^> sins. » On voit encore (division 40) la demande d'une solu- 
tion pour une question tout à fait connexe : « Des recherches 
5) physico-chimiques sur les qualités cVeau douce et d'eau 
i» de mer nuisibles aux animaux aquatiques... », etc. 

Le Gouvernement belge, reconnaissant que nous ne devons 
pas rester en arrière du mouvement qui se manifeste partout, 
vient de charger une Commission de dix membres d'étudier 
les questions qui se rattachent au repeuplement des cours 
•d'eau. 

Elle se compose de MM.lelieutenantgénéral baron Goethaels, 
président; baron de Selys Longchamps, président du Sénat, 
membre de l'Académie ; Willequet, membre de la Chambre 
des représentants, à Gand; Edouard van Beneden, professeur 
à l'université de Liège, membre de l'Académie ; de Clercq, 
inspecteur général des ponts et chaussées, à Lruxelles ; Emile 
•Gens, docteur en sciences naturelles, professeur à Verviers ; 
Leyder, professeur à l'Institut agricole de Gembloux ; Mousel, 
inspecteur des eaux et forêts à Arlon ; Denis, négociant pisci- 
culteur, à Bruxelles; et Bernard, chef de division au Départe- 
ment de l'Intérieur, secrétaire. 

Cette Commission, installée le 27 octobre 1882, a tenu déjà 
plusieurs séances, à chacune desquelles différentes communi- 



REPEUPLEMENT DES COURS d'eAU. 155 

calions ont été faites et ont provoqué des discussions ayant 
pour objet l'examen des mesures à prendre pour satisfaire 
aux vœux du Gouvernement. 

Nous avons lieu de croire que cette activité ne se ralentira 
pas, et que bientôt on mettra la main à l'œuvre. 

Voici le programme du concours adopté par l'Académie : 



ACAL)É>UE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS 

DE BELGIQUE. 

Classe des sciences. — Concours extraordinaire pour 1884. 

Le Gouvernement a proposé et les Clianibres ont adopté une loi qui 
a pour objet la conservation du poisson et le repeuplement des rivières. 

L'obstacle capital qui empêche actuellement d'atteindre ce but, c'est 
la corruption des eaux dans les petites rivières non navigables ni flot- 
tables, qui sont contaminées par des matières solides ou liquides déver- 
sées par différentes industries, et incompatibles avec la reproduction et 
l'existence des poissons. 

L'Académie fait appel à la science pour faciliter l'accomplissement des 
vues des pouvoirs publics. 

Acceptant la proposition d'un de ses membres, qui met généreusement 
à sa disposition une somme de trois mille francs, elle demande une 
étude approfondie des questions suivantes, à la fois chimiques et biolo- 
giques : 

1" Quelles sont les matières spéciales aux principales industries qui, 
en se mélangeant avec les eaux des petites rivières, les rendent incom- 
l>atibles avec l'existence des poissons, et impropres à l'alimentation 
publique aussi bien qu'au bétail ; 

2° Une liste des rivières de Belgique qui. actuellement, sont dépeu- 
plées par cet état de choses, avec l'indication dos industries spéciales à 
chacune de ces rivières, et la liste des poissons comestibles qui y vivaient 
avant l'établissement de ces usines; 

3° La recherche et l'indication des moyens pratiques de purifier les 
eaux à la sortie des fabriques pour les rendre compatibles avec la vie 
du poisson sans compromettre l'industrie, en combinant les ressources 
que (peuvent olfrir la construction; de bassins de décantation, le iiltrage, 
enfin l'emploi des agents chimiques ; 

•i" Des expériences séparées sur les matières qui, dans chaque indus- 
trie spéciale, causent la mort des poissons, et sur le degré de résistance 
que chaque espèce de poisson comestible peut offrir à la destruction. 



15G SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Les mémoires devront être écrits lisiblement et être adressés, francs 
de port, à M. Liagre, secrétaire perpétuel, au palais des Académies, avant 
le 1" octobre 1884. 

L'Académie exige la plus grande exactitude dans les citations; les au- 
teurs auront soin, par conséquent, d'indiquer les éditions et les pages 
des ouvrages cités. On n'admettra que des planches manuscrites. 

Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage ; ils y inscri- 
ront seulement une devise, qu'ils reproduiront dans un billet cacheté 
renfermant leur nom et leur adresse. Faute par eux de satisfaire à cette 
formalité, le prix ne pourra leur être accordé. 

Les mémoires remis après le terme prescrit, ou ceux dont les auteurs 
se feront connaître de quelque manière que ce soit, seront exclus du 
concours. 

L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, dès que les 
mémoires ont été soumis à son jugement, ils sont et restent déposés dans 
ses archives. Toutefois, les auteurs peuvent en faire prendre des copies 
à leurs frais, en s'adressant, à cet elfet, au secrétaire perpétuel. 



SUR LE NOYER PAGANIER 

(CARYA OLIV.ÏFORMIS) 

ET AUTRES NOYERS AMÉRICAINS 

Par M. E. DECROIX 

Vétérinaire principal de l'armée, en retraite 

et M. Jules GRISABD 

Agent général de la Société. 

{Extrait du compte rendu sténographtque.) 



M. E. Decroix. — Parmi les arbres fruitiers qui croissent 
sur notre globe, le Noyer est un des plus utiles, autant par le 
bois qu'il fournit à la menuiserie et à l'ébénisterie, que par 
ses fruits, qui sont consommés en nature ou bien encore 
employés pour l'extraction d'une huile propre aux prépara- 
tions culinaires et à la peinture : huile de noix. 

Les Noyers appartiennent à la famille des Juglandées. 11 y 
en a de différentes espèces. 

En France, on cultive le Noyer féroce^ remarquable par 
l'excellence de son bois, mais dont les noix sont petites et 
très dures ; le Noyer mésange, qui donne beaucoup de noix 
dont la coque est très tendre et beaucoup d'autres variétés. 

En Amérique, on trouve plusieurs espèces de Noyer. Les 
plus répandues sont : le Noyer noir (Juglans nigra), très 
commun aux États-Unis et dont le fruit est de qualité infé- 
rieure à celui du Noyer ordinaire; le Noyer blanc {Carya 
alba) ; le Noyer Pacanier (Carya olivœformis), etc. C'est sur 
ce dernier que je désire aujourd'hui appeler votre attention. 

Dans la séance du 18 juin 1879, j'ai eu l'honneur de pré- 
senter à l'Assemblée des fruits du Noyer Pacanier, provenant 
de la récolte de 1878 et qui m'avaient été remis par une pa- 
rente de M. le D' A. Bertherand. Ceux de nos collègues qui en 
ont goûté ont pu se convaincre qu'ils étaient parfaitement 
conservés, et qu'ils avaient un goût parfumé bien supérieur 
à celui des noix récoltées en France. 

A la suite de ma communication, j'ai été prié de prendre 
quelques renseignements, près de la personne qui m'avait 



158 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

donne ces fruits, sur les caractères botaniques de l'arbre qui 
les produit, sur le climat qui lui convient, sur le mode de 
culture, etc. J'ai demandé ces renseignements, mais la per- 
sonne à qui je me suis adressé est morte sans me les envoyer. 

Ces jours derniers, j'ai lu dans le n" 173 de la Chronique 
de la Société d'Acclimatation, que M. Sanford, ministre des 
États-Unis, à Bruxelles, mettait à la disposition de la Société 
une certaine quantité de Noix de Pacanier. J'ai demandé de 
ces noix à M. Grisard, et j'ai pu me convaincre ainsi, qu'il 
s'agissait de la même espèce de fruit que celle dont j'avais 
entretenu mes collègues en 1879. 

J'ai eu alors la pensée de rechercher, et j'ai retrouvé, 
quelques noix de la récolte de 1878, et voici, Messieurs, des 
spécimens des unes et des autres. Ces noix, par leur aspect 
général ressemblent plutôt à un gland très volumineux qu'à 
la noix française. Le goût de l'amande en est plus fin, plus 
parfumé ; la conservation en est plus facile ; ainsi celles qui 
m'ont été remises en 1879 sont encore parfaitement man- 
geables bien qu'ayant perdu de leurs qualités, tandis que les 
noix communes se conservent à peine un an. 

Je pense donc qu'il y aurait utilité à propager le Noyer 
Pacanier dans le midi de la France ou dans nos colonies, en 
Algérie notamment. Je me rappelle avoir vu en Kabylie de 
très beaux Noyers rapportant beaucoup de fruits. Peut-être le 
Pacanier y prospérerait-il également. 

M. J. Grisard. — Je crains que le Pacanier ne réussisse 
pas en Algérie comme le croit notre zélé confrère. 

C'est un arbre qui aime les endroits frais et même très 
iiumides. On le rencontre abondamment sur les bords des 
rivières (Missouri, Arkansas, Illinois, etc.) Michaux cite même 
un marais de 800 arpents qui est couvert de Pacaniers. 

M. Raveret-Wattel. — Ces arbres réussiraient sans doute 
en Cochinchine et à la Nouvelle-Calédonie. 

M. Ed. Renard. — C'est aussi mon avis, mais la noix est si 

dure.... 

M. Decroix. — Nullement.... voici des dents de soixante- 
deux ansqui vont vous les briser toutes, facilement. 



LE NOYER PACANIER. 159 

Joignant le geste à la parole, notre confrère casse succes- 
sivement cinq ou six noix. 

M. Grisard. — M. Renard fait confusion. Il y a en effet 
parmi les Noyers américains des espèces qui donnent des 
fruits à coque excessivement épaisse et dont l'amande extrê- 
mement petite ne s'extrait qu'avec la plus grande difficulté; 
c'est le cas pour les Carya glabra ou porcina et tomentosa, 
mais non pour la noix du C. olivœfonnis (pacane) qui se brise 
très facilement et présente une amande remplissant entière- 
ment la coque et qui n'est pas séparée par des cloisons li- 
gneuses comme dans celle de notre Noyer commun {Juglans 
regia), avantage qui est à considérer; la noix du C. alha 
vient ensuite, la coque quoique mince est cependant assez 
forte pour ne pas céder sous les doigts; elle renferme une 
amande d'un goût délicieux et les fruits de ces deux espèces 
se rencontrent communément sur les marchés des États-Unis 
où ils atteignent des prix élevés, 80 à 100 francs l'hectolitre. 
Les noix de C. oUvœformis s'exportent en assez grandes quan- 
tités aux Antilles où elles sont très appréciées ; des envois 
sont faits également en Europe et surtout en Angleterre où 
on les mange à l'état naturel et où elles servent à la fabrica- 
tion d'une huile estimée ; on en rencontre quelquefois dans 
les rues de Paris. Ces noix se conservent fort longtemps sans 
rancir, cette facilité de conservation les rend précieuses. 

Il paraît qu'il existe des variétés dont les fruits sont de 
dimension considérable. 

Quant à la réussite de la culture de ces arbres dans la France 
méridionale, elle n'est pas douteuse; notre confrère M. Léo 
d'Ounous, en possède de superbes exemplaires dans l'Ariège ; 
on en trouve également dans d'autres localités qui fructifient 
tous les ans, à Toulouse notamment. 

Un Membre. — A quel âge produit-il? 

M. Grisard. — Son accroissement est lent ; il ne fructifie 
que lorsqu'il est déjà fort, à 10 ou 15 ans, mais il est très 
fertile et chaque arbre peut donner annuellement un hecto- 
litre de Pacanes. 

Sous le climat de Paris il résiste à des froids assez rigou- 



160 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

reux (c'est même une des espèces qui y réussissent le mieux), 
mais ne donne des fruits qu'exceptionnellement. Il exis- 
tait dans l'école de botanique du Muséum un C. oUvœformis 
de 60 centimètres de diamètre, au moins, qui datait du com- 
mencement de ce siècle. Cet arbre a disparu après les grands 
froids des hivers rigoureux de ces dernières années. Il fruc- 
tifiait, mais donnait une quantilé restreinte de noix; il fallait 
que les étés fussent chauds pour que la production soit assurée. 
Mais on ne peut pas tirer de déduction sur le rapport ou la 
croissance d'un arbre, ni même de plusieurs, quand c'est 
dans une ville comme Paris et sur un sol aussi défavorable que 
celui du Muséum qu'on expérimente. 

Le C. oUvœformis fournit un bois compact, tenace et élas- 
tique, mais son grain est grossier et il a les défauts de ses 
congénères, il est facilement attaqué parles insectes. 

M. Decrolx. — Si la fructification a été obtenue sous le 
climat de Paris, il y a tout lieu d'espérer qu'ils s'acclimateront 
bien un peu plus au sud et par conséquent dans le midi de la 
France et en Algérie. 

Quoi qu'il en soit, voici ma conclusion, c'est que la Société 
prenne dès à présent des informations nécessaires aux Etats- 
Unis, par l'intermédiaire de M. Sanford au besoin, qu'elle 
fasse venir des noix de Pacanier de la prochaine récolte et 
qu'elle en envoie dans le midi de la France et en Algérie, 
au Sénégal même, avec prière de les planter. Tous les 
commandants civils ou militaires de nos colonies se feront 
un plaisir, j'en suis convaincu, de tenter la propagation du 
nouvel arbre, en se conformant aux indications qui nous par- 
viendront de l'Amérique. 

M. Millet. — La Société ferait une bonne chose, je crois, 
en proposant un prix pour la culture des Noyers d'Amérique. 
M. Grisard. — La Société a déjà fondé un prix pour l'un 
d'eux, le Carya alba ; peut-être n'est-il pas inutile d'en rap- 
peler les dispositions en séance. 

La création de ce prix remonte à 1870. Il est ainsi libellé : 

Introduction et culture en France du Noyer d'Amérique 

{Carya alba), connu aux États-Unis sous le nom de Hickory 



LE NOYER PACANIER. 161 

(bois employé dans la construction des voitures légères). 
.On devra justifier de la plantation sur un demi-hectare de 
?^oyers d'Amérique ou de la possession de 500 arbres hauts de 
i'",50 au moins. 

Concours ouvert jusqu'au l*"" décembre 1885. — Prix : 
500 francs. 

Le Carya olivœformis présente aussi un sérieux intérêt et 
la Société devrait en encourager la culture ; la section des 
végétaux d'accord avec la Commission des récompenses pour- 
rait préparer, pour être soumise à l'approbation du Conseil, 
une note qui concluerait à une demande de fondation deprix. 
M. Decroix. — J'appuie cette proposition. 
Un Membre. — Quels soins réclame le Carya alha? k 
quels usages son bois est-il employé? 

M. Grisard. — Le Carya alha (Shell-Bark ou Shag-Bark- 
Hickory) est un grand et bel arbre à tronc droit, d'un dia- 
mètre à peu près uniforme et souvent sans branches jusqu'aux 
trois quarts de sa hauteur qui atteint de 25 à 30 mètres ; les 
Feuilles d'un vert s ombre, unies et luisantes en dessus, ont un 
arôme particulier lorsqu'on les froisse ; c'est une des espèces 
les plus répandues du genre dans la culture européenne. Il 
se plaît en forêt, il lui faut une terre fraîche et profonde ; 
planté isolément, il est bien fourni en branches et est très 
ornementaL Son bois compact, fort, pesant, est très souple et 
se fend avec la plus grande facilité; il est propre à une infinité 
d'usages : manches d'outils, de fouets, baguettes de fusil, 
moyeux, essieux, jougs pour les bœufs, vis de pressoirs, etc., 
il est sans égal pour les cercles de tonneaux. C'est avec le 
bois d'Llickory qu'on fabrique ces voitures si légères appelées 
Araignées. Pour le chauffage il est supérieur à ses congénères 
et donne plus de chaleur que le chêne même. 
Un Membre. — Et le fruit '/ 

M. Grisard. — Le fruit, recouvert d'un brou presque aussi 
dur que du bois et qui s'ouvre au moment de la maturité en 
quatre parties, est petit, de forme arrondie mais comprimée 
de manière à former plus ou moins quatre angles ; la coquille 
a la dureté de l'os ; elle renferme une amande d'un bon goût ; 

3« SÉRIE, T. X. — Mars 1883. 11 



162 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

le fruit ne vient que sur le jeune bois, seul ou par grappe ôc 
deux ou trois seulement. 

Les écureuils sont très friands des noix d'Hickoryet en ca- 
chent de grandes quantités en automne pour leurs provisions 
d'hiver. De la sorte les fruits sont plus ou moins dispersés et 
portés dans toutes les directions loin de l'arbre qui les produit. 
Leur cachette favorite est dans les murs et il est très fréquent 
de trouver çà et là le long de ces murs des Hickory poussant au 
hasard avec de grandes variétés dans la grosseur des noix, l'é- 
paisseur de leurs coquilles et la qualité de leurs amandes. La 
oreffe et l'écussonnage réussissent mal elle meilleur moyen de 
propagation est encore le semis en place, les Hickory suppor- 
tant difticilement la transplantation ; cependant avec certaines 
précautions ou par quelques procédés nouveaux, on arriverait 
à atteindre le but, croyons-nous. Les noix sèches germent mal, 
il faut les planter aussi fraîches que possible; dans ce but on 
devra les recueillir aussitôt la maturité et les placer dans du 
sable humide ; on les conservera de cette manière, dans une cave 
ou un autre endroit frais, jusqu'au printemps. On les sèmera 
alors au lieu môme où les arbres doivent rester en mettant Sou 
4 noix par trou et en ne laissant lors de la germination que le 
plant le plus vigoureux ; c'est le procédé suivi aux États-Unis. 

En terminant, je vous signalerai encore le C. amara (Bit- 
ternut Hickory), qui ne donne pas un fruit comestible, mais 
dont le bois compact, tenace et élastique est recherché pour 
les essieux de voitures, les manches d'outils, etc.; il est 
moins sensible au froid que le C. alba; le Carya suicata 
(Thick shell bark) des forêts humides fournit un bois, dont 
le cœur d'une couleur claire est moins employé que celui des 
espèces précédentes par suite de sa plus grande rareté; ses 
noix quoique grosses sont de qualité inl'érieure ; enfin le C. 
porcina (Pignut, Broom Hickory) donne un bois d'excellente 
qualité, le fruit renferme une amande petite, sucrée ou un 
peu amère. 

Le bois des Cart/a résiste malheureusement mal aux 
attaques des insectes. 



I. EXTRAIT DES PROCÉSUERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU t MARS 1883. 
Présidence de M. Henri Boulev, Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté, après une 
observation de M. de Barrau de Muratel. 

— M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM- PRÉSENTATEURS. 

DuFRESNE (Ernest), greffier de la justice de i Ghesnel. 

paix du canton de Neuilly, rue Jacques ] J. Grisard. 

Dulud, 5J5, à Neuilly (Seine). ( le niar(|uis de Sinéty. 

Feuillov (Gédéon), propriétaire, à Sénar- j ^- ^«oiiVoy Saint-Hilaire. 

pont, par Oisemont (Somme). ) ^' «'''"'>'e^al- 

{ ^aint-Vves Ménard. 

FouRNiER (E.), apiculteur, à Issoire (Puy-de- ( f^^^"^^^^ ^u-ard. 
])5„^g\ i Saint-Vves Ménard. 

( le marquis de Sinély. 

Hameau (le docteur), médecin-inspecteur, à ( ,," "P'"* 

Arcachon (Gironde). ^^'^"'"'^^ <^''"'^^^*- 

( H. de Vilmorin. 

Kerambrun (Denis), notaire, à Belle-IsIe-en- ( Dupin. 
Terre (Gôtes-du-Nord). Raveret-Wattel. 

\ le marquis de Sinéty. 

LECOMTE(Henri),professeurlicenciéèslettres, ( f^'"t-Yves Ménard. 
8, boulevard Saint-Denis, à Paris. / Raveret-Wattel. 

\ le marquis de Sinély. 

Lecoq (Théodore-Auguste), propriétaire, 11, ( '^- ^^*^"''"«y Saint-Hilaire. 

rue Perronet, à Neuilly (Seine). j '}' ''''' 

( le marquis de Sinéty. 

Legrand (Jacques-Amable), docteur en mé- J^' Geoffroy Saint-llilaire. 

decine, avenue de Neuilly, 136 (Seine). ' ^- ^o'''^- 

^' "^ > \ Romam. 

Ligney (Edouard), 46, boulevard Magenta, à ( ?* f'y'j^^^ski. 

Paris. y ^; ^^'^'' 

\ Maquin. 

LoLiGOis (Antoine), avenue de Neuilly, 53, ù ( ^°"'^h«''*^!^ux. 

Neuillv (Seine). ]■ ^'''^"^- 

{ Lecene. 

Martin (Biaise), horticulteur, 11, rue de la ( A.Gjeoffroy Saint-llilaire 

Chaussée, à Nt» ers (Nièvre). ) °'''®- 

( le marquis de Sinély. 



164 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

MM. PRÉSENTATEURS 

riAVENEZ (Louis), comptable expert près le / A. GeofTioy Saint-Hilaire. 

tribunal de la Seine, 91, boulevard Gouvion- s A. Marotte. 

Saint-Cyr, à Paris. ' Saint-Yves Ménard. 

[ H. Bouley. 

Rocher, 66, rue Caumartin, à Paris. | P. Pichet. 

( A.Geoffroy Saint-Hilaire. 

„ ,T, -s ,■ r n . ( Delahogue Moreau. 

Taintdrier (Henri), rentier, 4, rue Drouol, \ ,, ^ ^ c • . ni • 

, r. • i A. Geoltrov Saint-Hilan-e. 

a Pans. ( „. -^ 

V Simon. 

— M. le Président fait part à l'Assemblée du décès de M. le baron 
Jules Cloquet qui, membre de la Société d'Acclimatation presque dès 
l'origine, fut pendant de longues années un des membres les plus actifs 
du Conseil, et s'occupait particulièrement de l'introduction de végétaux 
exotiques dans le midi de la France. « La Société el la science, ajoute 
M. le Président, font une perte dans la personne de iM. Cloquet, membre 
<ie l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine. Depuis long- 
temps, il est vrai, M. Cloquet s'était retiré, accablé par l'âge; mais il a 
laissé dans la science une trace qui sera considérable, et dans la 
Société d'Acclimatation des souvenirs qui ne se perdront pas. » 

— MM. A. Gérard et Pimont adressent des remerciements au sujet de 
leur récente admission dans la Société. 

— M. Uurousseau-Dugontier fait connaître que son cheptel de Colins 
est en parfaite santé. 

— Des remerciements pour les cheptels qui viennent de leur être 
accordés sont adressés par MM. de Boussineau, Poinsignon, Le Guay, 
Giraud-Ollivier, B. Clémot, Blandin, Burky, Ein. Baré, G. de Fays, comte 
de l'Esperonnière, Zeiller, Laporte, Henri Fabre, Fremy, Léon Mérat, 
Th. Lépine, Nelson-Pautier, 0. Massias, Lemut et Leroy. 

— M. Albert Orban écrit de Quarreux-Ayrraille (Belgique), à la date 
du 22 février : « Les Canards Casarkas, que j'ai obtenus en cheptel, 
l'année dernière, ne m'ont encore donné aucun résultat. J'espère être 
plus heureux cette année. Les oiseaux sont en très bonne santé et en 
parfait état. 

» En réponse à l'article de la Chronique du 20 de ce mois, demandant 
des renseignements sur la date de l'arrivée des oiseaux de passage, je puis 
dire que j'ai déjà, depuis la fin de janvier, observé des Élourneaux, qui, 
d'ordinaire, ne reviennent dans ce pays qu'au mois de mars. Les Hoche- 
queues gi is sont également de retour depuis plus de quinze jours. » 

— MM. Guillaume d'Augy, Boudent, Delgrange et Després, ainsi que 
le régisseur de l'établissement national de pisciculture de Bouzey et la 
direction de l'Aquarium du Trocadéro remercient des œufs de Salmo 
fontinalis qui leur ont été adressés. 



PROCÈS-VERBAUX. 165 

— 31. Desprcs écrit de Nanteuil-en- Vallée : « J'apprends par M. de 
Thiac, Président de la Société d'Agriculture de la Charente, que la So- 
ciété d'Acclimatation vient de recevoir une assez grande quantité d'œufs 
de Salmo fontinalis. Je vous serais bien reconnaissant, si vous vouliez, 
comme vous l'avez fait l'année dernière, me confier encore gratuitement 
quelques œufs de cette espèce. La Société que je dirige est encore dans 
la période d'organisation et n'est pas assez riche pour en faire l'acqui- 
sition. De nouvelles améliorations importantes viennent d'être faites ; 
elles rne permettront de donner des soins efficaces aux élèves que vous 
voudrez bien me confier. 

s Je n'ai qu'un petit nombre d'alevins sur les œufs que vous m'avez 
envojés l'année dernière, environ 200. Ces sujets, quoique parqués dans 
des conditions à moitié satisfaisantes, sont fort beaux ; ils atteignent, en 
moyenne, 10 à 12 centimètres de longueur. Je crois qu'ils pourraient 
atteindre une taille plus forte, s'ils étaient soumis à une alimentation 
régulière, indépendante de celle qu'ils trouvent dans leur bassin. Je 
compte les traiter ainsi à l'avenir. — La Société d'Agriculture du dépar- 
tement vient de me donner une médaille d'argent et j'ai tout litu de 
croire que l'État, sur une demande appuyée par la préfecture, va m'ac- 
corder une subvention personnelle, » 

— M. F. Galiais adresse une demande d'œufs de Salmonidés. 

— En remerciant des œufs de Salmonidés qui lui ont été adressés, 
M. Rathelot écrit du Grand-Montrouge : « Les Salmo quinnat que vous 
ïii'avez remis en décembre 1881 vont très bien; les premiers que j'ai 
mis dans un bassin en plein air sont assez forts; ils ont atteint environ 
22 centimètres; ceux que j'avais laissés dans mon laboratoire et que j'ai 
mis quelques mois après dans le même bassin, sont plus petits; n'ayant 
pu jouir, étant jeunes, de la même nourriture que les premiers qui, en 
plus de la viande de cheval que je leur donne, trouvaient dans cette eau 
dormante quantité de petits vers et autres animalcules qui facilitaient leur 
croissance. Ils ont supporté, pendant les chaleurs, 22 degrés centigrades. 
Ils vivent, quant à présent, en très bonne intelligence avec des ablettes, 
des goujons, barbillons et écrevisses. 

» Vers la fin d'octobre, quantité de feuilles de peuplier et autres étant 
tombées dans le bassin, l'eau était devenue très foncée; voyant que mes 
poissons ne mangeaient plus, et ne voulant pas pousser l'expérience plus 
loin, j'ai dû faire procéder au curage du bassin. 

» Je donne ces détails pour faire remarquer que le Salmo quinnat 
n'exige pas une eau spéciale. » 

— M. llignet écrit de Varsovie : « Mes A ttacus Pernyi, dont le papillon 
n'est pas sorti à l'automne, sont jusqu'ici en bon état, les chrysalides 
sont bien vivantes, celles du moins que j'ai mises au jour par l'ouverture 
du cocon, et tout fait supposer que la race univoltine que je cherche à 
obtenir depuis quelques années est créée. Ce résultat important pour 



IGO SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

nous, aurait aussi de l'intérêt pour la France, car il me paraît difficile 
que vous puissiez faire deux récoltes satisfaisantes dans la même année. 
Vous ai-je dit que, de la seconde ponte, j'ai élevé, l'année dernière, en 
chambre, quelques vers qui, dans les derniers temps, ont dû se contenter 
de feuilles sèches et n'avaient pas l'air d'en trop souffrir. Ils ont fait leur 
cocon et la chrysalide est bien portante. 

m Je vous ai accusé réception des cocons de Cynthia. Ils sont arrivés en 
bon état. Je vous réitère mes remerciements et vous prie de ne pas 
m'oublier dans les distributions que vous pourriez être à même de faire, 
.le recevrais aussi avec grand plaisir tout envoi de graines de plantes qui 
se prêteraient à des essais d'acclimatation en Pologne. » 

— M. le colonel d'Arnaud-Bey écrit de Marseille: « Le souvenir d'une 
séance extrêmement intéressante, presque entièrement consacrée à l'in- 
dustrie de la Ramie ou China-grass, que nous avons eue, a appelé mon 
attention sur la matière, lorsque en passant <à Avignon, je me suis trouvé 
par hasard en contact d'hommes spéciaux de différentes nationalités ve- 
nant à l'effet de voir, de visu, les grandes pépinières, mais surtout une 
machine à décortiquer les tiges de la racine, de l'invention de M. P. A. 
Favier, de Villefranche, opération qui a présenté jusqu'ici des difficultés 
sérieuses. 

» J'ai aussitôt demandé à me joindre à ces messieurs, et nous nous 
sommes acheminés vers la siège de la Société, oîi nous avons été accueil- 
lis avec une grande affabilité par M. P. A. Favier, directeur de la Société 
française de la Piamie à Avignon, à qui revient l'honneur de la découverte 
de ce procédé de décortication si longtemps cherché; là M. Favier nous 
a donné toutes les explications désirables et il a fait fonctionner devant 
nous sa machine, d'une très grande simplicité, exigeant en outre peu de 
force, pour donner un travail parfait, au dire de ces messieurs, plus 
compétents que moi dans la matière. 

» Après cela on a mis sous nos yeux toutes les diverses préparations 
que l'on fait subir à la Raniie pour la rendre propre aux divers usages 
que réclament les nombreuses industries qui l'emploient; enfin des échan- 
tillons d'étoffes variées, mélangées ou entièrement faites en Ramie. 

)) La possibilité de rendre industrielle la fibre de Ramie, que nous pou- 
vons parfaitement obtenir sur le littoral méditerranéen, en Algérie, au 
Sénégal, à la Réunion, à la Martinique, à la Guyane, à Saint-Pierre et 
dans nos établissements français de l'Inde et de l'Océanie, offre un si 
grand intérêt pour notre pays que j'ai cru devoir appeler de nouveau 
l'attention de la Société sur les résultats dont je viens d'être témoin. 

î Afin d'éviter de plus grands détails, je vous transmets ci-joint 

une brochure que vient de publier sur ce sujet M. Favier, auquel vous 

pouvez vous adresser si vous aviez besoin de plus amples informations. » 

— Des demandes de graines sont adressées par le Comice agricole de 

Brioude, ainsi que par MM. Beaufour, J. Cocchi et d'Augy. 



FROCÈS-VERBÂUX. 



167 



— M. Guiseppe Gnecchi écrit do Milan : « Les essais Je culture que 
j'ai faits encore dernièrement, ne permettent pas de tirer de renseigne- 
ments positifs et précis sur le rendement du Téosinté. 11 faut d'ailleurs 
l)ien des essais pour arriver à une culture rationnelle quand on ne pro- 
cède que par tâtonnement. 

» Un point de la plus haute importance a été cependant éclairé. J'ai 
«ultivé, à côté l'une de l'autre, deux pièces de terre de 200 mètres carrés 
<;hacune ; semant dans l'une de la graine d'une provenance et dans 
l'autre delà graine d'une autre provenance. La fumure, les labours, le 
jour du semis ont été les mêmes pour les deux pièces. Eli bien, le 
produit en fourrage vert a été en raison de cent mille kilos, nombre 
rond dans l'une et presque insignifiant dans l'autre. La cause en est dans 
la différence entre les sujets obtenus des deux graines. Les premiers ont 
levé suffisamment bien et ont donné des tiges bien droites, à feuilles 
lisses, les autres ont levé imparfaitement, et n'ont donné que des tiges 
tout à fait couchées, à feuilles frisées. 

» Je n'ai pu d'ailleurs trouver aucune différence extérieure entre les 
graines des deux provenances. Tant qu'on ne pourra pas être siir de la 
variété dont on dispose, il sera prudent de faire quelques essais avant 
de s'engager dans une culture de quelque importance. 

» Cette énorme différence de produit d'une variété à l'autre, à condi- 
tions égales de culture, explique, au moins en 1res grande partie, les 
différences d'opinion qui existent sur le Téosinté. 

» Dans la Chronique du 5 avril 1882 une distribution de noix de Pa- 
canier était annoncée. Peut-être la Société apprendra-t-elle avec intérêt 
que cette essence est parfaitement acclimatable en Lombardie. Je pos- 
sède trois de ces arbres obtenus de noix mises en terre il y a 25 ans 
environ. Le plus grand a de 5 à G mètres de hauteur, mais aucun des 
trois n'a jusqu'à présent donné de fruits. )) 

— M. le Président annonce l'ouverture du scrutin pour l'élection du 
bureau et d'une partie des membres du Conseil, et il désigne pour faire 
le dépouillement des votes une Commission composée de M.\L Ménard, 
le vicomte d'Esterno, P. Chappellier, X. Dybowski, Grisard et Fallou. 

— M. Raveret-Wattel signale un mémoire très intéressant publié dans 
le journal de la Société des Arts, de Londres, par M. Alfred Wailly, qui 
rend compte de ses éducations de différents Bomhyciens Séricigènes exo- 
tiques, et qui indique un procédé ingénieux pour l'emballage de cocons 
vivants destinés à être expédiés au loin. 

M. le Secrétaire des Séances dépose ensuite sur le Bureau, de la part 
de M. de Behr, président de la Société allemande de pisciculture, un 
lot important de graines de Balsamine géante (Impatiens (tranduligera). 
Cet envoi est accompagné d'une note (voy. au Bulletin), qui fait connaître 
que la Balsamine géante est une plante vigoureuse et très florifère, qui 
fournit en août et septembre une ressource précieuse pour la nourri- 



168 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

tare des abeilles. — Des remerciements seront adressés au donateur, 

— M. Millet donne lecture d'un travail sur les mœurs des poissons 
migrateurs et sur l'emploi des échelles à Saumon (voy. au Bulletin). 

— A l'occasion de cette communication, dans laquelle M. Millet signale 
la ressemblance très grande qui existe entre le jeune Saumon ou Tacon, 
et la Truite, et ajoute qu'on éprouve souvent de la difficulté à distin- 
guer entre eux les deux poissons, M. Uaveret-Wattel dit que le Saumon 
peut toujours se reconnaître à la frange de la nageoire adipeuse, qui 
est de couleur noire ou brune, tandis que chez la Truite elle est d'une 
teinte plus ou moins rougetâtre. M. le Secrétaire rend compte ensuite 
d'observations faites en Angleterre sur les habitudes du Saumon à l'épo- 
que de la remonte. 

— Au sujet des renseignements donnés dans la communication de 
M. Millet, sur la montée d'anguilles, M. Hédiard fait connaître qu'on 
pèche dans la rivière de Bilbao des quantités considérables de ces anguil- 
lettes qui sont connues en Espagne sous le nom A'Angoules et qui don- 
nent lieu à une industrie locale : on en prépare des conserves en boîtes. 
Une boîte de la dimension d'une boîte de 40 sardines peut contenir jusqu'à 
200 de ces petites anguilles. 

— M. le Président fait connaître le résultat du scrutin. Le nombre des 
votants était de 344. (Outre les billets de vote déposés par les membres 
présents, beaucoup de bulletins avaient été envoyés sous pli cacheté et 
contre-signe). Les votes ont été répartis de la manière suivante : 

Président : MM. Henri Bouley 344 

Vice-Présidents : Docteur Ern. Gosson 344 

Comte d'Éprémesnil 341 

De Quatrefages 344 

Marquis de Sinéty 343 

Secrétaire général : A. Geoffroy Saint-Hilaire 342 

Secrétaires : E. Dupin 313 

Maurice Girard 342. 

Raveret-Wattel 34a 

Flury-Hérard 34a 

Archiviste-bibliothécaire : A. Berthoule 344 

Membres du Conseil : Camille Dareste 343 

Alfred Grandidier 33i^ 

Docteur Henri Labarraque 343 

E. Roger 342 

En outre, plusieurs des membres ci-dessus désignés ont obtenu un 
certain nombre de voix pour des emplois différents de ceux que leur a 
assignés la majorité des suffrages. D'autres sociétaires ont également 
obtenu des voix pour diverses fonctions. 



PROCÈS- VERBAUX. 169 

En conséquence, sont élus pour l'année 1883_: 

Président : MM. Henri Bouley. 

Vice-Présidents : D' Ernest Cosson. 

Comte d'Éprémesnil. 

De Quatrefages. 

Marquis de Sinéty. 
Secrétaire général : A. Geoffroy Saint-Hilaire 

Secrétaires : E. Dupin. 

, D'' Maurice Girard. 

Raveret-Wattel. 

Flury-Hérard. 
Archiviste-bihliothécaire : Amédée Berthoule. 
Membres du Conseil : Cuinille Dareste. 

Alfred Grandidier. 

Docteur Henri Labarraque. 

E. Roger. 

— M. de Fiennes fait une intéressante communication sur un procédé 
de destruction des Loutres (voy. au Bulletin). 

— M. Grisard donne lecture d'une note de M. Louis Boutan ayant pour 
titre : « Le Phylloxéra en Australie ; moyens employés pour le com- 
battre. » 

— M. de la Chassagne estime que les moyens indiqués dans cette 
note: l'arrachage de la vigne, l'emploi du sulfure de carbone, etc., 
sont impuissants contre l'envahissement du Phylloxéra. En Suisse, en 
Autriche, partout oii on les a employés, ces moyens ont échoué. Aussi 
la Société des agriculteurs de France n'a-t-elle pas cru devoir appuyer la 
proposition de M. le colonel Meinadier, qui en recommandait l'emploi 
pour l'Algérie. 

— M. Saint- Yves Ménard présente à l'Assemblée un appareil inventé 
par M. Rodier, propriétaire viticulteur à Briare (Loiret), pour le soufrage 
des vignes atteintes de l'oïdium. C'est une sorte de petite cassolette en 
fer-blanc, dans laquelle on fait brûler du soufre et qui sert à diriger l'acide 
sulfureux qui se dégage tant sur le bois que sur les jeunes pousses, les 
feuilles et le raisin. Cet appareil, désigné par l'inventeur sous le nom de 
lampe vigneronne sulfureuse, doit être employé immédiatement après la 
taille de la vigne, puis surtout au moment de l'aoutage : son emploi 
permet un soufrage plus énergique que les procédés employés jus(iu'à ce 
j our, et M. Rodier déclare avoir obtenu d'excellents résultats. 



Î70 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 16 MARS 1883. 
Présidence de M. Henri Bouley, Président. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 
- M. le Président proclame les noms des membres nouvellement 
admis par le Conseil, savoir : 

MM. . PRÉSENTATEURS. 

ï3LiGNiÈRES(Géleslin de), propriétaire, homme / H. Bouley. 

de lettres, rue de Longchamps, 38, à - Leclerc. 

Neuilly (Seine). ( Maurice Girard. 

r)OYRON (docteur Georges), secrétaire du H. Bouley. 

Conseil général de la Creuse, à Chatelus- ] J. Grisard. 

Malvaleix (Creuse). ; Raveret-Wattel . 

Daux (l'abbé Emmanuel), fauboursr Sapiac, \ , ' ,„<, , 

,_,,,., ,T . n X le comte d Epremesnil. 

47, a Montauban (rarn-et-Garonne). > p , « aa"^ f* i 

\ lltlVGrGl" VV tlllGl . 

Gavinet (Jean-Louis-Alfred), juge de paix du / H. Bouley. 
canton de Douvres, à la Délivrande (Cal- ] Raveret-Wattel. 
vados). \ le marquis de Sinély. 

Gaspard (Félix), notaire, à Saint-Jean-de- l „' ,' 

D /, < \ - Raveret-Wattel. 

Bournav Hsere). , . , „. , 

(le marquis de Sinety. 

à^^.,^ /Al- \ •'. • ' r>i • r • H. Bouley. 

Geliot (Adrien), propriétaire, a Plainfaing ^ , p. , 
/\j ^ . J. Clarté. 

(Vosges). i ^ ,,, , 

^ ° ^ Raveret-V/attel. 

Gennadius, inspecteur de l'agriculture, direc- [ H. Bouley. 

teur du Jardin dendrologique de l'État, à ] Maxime Cornu. 

xVthènes (Grèce). ( Saint-Yves Ménard. 

Guillet (Lucien), négociant, rue Laffitte, 9, i „ '. ^. ^\,. 

, T, . "a ' ' ' ' Saint-\vesMenard. 

* Pans. i „T 1 

, Raveret-Wattel. 

JOLY (Charles-Ovide-Plessis), ancien notaire, ( J^'^°"^^7' 
rue de James, Moulins-Engilbert )Nièvre). i l grisard. 

° ' ^ [ Saint-Yves Ménard. 

Lecoq (Joseph), propriétaire, château du Hil- H. Bouley. 
gny, commune de Plogarlel-Saint-Germain ^ Maurice Girard. 
(Finistère). ( Jules Grisard. 

Cbcnet. 
Lutman (Léopold), 78, rue Monge, ù Paris. ^ A. Porte. 

' A. Geoffroy Saint-Hilaire. 



rUOCÈS-VERCAUX. 171 

^IJI, PRÉSENTATEURS. 

Nouvel (Georges), propriétaire, au cliàteau de ( H. Bouley. 

la Ronce, commune de Fontaine-sous-Jouy, . le comte de Foy. 

canton sud d'Évreux (Eure). ' le baron Gérard. 

. ^ • .n, MX . , ( H. Boulev. 
PiNAUD (H.), négociant, a Santiago (Ch.l.), Il, ^ g^^g-^^^ Saint-Hilaire. 

rue Magenta, à Asmères (StMne). ( ^^^^^^^,^ ^^^^,^^ 

( DcsbrossGS. 
POLACK (Jules), courtier de commerce, avenue ^ Geoffroy Saint-Hilaire. 

de Neuiliy, 189, à Neuilly (Seine). ( Saint-Yves Ménard. 

REViLLON(Eugène-.\natoie), négociant, 9, bou- ( H. Bouley. 

levard Ricbard-Wallace, à Neuilly-Saint- j Théodore Revillon. 

.lames (Seine). ( le marquis de Sinéty. 

, , , , , . 1 H. Bouley. 
RlCHET, professeur a la Faculté de médecine, \ j^^^^^ ^^ p^^.^ 

rue de l'Université, 15, à Paris. \ Raveret-Wattel. 

^ ., . ., , , ., / H. Bouley. 

.Saffers (Emile), juge au tribunal de première \ ^^.^^ ^^'^^ mn^'A 

instance de la Seine, rue Laflitte, 9, à Paris. \ ,^ ^^^^^.^^.^ ^^^ ^.^^.^^ 

. „ . ^ „, A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

\1G0UR (Jules), notaire, a Saint-Sorvan (Ille- \ 5^^,^^.^,^, ^^nard. 

^'-^*'^'"^)- ( A. Porte. 

— M. le Ministre des travaux publics adresse la lettre suivante : 

« Monsieur, vous avez bien voulu me demander d'appeler l'attention 
<les Compagnies de chemins de fer sur les soins que réclame le transpori 
des œufs vioants de poisson que la Société Nationale d'Acclimatation 
distrihue gratuitement, chaque année, aux personnes et sociétés qui s'oc- 
cupent de pisciculture. 

» Je m'empresse de vous informer que je viens d'écrire aux grandes 
Compagnies, ainsi qu'à TAdministration des chemins de fer de l'Etat, 
pour leur demander de veiller à ce que leurs agents observent exacte- 
ment les précautions indiquées pai- les étiquettes spéciales que la Société 
<rAcclimatatio!i appose sur ses colis. 

j Recevez, etc. 

» Le Ministre des travaux publics, 
» 0. Raynal. » 

— M. A. Mairet, faisandierchez M. Pierre E. Rodocanachi, au château 
d'Andilly (Seine-et-Oise), écrit à M. le Secrétaire général la lettre sui- 
vante, en date du 8 mars : « L'année dernière, j'ai eu l'honneur de vous 
informer que notre femelle de Goura Victoria avait pondu trente-cinq 
jours en avance sur l'année 1881 ; l'œuf, qui a été couvé par les parents 
à l'air libre, a mis trente et un jours pour éclore, à cause des nuits 



172 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

froides, où le thermomètre descendait à zéro. Le jeune, né chétif, n'a 
pas vécu; il est mort au bout de trois jours. 

» Une deuxième ponte a eu lieu le 1" juillet, ce qui nous a donné, le 
30 du même mois, un jeune fort et robuste ; élevé par les parents, il a 
pris aujourd'hui sa livrée d'adulte. 

> L'échec que j'ai éprouvé sur ma première ponte a fait que j'ai dû y 
remédier, et je viens cette année vous annoncer que j'ai pu obtenir, 
après bien des difficultés, une avance sur l'année dernière de soixante- 
quatre jours, et sur l'année 1881 de cent jours, ou trois grands mois; 
je pense qu'avec cette avance nous pourrons obtenir deux reproductions 
dans la même année. Nos Gouras couvent à l'intérieur de la cabane, dans 
une boîte semblable à celle décrite dans ma première note, et à quelques 
mètres de l'appareil de chauffage. 

» Les deux jeunes Gouras que nous possédons font très bon ménage 
ensemble, mais je ne puis pas encore savoir si nous avons mâle et femelle. 
Une seconde génération obtenue en France serait fort intéressante. 

> La reproduction que j'ai obtenue de deux espèces de Faisans rares 
m'oblige à vous en dire un mot. 

> Faisan d'Elliot. Une poule de cette espèce nous a donné l'année 
dernière vingt œufs. Sur ce nombre, j'ai élevé dix-huit jeunes. 

» Faisan de Sœmmerinfj . Sur quinze œufs, j'ai élevé dix jeunes. Ces 
deux espèces, qui se rapprochent beaucoup du Faisan ordinaire, ont un 
grand avenir comme gibier, étant originaires du Nord, l'une de la Chine 
et l'autre du Japon. Elles se recommandent aux amateurs de chasse pour 
leur rusticité à supporter nos hivers et la facilité avec laquelle on peut 
les élever. Ni l'une ni l'autre ne sont sujettes aux vers du larynx; elles 
ont une grande valeur comme oiseaux de table, et sont remarquables par 
la beauté de leur parure. 

» La ponte du Faisan d'Elliot commence du 8 au 12 mars et finit au 
25 avril, époque à laquelle les Faisans ordinaires commencent leur ponte. 
Sur vingt œufs que j'ai recueillis et mis à couver sous des poules, j'ai 
obtenu vingt jeunes; le premier éclos a été mangé en partie par la poule 
couveuse; un autre étant né les pattes sur le dos, j'ai àt. l'étouffer; les 
dix-huit autres ont été élevés et livrés dans différents établissements de 
1 Europe, et j'ai tout lieu d'espérer que cette année les descendants de la 
première paire, importée en 1879, produiront de quoi garnir une chasse 
princière. 

ï La ponte du Faisan de Sœmmering commence du 15 au 20 avril 
pour finir au 20 mai , les jeunes s'élèvent rapidement ; à l'âge de cinq 
mois ils ont revêtu le plumage adulte, et ils se reproduisent dès la pre- 
mière année, s 

— MM. Burky, Clémot, de Lonlay, Martial, Léon Mérat, 31athey et le 
comte G. de Saint-Innocent, accusent réception et remercient descheptels 
qui leur ont été accordés. 



PROCÈS- VERBAUX. 178 

— M. Arthur Schotsmans rend compte de la perte du mâle de son 
cheptel de Canards de Bahama. 

— M. Duplantier demande à faire le renvoi de son cheptel de Lépo- 
rides. 

— M. Clémot annonce le renvoi de son cheptel de Canards du Pa- 
radis. 

— M. Ferary demande des renseignements sur la nourriture à donner 
aux Faisans qui lui ont été confiés. 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. Sommier et 
Egal-Tible. 

— MM. Bernard-Talhandier, Delgrange et Renouard accusent réception 
des œufs de Salmo fontinalls qui leur ont été expédiés. 

— M. le docteur Adrien Sicard adresse une demande d'œufs de Salmo 
fontinalis. 

— M. Bernard-Talhandier fait parvenir une demande de Grenouilles- 
Bœufs et de montée d'Anguilles. 

— M. Martial fait connaître que les œufs de Corégone qu'il a reçus lui 
ont donné environ quinze cents alevins très beaux et très vifs. Notre con- 
frère ajoute qu'il serait heureux de recevoir un nouveau lot d'œufs, dans 
le cas où la Société en ferait une seconde distribution. 

— M. le professeur Spencer F. Baird annonce l'envoi qu'il compte 
faire prochainement à la Société de quinze mille œufs de Saumon des 
lacs {Salmo salar, var. Sebago). 

— M. Raveret-Wattel rappelle à cette occasion que le Saumon des lacs 
de l'Amérique du Nord, qui est un poisson non migrateur et dont les 
conditions d'existence se rapprochent ainsi de celles de la Truite, serait 
une espèce très intéressante à acquérir pour nos eaux douces, en raison 
de l'excellente qualité de sa chair et de la rapidité de sa croissance. 

— M. le Président de la Société Linnéenne du nord de la France adresse 
un rapport sur les résultats donnés par les œufs de Truite des lacs et de 
Salmo Xamaijcush envoyés à cette Société. 

— M. Gh. Renouard fait parvenir une réponse au questionnaire relatif 
à la pisciculture; il y joint les renseignements suivants : « Tous les éle- 
vages déjà faits par mes soins n'ont produit que de faibles résultats dans 
les eaux de deux de mes propriétés; mais le pays en a profité, car les 
jeunes poissons ont dû suivre le courant des ruisseaux de trop plein qui 
sortent de mes étangs et aller peupler les rivières voisines, c'est-à-dire 
la Monne, la Vie et la Touques d'une part, et l'Ure et l'Orne d'autre 
part. » 

— M. Banmeyer adresse la lettre suivante : c Je viens de visiter les 
établissements de pisciculture de Virelles et de Chaulieu, et j'ai eu le 
plaisir de constater que les œufs d'Omble-Ghevalier {Salmo salvelinus) 
que vous avez eu l'obligeance de m'envoyer sont parfaitement éclos; il 
en est de même des Coregonus albus, des Salmo Namaycush, qui vien- 



174 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

lient également fort bien ; ces jeunes alevins sont pleins de vie. Quant 
aux œufs de Truite du lac de Garde, envoyés dernièrement, nous en 
attendons l'éclosion d'un jour à l'autre. C'est à peine si nous avons perdu 
en moyenne 3 pour 100 de ces œufs. Les soins les plus assidus sont 
donnés à ces difiérentes espèces, et je suis heureux d'en communiquer 
les bons résultats. Tout fait prévoir que la période d'alevinage sera aussi 
heureuse que celle de l'incubation. » 

— M. Max. Cornu, inspecteur général de la sériciculture , lAI. le Di- 
recteur de l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon et M. le Directeur 
de la station séricicole de Montpellier, accusent réception et remercient 
de l'envoi qui leur a été fait de la graine de Ver à soie de la variété 
dite Verdolina Casait. 

— M"" veuve Simon écrit de Bruxelles : c Nous poursuivons avec 
persévérance notre propagande séricicole, persuadés que l'agriculture, 
dont les revers sont immenses, ne peut manquer de retrouver des jours 
prospères. Nous vous ferons connaître le plus possible nos Bombyx, afin 
que, lorsque des jours meilleurs viendront, l'industrie puisse prendre un 
nouvel essor. Nos dispositions sont prises pour offrir à la Société quel- 
ques centaines de grammes de graine à'Attacus Pernyi de seconde 
récolte. Nous serions heureux de donner l'occasion d'expérimenter en 
France la seconde récolte de Pernyi. » 

— Des demandes de graines sont adressées par MM. Delalande, Chiffel, 
Mathey, d'Augy et Gnecchi, ainsi que par la Société nantaise d'horti- 
culture et par le Comice agricole de Brioude 

— M. le comte de Bouchaud de Bussy écrit de Lyon : « Les Bambous 
que j'ai reçus il y a quelques années delà Société d'Acclimatation sont 
les B. violascens, viridi-glaucescens, Simoni, Quilloi. J'avais déjà les 
Bambusa mitis, aurea, nigra, gracilis et scriptoria. Ceux qui ont pris 
le plus de développement sont les B. mitis, violascens, nigra et aurea. 
Us atteignent (les B. violascens et nigra) environ 6 ou 7 mètres de 
hauteur et un diamètre de 0,03 à 0,035. Le Mitis atteint jusqu'à 8 et 
9 mètres de hauteur sur 0,0i à 0,05 de diamètre. Ils sont de belle venue 
et pourvus d'un feuillage fort abondant. Us drageonnent à d'immenses 
distances, et on a toutes les peines du monde à les arrêter dans leur 
travail souterrain. Le B. Quilioi, jusqu'à présent, est loin d'égaler la 
vigueur même de B. aurea. Cependant, la description dont il a été l'objet 
lui attribuerait une taille plus élevée que celle que je lui ai vu prendre 
chez moi jusqu'à ce moment. Il ne paraît pas d'ailleurs plus délicat que 
les autres, et je serais disposé à croire qu'il a été mal étiqueté. Quant 
au viridi-glaucescens, il fleurit continuellement et ne donne que de très 
médiocres pousses. Est-ce bien le viridi-glaucescens ? 

» Le B. nigra est un des plus beaux et plus vigoureux chez moi. 
» Le B. scriptoria est joli et assez vigoureux. Mais il est infiniment 
plus sensible au froid que les autres. 11 pousse, du reste, beaucoup plus 



PROCÈS-VERBAUX. 175 

tard, et ses pousses sont encore incomplètement développées quand sur- 
vient l'hiver. 

» Le B. gracilis est souvent éprouvé par les hivers. 

» J'ai depuis peu de temps le B. à tiges carrées. Mais il n'a pas encore 
donné de tiges assez fortes pour me permettre de bien l'apprécier. Il a 
commencé cet été dernier à végéter avec assez de vigueur, ce qui me 
paraît d'un excellent augure pour la saison prochaine. 

» Les Chamœrops exceha, qui proviennent de graines qu'a bien voulu 
m'envoyer dans le temps la Société d'Acclimatation, sont au nombre 
d'une trentaine. Ils ont environ l^.SO à l'",50 de hauteur et sont on ne 
peut plus vigoureux. Us se distinguent entre eux, pour quelques-uns du 
moins, par un port plus ou moins érigé ou étalé et des feuilles de teintes^ 
assez différentes. Us n'ont pas encore fleuri. Ils doivent avoir une dou- 
zaine d'années de semis. Plusieurs ne tarderont pas à fleurir, car ils 
sont très forts. 

» 'en possède quelques pieds plus anciens, et que j'avais acquis de 
divers côtés ; aussi fructifient-ils et fleurissent-ils abondamment depuis 
quelques années déjà; il en est qui ont 3 mètres à A mètres de hauteur 
et restent cependant assez bien garnis de feuilles. Us sont fort beaux et 
sont très remarqués de mes visiteurs. 

» J'ai l'honneur de vous expédier aujourd'hui une boîte desdites graines 
récoltées cet hiver. Il y en a environ 3 kilogrammes, que la Société 
d'Acclimatation pourra distribuer à son gré, trop heureux que je suis si 
quelques-uns de nos collègues peuvent en retirer quelque profit et 
quelque utilité 

» Jusqu'à présent je n'ai pas trouvé à uUliser d'une façon satisfaisante 
mes Bambous. Cependant j'ai cherché à les vendre, mais sans en trouver 
de placement assuré. Si la Société d'Acclimatation pouvait me donner 
quelques indications à ce sujet, je lui en serais profondément reconnais- 
sant, désirant tout naturellement tirer parti de ces intéressantes grami- 
nées, cultivées chez moi, au château de Roussan, dans les Bouches-du- 

Khône. 

» Si la Société avait en distribution quelques nouveaux et remarqua- 
quables Bambous, je lui saurais un gré infini de m'en envoyer quelques 
éclats ce printemps. De même que je me mets à sa disposition pour en 
remettre à un certain nombre de membres de la Société qu'elle me dési- 
gnerait. 

> Si la Société avait également quelques nouveaux végétaux de plein 
air, dignes d'intérêt, à répartir entre les sociétaires de bonne volonté, 
je m'ofl're volontiers pour qu'il m'en soit remis quelques spécimens, 
m'engageant à en faire l'objet d'un rapport annuel. » 

— M. AUigné écrit de Vire : « Les Bambous que la Société a bien 
voulu me confier en cheptel l'année dernière, au mois de mai, ont eu 
une végétation aérienne presque insignifiante, probablement à cause de 



176 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

la saison avancée dans laquelle ils ont été transplantés, quelques tiges 
ne dépassant pas 59 à 60 centimètres en hauteur. Mais je me suis trouvé 
fort étonné, ces jours derniers, en faisant labourer le terrain entre les 
touffes qui sont espacées de 4 mètres environ, de trouver à une touffe de 
violacens une racine traçante de 2 mètres de longueur et un peu plus 
grosse qu'un porte-plume. J'espère que cette année ils feront de rapides 
progrès, car le sol dans lequel je les ai plantés est exceptionnellement 
bon ; c'est un terrain d'alluvion, situé sur le bord d'un cours d'eau, qui 
est toujours frais, sans jamais être submergé. » 

— M. Jules Delalande écrit de Bayeux : « Je vous demanderai la per- 
mission de critiquer un peu le mode de plantation de la noix du Cary>a 
olivœformis indiqué dans la Chronique. 

» En règle générale, on doit planter isolément toute graine qui, une 
fois levée, présente des difficultés à la transplantation. En supposant que 
l'on sème trois ou quatre noix par trou, il se présente deux cas. Le pre- 
mier est la germination de toutes les graines; mais, au moment où l'on 
est forcé d'arracher les plants qui gêneraient la végétation du Carya 
que l'on conserve, on ne peut le faire sans souvent briser le chevelu de 
la jeune plante, ce qui arrête sa végétation et souvent la fait mourir. 
Dans le deuxième cas, il peut se trouver des graines de gâtées, et ces 
graines, entrant en décomposition, font mourir la graine qui a poussé. 
Voici le mode à employer pour les graines germées ou développées et 
difficilement transplantables : Planter séparément, soit en pleine terre, 
soit en pot, et de préférence en pot, ce qui permet de choisir, au mo- 
ment où la plante est développée, l'emplacement définitif qu'elle d'oit 
occuper. Par ce système, les plants ne subissent aucun danger de trans- 
plantation. » 

— M. Clogenson adresse une demande de Bambous et de Vignes 
nouvelles. Par une autre lettre, M. Clogenson rend compte de la situation 
des végétaux qui lui ont été confiés. 

— M. de Lonlay adresse un rapport sur ses cultures de végétaux exo- 
tiques. 

— M. Pontet écrit d'Aurillac : « Les cinq plantes qui m'ont été adres- 
sées le 20 avril 1882 ont assez bien prospéré, sauf cependant VOsman- 
thus illicifolius, qui est toujours fort malingre. » 

— M. Dareste signale une monstruosité qu'il a récemment observée 
sur un embryon de Gasoar, et qui consiste en ce qu'une partie de la tête 
se trouve adhérente au jaune de l'œuf par une bride membraneuse. 
Bien qu'extrêmement rare, le fait n'était pas absolument inconnu. Une 
observation du même genre a été faite en 1827 par Etienne Geoffroy 
Saint-Hilaire, sur un embryon de Poule, qui, de même que celui du 
Casoar, s'était trouvé dans l'impossibilité d'éclore. M. Uareste ajoute que 
ie sujet monstrueux qu'il met sous les yeux de l'assemblée présente une 
hernie de l'encéphale; les hémisphères cérébraux forment une sorte de 



PROCÈS-VERBAUX. 177 

tumeur en dehors de la tête, anomalie qui n'est pas incompatible avec la 
vie. Elle se produit parfois chez des Poulets, sur lesquels on voit la 
tumeur se compléter extérieurement par la formation d'une peau cou- 
verte de plumes, et intérieurement par l'ossification de la partie du crâne 
membraneux qui se trouve au-dessous de la peau. Cette conformation 
anatomique se trouve réalisée d'une manière constante dans la Poule dite 
de Padoue; et, fait très singulier, c'est que, jusqu'à la fin du siècle der. 
nier, cette race de Poules ne présentait ce caractère héréditaire que 
dans le sexe femelle. Depuis, la même conformation s'est propagée du 
sexe femelle au sexe mâle. En s'occupant d'expériences sur la formation 
des monstruosités, M. Dareste a eu très souvent occasion de constater 
l'apparition de cette hernie cérébrale sur des Poulets qui n'appartenaient 
pas à la race de Padoue, et il estime que si l'on avait élevé ces oiseaux, 
ils auraient pu devenir la souche d'une race tout à fait comparable à cellft 
de Padoue. Cette tumeur céphalique, formée par une hernie de l'encé- 
phale, a été observée chez d'autres oiseaux, le Canard notamment, et il 
est probable que si l'on suivait les expériences sur une échelle suffisante, 
on arriverait, pour toutes les espèces d'oiseaux, à produire des races 
analogues à la race des Poules de Padoue. 

— 31. Saint-Yves Ménard rappelle à ce sujet qu'un très grand nombre 
de nos races d'animaux domestiques n'ont pas d'autre origine qu'une 
anomalie quelconque devenue héréditaire, et souvent fixée par la sélec- 
tion. On peut citer comme exemples les races de Lapins et de Moutons 
sans oreilles, de Chiens à courte queue, de Chiens bassets, etc. Il existe 
en Amérique une race de Bœufs à tête raccourcie, dite à tête de boule- 
dogue; l'origine en est inconnue, mais il est facile de l'entrevoir. Toutes 
les personnes qui s'occupent de monstruosités savent, en effet, qu'on voit 
parfois des Veaux à tête de bouledogue naître de Vaches très bien consti- 
tuées. Le fait s'est notamment produit l'année dernière au Jardin d'Ac- 
climatation, où les visiteurs étaient frappés de la conformation singulière 
de l'animal. H y avait là une anomalie susceptible d'être héréditaire si le 
sujet eût vécu et qu'on eût voulu en tirer souche. 

De semblables faits n'ont pas qu'un intérêt de curiosité, car les modi- 
fications devenues héréditaires peuvent porter sur des détails très impor- 
tants pour l'éleveur; par exemple, sur la laine, s'il s'agit de Moutons, ou 
sur le développement des muscles chez tous les bestiaux. Les Mérinos de 
Mauchamp, les Bœufs de Durham, ont pour souche un animal unique, 
dont les caractères, transmis à ses descendants, ont été fixés par la sélec- 
tion. Un des plus puissants moyens que nous ayons pour modifier les 
animaux, c'est donc l'observation et la mise à profit des hasards de la 
reproduction, (jui mettent à notre disposition certains sujets présentant 
certaines particularités Sjiéciales, les unes avantageuses, les autres inté- 
ressantes seulement au point de vue scientifique. 

— M. Camille Dareste a vu il y a une quinzaine d'années, dans le 

3« SÉRIE, T. X. — Mars 1883. 12 



178 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

département du Nord, un Veau à tête de bouledogue. La pièce a été 
montée; elle appartient au musée de Lille. 

Des photographies, qu'il en a fait faire à celte époque, seront mises 
par M. Dareste sous les yeux de la Société dans sa prochaine séance. 

— M.Jules Gautier donne lecture [d'un rapport fait au nom de la 
Commission de la chasse concernant un projet de loi sur les animaux 
nuisibles (voy. au Bulletin). 

Les conclusions de ce rapport sont mises aux voix et adoptées à l'una- 
nimité. L'assemblée décide que le rapport et le projet de loi qui l'accom- 
pagne seront adressés à M. le rapporteur de la Commission du projet de 
loi sur la chasse, à la Chambre des députés, à MM. les Ministres de l'in- 
térieur et de l'agriculture. 

— A l'occasion de la lettre de M. Mairet, qui signale une monstruosité 
observée chez un jeune Faisan, M. Dareste dit que les déviations des 
membres sont assez fréquentes dans les monstruosités artificielles. Ce 
fait se produit lorsque le corps de l'embryon est comprimé par l'amnios. 
Dans ces conditions, les membres peuvent être plus ou moins gênés, et 
alors tantôt ils s'atrophient plus ou moins, tantôt ils sont contournés, 
renversés de différentes façons. C'est probablement d'un fait de ce genre 
dont parle M. Mairet. 

— M. Jean Dybowski fait une intéressante communication sur la Bar- 
dane comestible du Japon (voy. au Bulletin). 

En réponse à des questions qui lui sont posées par M. le Président, 
ainsi que par MM. Millet et de Barrau de Muratel, M. Dybowski fait con- 
naître que cette plante ne craint pas la gelée et peut être cultivée dans 
tous les déparlements de la France, qu'elle ne paraît pas épuisante pour 
le sol et qu'elle peut réussir dans tous les terrains oîi croît la Bardane 
commune. 

— M. Decroix rend compte d'expériences faites sur l'utilisation, pour 
la nourriture des chevaux, du produit connu dans le commerce sous le 
nom de tourteaux de Cocotier. 11 résulte de ces expériences, faites sur 
des chevaux de l'armée, que les tourteaux peuvent être substitués à 
l'avoine dans une certaine proportion, sans inconvénient pour la santé 
et la vigueur des chevaux, et que cette substitution permettrait de réa- 
liser une économie annuelle de 50 francs par tète de cheval (voy. au 
Bulletin). 

— M. Hédiard demande si les tourteaux n'ont pas une forte odeur de 
rance. La farine de coco, fraîchement préparée, est très agréable au goût ; 
la maison Siraudin en a préparé des bonbons qui ont joui d'une certaine 
vogue ; mais cette farine rancit vile. 

— M. Decroix répond que les tourteaux ont, en effet, une rancidilé très 
accentuée; mais que néanmoins, les chevaux, qui généralement refusent 
tout d'abord cette nourriture, l'acceptent sans grande difficulté quand 
on les met à la diète pendant quelques heures. 



PROGÈS-VERtJAUX. 179 

— M. le Président fait observer que la Commission d'hygiène hippique, 
chargée parle Ministre de la guerre d'étudier la question, n'a pas encore 
déposé son rapport. 

— M. Dybowski rappelle que les soi-disant tourteaux de Cocotier pro- 
viennent en réalité de VEUm Guineensis, dont le fruit a toujours un 
goût rance quand il n'est pas frais. 

— M. le Président désirerait savoir si la production est abondante et 
si elle pourrait subvenir aux besoins de la consommation, dans le cas où 
ces tourteaux viendraient à être réellement acceptés en Europe pour 
l'alimentation du cheval. 

— M. Dybowski estime que la production doit être considérable, attendu 
que des flottes entières de navires marchands vont chaque année sur les 
côtes de Guinée (patrie de VElaïs Guineensis) y chercher un plein char- 
gement des fruits, lesquels sont utilisés particulièrement à Londres et à 
Marseille pour l'extraction de l'huile. 

— M. de Barrau de Muratel rappelle que c'est cette huile qui est dé- 
signée dans le commerce sous le nom d'huile de palme. 

— M. Saint- Yves Ménard dit que les tourteaux d'Ëlaïs ont été essayés 
au Jardin d'Acclimatation pour l'alimentation des Vaches laitières. Sub- 
stitué dans une certaine proportion à la farine de maïs, ce produit a 
déterminé dans la production du lait une augmentation d'un vingtième 
environ. Aucune observation n'a été faite quant à la qualité du lait, 
auquel certains tourteaux oléagineux donnent un goût désagréable. Il 
en est de même des tourteaux de maïs provenant des fabriques d'amidon. 
Cette nourriture, qui augmente le rendement en lait d'une fagon extraor- 
dinaire, et qui amène un engraissement rapide, donne au Jait un goût 
d'ail très prononcé, et, détail assez curieux, ce goût ne se manifeste 
guère que vingt-quatre heures au moins après la traite. 

— M. Geoffroy Saint-llilaire fait connaître que la Compagnie générale 
des Omnibus a entrepris de son côté des expériences sur l'alimentation 
des chevaux avec la farine de Cocotier; on peut donc espérer avoir pro- 
chainement, pour apprécier la qualité de cet aliment, des renseigne- 
ments circonstanciés et émanant de sources absolument distinctes. 

— M. Hédiard dit qu'il existait il y a une quinzaine d'années à la 
Briche, près Saint-Denis, un établissement spécial pour la préparation 
de l'huile de coco. La bourre du fruit était utilisée comme crin végétal ; 
les coquilles servaient à fabriquer des boutons, et la sciure était em- 
ployée pour faire des fdtres. Cette exploitation, dont la cessation paraît 
avoir été amenée par des causes financières, pourrait, si elle était bien 
conduite, donner des résultats avantageux, attendu qu'on peut, dans 
certains pays, et notamment sur les côtes de Madagascar, se procurer 
des cocos en très grande quantité et au prix de 5 francs le cent, rendus 
au port d'embar([uement. 

— MM. Geoffroy Saint-llilaire, de Barrau de Muratel et Maurice Girard 



180 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

insistent sur ce point, qu'il ne faut pas confondre le Coco, ou fruit du 
Cocos nucifera, qui est volumineux, enveloppé d'une sorte de crin vé- 
o-étal, avec le fruit de 1' Elais Gidneensis, qui est de la grosseur d'une 
forte noix, et dont on obtient l'huile de palme. 

— M. Hédiard dépose sur le bureau des échantillons d'Ignames, sur 
lesquels il donne les renseignements suivants : 

Dioscorea alata. — Cette grosse Igname à chair blanche est très fari- 
neuse et mucilagineuse; on la cultive beaucoup aux Antilles; celles que 
j'ai l'honneur de vous présenter viennent de la Martinique. La pellicule 
est un peu rugueuse, de couleur gris de terre; la forme est longue, de la 
grosseur et de la longueur du bras; les racines pèsent environ de 5 à 
10 kil.; il y en a plusieurs variétés de cette taille, mais celle-ci est plus 
estimée. 

Les Ignames à chair violette se conservent beaucoup moins et ne sont 
pas aussi féculentes. 

On a cultivé en Algérie, il y a une dizaine d'années, l'Igname /am^es 
d'Éléphant, mais cette variété est très mal faite, et offre beaucoup de 
déchet à l'emploi, la qualité est aussi inférieure; il y a aussi le Diosco- 
rea Batata, cultivé aux environs de Paris, mais cette espèce est très 
coûteuse à cultiver à cause de l'arrachage difficile ; ses racines sont lon- 
gues et épaisses; elle est, du reste, très bonne en beignets, mais ne 
peut remplacer pour les amateurs des colonies la grosse Igname citée 
plus haut. 

Igname dite Cousscouche. — Celte espèce d'Igname que j'ai déjà pré- 
sentée en décembre dernier provient également de l'île Martinique. 

Le poids des tubercules est de 250 grammes à 1 kilog.; la forme en 
est conique par le collet, et s'élargit à la base en forme de main; la lon- 
gueur n'est guère que de 15 à 20 centimètres, ce qui en rend la culture 
bien plus facile que celle de la grosse Igname, dite de Guinée. La chair 
en est très blanche et fine, et elle est fort estimée des amateurs des 
colonies. 

La préparation varie suivant les habitudes de pays; on la fait cuire 
autour de la viande, en ragoût ou dans des soupes créoles, ou bien 
encore en beignets. Je crois qu'il serait possible d'en cultiver dans le 
midi de la France, parce que ses tubercules germent assez facilement 
pendant la traversée. Il ne m'a pas été possible d'en envoyer en Algérie, 
l'entrée en étant interdite. 



PROCÈS-VERBAUX. 181 

SÉANCE GÉNÉRALE DU 30 MARS 1883. 
Présidence de M. Camille Dareste, membre du Conseil. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté, après 
quelques observations de MM. Decroix, Gautier, Millet et Saint-Yves 
Ménard. 

— A l'occasion du procès-verbal, M. Lespinasse dit que le produit 
livré par le commerce sous le nom de farine de cocotier est bien tiré 
réellement de la noix de coco, Cocos nucifera. Ces tourteaux, résidus de 
la fabrication de l'huile de coco, sont plus blancs que ceux provenant de 
la noix de VElaïs Guineensis, fruit qui fournit l'huile de palme et dont 
l'enveloppe de couleur grise donne aux tourteaux une nuance particu- 
lière. M. Lespinasse met sous les yeux de l'Assemblée des échantillons 
de ces différents produits. 

— M. de Rarrau de Muratel rend compte de l'essai qu'il a fait de la 
Rardane du Japon présentée par M. Dybowski dans la précédente séance. 
Préparée à la façon des salsifis, cette plante lui a paru très tendre et 
agréable à manger, bien que les racines fussent restées toute l'année en 
terre, et que, par suite," elles ne présentassent pas toutes les qualités 
qu'elles auraient pu avoir si elles avaient été plus fraîches. D'ofi l'on 
peut conclure qu'en saison convenable ce légume doit être réellement 
très bon et qu'il y aurait une grande ulilité à en propager la culture. 

— M. Millet fait remarquer que, d'après le procès-verbal, le rapport 
sur la destruction des animaux nuisibles serait envoyé seulement à la 
Commission de la Chambre de députés. Or notre confrère croit que, sur 
sa demande et celle de M. Gautier, l'assemblée avait décidé que des 
exemplaires de ce rapport seraient envoyés aux préfets et aux Conseils 
généraux, lesquels ont été saisis de la question par le gouvernement. 

— M. Gautier ne croit pas qu'on ait suivi cette marche lors de l'envoi 
du précédent rapport concernant la loi sur la chasse. Noire confrère 
ajoute qu'il s'est borné à demander qu'on procède pour le nouveau 
rapport, comme on l'a fait pour le premier, et qu'il ne voit pas d'avan- 
tage à adresser ce travail aux préfets pour en saisir les Conseils géné- 
raux. 

— M. Millet estime qu'il y a intérêt à envoyer le rapport au Ministre 
de l'Agriculture, ainsi qu'au Ministre de l'Inlérieur et au Préfet de po- 
lice, dans les attributions desquels la surveillance de la chasse se trouve 
placée. L'envoi serait non moins utilement fait aux Conseils généraux, 
qui ont été consultés par le Ministre de l'intérieur sur la proposition 
Labitte. 

— M. Gautier fait observer que si l'on adresse le nouveau rapport à 



182 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

des personnes qui n'ont pas reçu le premier, il conviendrait de leur en- 
voyer également celui-ci, car les deux questions traitées sont connexes. 

— M. Saint-Yves Ménard rappelle que le rapport sur la chasse n'a 
pas été tiré à un nombre suffisant d'exemplaires pour que l'envoi puisse 
en être fait aux Conseils généraux. 

— L'assemblée décide le renvoi au Conseil de la proposition tendant 
à ce que le rapport sur la destruction des animaux nuisibles soit adressé 
à MM. les préfets des départements et aux Conseils généraux. 

— A l'occasion de communications faites dans la dernière séance con- 
cernant les bizarreries qui peuvent se produire chez les animaux et de- 
venir la souche de variétés ou races, M. llené de Sémallé rapporte avoir 
vu, rue Guénégaud, un Chat de grosseur monstrueuse, dont la taille 
atteint au moins trois fois celle d'un Chat ordinaire. Ce Chat, ajoute 
M. de Sémallé, aurait pu servir à former une race véritablement gigan- 
tesque. 

— M. Lespinasse estime qu'il ne faut pas s'exagérer la facilité de mo- 
difier la taille ou les autres caractères des animaux, attendu que bien 
souvent les produits de sujets présentant des anomahes très prononcées, 
rentrent complètement dans le type régulier. On sait, par exemple, que 
le nain américain, exhibé autrefois en public sous le nom de ïom Pouce, 
épousa une femme naine, elle aussi. Tous deux ensemble ne pesaient 
pas plus de 30 kilogrammes. Ce couple donna toutefois naissance à des 
enfants qui, devenus adultes, atteignirent la grandeur naturelle. 

— M. Saint-Yves Ménard constate que les faits d'atavisme sont indé- 
niables, et que toutes les anomalies ne deviennent pas forcément hérédi- 
taires ; mais il insiste toutefois sur ce fait que c'est bien par suite de 
l'observation et de la mise à profit de certaines anomalies qu'on est 
arrivé à Jixer des caractères d'une très grande importance chez beaucoup 
d'animaux. 

— M. le Président met sous les yeux de l'assemblée des photographies 
d'un squelette de Bœuf qui appartient au musée de Lille. Dans ce sujet 
la mâchoire supérieure est très raccourcie et la tête rappelle complète- 
ment celle d'un bouledogue. Cette déformation singulière, ajoute M. Da- 
reste, qui n'est pas extrêmement rare dans nos races bovines, et qui se 
produit en France d'une façon pour ainsi dire sporadique, se montrait à 
l'état permanent chez une race de Bœufs qui a existé pendant près de 
deux siècles dans l'Amérique du Sud sur les bords de la Plata. Cette 
race paraît avoir disparu; mais il en existerait une autre, de même na- 
ture, au Mexi(jue. 

— Des remerciements au sujet de leur récente admission sont adressés 
par M.M. Boyron, Fournier, Ganivet et Viéville. 

— La Société Néerlandaise de Zoologie remercie de l'envoi qui lui est 
fait, en échange de son journal, du Bulletin de la Société nationale 
d'Acclimatation. 



PROCÈS-VERBAUX. 183 

— M. Raverel-Wattel signale à celte occasion un Iravail extrêmement 
remarquable publié dans le recueil de la Société Néerlandaise de Zoolo- 
gie, par le bibliothécaire de cette Société, M. le D"" P. P. G. Hoek, de 
Leyde, concernant les organes génitaux de l'Huître. 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. Boyron, Tarlier, 
de Saint-Quentin, Vigour et Vincendon-Dumouliu. 

— M. Carpentier de Juvigny renouvelle sa demande d'un cheptel de Cerf 
nains de la Chine. MM. Pontet, Leprévost-Bourgerel, B. Gléraot, Jules 
Dodemont, Martel-Houzet, Desroches, Zeiller, vicomte de Mondion, Poin- 
signon, de Fiennes, Ferary, Nelson-Pautier, Giraud-Ollivier, comte de 
l'Esperonnière, Hiver, F. Laval, Aubet, Reynal, Fubre père et Guillin 
accusent réception et remercient des cheptels qui leur ont été adressés. 

— M. Dautreville écrit à M. le Président : « J'ai l'honneur de présen- 
ter à la Société la poudre loni-nutritive au sang de bœuf desséché, pro- 
duit nouveau, et qui expérimenté a donné déjà des résultats intéressants 
pour l'alimentation des Faisans, Faisandeaux et jeunes volailles. Cette 
poudre granulée est composée de sang de bœuf desséché représentant 
plus de cinq fois son poids de sang frais, et de farines. L'analyse que je 
vous communique, vous montrera d'ailleurs quelle peut être la valeur 
de ce produit, au point de vue de l'alimentation. Dans le cas où il vous 
serait agréable de faire un essai, j'en mettrais volontiers un échantillon 
à votre disposition ou à celle d'un des membres de la Société que ce pro- 
duit pourrait intéresser. 

» L'analyse de la poudre toni-nutritive granulée au sang de bœuf des- 
séché a donné : 

Albumine et fibrine !20,87 pour 100. 

Matières amylacées 67,83 — 

Eau 10,30 — 

Chlorure de sodium 0,70 — 

Acide phosphorique, chaux et potasse.... 1,20 — 

Peroxyde de fer 0,04 — » 

— M. Persin adresse les renseignements suivants sur les Cerfs-Co- 
chons : « Ces animaux sont superbes, on les a vus tous les 5 ensemble 
il y a quelques jours ; mais on les voit de temps en temps séparément 
ou 2 ou 3 ensemble. Ils ont tout à fait le caractère du gibier, nous avons 
tout l'hiver chassé les lièvres avec chiens courants dans le parc oîi ils 
sont ; il est arrivé quelquefois aux chiens courants de les attaquer, chaque 
animal chassé savait parfaitement prendre fuite et par ses ruses se dé- 
fendre de la paire de petits chiens avec lesquels nous chassions dans ce 
parc. 

> Du reste, depuis que nous les avons laissés dans le grand parc, on ne 
leur a plus donné aucune nourriture, et on leur en donnerait qu'ils ne 
viendraient pas la manger. 



184 SOCIÉTÉ NATIONALE d'AGCLIMATATION. 

» Pendant 3 étés ot 2 hivers ils se sont suffi et sont magnifiques ; il 
me senibli! que l'expérience est concluante. C'est du vrai gibier de chasse, 
et mon parc en supporterait bien, je crois, sans inconvénient 2 ou 300 
comme cela. 

» C'est bien dommage que j'aie eu du retard au début par l'erreur qui 
a été commise de me donner un mâle au lieu d'une femelle pleine : j'en 
aurais déjà une forte bande aujourd'hui. J'aurais bien demandé à la 
Société de me donner un deuxième cheptel, mais je crois que les statuts 
s'y opposent. Cependant il vaudrait bien mieux, dans l'intérêt du but 
qu'elle poursuit, donner 2 ou 3 cheptels à celui qui sait réussir plutôt 
que d'en donner à d'autres chez lesquels l'insécurité est à peu près 
certaine, .l'ai écrit, pour avoir des renseignements, à tous mes collègues 
qui ont de ces animaux, presque tous m'ont répondu qu'ils n'avaient pu 
réussir, tandis que je suis assuré maintenant que dans mon parc il n'en 
manquait pas un. » 

— M. Kiener écrit de la Forge (Haute-Alsace) : « Je m'empresse de 
vous communiquer un nouveau fait relatif au croisement entre les Co- 
chons d'Inde et les Hats. Un de mes voisins m'assure qu'il lui est arrivé 
souvent d'épier ses Cobayes et de les voir avec des Rats, avec lesquels 
ils s'accouplaient. Ici et à Wihr-au-Val (Haute-Alsace) le fait est très 
connu. Les personnes qui en avaient dans des écuries à porc ou dans des 
remises les ont vus disparaître un beau jour. Ce ne sont pas les Rats qui 
manquent à Paris, et je suis convaincu qu'après quelques tentatives vous 
serez édifié. Le fait est patent. J'en réponds. î 

— M. le marquis d'Hervey de Sainl-Uenys écrit à M. le Secrétaire géné- 
ral : « Depuis 18 mois, je n'ai plus qu'un Talégalle, mais il résiste depuis 
quelque chose comme une dizaine d'années, je crois, ou tout au moins 
sept à huit ans, ayant passé à l'état complètement sauvage, et ne s'appro- 
chant même plus des habitations. 11 me paraît donc évident que sans 
les deux hivers extraordinaires que nous avons eus, ces oiseaux se seraient 
parfaitement acclimatés. » 

— M. Leroy écrit de Fismes : « .Malgré la rigueur de la température, 
mes Perdrix du Boutan ont fait un nid sous leur abri, à portée d'une 
toufîe de lilas. Avant-hier, !) mars, je surpris la femelle jetant à plusieurs 
reprises avec son bec des pailles par-dessus son dos, ce qui, comme vous 
savez, est l'indice que la ponte a eu lieu ou va avoir lieu. Le mâle imita 
ce manège. J'allai voir au nid. Rien encore. Ce nid, comme le nid de la 
plupart des Perdrix percheuses. Colins, Perdrix de Chine, est creusé en 
terre en forme de four et recouvert d'un amas de brindilles de paille 
arrangées sans art et formant voûte. Le nid était vide. 

> Hier dans l'après-midi, vers quatre heures, je surpris le mâle faisant 
le guet auprès de l'entrée du nid. 

» Je ne pus m'assurer de ce qui s'était passé parce que la nuit vint et 
je ne voulais pas empêcher les Perdrix de se percher. .Mais ce matin, je 



PROCKS-VKF{ItAUX. 185 

viens (l'entrevoir un œuf au Ibnd du irou qui sert de nid. Col œuf m'a 
paru très gros eu ég'ard à la taille des Perdrix du Houlaii i|ui est celle 
de noire l'crdrix grise, f/œuf est di; la g^rosstiur d'un œuf d(! pigtion. 

» J'espère beaucoup parce (jue les sujets sont admirables <le santé (îl 
de vivacité. 

» Si la Perdrix du Houtan pouvait, je ne dis pas s'acclitnatcM-, car elle 
l'est, elle me paraît très dure au froid, au moins autant sinon plus que 
la Perdrix de CIiIik;, mais se plaire; dans nos contrées <;t ikî pas émigrcr, 
ce serait une vraie trouvaille, car la ponte étant (i(; (biux mois plus pré- 
coce que celle de nos Perdrix françaises, l'éducation des jeunes serait 
terminée longtemps avant la faucbaison des prairies arlilicielles, si fatale 
aux couvées du gibier à plumes. » 

— M. Gorry-Houteau annonce l'envoi de Léporides provtînanl de sou 
cheptel. 

— M. Mathey écrit de llochechouart : «...h; viens de perdre le Coq de 
Dorking qui m'a été confié en cheptel et que j'ai reçu le H de ce mois. 
Peu de jours après son arrivée, je remarquai que cet animal souffrait 
d'un œil. Cette indisposition ne me f)araissait pas assez grave pour lui 
donner l'air aussi triste et aussi abattu, et je l'examinai. Je reconnus 
alors qu'il était atteint, même d'une façon très grav<!, de la diplitérite; 
des fausses membranes jaunâtres avaient envahi la gorge, la langue et 
les parties environnantes en étaient coinpIèl(;ment recouvertes ; à la langue 
elles prenaient une teinte noirâtre. Je le traitais au frioyen de la liipieur 
antidiphtérique, composée par notre confière M . lîachy, et je badi- 
geonnai la gorge avec une plume imbibée d'huile de pétrole, moyen dont 
je connaissais l'eflicacité. Bientôt le mal de l'œil empira, les paupières 
avaient l'air de s'agrandir et le dessous était teinté de noir. Une sup|)u- 
ration assez abondante s'y établit bientôt, ainsi qu'aux oreilles. Des bou- 
tons apparaissaient autour du bec et au bas de la crèle ; le Coq refusa 
alors toute nourriture, rejetant même celle qu'on lui introduisait dans le 
bec; enfin dimanche matin la crête était devenue noire, l'animal ne se 
tenait plus sur ses pattes et avait coirijdètemetit perdu la vue; cet état 
dura jusqu'à hier, mardi ; à cinq heures du soir le Coq était mort. Voyant 
le Coq atteint aussi gravement, je l'ai séparé des poules, qui sont égale- 
ment atteintes, mais d'une façon qui, pour le moment, ne me paraît pas 
devoir amener un résultat fatal, elles mangent, ont pondu quelques œufs, 
je leur fais prendre chaque matin un peu de liqueur antidipbtérifjue. 
J'ai répandu du phénol dans le poulailler. » 

■ — .M. Lefebvre écrit à M. le Secrétaire général : <i Au printemps de 
188'i, la Société a bien voulu me confier en cheptel une paire de Pigeons 
boulants anglais blancs ; ces oiseaux, évidemment de la même couvée, 
étaient imparfaitement déclarés et ne furent aptes à reproduire que dans 
le mois d'août, même année. En septembre la femelle pondit et couva — 
œufs clairs ! Une nouvelle ponte suivit bientôt, de laquelle naquit un 



18(3 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

jeune qui fut laissé par les parents au bout de 12 jours et mourut malgré 
tous mes soins. L'hiver vint sur ces entrefaites, la femelle pondit encore 
une fois et quelques jours après je trouvai des œufs cassés. Je ne déses- 
pérais pas, bien que déjà à cette époque, ma conviction fût faite. Dans 
-ma famille on a toujours élevé des Pigeons ; moi-même, depuis bien des 
années, je me livre à cet élevage et chaque fois nous avons constaté que 
de l'union de deux Pigeons de la même couvée, le résultat est nul ; cet 
avis est du reste celui de tous les marchands de Pigeons. (Deux Pigeons 
de la même couvée, accouplés ensemble, ne produisent jamais rien, tandis 
que deux du même père et de la même mère mais de couvées différentes 
reproduiront aussi bien que si aucun lien de parenté ne les unissait.) 

» Le printemps de 1882 arriva; mes Pigeons bien renfermés dans un 
casier spacieux, sortant de temps en temps dans une très grande volière, 
étaient établis suivant toutes les règles. Il y eut quelques œufs de pon- 
dus qui tous furent écrasés ou abandonnés. Fin octobre, la femelle est 
tombée malade; la mue fut très difficile et ne se lit même qu'imparfaite- 
ment, depuis cette époque l'oiseau languit et dépérit chaque jour. 11 
existe cependant encore, car je l'entoure de soins et cherche à vaincre son 
mal par tous les moyens connus, mais sans espérance de succès. Le mâle 
est aujourd'hui un oiseau magnifique et en pleine force pour reproduire. 
Je viens donc prier la Société de vouloir bien me confier une nouvelle 
femelle et une prolongation de cheptel afin de chercher à réparer mon 
échec et, dans la mesure du possible, le préjudice causé involontairement 
à la Société. » 

— MM. Boudent, deClermont, Gallais et Rivoiron, ainsi que la Direc- 
tion de l'Aquarium du Trocadéro accusent réception et remercient de 
renvois d'œufs embryonnés de Saumon des lacs qui leur ont été faits. 

— M. le Régisseur de l'Etablissement de pisciculture de Bouzey écrit 
à M. l'Agent général : « J'ai la satisfaction de vous annoncer que les 
Salmo Namaycush sont magnifiques, très vigoureux, nous n'avons pas 
eu de pertes jusqu'à présent et pourtant la résorption de la vésicule sera 
complète dans une huitaine de jours. Les œufs de Coregonus albus ont 
donné un beau résultat, on peut dire presque autant d'alevins que d'œufs. 
On en a mis 5000 dans le lac de Girardins, 10 000 dans le réservoir de 
Bouzey, 4000 dans un bassin spécial de la pisciculture très bien appro- 
prié et 1000 restent sur les tables que nous essayerons d'élever s'il y a 
possibilité. Les œufs de Salmo fontinalis commencent à éclore et pro- 
mettent un beau résultat. » 

— M. Léon d'Halloy écrit à M. le Secrétaire des séances : « J'ai reçu 
les œufs de Salmo Namaycush et de Corégone que la Société m'a expé- 
diés. On a fait éclore les œufs de Corégone dans l'appareil allemand que 
vous m'avez fait venir. Cet appareil a donné d'excellents résultats ; les 
œufs restent toujours très propres et se nettoient très facilement, ainsi 
que vous me l'aviez dit. Les alevins ont été làjchés. Ayez soin de recom- 



PROCÈS-VERBAUX. 187 

mander de les mettre dans des eaux profondes (au moins 3 mètres) ; sans 
cela, on perd les feras à l'âge de six mois; jusqu'à cet âge, on peut les 
élever dans 50 centimètres de profondeur d'eau ; les S. Namaycush 
viennent bien, les alevins en sont très vigoureux. 

» Tous mes poissons vont bien. J'ai eu des S. fontinalis (ceux que 
vous avez vus) qui ont reproduit cette année. Les alevinssont plus vigou- 
reux que ceux provenant des œufs que j'ai encore reçus cette année de 
New-York. Je suis content des Truites de Lock Leven. Ce qui, dans les 
premiers temps, me faisait mal juger cette espèce, c'est que, de même 
que dans les S. fontinalis, le voyage des œufs dans de la glace cause la 
production d'alevins peu vigoureux. » 

— M. Leroy écrit à M. l'Agent général : « Je me permets de vous sou- 
mettre une idée ayant trait au repeuplement des cours d'eau. 11 y a, dans 
la plupart des chefs-lieux de cantons de France, des agents voyers, des 
garde-rivières, cantonniers chefs, etc., dont le rôle consiste surtout à 
faire des procès comme délit de pèche. Pour moi, leur rôle devrait plutôt 
être celui de conservateurs que celui de gardes champêtres. Ainsi j'ai vu 
chez moi le garde-rivière faire un procès, ou plutôt inquiéter de paisibles 
pêcheurs à la ligne, parce qu'ils péchaient avec deux lignes ou qu'ils 
avaient lancé en plein jour une ligne de fond dans la rivière. J'ai vu le 
même garde faire la nuit des visites domiciliaires dans les moulins, pour 
s'assurer si le meunier n'avait pas tendu des filets dans les vannes, au 
moment des grandes eaux, pour prendre des anguilles, qui alors sont 
entraînées par le flot et perdues pour nous. Ne pourrait-on permettre 
aux meuniers d'agir ainsi, à la condition que chaque année ils lâcheront 
aux yeux du garde-rivière mille petites anguilles? Pour cinquante qu'il 
prendrait par an, le meunier en lâcherait mille; la rivière y gagnei-ait 
encore, et les habitants pourraient profiter des anguilles qui aujourd'hui 
pi'ofitent aux habitants d'aval. 

» A côté de ces mesquineries, on tolère la pêche à l'épervier, aux filets, 
aux nases, tambours, etc. 

» Mais, pour moi, le dépeuplement des rivières ne vient pas du manque 
de surveillance ni de cette pêche à deux lignes ou aux filets, mais de ce 
que l'on ne s'occupe pas du repeuplement. 

» Que coûtent les œufs ou les alevins, rien ! Je suis persuadé qu'un 
garde-rivière, avec 100 francs par an, pourrait repeupler les rivières de 
son canton sans grand travail, en lâchant chaque année, en différents 
endroits de sa garderie, des milliers d'alevins qu'il aurait élevés. Je crois 
ces moyens beaucoup plus efficaces que les procès- verbaux aux inoffen- 
sifs pêcheurs à deux lignes. 

» Si vous croyez l'idée bonne, faites-en tel usage (|u'il vous plaira, et 
soumettez-la à qui de droit. 

» Certes, je considère la chasse et le gibier comme très importants, 
surtout que je suis chasseur et non pécheur; mais je crois que sans frais 



188 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

on arriverait, pour ralimenlation, à des résultats autrement pratiques 
que ceux obtenus pour la reproduction et la conservation du gibier ; car 
l'un est onéreux et l'autre presque gratuit. » 

— M. le vicomte de Wolbock écrit du château de Kercado (Morbihan): 
« Continuant et développant les travaux ostréicoles qui valurent à mon 
père la haute faveur d'une médaille d'or de la Société d'Acclimatation, je 
regarde comme un devoir de vous exposer la suite de cette grande créa- 
tion. J'ai donc l'honneur de vous adresser un mémoire par lequel je 
sollicite le prix d'honneur au Concours régional de Vannes de celte année, 
et où j'expose la situation de l'ostréiculture, en résumant les étapes par- 
courues et précisant les résultats obtenus. » 

— M. Fandrin, professeur d'agriculture des Bouches-du-Rhône, et 
M. Galfard, sériciculteur à Oraison (Basses-Alpes), sollicitent l'envoi de 
graines de Vers à soie exotiques. 

— MM. de Laleu, Vanderwalle, Jules Delalande, F. Malhey, E. Duval, 
le comte A. de Montlezun, Alfred Rousse et le comte G. de Saint-Inno- 
cent, ainsi que la Société Nantaise d'horticulture et l'Institut national 
genevois, demandent à prendre part à la distribution de graines annoncée 
dans la Chronique. 

— M. le Directeur du Jardin d'Acclimatation fait parvenir des graines 
à'Artocarpus incisa, offertes par Mme David. — Remerciements. 

— M. de Confévron écrit de Langres : « Dans la séance du 9 décembre 
1881 de la Société d'Acclimatation, M. Maurice Girard, à propos de mes 
appréciations relatives au phylloxéra, me déclare arriéré de vingt ans. 
C'est bien possible ; mais, à ce point de vue comme à bien d'autres 
encore, les derniers pourraient bien finir par être les premiers. Pensent- 
ils avoir réalisé de grands progrès ceux qui, en introduisant les Vignes 
américaines, ont perdu tous nos vignobles français? Pensent-ils faire 
merveille ceux qui, en préconisant les Vignes américaines, ne cessent de 
revivifier par des éléments jeunes et vivaces le fléau qui s'épuise et semble 
en décroissance sur certains points? Est-ce une bonne chose que l'en- 
gouement pour le nouveau qui,j par des croisements peu judicieux et 
l'anglaisement à outrance, a perdu toutes nos bonnes races d'animaux 
domestiques? 

î Je ne suis point l'ennemi des améliorations, loin de là; mais je crois 
que dans cette voie on ne doit s'avancer qu'avec une grande circonspec- 
tion. Si j'approuve la distribution de prix pour l'introduction de Perdrix 
étrangères, j'en voudrais aussi, et en première ligne, pour encourager la 
conservation de nos bonnes Perdrix grises et rouges. 

» Ce n'est point inconsciemment, mais en connaissance de cause, que 
je suis pour partie (car rien n'est absolu) dans la doctrine du phylloxéra 
effet. 

» Je ne vois pas à quoi eût servi l'arrachage de nos vignes phylloxérées, 
si l'on devait ramener des insectes avec de nouvelles importations de 



PROCÈS-VERBAUX. 189 

souches américaines. Cet arrachage a eût eu d'eflicacilé qu'à condition 
de proscrire d'une façon absolue l'entrée des Vignes venant d'Amérique 
et le repeuplement de nos Vignes, uniquement avec des ceps français. 

» Les Vignes américaines, dit-on, ne sont pas indemnes du phylloxéra, 
puisque c'est par elles qu'il a été introduit, mais elles vivent avec lui. 
Elles vivent avec lui, oui, par suite de la vigueur de végétation qu'elles 
doivent à leur climat et à leur sol d'origine ; mais dans notre pays, dans 
nos terrains épuisés, elles perdront bientôt cette vigueur et ne résisteront 
pas plus que les nôtres. 

)) Ce que je constate, c'est que le traitement par les insecticides et par 
le sulfate de carbone, entre autres, ne peut avoir d'efficacité (ici je suis 
d'accord avec M. Maurice Girard) qu'à condition qu'il soit employé avec 
beaucoup de soins, d'intelligence, en temps convenable, avec une grande 
surveillance, tous moyens qui ne sont pas à la porté de tout le monde. 
Or le remède, lorsqu'il n'est pas accompagné de toutes ces conditions, 
est bien pis que le mal et tue son malade, ce qui l'empêche d'être 
pratique. 

» Quant à la submersion, on en a souvent reconnu l'insuffisance, et 
elle est même généralement nuisible à la vigne. 

D Pour ce qui est de la bonne fumure et des soins de culture bien ap- 
propriés, ils réussissent souvent, on pourrait dire presque toujours, 
surtout dans les terrains pierreux ou sablonneux du Midi, à faire lutter la 
végétation contre l'insecte, dont souvent elle triomphe et Unit par se 
débarrasser. 

» On peut constater ce fait dans certaines contrées du Midi, spéciale- 
ment en Vaucluse, où beaucoup de cultivateurs pratiques persistent à 
planter, à soigner avec courage et avec raison, selon moi, nos bons plants 
français. 

» P. S. — Le plus ou moins de pression atmosphérique a une grande 
influence sur le développement des végétaux. C'est là qu'il faut chercher 
la cause qui empêche certaines plantes qui croissent au sommet des 
montagnes de végéter dans la plaine ou d'y acquérir un développement 
normal. 

» D'une note deM.AUéon, insérée dans la Revue de zoologie de M. Gué- 
rin-Méneville (janvier 18G7), il résulte que la Tourterelle à collier haldte 
à Constantinople sur les arbres des jardins et dans les édifices. Elle y est 
en quelque sorte acclimatée, domestiquée, comme le Ramier à Paris, et 
peut donner lieu aux mêmes remarques et aux mêmes queslions. » 

— M. F. Jacquemin, directeur de la Compagnie des chemins de fer de 
l'Est, fait connaître que la Compagnie a procédé à des essais de haies 
fruitières sur deux lignes de son réseau, savoir : en 18G8, de lîar-sur- 
Seine à Chàlillon (32 kilomètres), et en 1873, de Gretz à Coulommiers 
(33) 11 a été renoncé à ces plantations parce quelles ne donnaient pas 
de résultats satisfaisants. 



190 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

— M. Vavin adresse une note sur la culture du Physalis edulis et sur 
l'ulilisalion de cette plante au point de vue de l'alimentation et de la 
thérapeutique. 

— M. Banmeyer donne lecture d'une note sur l'établissement de pisci- 
culture deChaulieu (Manche). 

— A l'occasion de grands travaux d'irrigation projetés sur différents 
points de la France, M. Raveret-Waltel appelle l'attention de la Société 
sur les conséquences fâcheuses qne ces travaux pourraient avoir pour la 
population des rivières, dans le cas où des mesures protectrices du poisson 
ne seraient pas prises ; il signale, parmi les moyens proposés pour rendre 
les irrigations moins destructives du poisson, celui qui consiste à main- 
tenir toujours un filet d'eau dans les fossés au moyen d'une échancrure 
ménagée à la base des vannes d'alimentation. 

— M. le vicomte d'Esterno ne croit pas que ce moyen puisse être très 
efficace, attendu que si l'on peut maintenir de l'eau dans les canaux les 
plus voisins de la rivière, il est impossible que les rigoles ne s'assèchent 
pas, et c'est toujours en quantités considérables que les poissons y péris- 
sent. M. le vicomte d'Esterno, qui pratique les irrigations sur une très 
grande échelle dans le iMorvan, a pu constater combien cette opération 
est funeste pour la population des rivières; mais il n'a pu jusqu'à ce jour 
trouver un moyen réellement efficace pour éviter cet inconvénient, et le 
fait est d'autant plus regrettable que dans le Morvan les rivières sont 
très favorables pour la Truite. 

— M. de Semallé fait remarquer qu'en général les personnes qui se 
sont occupées de pisciculture n'ont guère songé qu'à propager la Truite 
ou le Saumon, alors qu'il y aurait grand intérêt à propager aussi d'autres 
espèces plus faciles à obtenir, telles que la Carpe, par exemple. M. de 
Semallé donne, à cette occasion, la description d'un procédé qui lui 
paraîtrait permettre de multiplier abondamment et à peu de frais la 
Carpe dans les canaux, et d'arriver ainsi à un repeuplement rapide des 
eaux (voy. au Bidletin). 

— M. Millet fait remarquer que les irrigations ayant une importance 
très grande pour l'agriculture, il est à désirer qu'on n'y apporte aucune 
entrave. Notre confrère entre à ce sujet dans quelques détails tirés de 
son livre ayant pour titre : les Merveilles des fleuves et des ruisseaux. 
11 termine en émettant l'avis que « l'application dans la mesure la plus 
rigoureuse des règlements en vigueur sur la police des rivières est le 
moyen d'avoir dans tous les cours d'eau d'abondantes et lucratives 
pêches ». 

— 11 est offert à la bibliothèque de la Société : 

1» Association française jwur l'avancement des sciences, compte 
rendu de la 10" session. Alger, 1881. Paris, 1882, au secrétariat de l'As- 
sociation, 4, rue Antoine-Dubois, 1 vol. inS°. 

2'' De l'énergie et de la structure musculaire citez les Mollusques 



PROCÈS-VERBAUX. 191 

acéphales, par A. Coutance. Paris, 1879, J.-B. Baillière et fils, 19, rue 
Haulefeuille, in-8" avec 2 planches. (L'Auteur.) 

3° Relations des Champignons et des Algues dans la constitution des 
Lichens, par A. Coutance. (Extrait du Bulletin de la Société acadé- 
mique de Brest). Halegouet, 11, rue Kléber, à Brest, in-18. (L'Auteur.) 

i" Expériences de bord, établissant que les minimum de salure sont 
placés sur le trajet des courants et les maximum hors des courants 
marins, par A. Coutance (Extrait du Bulletin de la Société académique 
de Brest). Brest, imp. Gadreau, in-18. (L'Auteur.) 

5° Analogies du climat de Brest avec celui 'de l'époque tertiaire, 
par A. Coutance (Extrait du Bulletin de la Société académique de 
Brest). Imp. Gadreau, in-18. (L'Auteur.) 

6" Là Fontaine et la philosophie naturelle, par A. Coutance. Paris, 
1882, C. Beinwald, lib.-éditeur, in-8". (L'Auteur.) 

1" Le Bouleau, par A. Coutance. Paris, 1881, Berger-Levrault, 
éditeurs, in-8% 2 tableaux, 1 planche. (L'Auteur.) 

8° La lutte pour l'existence, par A. Coutance. Paris, 1882, C. Bein- 
wald, éditeur, in-8". (L'Auteur.) 

9° Souvenirs de Leyde, par A. Coutance (Extrait du Bulletin de la 
Société académique de Brest). Brest, imp. Gadreau, in-18. (L'Auteur.) 

10° Phénomènes de capillarité, par A. Coutance (Extrait du Bulletin 
de la Société académique de Brest). Brest, imp. F. Halegouet, in-18. 

(L'Auteur.) 

11" Romains et Zoulous, par A. Coutance (Extrait du Bulletin de la 
Société académique de Brest). Brest, imp. Halegouet, in-18. (L'Auteur.) 

12° Semis d'arbres fruitiers. Expériences de M. Tourasse, proprié- 
taire à Pau. Pau, imp. Veronèse, grand in-8°. (L'Auteur.) 

13° Ostréiculture. Appendice à ma brochure de i87i, par le docteur 
Kemmerer. Typ. V<' Mareschal et E. Martin, in-18. (L'Auteur.) 

U" Note sur la iS" session de la Société pomologique américaine, 
par M. Ch. Joly (Extrait du Journal de la Société nationale d'horti- 
culture, 'd' série, t. IV, 1882, p. 377-380). ln-18. (L'Auteur.) 

15° Description des produits du lac de Castel Gandolfo et de ses 
dépendances, appartenant à M. le le marquis de Lezzani. la-i". 

Marquis de Lezzani. 

16» The déserts of Africa and Asia, par P. de Tchihatcheff (llead at 
the Meeting of the British Association for the Advancement of science, 
at Southamplhon, 23 rd, August 1882). (L'Auteur.) 

17" Instructions pour MM. les officiers de la Marine ([m voudraient 
faire des collections d'histoire naturelle destinées au Muséum de Paris. 
Paris, 1882, Berger-Levrault et G'% in-8". Ministère de la Marine. 

18" Liste générale des Mammifères sujets à l'albinisme, par Elvezio 
Canloni, traduction de l'italien et addition par Henri Cadeau de Kerville. 
Bouen, 1882, imp. Léon Ueshays, in-8". (Le traducteur.) 



192 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

19" De l" action du Mouron rouge sur les oiseaux, par Henri Gadeau 
de Kerville (Extrait du Bulletin de la Société de biologie, séance du 8 
juillet 1882). Paris, imp. Ed. Roussel, in-8°. (L'Auteur.) 

20° Annual Report of the Commissioners of fisheries of ihe state of 
New- York for the year 1881. Albany, 1882, in-8o. M. Seth Green. 

21° Rapport du Jury international sur l'Exposition universelle de 
1878. ln-8°. Ministère de l'Agriculture. 

22° La Globulaire Turbith, par le docteur Bertherand. Alger, 1870, 
imp. Aillaud et C'% broch. in-S" (L'Auteur.) 

23° Utilisation de Veau de fleurs de Citronnier, par le docteur l'.er- 
tlierand (Extrait du Journal de médecine et de pharmacie de l'Algérie 
(avril! 881). (L'Auteur.) 

24° Études chimiques et médicales sur Vécorce de Sapotillier, par 
le docteur Bertherand (Extrait du Journal de médecine et de pharmacie 
de l'Algérie (juillet 1881). 1 broch. avec planche. (L'Auteur.) 



Le Secrétaire des séances, 
G. Raveret-Wattel. 



Erratum au procès-verbal du i9 janvier 1883. — Page 59, ligne 27, 
au lieu de Faure, lisez Fol. 



III. EXTRAIT DES PROCÊS-VERBAUX DES SEANCES DES SECTIONS 



PREMIÈRE SECTION 

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1883. 
Présidence de M. Saint-Yves Ménard, Vice-Président. 

M. Gautier, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la dernière 
séance, lequel est adopté sans observation. 

— M. le Président donne lecture d'une lettre de M. de Fiennes, qui 
offre d'indiquer aux membres de la Société qui le désireront, une ma- 
nière de piéger la Loutre qui lui a parfaitement réussi depuis plusieurs 
années. 

— M. Geoffroy Saint-Hilaire fait observer qu'il y aura lieu d'insérer 
cette lettre dans la Chronique et dans le Bulletin. 

— M. Grisard ajoute qu'il a vu M. de Fiennes, et que ce dernier se 
propose de faire, à ce sujet, une communication spéciale à la Section de 
pisciculture que le sujet intéresse particulièrement. 

La 1''^ Section vote des remerciements à M. de Fiennes. 

— Le Secrétaire donne lecture d'une lettre de M. Pays-Mellier ren- 
dant compte des résultats obtenus par lui dans divers cheptels d'animaux, 
notamment ceux de Cerfs-cochons, qui lui ont été confiés par la Société 
d'Acclimatation. 

A ce sujet, M. Geoffroy Saint-Hilaire ajoute qu'aujourd'hui l'expé- 
rience est faite, et que la reproduction des Cerfs-cochons en liberté dans 
des parcs, n'est pas un fait isolé. 11 cite les essais faits chez M. Roger, 
à Cesson, dans un terrain relativement froid, et par cela même peu 
favorable. La Société avait envoyé à M. Roger un lot de trois Cerfs- 
cochons, un mâle et deux femelles, qui dut être reconstitué plusieurs 
fois, l'un des mâles ayant été tué par un braconnier, un autre étranglé 
par un lacet. Pendant quelque temps, on vit des jeunes, mais sans pou- 
voir apprécier leur nombre. Enfin, en présence des dégâts qu'ils cau- 
saient aux fleurs et aux arbustes, on prit la résolution de les panneauter. 
Le panneautage eut lieu non sans difficultés, le Cerf-cochon ne galopant 
pas comme le cerf, mais filant droit comme le sanglier, ce qui nécessita 
l'emploi de filets très résistants, et douze animaux furent pris. Il y avait 
six ans que les premiers animaux avaient été lâchés. Il est donc incon- 
testable que le Cerf-cochon peut réussir comme gibier. Si l'on ajoute 
que la chair, plus blanche que celle du Chevreuil, en est excellente, on 
voit que l'importation en a été des plus utiles. Il complète en effet la 
gamme, si l'on peut s'exprimer ainsi, des diverses espèces de Cerfs, du 

3° SÉRIE, T. X. —Mars 1883. 13 



194. SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

plus petit au plus grand, et permet aux chasseurs de peupler leurs bois 
avec des animaux appropriés à leur étendue. Au-dessus du Cerf-cochon, 
gros comme un chien d'arrêt, se trouve le Daim, puis le Cerf, et enfin le 
Cerf du Canada, le plus grand de tous. 

La Section adresse ses félicitations à M, Pays-Mellier, et renvoie sa 
lettre à la Commission des récompenses. 

— La Section adresse également des remerciements à M. Lataste pour 
une note qu'il lui a communiquée sur la petite Gerboise, et l'offre qu'il 
fait de donner des individus de cette espèce aux membres de la Société 
qui voudraient l'étudier. M. Lataste fait ressortir l'avantage que présente 
la Gerboise au point de vue de l'étude des effets de la domestication sur 
les races. En effet, elle est petite, n'a aucune odeur, supérieure en cela 
aux Rats et aux Cobayes, et donne six portées par an; les petits repro- 
duisent au bout de deux mois. En un temps restreint, l'observateur aura 
donc vu un nombre considérable de générations, ce qui n'est pas possible 
avec la plupart des espèces de mammifères. La Section renvoie le travail 
de M. Lataste à la Commission des récompenses. 

— M. le Président rappelle ensuite à la Section qu'elle a pris en con- 
sidération, dans une de ses dernières séances de l'année dernière, la 
lettre de M. le marquis de Pruns se plaignant de ce que la Chèvre d'An- 
gora n'était pas admise dans les Concours régionaux ; que celte réclama- 
tion lui a paru devoir être étendue à toutes les espèces de Chèvres, et 
qu'il serait urgent de décider quelle suite devait lui être donnée. Après 
avoir entendu les observations de MM. Dt-croix, Roger et Geoffroy 
Saint-Hilaire, la Section décide qu'il y a lieu d'envoyer à tous les mem- 
bres de la Société, ainsi qu'aux Sociétés d'agriculture, un questionnaire 
qu'elle rédige séance tenante. Sur l'observation de M. Decroix, elle 
décide que ce questionnaire devra être retourné au Président de la 
Société, ce mode de procéder ayant l'avantage d'éviter tout retard. 

Enfin elle charge M. Gautier de préparer un travail sur cette ques- 
tion lorsque les renseignements auront été recueillis. 

Le Secrétaire, 
Jules G.\utier. 



DEUXIEME SECTION 

SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1883. 
Présidence de M. Millet. 

M. le Secrétaire donne lecture du procès-verbal de la séance précé- 
dente. 

— X ce propos, M. de Barrau de Muratel fait remarquer qu'il a vu, 
dans le midi de la France, et surtout dans le Tarn, les mêmes passages 



PROCÈS-VERBAUX. 195 

de Perdrix grises, signalés par M. Millet comme une espèce particu- 
lière, qu'on appelle la Roquette. 

— M. Gautier en a vu dans le centre de la France, et même dans le 
déparlement de la Seine. 

Le procès-verbal est adopté. 

— M. Nelson=Paulier écrit de Liste (Dordogue), sur les élevages que 
la Société lui a confiés en cheptel, et insiste particulièrement sur l'es- 
pace et les soins hygiéniques que l'on doit donner aux oiseaux, pour 
réussir et éviter les maladies. 

— M. Ed. Pfannenschmid écrit de Eniden (Frise orientale, Pays-Bas), 
et annonce l'envoi d'un échantillon d'une nourriture fortifiante pour les 

oiseaux, dont il est l'inventeur, et pouvant remplacer les œufs de 

fourmi, et demande à être admis candidat pour le prix de 500 francs, à 
décerner à la personne qui présentera une nourriture nouvelle, peu coû- 
teuse et pouvant remplacer les œufs de fourmi pour la nourriture des 

Faisans . 
Cette préparation consiste en Crangon vulgaris (petite crevette 

grise) desséchée et broyée finement, que l'on ajoute à du pain ou du lait 
caillé. 

— M. Ménard dit qu'il y aurait lieu d'essayer cette préparalion avant 
d'envoyer cette communication à la Commission des récompenses. 

— M. le Président consulte la Section, qui décide de faire l'expéri- 
mentation de cette composition, et prie M. l'Agent général de vouloir 
bien inviter M. Pfannenschmid à envoyer à la Société un échantillon de 
oO kilogrammes au moins pour en faire l'essai. 

— M. le marquis de Pruns écrit de Brassac-les-Mines, sur les ten- 
dances à l'albinisme, des végétaux et animaux dans la vallée de la 
Limagne d'Auvergne. 11 a observé principalement. ces effets sur les 
Canards du Labrador, les Vaches de Salers, les Pigeons noirs et Faisans 
dorés, qui, à la troisième génération, ont les teintes plus pâles et sur 
les oiseaux des plumes blanches apparaissent; enfin, les arbres teintés 
de rouge, telsque le Hêtre pourpre. Noisetiers de Byzance, etc., pâlis- 
sent et deviennent presque verts. 

M. le marquis de Pruns pense que ces effets sont dus au manque de 
sels calcaires et de fer dans le sol. 

— M. de Harrau de Muratel a observé les mêmes effets sur ses Canards 
du Labrador, 

— 31. Ménard dit que cet effet d'albinisme est dû à la domestication, 
et que l'on trouve pour le Canard Labrador le fait analogue avec le 
Dindon sauvage, qui offre, parla domestication, les variétés : blanche, 
rouge, etc., et que ces transformations peuvent se rencontrer partout. 
11 ajoute qu'il a peine à croire à une influence du sol. 

— M. Dybowski fait observer qu'il a vu à l'école de Grignon, ce même 
effet d'albinisme se reproduire sur le Lapin de garenne, qui donnait en 



196 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

captivité, après plusieurs générations, des produits taclietés de blanc. 
M. Sturne demande si M. le marquis de Pruns a fait faire une ana- 
lyse chimique du sol. 

— M. le Président pense qu'il serait utile d'écrire à l'auteur de celte 
commùnicalion pour avoir une analyse exacte du sol. 

La Section adopte . 

— M. Millet émet le vœu que l'on publie dans le prochain numéro de 
la Chronique, un questionnaire ayant trait aux dates de l'arrivée des 
oiseaux de passage dans les diverses régions de la France. Il annonce 
qu'il a déjà vu cette année la Fauvette à lêle noire. 

— M. de Barrau de Muratel dit qu'il existe déjà une feuille analogue 
dressée par le Jlinistère de l'Instruction publique. 

Le Secrétaire, 

Gustave Sturne. 



TROISIEME SECTION 

PROCÈS-VERBAL. — SÉANCE DU 21 FÉVRIER 1883. 

Présidence de M. Vaillant. 

En l'absence de MM. les Secrétaire et Vice-Secrétaire, M. le Président 
prie M. Gautier de remplir les fonctions de Secrétaire. 
Lecture est donnée du procès-verbal de la dernière séance. 

— M. Millet fait remarquer qu'il n'a fait, relativement aux Saumons, 
que rapporter l'opinion de M. Le Paute. 

Le procès-verbal est adopté sans autre observation. 

— La parole est donnée à M. de Fiennes, qui a obligeamment offert de 
communiquer à ses collègues les moyens employés par lui pour prendre 
les Loutres au piège, moyens qui lui ont parfaitement réussi. 

M. de Fiennes raconte que, propriétaire, dans les Ardennes, d'un do- 
maine où se trouvent une rivière courante et quatre étangs, il n'a pu, 
mal<^ré tous ses efforts et de nombreuses nuits passées à l'affût, se 
débarrasser des Loutres qui les ravageaient, jusqu'à ce qu'un de ses 
amis, député des Ardennes, lui eût envoyé un trappeur fort habile, qui 
lui a enseigné toute une série de précautions nécessaires pour les piéger. 
Depuis cette époque, il a pris di.\-huit Loutres : deux seulement se sont 
enfuies avec le piège, qui n'était pas fixé assez solidement en terre. 

M. de Fiennes se sert du piège allemand : il le fait fabriquer par le 
serrurier du village. 11 faut seulement que ce piège soit très délicat, la 
Loutre étant à la fois forte, rusée et très souple. On n'y met point 
d'appât; car, à l'inverse du Renard, la Loutre ne prend aucun appât. On 
le tend à la place où l'on a reconnu ses traces; ces traces sont faciles à 
reconnaître, non seulement par l'empreinte de sa patte palmée sur la 



PROCÈS-VERBAUX. 197 

terre mouillée, mais aussi par ses laissées. En effet, la Loutre n'est pas 
amphibie, et choisit en général un endroit sec et propre pour y venir 
faire ses besoins. 

Le piège doit être bien entretenu et ne pas avoir de rouille, car l'o- 
deur de la rouille éloignerait la Loutre. Pour l'éviter, ou le met dans 
de l'eau oîi l'on fait bouillir du genêt, et on l'essuie doucement ensuite. 
Mais le piégeur ne doit pas sentir le tabac; aussi M. de Fiennes lui fait- 
il mettre un bandeau sur la bouche. Pour éviter que la Loutre ne sente 
l'homme, on place une planche sur laquelle il se tient pendant qu'il tend 
le piège. Il doit également se frotter les mains et frotter le piège et sa 
chaîne avec du poireau, dont l'odeur très forte dissimule ce qui pourrait 
rester d'émanations humaines. On frotte de même la mousse et les feuilles 
destinées à recouvrir le piège. Enfin, le piégeur jette sur le piège de la 
terre qu'il a eu soin de prendre au même endroit, et qu'il arrose dou- 
cement, toujours pour éviter qu'il ne reste une odeur qui suffirait pour 
que la Loutre ne reparût plus au même endroit. L'heure la meilleure 
pour tendre est midi, de façon à ce qu'il s'écoule un long espace de 
temps avant le passage de l'animal. 

M. le Président remercie M. de Fiennes de son intéressante communi- 
cation, et l'engage à la renouveler en assemblée générale. 

— A propos de la destruction de la Loutre, M. Millet cite un piégeur 
des Ardennes qui emploie un onguent destiné, comme le poireau, à 
dissimuler l'odeur de l'homme. Il cite également les moyens employés 
au moment du frai des Truites pour effrayer les Loutres. C'est d'abord 
de tendre une corde sur laquelle on attache des bouts de papier blanc 
ou mieux des morceaux de porcelaine blanche faits exprès pour cet 
usage, et ensuite de tendre des fils de fer épineux, non seulement sur le 
bord de l'eau, mais dans l'eau même. Ces moyens, toutefois, ne sont pas 
praticables pour les étangs. M. Millet ajoute que la Loutre s'apprivoise 
facilement, et qu'il en a possédé une devenue aussi caressante qu'un 
chat; certaines personnes les dressent même, paraît-il, à prendre du 
poisson et à le rapporter à leur maître. 

— M. Vaillant, président, étant obligé de quitter la séance, M. Maurice 
Girard prend la présidence. L'ordre du jour appelle la suite de la dis- 
cussion sur les échelles à Saumons. 

— M. Millet ayant demandé si, dans le système présenté à la Société, 
les plaquettes en bois n'ont pas l'inconvénient d'éclater par la gelée, 
M. Uaveret-Wattel répond que le bois est employé parce qu'il est plus 
économique; (|ue de plus, ces palettes ne présentent pas cet inconvé- 
nient puisqu'elles sont employées dans le Nord et au Canada oîi il fait 
froid : on his protège seulement contre le bois à flotter qui pourrait tout 
briser. D'ailleurs, la congélation de l'eau est rare, car l'échelle est 
placée dans un rapide. En résumé, les échelles du syslème présenté ont 

l'avantage d'être facilement accessibles et faciles à franchir pour le 



198 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Saumon qui préfère monter d'un seul bond plutôt que par des bonds 
successifs; elles coûtent moins cher à établir (le prix de revient est au 
Canada de 150 à 200 francs pour un mètre de hauteur), et sont d'un 
entretien peu coûteux; enfin elles présentent l'avantage de fonctionner 
sans exiger trop d'eau, ce qui aurait pour effet de diminuer la force 
motrice du cours d'eau où elles sont placées, et de porter par là môme 
préjudice aux usiniers voisins. 

— M. Millet donne lecture des résultats obtenus; il existe en France 
163 échelles, dont 23 donnent de très bons résultats, 13 des résultats 
assez bons; tout le reste est mauvais. Il ajoute que les mauvais résultats 
proviennent peut-être plutôt des endroits où elles sont placées que des 
défectuosités du système des échelles. 

— M. le Président fait remarquer que le Saumon ne se trouve pas 
dans les pays chauds : il ne dépasse guère le Portugal. 

Poîir le Secrétaire, 

Jules Gautier. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1883. 

Présidence de M. Jules Fallou, Vice-Président. 

M. X. Dybowski, vice-secrétaire, lit le procès-verbal de la dernière 
séance, qui est adopté. 

— M. Grisard annonce que M. le comte G. Gasati a envoyé 40 grammes 
de graine de Vers à soie du mûrier, et la Section décide de les distribuer 
entre les différents membres qui s'occupent de sériciculture ainsi qu'à 
l'école d'agriculture de Grignon et aux stations séricicoles. 

M. Grisard lit ensuite un article àa Bulletin de Vinseciologie agricole 
relatif à l'empoisonnement des Abeilles par l'Eucalyptus Red Gum, à 
Palestre, province d'Alger, et demande si ce fait a déjà été observé en 
Australie, patrie de Y Eucalyptus; il serait istéressant d'être renseigné 
sur ce point. 

— M. Fallou s'étonne que les Abeilles, et les insectes en général man- 
gent des plantes qui les empoisonnent. 

— M. Maurice Girard rend compte d'un mémoire (voy. au Bulletin) àe 
M. Louis Boulan, délégué à l'exposition de Melbourne, il y a trois ans. 
On parlait à Melbourne d'une maladie inconnue jusqu'alors attaquant la 
vigne dans plusieurs provinces de l'Australie. 

On forma une commission. Celle-ci fit une excursion à Geelong à 
(JO kilomètres de Melbourne, où on a l'habitude de planter les vignes 
très serrées. Ce sont des Suisses qui la cultivent. 



PROCÈS-VERBAUX. 199 

M. Boutan était le seul de la commission qui connût le phylloxéra, et 
il ne tarda pas à voir, par des taches caractéristiques, que la maladie des 
vignobles était le phylloxéra. Dans certains endroits, en contre-bas, le 
parasite ne se trouvait pas sur les racines parce que ces endroits avaient 
été inondés pendant assez longtemps. 

M. Boutan affirme que ce phylloxéra, qui est le même d'ailleurs que 
le nôtre, le Vastalrix, a été importé par des cépages français à Gee- 
long. 

Dès que cette fâcheuse découverte a été faite, la commission fit un 
rapport au parlement, et celui-ci vota une loi établissant des syndicats. 
Les viticulteurs de trois provinces: de Victoria, delà xNouvelle-Galies du 
Sud et d'Adélaïde se sont déjà constitués en syndicats en s'imposant une 
somme de 4000 livres, au moyen d'un impôt de six scheUings par acre 
de vigne. 

Les imposés, quand ils ont leurs vignobles atteints du phylloxéra, 
reçoivent une indemnité s'élevant à la valeur de deux ans de récolte, et 
leurs cépages sont arrachés aux frais du syndicat. La loi est, du reste, 
très sévère, et les viticulteurs non syndiqués sont obligés d'arracher 
leurs vignes à leurs frais, dès que le phylloxéra les a atteintes, et ils 
ne reçoivent aucun dédommagement. 

M. M. Girard dit que semblables mesures devraient être prises en 
Algérie dans le cas où le phylloxéra y ferait invasion. 

Les limites d'arrachage, en Australie, sont d'un mille autour des taches. 
Mais celte distance est insuffisante, car le phylloxéra ailé se transporte 
à des distances plus considérables. 

M. M. Girard annonce ensuite qu'il va faire une conférence, le 28 fé- 
vrier, sur le phylloxéra, à Soissons. Il estime que dans le Nord l'invasion 
de ce parasite marche très lentement. Ainsi, aux environs d'Orléans, oîi 
il existe depuis dix ans, il reste stationnaire. C'est que le climat ne lui 
est pas propice; sans soins les environs de Paris seraient phylloxérés 
depuis longtemps. 

Le Vice-secrétaire, 
Xav. Dybowski. 



200 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

CINQUIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 6 MARS 1883. 
Présidence de M. Paillieux, vice-président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

— M. Vavin distribue des graines de Fenouil de Florence, reçues di- 
rectement d'Italie, — de Betterave d'Egypte récoltées sur une racine qui 
mesurait 65 centimètres de circonférence, — de Maïs du Gabon provenant 
d'un pied de 4", 50 de haut et de Zapallito de tronco. 

— M. de Barrau de Muratel rend compte de ses essais de culture des 
graines distribuées en séance de la Section : 

Le Physalis Peruviana a parfaitement réussi, et a produit beaucoup; 
la maturité a été arrêtée par un refroidissement considérable de la tem- 
pérature arrivé le 12 septembre. Les fruits ont été essayés en confiture 
qui a été trouvée assez bonne, mais désagréable à manger à cause des 
nombreuses graines. 

Le Soya d'Etampes a bien mûri et a produit beaucoup, mais n'a pas 
été trouvé de bon goût pour la cuisine. Essayé dans la montagne à 630 
mètres, il n'a pas mûri. 

Le Soya vert du Japon donné comme hâtif s'est montré, au contraire, 
plus tardif de huit à dix jours; il n'a pas été dégusté. 

La Courge de Siam a mal réussi et n'a pas mûri ; quant à la'Courge 
meloniforme du Japon, elle se fend avant la maturité, qui s'effectue mal 
du reste ; la chair en est très sèche. 

La Courge de Boston, très coureuse (certaines branches ont atteint 
8 mètres de long), a une chair peu abondante, très dure et très sèche; 
elle ne paniît pas propre au climat du Midi. 

Le Concombre du Sikkim a bien réussi ; les fruits sont abondants et de 
bonne qualité; il ne parait en rien supérieur au Concombre ordinaire. 

Le Melon blanc du Japon (Shiro uri) et le Haricot cerise à rames du 
Japon n'ont pas réussi. 

La Chufa d'Espagne a passablement réussi malgré la sécheresse qui 
a duré jusqu'en septembre. 

M. de Muratel dépose sur le bureau un échantillon du produit obtenu. 

L'Aubergine de New-York réussit bien, et est très belle. 

La Laitue frisée de Californie monte lentement en graine, c'est là son 
mérite, elle a bien résisté aux deux derniers hivers, mais ces hivers ont 
été tellement doux que l'expérience n'est pas concluante. 

Deux grains de café (don de M. Hédiard), le Silaus Besseri, et le Tal- 
ruda d'Algérie n'ont pas levé. 

Le Yage nari [Phaseolus radiatus) a réussi, le produit peu abondant 
a été gardé pour être semé cette année. 



PROCÈS-VERBAUX. 201 

Deux graines d'une Légumineuse de la Martinique (Canavalia) don- 
nées par M. Hédiard ont produit deux plantes tenues en serre chaude. 
L'une d'elles est déposée sur le bureau. 

La Courge qui réussit le mieux dans le Tarn, département habité par 
notre collègue, est une courge cultivée depuis fort longtemps, très ana- 
logue à la courge pleine de Naples, mais beaucoup plus grosse. 

M. de Barrau de Miiralel présente ensuite des conlîtures de Pastèque à 
graine rouge; ces confitures sont trouvées très bonnes, et cependant le 
fruit cru est de très médiocre qualité. 

— M. Paillieux donne lecture d'un mémoire sur divers végétaux propres 
à former des pickles. 

MM. Hédiard, Rieffel et de Muratel veulent bien se charger de la dé- 
gustation des préparations faites par les soins de M. Paillieux et d'en 
rendre compte dans la prochaine séance. 

— A cette occasion M. Chappellier signale comme succédané du Corni- 
chon et le remplaçant avantageusement les conserves de petits Melons. 

— M. Hédiard fait observer que ces petits Melons sont en effet excel- 
lents, mais qu'il faut les manger frais, car au bout de peu de temps ils se 
ramollissent complètement. On les trouvait autrefois facilement aux 
Halles et à bon compte, mais aujourd'hui ils sont plus recherchés et leur 
valeur a décuplé. 

A propos de l'Angourie dont il est question dans le mémoire de M. Pail- 
lieux, M. Hédiard fait connaître qu'à Bourbon et à Maurice on cultive 
un légume tout à fait semblable, mais un peu plus gros, il a la taille d'un 
marron d'Inde ; ce légume, nommé Margausse, se conserve dans le sel 
et par son goût amer il excite l'appétit. 

— M. Vavin rappelle que l'on fait avec le Physalis edidis un excellent 
sirop pour les bronchites; on peut encore confire les fruits au vinaigre 
et les manger comme cornichons. 

— M. Paillieux dit qu'il a fait faire avec les ivu'ils du P. Peruviana un 
sirop qui rappelle le sirop de gomme et doit jouir des mêmes pro- 
priétés. 

— M. Millet confirme ce que vient de dire M. Vavin, il a fait lui-même 
usage du sirop de Physalis et s'en est fort bien trouvé. 

Notre confrère donne ensuite quelques détails sur la maladie des 
Pommes de terre qui, dans l'Aisne et les Ardennes, a sévi d'une façon 
désastreuse. 

M. Millet a eu l'idée d'employer pour cette culture les résidus de la 
combustion des cokes et charbons de terre qui, dans ces terrains com- 
pacts et humides, agissant à la fois comme fertilisants et comme diviseurs, 
lui ont donné d'excellents résultats; il s'est servi également avec succès 
du marc de café. 

— M. Manceau préconise l'emploi de la sciure de bois pour les terrains 
forts 



202 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

— A ce propos M. Nicard dit qu'on ne peut tirer aucun parti de la 
sciure pure, dans laquelle aucune plante ne pousse. 

M. Millet fait connaître qu'à la section d'horticulture de la Société 

des Agriculteurs de France, M. Michelin avait fait la motion de planter 
les routes en arbres fruitiers, mais qu'en présence du peu de bénéfice 
qu'il était possible d'en tirer, vu les causes multiples de destruction, il 
avait semblé préférable à notre confrère de proposer des plantations 
d'arbres forestiers: peupliers, ormes, etc., qui au bout de quelques 
années deviennent une source de revenu pour la commune. 

La proposition de M. Michelin a été repoussée et celle de M. Millet 
adoptée par la Société des Agriculteurs. 

— A ce propos, M. J. Grisard rappelle que la Compagnie des chemins 
de fer de l'Est a fait clore par des arbres fruitiers, disposés en espalier, 
une certaine partie de ses lignes, et que les résultats ont été nuls. 

Le Secrétaire, 

Jules Grisard. 



IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE 



Incubation artificielle d'oeufs de Casoai*. 

Lettre adressée à M. le Secrétaire général. 

« J'ai l'honneur de vous envoyer les renseignements suivants sur l'in- 
cubation des œufsdeCasoar que vous avez eu l'obligeance de nie confier, 
incubation qui a parfaitement réussi comme je vous l'explique ci- 
dessous. 

» Le H janvier dernier, j'emportai du Jardin d'Acclimatation i œufs, 
dont un, le premier pondu, était beaucoup plus petit que les 3 autres. 
Je les laissai reposer deux jours, et le 13 au soir, je les mis dans ma 
couveuse artificielle. Cet appareil, dont j'ai fait la description dans le 
Bulletin de la Société, est chauffé au gaz; il est muni d'un régulateur de 
température empêchant complètement les excès de chaleur. 

Cette couveuse est installée dans une boutique sur la rue, à 1 mètre 
de trottoir, près d'une porte dont le timbre résonne très fort; il a passé 
dans la rue, pendant tout le temps de l'incubation, des voitures et des 
fardiers conduisant les matériaux du chemin de fer de grande ceinture 
en construction dans nos parages. Je mets tous ces détails pour montrer 
que le bruit et la trépidation ne nuisent en aucune façon à la bonne 
venue des élèves quand l'appareil possède toutes les chances de réussite. 

J'ai remarqué souvent que plus les oiseaux sont gros, moins ils déve- 
loppent de chaleur; je réglais donc ma couveuse à 2 degrés de moins 
que pour les poulets. 

» Je n'ai pas de regret de cette manière d'agir, car le 25 février, ayant 
mis nies œufs sur le verre de la couveuse, je constatai que 3 d'entre eux 
étaient animés, et que les petits remuaient déjà dans la coquille; le 
quatrième œuf était clair. Je recommençai cette opération tous les trois 
ou quatre jours, et les mouvements devinrent de plus en plus accentués. 
Vers le 10 mars, ou entendait parfaitement le cri des petits. 

» Le 12, un des œufs était bêché, mais le jeune 'ne put sortir complè- 
tement, car une membrane de chair reliait le dessus de la tète avec 
l'abdomen; ce phénomène, excessivement curieux, s'était complètement 
développé, malgré sa monstruosité. Je l'envoyai à M. le professeur Ca- 
mille Daresie, qui le présenta, quelques jours après à une séance de 
notre Société. 

» Le 13, un deuxième petit Casoar commençait à bêcher l'œuf vers six 
heures du soir, et sortait très vigoureux à dixheures et demie. Cinq jours 
après, le 18 mars, après (34 jours d'incubation, le dernier jeune bêchait 
vers huit heures du malin, et sortait complètement deux heures après. 



204 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

î Ces oiseaux sont très rustiques, peu farouches, mangent dans la 
main, et trottent on ne peut mieux au bout de deux à trois jours. 

» Mal<^ré ce qui a été dit, les poussins bêclient eux-mêmes la coquille, 
absolument comme les Pintades; les parents ne doivent nullement les 
aidera sortir; ils font même cette besogne avec beaucoup de facilité. 

» Les œufs se trouvent bêchés, comme je vous l'ai dit, au commence- 
ment de la chambre à air, qu'ils percent avant, et non à l'extrémité 
comme on me l'avait affirmé. Cette chambre à air se trouve très petite, 
el les œufs mis dans l'eau la veille d^ l'incubation, ne dépassaient le 
niveau que de 1 centimètre. 

» Je crois, du reste, que c'est la première fois que des Casoars éclo- 
sent dans une couveuse, dans laquelle ils restent depuis le commence- 
ment de l'incubation, c'est-à-dire de cinquante-huit à soixante-quatre 
jours. 

» J'ajouterai que mes charmants élèves vivent parfaitement; ils ont 
une éleveuse artificielle avec parc de gazon; ils rentrent d'eux-mêmes 
chercher la chaleur. Je les nourris avec de la pâtée composée d'œufs 
durs avec coquille, pain rassi, salade et cœur de bœuf, le tout haché un 
peu gros. 

» Les premiers jours, je leur donnai des vers de terre, dont ils étaient 
très friands; mais j'ai dû renoncer à cet aliment qui était trop laxatif. 

» Ils ne boivent que vers le sixième jour. 

» La croissance de ces animaux est prodigieuse. Aimant, du reste, 
beaucoup à me rendre compte des choses, je pesai ces Casoars à leur 
naissance; leur poids était, le premier jour, de 320 grammes chaque; 
7 jours après, de 530 grammes; 7 jours plus tard, de 835 grammes ; 
et encore, 7 jours après, de 1180 grammes. 

» L'augmentation du poids était donc, le premier jour, de 15 à 16 

grammes; cette augmentation est maintenant de 45 à 50 grammes par 

jour. La consommation de nourriture, qui était d'environ 100 grammes 

les premiers jours, par oiseau, est maintenant de 270 à 300 grammes. 

)) Vers l'âge de 15 jours, l'aîné était devenu triste et ne mangeait 
plus. Je lui administrai alors 1 gramme d'aloès et de semen-contra : la 
santé et l'appétit lui revinrent, six heures après. 

ï Ces animaux dorment les pattes repliées sous le corps, le cou tendu 
et le bec perpendiculaire au sol. J'ai suspendu, dans l'éleveuse, un fort 
plumeau, sur lequel ils aiment se rouler et lisser leur duvet. 

» J'espère que maintenant ces animaux continueront à bien venir et 
je vous tiendrai, du reste, au courant de leurs faits et gestes, si toutefois 
cela peut vous intéresser. 

ï Recevez, Monsieur, etc. 

» A. BOUCHEREAUX. )) 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 205 



Reprodtictiou du Saiiiuon de Californie, 
à raquariiini du Trocadéi'o. 

Le 25 octobre i878, raquarium du Trocadéro recevait de la Société 
nationale d'Acclimatation un millier d'oeufs de Saumon de Californie 
(Oncorhijnchus quinnat), provenant d'un envoi fait par M. Spencer 
F. Baird, commissaire des pêcheries des États-Unis. Ces œufs ne tardè- 
rent pas à éclore. Les alevins étaient très vigoureux et leur développe- 
ment fut assez rapide. 

Abondamment nourris de chair de poisson blanc hachée, les jeunes 
Saumons atteignirent, en l'espace d'une année, un poids moyen de 
250 grammes. Ils supportaient parfaitement leur élevage en stabula- 
tion, et les pertes étaient relativement insignifiantes. 

Deux ans plus tard, les saumoneaux étaient devenus de très beaux 
poissons. Quelques-uns pesaient jusqu'à ^kilogrammes. En octobre 1881, 
plusieurs sujets donnaient des signes évidents de frai. Des fécondations 
artificielles furent essayées; mais les œufs récoltés paraissaient mal dé- 
veloppés et ne donnèrent aucun résultat. , 

L'année suivante, 1882, au mois d'octobre également, le désir de 
frayer se manifesta de nouveau chez ces poissons, et, le 2i octobre, plu- 
sieurs femelles donnaient environ 1500 œufs, que l'on essayait de féconder 
avec de la laitance de Truite, faute de Saumons mâles mûrs à point. 
L'opération ne réussit pas. Mais, peu de jours après, les sujets des deux 
sexes étaient en plein frai, et l'on pouvait récolter et féconder, en 
l'espace de cinq semaines, près de 30 000 œufs. 

Malheureusement, le manque d'un nombre suffisant d'appareils d'éclo- 
sion nécessita l'entassement des œufs pendant quelques jours dans un 
espace beaucoup trop restreint. En outre, des travaux de réparation dans 
les conduites d'eau qui alimentent l'aquarium ne permirent, pendant 
quelque temps, que l'emploi d'eau non filtrée. 

Environ 1500 alevins très vigoureux ont pu toutefois être obtenus et 
sont actuellement en parfait état. Ils suffisent pour démontrer la possi- 
bilité d'élever et de faire reproduire le Saumon de Californie dans des 
conditions de captivité tout à fait exceptionnelles. Le fait semble d'autant 
plus intéressant qu'il s'agit d'une espèce étrangère, essentiellement mi- 
gratrice, qui s'est ainsi pliée, à la fois, à un nouveau climat et à un 
changement complet dans les habitudes. L'acquisition de cette espèce 
paraît donc facilement réalisable, et elle serait particulièrement utile au 
point de vue de l'empoissonnement des cours d'eau tributaires de la 
Méditerranée. 

Raveret-Wattel et Bartet. 
(Extrait en partie des comptes rendus des séances de l'Académie des 
sciences.) 



V. BIBLIOGRAPHIE 



I 

De raction du froid t^iir les végétaux pendant l'hiver 1879-1880, 
par M. Charles Baltet, liorliculteur à Troyes. 1 vol. in-8°, 340 pages. 
G. Masson, libraire, 120, boulevard Saint-Germain, 1882. 

Quelle a été la cause première des grands froids de l'hiver 1879-80, 
qui ont occasionné tant de désastres sur les végétaux? Il semble qu'il 
faut l'attribuer à la persistance des vents du nord, du nord-est et de l'est, 
en septembre, octobre, novembre, et même jusqu'au 26 décembre, ainsi 
qu'à la tempête des 3, 4 et 5 décembre, pendant laquelle le vent du 
nord-est se fit sentir avec une si grande violence. De plus, l'effet désas- 
treux ^de ces vents fut augmenté par le rayonnement nocturne produit 
par la pureté constante du ciel. 

Sans doute, il n'est pas donné à l'homme d'empêcher le retour de telles 
catastro[)bes; mais la science pourra peut-être un jour en atténuer les 
eflets au moyen de mesures préventives, lorsque des réseaux électriques 
enserreront le monde et que le signal précurseur sera donné avec une 
rapidité de 45 000 lieues à la seconde, alors que les vents les plus violents 
n'ont qu'une vitesse de 36 lieues à l'heure. 

Quoi qu'il en soit, il est du plus grand intérêt d'étudier les conséquences 
d'un froid excessif et persistant sur chacune des essences végétales de 
notre pays, et plus spécialement encore sur celles nouvellement intro- 
duites. Il y a dans cette enquête des données bien précieuses à recueillir, 
n on seulement sur la force de résistance de chaque plante, mais encore 
sur l'aptitude des différentes espèces à se plier aux conditions atmosphé- 
riques de leur patrie adoptive. 

M. Baltet a étudié, avec autant de zèle que d'exactitude, les effets de la 
durée et de la persistance du froid sur les végétaux dans les diverses 
régions de la France, et plus particulièrement dans le département de 
l'Aube-, la rigueur du froid d'après l'altitude et le sol; le rôle de la 
n eige pendant la gelée ; l'action du soleil sur les végétaux gelés, la dété- 
rioration de leurs tissus; les effets de la gelée sur les pépinières, les 
jardins, les parcs, les plantations routières, les bois, les forêts, les 
plantations fruitières et la vigne. Mais la partie la plus intéressante de 
son travail consiste dans une nomenclature par ordre alphabétique de 
tous les arbres et arbustes naturalisés en France, indiquant ceux qui 
ont été détruits et ceux qui ont été fatigués ou épargnés. Chaque végétal 
fait l'objet d'une notice distincte, indiquant la famille botanique, le pays 
d'origine, les habitudes et l'indication précise de la manière dont chacun 
s'est comporté sous l'action du froid. 



BIBLIOGRAPHIE. 207 

Le mémoire de notre habile confrère a été couronné par la Société 
nationale d'Acclimatation et par la Société nationale d'Agriculture (1). 

E,B Chasse (Lois usuelles annotées), par Ad. Giraudeau, J.-M. Lelièvre 
et G. Soudée; un volume petit in-S", 434 pages, ^^ édition, augmentée 
et mise au courant de la jurisprudence. Larose et Forcel, 22, rue Soufflet, 

1882. 

Nous avons à signaler à nos lecteurs un nouveau commentaire de la 
loi du 3 mai 1844. Les auteurs ont suivi pas à pas le texte des disposi- 
tions législatives, en indiquant, à la suite de chaque article, les opinions 
de la doctrine et les décisions judiciaires intervenues sur les nombreuses 
questions que soulève la police de la chasse. Ces analyses sont succinctes 
et précises; les discussions sont «brèves et judicieuses. 

Spécialement en ce qui concerne la section 1" de la loi, relative à 
l'exercice du droit de chasse, le commentaire étudie successivement la 
nature de ce droit, sa cession et sa location; qui peut chasser et à qui 
cette faculté appartient ; les faits qui constituent ou ne constituent pas 
la chasse ; les conditions requises pour l'exercice de ce droit; la chasse 
sur les propriétés de l'État, des communes et des établissements publics, 
ainsi que sur les routes traversant les bois et les forêts, ou dans les ter- 
rains clos ; l'ouverture et la clôture de la chasse ; la vente et le colportage 
du gibier en temps prohibé, sa saisie et sa recherche pendant la même 
période; les permis de chasse et les personnes à qui le permis peut ou 
doit être refusé; les modes de chasse autorisés ou défendus; les attri- 
butions des préfets, le droit naturel de repousser et de détruire les bêtes 
fauves, etc. 

Nous ne saurions évidemment entrer dans l'analyse d'un commentaire 
de loi; mais on lira avec profit, dans le chapitre dont nous venons 
d'indiquer les principales divisions, la partie qui se rattache à la nature 
du droit de chasse. Nous croyons, avec les auteurs, que ce droit constitue 
une servitude personnelle et non une servitude réelle. Nous pensons, 
dès lors, que la concession ne peut en être faite valablement à perpétuité, 
à titre onéreux ou gratuit, soit au profit d'une personne désignée et ses 
héritiers, soit au profit des propriétaires d'un fonds. Les commentateurs 
reconnaissent également avec raison qu'en matière de mutation par 
décès, le montant d'un bail de chasse doit être compris dans le revenu 
déclaré pour la perception du droit (Gass., 7 avril 1868; Dalloz, 1868, 
J, 259), et cette proposition, ainsi formulée, est [absolument exacte: 
mais nous ferons observer que s'il n'y avait pas de bail, et si le proprié- 
taire avait conservé pour lui la faculté de poursuivre le gibier sur ses 
terres, le droit de chasse ne saurait être considéré comme un fruit 

(l) Soc. d'Acclim., 26 mai 1882 Grande médaille d'argent à l'effigie d'Isidore 
Ceoffroy Saint-Hilaire. — Soc. d'Agric, 7 août 1882, médaille d'or. 



208 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

susceptible d'être déclaré. C'est un point que l'arrêt cité a parfaitement 
reconnu, et qui sert à bien préciser la nature de ce droit, — attribut 
inhérent à la qualité même de propriétaire. 

L'explication de la loi de 1844 est suivie d'une étude approfondie sur 
la léo-islation et la jurisprudence concernant l'institution de la Louveterie, 
le droit sur le gibier, la responsabilité des chasseurs et des propriétaires 
des bois, ainsi que les gardes particuliers. Elle est accompagnée du 
formulaire des quelques actes, demandes ou procès-verbaux que l'on 
peut être appelé à rédiger en matière de chasse. 

Aimé Dufort. 



II. — Publications nouvelles 

Culture de la vigne en Cbaintres par A. Vias, instituteur à 
Chissay (Loir-et-Cher), 4= édition. In-8», 111 p. et portrait. Mesnil, 
imp. Firmin-Didot. Paris, lib. agricole de la Maison rustique. 

i,a question du vinage et les vins artificiels en 1882 par H. Mes- 
sine, négociant, juge au tribunal de commerce de iMontpellier. In-8», 
36 p. Montpellier, imp. Grollier et fils. 

i^'art et la science en agriculture, amélioration des races d'ani- 
maux domestiques par le marquis de Virieu, président de la Société 
d'agriculture de la Tour du Pin. In-12, 48 p. Lyon, imp. Albert. 

Des chiens anglais de chasse et de tir et de leur dressage à la 
portée de tous; setters, pointers, retrievers, cockers, etc., par Paul 
Gaillard. Préface du mar((uis de Cherville. In-18 jésus. xxiv-273 p. 
Mesnil, imp. Firmin-Didot. Paris, lib. Firmin-Didot et C'e. 

Précis pratique de l'élevage du porc (Races, engraissement, pro- 
duits, porcheries, maladies), par A. Gobin, professeur de zootechnie, 
de zoologie el d'agriculture. In-I8 jésus, 309 p. avec 50 fig. Paris, 
imp. Pion et C'e ; lib. Lebroc et G'». 3 fr. 50. 

lies plantes fourragères, par Gustave Heuzé, inspecteur général de 
l'agriculture, 4'^ édition, t. I : les plantes à racines et à tubercules. Li-18 
jésus, xiv-359 p. avec 89 fig. Mesnil, imp. Firmin-Didot; Paris, lib. 
agricole de la Maison rustique. 3 fr. 50. 

Compte rendu des opérations de la condition des soies de Lyon 

pendant l'année 1881, par A. Perret, directeur. In-S", 20 p. avec 
tableaux. Lyon, imp. Pilral aîné. 



Le gérant : Jules Grisard. 



Imprimeries réunies, A, lue Mignon, 2, Pari: 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



ENQUÊTE SUR LA CHÈVRE 

RAPPORT PRÉSENTÉ A LA PREMIÈRE SECTION 
Par M. J. GitUTIER. 



Messieurs, 

Je viens, selon le désir exprimé par la l'« section dans sa 
dernière séance, vous rendre compte des réponses faites au 
questionnaire adressé par la Société d'Acclimatation au sujet 
de la Chèvre. 

Il a été, comme je le craignais, impossible d'étudier la 
question d'une façon complète dans un espace de temps aussi 
court que celui qui m'a été laissé. En effet, les réponses de- 
mandées pour le 10 avril continuent à arriver encore à 
l'heure actuelle et de plus doivent être reprises une à une 
dans les bureaux pour établir leur origine, par suite de la 
mauvaise rédaction de la première question. 

Le travail que je vous présente aujourd'hui est donc non 
pas une étude dans le sens du vœu exprimé par M. le mar- 
quis de Pruns, mais seulement le très long résumé de toute 
la correspondance échangée à son sujet. 

Le nombre des réponses au questionnaire, défalcation faite 
de quelques anonymes, par conséquent de nulle valeur, a été 
de 136. Un certain nombre d'entre elles contiennent des 
observations intéressantes; enfin il nous est également par- 
venu quelques lettres dont nous vous rendrons compte. 

Un seul questionnaire nous a été retourné de l'étranger : 
d'Espagne. Les départements qui ont répondu à notre appel, 
au comptant l'Algérie, sont au nombre de 03 et ils ont ré- 
pondu dans la proportion suivante : Algérie, 1 ; Ain, i ; 
Aisne, 1; Allier, 1; Alpes - Maritimes , 3; Ardennes, 2; 
Ariège, 2; Aude, 1 ; Aveyron, 3; Basses-Alpes, 2; Calvados, 2; 

3* SÉRIE, T. X. — Avril 188a, 14 



210 SOGllÎTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Canlal, 1 ; Charente, 3; Charente-Inférieure, 2; Cher 3; 
Côles-dii-Nord, 1 ; Creuse, 1 ; Deux-Sèvres, 5; Dordogne, 3; 
Eure, 1 ; Gard, "i ; Ilaute-Loire, 1 ; llaule-Saône, 1 ; Haute- 
Marne, l ; Ilaule-Savoie, 1 ; Haule-Vienne, 1 ; Hérault, 1 ; 
Indre, 2; Indre-et-Loire, 5; Ille-ct-Vilaine, 3; Isère, 2; 
Landes, l ; Loi'-et-Cher, 1 ; Loire-Inférieure, 5 ; Lot, 2 ; 
Lot-et-Garonne, 1 ; Lozère, 1 ; Manche, 1 ; Maine-et-Loire, 3; 
Marne, 3; Mayenne, I ; Meuse, 2 ; Morbihan, l ; Nord, 0; 
Oise, I 7 Pas-de-Calais, 4; Pyrénées-Orientales, 2; Puy-de- 
Dome, 5; Saône-et-Loire, 1 ; Sarthe, 3; Savoie, 2; Seine- 
Inférieure, 3; Seine-et-Marne, 2; Seine-et-Oise, 1; Somme, 2; 
Tarn, i ; Yaucluse, i ; Vendée, 3; Vienne, 8; Vosges, 2; 
Yonne, 1. 

Enfin un questionnaire nous a été retourné d'Alsace : nous 
n'avons pu, hélas! le classer parmi ceux qui nous sont reve- 
nus des départements français, mais nous n'avons pu nous 
résoudre non plus à le classer comme venant de l'étranger. 

A la l" question « Y a-t-il des Chèvres dans votre départe- 
ment ? » tous nos correspondants ont répondu d'une fagon 
affirmative; mais à la seconde question «Sont-elles nom- 
breuses? » les réponses ont cessé d'être nettes : « assez nom- 
breuses » et « pas très nombreuses » sont les locutions les 
plus employées, et il faut reconnaître qu'elles sont fort élas- 
tiques. Bien plus, quand plusieurs correspondants nous écri- 
vent du même département, les réponses sont contradic- 
toires : ce qui s'explique par ce fait qu'ils habitent évidemment 
dans des arrondissement différents, arrondissements qui nous 
sont inconnus; dans celte situation il est impossible de donner 
un résumé, môme succinct, des réponses faites à la deuxième 
question. 

La 3° et la 4* question n'en font qu'une pour ainsi dire : 
« Y a-t-il une race particulière, et est-ce une race du pays? >> 
A cette question nos correspondants ont répondu n 'g.itive- 
ment pour le plus gr.ind nombre el il paraît ressorlii- de ce 
qui nous est écrit qu'à l'exception de l'Algérie, où l'on trouve 
pures la race arabe et la race maltaise ; du déparlement du 
Nord, où l'on trouve à Lille un troupeau de Chèvres du Thi- 



."'"■ ENQUÊTE SUR LA CHÈVEE. 211 

bel, admis au concours régional de 1879; des Pyrénées- 
Orientales, où l'on trouve la Chèvre roussi llonnaise, noire avec 
le dessous du ventre presque blanc ; enfin des Vosges, où, nou& 
dit-on, il existe une race naine du pays, il n'existe pas en 
France de race de pays bien fixée. 11 serait seulement permis 
de conclure des renseignements qui nous sont envoyés que 
dans certains déparlements les Chèvres proviennent de telle 
ou telle ancienne race que l'on nous désigne comme race des 
Alpes, race d'Auvergne, race du Vivarais, race des Pyrénées, 
race poitevine ou limousine, sans que les individus dont il 
s'agit soient purs. 

Telle n'est pas cependant la réalité des choses et il existe 
certainement en France des races bien fixées et détermi- 
nées. 

La cinquième question « Description de la Chèvre » a donné 
lieu aux réponses les plus variées. Par cela même qu'il n'exis- 
tait pas de race bien caractérisée dans la plupart des lieux 
habiles par nos correspondants, le pelage de la Chèvre affecte 
toutes les couleurs depuis le blanc jusqu'au noir en passant par 
le roux, le fauve et le gris. Il est à remarquer seulement que 
la couleur blanche semble partout préférée à cause de celte 
croyance que le lait des Chèvres blanches est d'un goût plus 
délicat. Le poil varie de longueur comme de couleur ; il sem- 
ble être en général de 4 à 6 centimètres. Toutefois dans les 
Côtes-du-Nord on nous cite le chiffre de 15 centimètres, de 
16 dans la Dordogne, de 10 à 12 dans l'IIle-et-Vilaine, et 
noUe correspondant de la Meuse nous écrit que les Chèvres 
du pays onl le poil long el dur, ayant à sa base un duvet fin, 
soyeux et très court. 

^nEn ce qui concerne la taille, elle varie de 60 à 80 centimè- 
tres. Nous signalerons seulement le chiffre de 50 centimètres 
qui nous est envoyé de la Meuse et du Tarn. 

il ressort des réponses faites à la 6' question relative aux 
cornes, que partout en France on trouve à côté l'une de l'au- 
Ire la Chèvre avecxornes et la Chèvre sans cornes, mais dans 
des proportions différentes. C'est ainsi que les Chèvres à 
cornes existent en grand nombre dans le Cantal, le Cher, la 



212 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Dordogne,laHaule-Marne, la Savoie et le Tarn, tandis que les 
Chèvres sans cornes sont de beaucoup les plus nombreuses 
dans la Haute-Loire, la Mayenne, la Meuse, le Nord, l'Oise, 
le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Orientales, la Sarthe et la 
Vienne. Il convient d'ajouter que les Chèvres sans cornes 
jouissent d'une faveur plus grande que leurs sœurs, non seu- 
lement parce qu'avec elles les chances d'accident sont moin- 
dres, mais encore parce que, à tort ou à raison, leur lait passe 
pour être plus abondant et de meilleure qualité. 

La septième question est ainsi conçue : « Comment sont 
réparties les Chèvres du département? est-ce par troupeaux 
ou par individus isolés? » 

Les départements où les chèvres se trouvent réparties par 
troupeaux sont fort peu nombreux. Nous trouvons d'abord 
l'Algérie, où dans le Sud on rencontre des troupeaux considé- 
rables de plus de 1000 têtes de race arabe et des petits trou- 
peaux de 15 à 20 têtes de race maltaise aux environs des 
villes. 

Nous trouvons ensuite les Landes, les Basses-Alpes, les Pyré- 
nées-Orientales, la Savoie et le Puy-de-Dôme, départements où 
les propriétaires de quelques Chèvres les réunissent pour for- 
mer des troupeaux gardés par chacun d'eux à leur tour. Les 
autres départements possèdent bien quelques troupeaux, mais 
exceptionnellement, si l'on peut s'exprimer de la sorte. C'est 
ainsi que dans la Charente il n'en existe qu'aux environs de 
Ruffec et dans l'Aveyron sur les parties montagneuses ; dans 
le Cantal on en trouve seulement dans les pays de bois, et 
dans l'Allier seulement à l'établissement du docteur Boudard. 
Dans d'autres départements les troupeaux ne sont que de 
passage : ainsi dans le Tarn, dans le Nord et dans laDordogne 
où ils viennent conduits par des bergers basques. Partout 
ailleurs les Chèvres se rencontrent par individus isolés. Sans 
doute quelques propriétaires en possèdent plusieurs, qu'ils 
envoient en général pâturer avec les moutons, mais il n'y a 
pas à proprement parler de vrais troupeaux. 

Le nombre des chevreaux misbas (8' question) est générale- 
ment de 2. Toutefois il paraît, d'après nos correspondants, 



ENQUÊTE SUR LA CHÈVRE. 213 

que le nombre 3 est souvent atteint. Signalons enfin les re- 
marques de nos correspondants de la Sarthe, de la Vienne et 
de la Vendée, qui nous disent que ce nombre s'élève ex- 
ceptionnellement à 4 et même 5 Chevreaux, dans une seule 
portée. 

(9% 10' et 12' questions.) La durée de la lactation comme 
toutes les dernières questions ont donné lieu aux réponses les 
plus diverses et les plus contradictoires : ce qui est fort natu- 
rel, puisque les chiffres donnés sont ceux des localités habi- 
tés par nos correspondants. Il faudrait les citer ici un à un, 
ce qui est évidemment impossible. Tout ce que peut faire le 
rapporteur, c'est de vous dire que cette durée varie générale- 
ment entre quatre et huit mois. Le chiffre de neuf à dix mois 
est exceptionnel et nous est signalé dans les Ardennes, les 
Deux-Sèvres, l'Indre-et-Loire, l'Isère, le Loir-et-Cher, la 
Loire-Inférieure, la Lozère, les Pyrénées-Orientales, la 
Saône-et-Loire, la Sarthe, la Vienne. Enfin notre correspon- 
dant de Vaucluse nous écrit que la durée de la lactation est 
parfois de deux ans. 

Le chiffre de litres de lait donné journellement par une 
chèvre n'est pas moins variable. Il est de 2 à 5 dans 
presque tous les départements, le plus souvent de 2 ou 
3. Certains de nos correspondants nous accusent cepen- 
dant des chiffres plus élevés. Aussi dans l'Ariège le rendement 
serait de 4 à 5 litres ; dans l'Ille-et-Vilaine, de 5 à 6 ; dans le 
Lot, de 6 à 8 ; dans le Morbihan, de 4 à 5 ; dans la Sarthe, de 
5 à 6 ; dans la Seine-Inférieure, de 5; dans la Somme, de 4 
à 5; dans, l'Yonne de 6. 

i : Le lait sert le plus souvent à la fabrication de fromages ; 
parfois il est vendu pour les enfants ou les malades; dans ce 
cas sou prix varie entre 10 et 30 centimes, mais le prix de 20 
ou 25 centimes est celui qui nous a été généralement indiqué. 
Dans deux départements seulement, l'Ille-et-Vilaine et l'Isère, 
on nous a signalé son emploi pour la fabrication du beurre. 
Dans les Alpes-Maritimes, le litre vaudrait 40 centimes ; dans 
la Charente, 50 centimes; dans la Savoie, 40 centimes; dans la 
Vienne, 40 centimes. 



214 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

En ce qui concerne la viande de Chèvre, nous ne parlons pas 
en effet ici de la viande de Chevreau, partout fort estimée, elle 
«stlout à fait dédaignée dans les départements suivants: Allier, 
Ardennes, Arièg.e, Basses-Alpes, Charente, Charente-Infé- 
rieure, Deux-Sèvres, Haute-Saône, Ilaute-Marne , Haute- 
Vienne, Hérault, Isère, Oise et Pas-de-Calais : elle est peu es- 
timée dans l'Ain, le Calvados, la Creuse, la Loire-Inférieure et 
le Puy-de-Dôme. Dans tous les autres départements elle paraît 
être employée à l'alimentation et parfois même aussi recher- 
chée que celle du mouton ; par exemple dans les Alpes-Mari- 
times où son prix est de 1 fr. 40 le kilogramme, dans l'Isère où 
son prix est de i fr. 20; dans le Loir-et-Cher, dans le Cantal, 
dans les Pyrénées-Orientales, à peu près partout le prix du ki- 
logramme est de 80 centimes, sauf dans la Sarthe, où, d'après 
notre correspondant, il ne serait que de 20 centimes. Enfin 
disons que dans certains déparlements la viande de Chèvre 

■ est salée et même fumée, notamment dans la Haute-Loire, le 
Loiret, la Lozère, la Haute-Savoie. 

Il est assez difficile de résumer ce qui nous a été répondu, 
louchant le prix de la peau ; en effet, un certain nombre de 

1 nos correspondants ont cru qu'il s'agissait de la peau du 

- Chevreau, d'autres de la peau de lu Chèvre, enfin le plus grand 
nombre s'est borné à mettre un chiffre en regard de la ques- 
tion, posée incomplètement du reste, sans dire s'il s'agit de 

, ]a peau de Chèvre ou de la peau de Chevreau. Disons cependant 
que ces chiffres varient de 1 à 5 francs et que les chiffres 2, 3 

. et 4 sont les plus fréquents. Par exception nos correspondants 
nous signalent 5 pour le Morbihan, 5 à pour la Haute- 
Savoie, 6 à 10 pour le Loir-et-Cher, 5 pour Saône-et-Loire et 
la Savoie. Cette peau est d'ailleurs employée à des usages di- 
vers selon les départements : c'est ainsi que nous en voyons 

: faire des outres dans l'Aveyron, la Lozère et le Tarn, des 
descentes de lit et des couvertures de harnais de chevaux 
dans la Meuse, des vêtements en Seine-et-Oise, etc., etc. 

Il ressort des réponses faites à la 11^ question « Comment 
nourrit-on les Chèvres ? » que dans les pays de montagnes seu- 

'. lement on les laisse vagabonder et que partout ailleurs on ne 



ENQUÊTE SUR LA CHÈVRE. 215 

les nourrit à la crèche que pendant la mauvaise saison: pen- 
dant la belle saison on les fait pâturer soit en les laissant aller 
avec les troupeaux de moutons, soit en les faisant paître atta- 
chées à un piquet. Par exception elles semblent toujours 
vagabonder dans l'Ille-et-Yilaine et les Landes, tandis qu'au 
Mont-d'Or on suit exclusivement le système de la stabulation. 

La 13" et la 14' question ont trait aux prix moyens de la 
Chèvre adulte et du Chevreau. Ici encore un résumé est très 
difficile à faire et il faudrait citer pour ainsi dire touts les 
chiffres qui nous sont envoyés. Disons pourtant que le chiffre 
le plus fréquent pour la Chèvre adulte est 25 francs, et que 
le prix varie entre 20 et 40 francs pour le plus grand nombre 
des départements. Les chiffres les plus bas sont 10 à 20 pour 
le départctement de l'Ain, 15 à 20 pour l'Allier, 10 à 15 pour 
la Charente-Inférieure, 12 à 15 pour les Côtes-du-Nord, 10 à 
20 pour l'Eure, 15 pour les Landes et le Pas-de-Calais, 12 à 
16 pour les Pyrénées-Orientales, 9 à 8 pour la Seine-Infé- 
rieure, 12 à 16 pour la Somme, et 10 à 14 pour la Vendée. 
Les chiffres les plus élevés sont 50 francs pour l'Aude et la 
Dordogne, 40 à 50 pour la Sari lie, 50 à 80 pour l'Yonne. 

Pour les Chevreaux le prix est de 4 à 7 francs presque par- 
tout, le plus ordinairement 5. H s'élève par exception de 8 à 
1) francs dans le Tarn, de 7 à 8 dans la Vienne, de12 à 15 dans 
les Alpes-Maritimes, de10à15dans les Ardennes etl'Ariège, 
de 8 à 12 dans la Charente. 

En ce qui concerne la 15' et dernière question nous n'avons 
rien à dire. La question n'a pas été clairement posée. Elle est 
ainsi conçue: « Que rapporte une Chèvre en moyenne? » Or 
de quel rapport s'agit-il? Est-ce du rapport d'un jour ou du 
rapport d'une année? Est-ce du rapport brut ou du rapport 
net? Est-ce du rapport en lait ou du rapport total? ^'os cor- 
respondants ont compris les uns d'une façon, les autres d'une 
autre, un très grand nombre s'est abstenu de répondre. 

Nous avons, Messieurs, à vous rendre compte maintenant 
des deux questionnaires qui nous ont été retournés, l'un 
(l'Espagne, l'autre d'Alsace. 

Notre correspondant d'Espagne, M. Poileux, nous écrit 



216 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

que les Chèvres sont très nombreuses dans ce pays, où il ne se 
trouve que peu de vaches laitières si ce n'est aux environs des 
grandes villes. Les Chèvres maltaises se rencontrent en liberté 
et isolées dans le Sud seulement, car les montagnes du Nord 
sont trop froides pour elles : elles sont en effet d'une nature 
délicate bien que donnant plus de produits que la Chèvre du 
pays. 

Dans l'Andalousie il est d'habitude de donner en cheptel 
des troupeaux variant de 100 à 1000 têtes. Le cheptelier paye 
tous les frais et ne doit au propriétaire du troupeau que le 
Chevreau ou sa représentation en argent ; la perte par morta- 
lité est partagée entre les deux parties contractantes. 

La couleur est grise pour les Chèvres maltaises et la taille 
60 à 80 centimètres. Elle est fauve pour les races du pays, dont 
le poil plus court ne mesure que de 5 à 8 centimètres au lieu 
de iO à 15. Les Chèvres maltaises n'ont pas de cornes; au 
contraire celles du pays ont de longues cornes. 

La Chèvre du pays donne par portée un petit , rarement 
deux; la race maltaise au contraire en donne généralement 
deux. La quantité de lait donnée pendant 4- à 5 mois est de 3 
litres environ pour la race du pays et de 6 litres pour la race 
maltaise, et le litre vaut de iO à 15 centimes. 

La peau des premières vaut 2 fr. 50, celle des secondes de 
3 fr. 50 à -4 francs. Aussi le prix moyen d'une Chèvre du pays 
n'est-il que de 12 fr. 50, alors que celui d'une Chèvre mal- 
taise atteint de 25 à 30 francs. 

Quant au Chevreau, il vaut de 3 à 5 francs, la peau comprise. 
Enfin notre correspondant d'Alsace, M. Nardin, nous écrit 
qu'il y a dans la vallée des Vosges un assez grand nombre de 
Chèvres appartenant à diverses races, le plus souvent d'un pe- 
lage noir et blanc, ayant pour la plupart de longues cornes. 
Ces Chèvres donnentun ou deux Chevreaux, rarement trois, et 
fournissent en moyenne 3 litres de lait par jour pendant quatre 
mois. Ce lait se vend 20 centimes le litre. La peau vaut 75 cen- 
times à 1 franc, et les propriétaires consomment eux-mêmes 
la viande : ils augmentent le rendement du lait en nourrissant 
la Chèvre avec les eaux grasses du ménage, auxquelles on 



ENQUÊTE SUR LA CHÈVRE. 217 

ajoute de la farine noire, du son ou des débris de légumes, La 
Chèvre adulte vaut 30 francs environ et le chevreau 3 francs 
au maximum. 

Le rendement moyen d'une Chèvre est de 100 francs, si on 
la garde moitié du temps à l'écurie. 

Nous arrivons, Messieurs, aux observations qui ont été 
faites par nos correspondants. Disons d'abord que le but même 
que se propose la Société d'Acclimatation, l'admission de la 
race caprine dans les concours régionaux et par suite son 
amélioration, a été assez vivement critiqué. Là où le terrain est 
riche et divisé la Chèvre n'appartient qu'aux pauvres gens et 
vit évidemment aux dépens de ceux qui possèdent. Là encore 
où l'industrie beurrière est en pleine activité, l'espèce bovine 
seule est en honneur. Partout enfin, dans une mesure qui 
varie avec les productions du sol, la Chèvre cause des dégâts 
et c'est ainsi qu'il est d'usage dans les baux d'interdire aux 
fermiers d'avoir des Chèvres, dans plusieurs départements, par 
exemple le Cher, la Vienne et les Deux-Sèvres. Doit-on cepen- 
dant en conclure qu'il n'y ait pas lieu d'améliorer l'espèce 
caprine ? Nous ne le pensons pas. De ce que l'élevage de la 
Chèvre n'a pas de raison d'être dans certains départements, 
il ne s'ensuit pas qu'il ne présente pas des avantages consi- 
dérables dans d'autres et la question de dommage est absolu- 
ment distincte de celle de l'amélioration de la race. 

Parmi les observations intéressantes qui nous ont été faites 
nous avons à vous signaler les suivantes : dans certains dé- 
partements, le Loiret, le Lot, le Maine-et-Loire, le Nord, le 
Pas-de-Calais, la Seine-Inférieure, le Tarn et la Vendée, il est 
d'usage de conserver un Bouc dans les étables. 11 est destiné 
à chasser le mauvais air et à garantir les troupeaux des épi- 
démies. 

Notre correspondant du Cantal nous signale une Chèvre 
bonne laitière sans avoir jamais porté. On l'a trait pendant 
un certain temps trois et quatre fois par jour et elle a fini par 
donner un lait un peu moins abondant que celui d'une Chèvre 
en rapport, mais très supérieur comme goût. 

Notre correspondant de l'Aude nous apprend qu'un pro- 



218 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

priétaire de ce département possède un troupeau d'environ 
100 têtes de Chèvres d'Angora. 

Un de nos correspondants du Nord nous signale un trou- 
peau de Chèvres du Thibet dans ce département et nous dit 
que cette Chèvre a figuré à Lille dans le concours régional 
de 1879. 

Dans l'Isère, les Chèvres sont, paraît-il, tout à fait dégéné- 
rées, à tel point qu'il est difficile de trouver un Bquc et l'on 
nous écrit que le perfectionnent de la race rendrait un grand 
service aux habitants des coteaux. 

Notre correspondant de Gien nous dit que, dans le Loiret," 
on a souvent une Chèvre nourrice pour les veaux. Il nous cite 
une Chèvre grasse dont on retiré 50 chandelles blanches et 
bonnes. 

Notre correspondant de la Haute-Loire estime que la 
Chèvre du Thibet s'acclimaterait bien dans le département. 
Plusieurs personnes ont tenté l'expérience et cette expérience 
a réussi. 

Il ne nous reste plus, Messieurs, qu'à vous parler brièvement 
des lettres qui nous ont été adressées. Nous voudrions pou- 
voir en donner ici des extraits, qui seraient certainement fort 
intéressants, mais l'étendue de ce travail , déjà fort long, nous 
l'interdit. Nous nous bornerons à citer celles de M. le marquis 
de Pruns. pleine de détails intéressants, celle de M. de Con- 
fevron, qui signale l'utilité de la Chèvre au point de vue de 
l'allaitement des nouveau-nés, de M. Rodiez (de Briare), qui 
nous donne des renseignements sur la viande de Chèvre, de 
M. delaRochebrochar (Deux-Sèvres), qui énumère les inconvé- 
nients de l'espèce caprine, de M. Ferté (Aisne), qui nous signale 
le fait d'une Chèvre élevée chez lui et ayant atteint le poids 
énorme de 84 livres, de M. Vincendon-Dumoulin, de MM. les 
sous-préfets d'Uzès, de Nogent-le-Rotrou, de Pont-Audemer. 

Nous avons également à signaler à votre attention une 
lettre de M'"' Muller(de Blois), qui nous écrit qu'en 1872 elle a 
fait l'acquisition d'une Chèvre, qui, croisée avec un Bouc du 
Liban, noir brillant, a donné naissance à une véritable race, 
qui malheureusement s'éteint aujourd'hui. Tous les produits 



ENQUÊTE SUR LA CHÈVRE. 219 

élaient noirs ou couleur de chevreuil. Notre correspon- 
dante ajoute qu'elle pourrait exposer, si la race caprine élait 
admise dans les concours, un magnifique Bouc, issu de la race 
du Thibet qu'elle possède aujourd'hui. Elle nous enseigne de 
plus qu'elle a fait usage du lait de Chèvre pour l'élevage si dif- 
ficile des jeunes chiens de race, et s'en est fort bien trouvée, 
tous ses élèves ayant évité la maladie. 

Enfin nous avons encore à citer la lettre de M. Pautier, qui 
nous écrit que, dans la Dordogne, la race limousine à cornes 
longues, sous poil brun de 4 centimètres environ de longueur, 
s'est conservée dans certains cantons, tandis que l'on rencontre 
dansles autres une Chèvre à cornes plus courtes croisée de la 
race limousine avec la race du Poitou, du Béarn et d'Auvergne. 
Ces dernières, qui appartiennent à des pasteurs, sont rencon- 
trées par troupeaux de 25 à 30 têtes; leur poil est un peu plus 
long et de couleurs diverses. Les pasteurs tiennent à ces croi- 
sements, parce que les sujets sont plus faciles à élever que 
ceux de races pures, dont des troupeaux entiers disparaissent 
emportés par le mal du genou. Ces pasteurs font aussi quel- 
ques croisements des races limousine et anglaise. 

Tel est, Messieurs, le résumé aussi exact et aussi complet 
que possible de la correspondance échangée au sujet de la 
chèvre. En terminant, votre rapporteur croit devoir vous pro- 
poser de voter les remerciements les plus vifs à nos correspon- 
dants, dont l'empressement à nous répondre a hautement dé- 
montré l'intérêt qu'ils portaient aux travaux de la Société 
d'Acclimatation. 



LE CYGNE DE BEWIGK 

(CYGNUS MINOR) 
Par M. Gabriel ROGERON 



I 

Le Cygne est le plus beau, le plus noble, le plus majestueux 
des oiseaux d'eau, en même temps que le plus gracieux et le 
plus séduisant; depuis les temps les plus reculés, et Léda est 
là pour le dire, on est d'accord sur ce point. Malheureuse- 
ment, bien qu'il soit universellement apprécié, il n'est pas 
toujours possible de lui fournir un séjour, un cadre digne de 
lui, un lac d'azur où, comme à Genève (1), il puisse mirer 
son blanc plumage, ni même un étang, une simple pièce d'eau 
assez vaste pour qu'il n'y semble pas à l'étroit, soit pour lui- 
même, son état de santé, de propreté, soit surtout pour l'œil 
du visiteur. 

Car, bien que ce bel oiseau soit sobre et frugal, qu'il 
occupe consciencieusement une partie de ses journées à 
pourvoir à sa subsistance, à brouter l'herbe à terre, à sarcler 
la tête sous l'eau les plantes marécageuses, il a encore besoin 
d'une nourriture plus substantielle, que nécessite en assez 
grande quantité sa puissante corpulence. Aussi regarde-t-on 
le plus souvent à une dépense vraiment appréciable, entière- 
ment de luxe, et se rabat-on, bien qu'à regret, sur de sim- 
ples (Canards, mieux en harmonie d'habitude avec la capacité 
soit de nos pièces d'eau, soit de notre budget des dépenses 
inutiles. 

Le motif donc pour lequel, en général, l'on ne fait pas au 
Cygne l'accueil qui lui est dû, pour lequel il est resté l'apa- 
nage à peu près exclusif des résidences princières, des jardins 
et établissements publics, en un mot, ce qui l'empêche d'être 
répandu comme mériterait de l'être celui que Bufîon a appelé 

(1) A Genève, autour de l'île Jean-Jacques Rousseau, on entretient un cer- 
tain nombre de ces oiseaux. 



LE CYGNE DE BEWICK. 221 

le roi des oiseaux d'eau, c'est sa forte taille. Tout en conser- 
"/ant le Cygne ordinaire pour les grands espaces où on le place 
d'habitude, et où d'ailleurs il fait si bien, il eût donc fallu 
trouver un type plus réduit, moins encombrant, mieux appro- 
prié avec les modestes pièces d'eau dont nos jardins particu- 
liers sont d'ordinaire pourvus. 

Eh bien, ce type plus restreint existe, et dans des condi- 
tions exceptionnelles de beauté, de grâce et d'élégance. Une 
seule chose étonne, c'est qu'aune époque où l'on s'est le plus 
particulièrement occupé d'acclimatation, où les jardins zoo- 
iogiques font venir des coins du monde les plus éloignés 
Faisans, Bernaches, Canards, non seulement jusqu'à ce jour 
l'on n'ait pas encore acclimaté ce magnifique palmipède, dont 
le besoin comme oiseau d'ornement, dans les conditions que 
j'ai indiquées, se fait si vivement sentir, mais que son nom 
ne soit pas même inscrit au catalogue du Jardin d'acclimata- 
tion de Paris. 

Ce Cygne est le Cygne de Bewick, entièrement blanc, sauf 
ses pieds d'ébène et son bec de même couleur avec la base 
jaune, mais d'une blancheur tellement éclatante, qu'elle fait 
paraître jaune le Cygne domestique et le Cygne sauvage ordi- 
naire. A l'œil, d'un tiers moins grand seulement que ces deux 
derniers , il atteint en réalité à peine la moitié de leur poids ; 
il pèse 7 livres environ, tandis que le poids des autres est de 
12 à 15. Ce qui le fait paraître relativement plus grand, c'est 
qu'il est plus svelte, plus long de cou que le Cygne sauvage 
ordinaire. 

Son port à terre est beaucoup moins lourd, moins embar- 
rassé que cîlui de ses congénères, et dans l'eau il possède 
tout autant de grâce et de majesté. A peine du poids de l'Oie 
domestique, il semble le double de taille par l'épaisseur de 
son plumage et sa tournure élancée. En un mot, c*est un oiseau 
splendide, d'une grande élégance, possédant toutes les qua- 
lités des Cygnes blancs, les seuls vraiment beaux, je dirais 
même les seuls vraiment Cygnes, et les possédant à un haut 
degré, car il est plus dégagé de formes, et sa blancheur a plus 
d'éclat; son plumage est en outre entièrement blanc, sans 



22'2 S0CIÉT15. NATIONALE D ACCLIMATATION, 

excepter même la lêle, chez le Cygne ordinaire souvent for- 
tement teintée de roux. 11 mériterait donc mietixqu'aucun de 
ceux de sa race le nom de Ci/gne blanc par excellence. Son 
chant, hien que moins fort que celui du Cygne sauva^ie, est 
doux et harmonieux; en cela il l'emporte sur le Cygne do- 
mestique, dont le cri presque nul est en même temps rauque 
et désagréable. 

Il serait donc fort utile (!t fort intéressant d'acclimater une 
espèce aussi précieuse à tous égards, et l'on y parviendrait 
siîreménl en faisant venir des jeunes élevés en captivité, des 
pays qu'ils habitent. Nul doute que l'on réussît auSsi bien à 
les faire reproduire qu'on y est facilement parvenu pour le 
Cygne sauvage, avec qui le Bewick a une gi-ande aflinité : le 
Cygne sauvage étant élevé en assez grand nombre en Russie, 
où on le préfère, comme oiseau de luxe et d'agrément,, à 
-notre espèce domestique (l). .:;!•;;. ;'• 

Mais où trouver, comment se procurer, faire venir cet oi- 
seau? Pour cela, je m'en rapporterais au savant directeur de 
notre Jardin zoologique d'acclimatation de Paris. Du moment 
que l'importance dé l'acclimatalion de cette espèce serait re- 
connue, il faudrait bien faire tous les sacriticespour y par- 
venir, comme on a dû le faire déjà nombre dé fois pour d'aur 
:tres races d'animaux, d'oiseaux, d'un mérite recortnu.-îojnjib 

Cet oiseau doit d'ailleurs habiter en certain nombre darlg 
;le noyd de l'Europe, avec le Cygne chanteur, comme ses émi- 
grations assez fréquentes che^ nous (en Maine-et-Loire) dans 
ces derniers hivers, semblent l'indiquer. Jusqu'alors, il est 
-Vrai, sa présence n'y avait jamais été certainement constatée, 
et notreMusée d'ornithologie d'Angers, un des plus riches et 
iies.plùs complets de France, grâce aux soins de son habile 
directeur, M. Deloche, le comptait parmi les quatre espèces 
d'Europe manquant à sa collection ; mais, pendant les grands 
i'roids de l'hiver 1878 à 1879, il en lut remarqué chez nous 
différents passages, entre autres un couple qui séjourna quel- 
que temps à peu de distance d'Angers, dans les comnmnes 

s 

(1) lîrème, Oiseaux, V volmiie, p. 726. 



LE CYGNE DE liEWICK. ^î>S 

marécageuses el riveraines de la Loire, de la Dagenière et 
de Labohalle. L'un fut tué, et l'on fut assez heureux pour 
briser seulement l'aile au second. Un troisième, jeune de 
l'année, faisant partie d'une bande plus nombreuse, fut aussi 
démonté aux Ponts-de-Cé, près Angers; il n'avait également 
que l'aile cassée et eût pu facilement être conservé vivant ; 
mais le chasseur, peu expert en histoire naturelle, ignorant 
la valeur de sa capture, l'acheva pour en faire un maigre rôti ; 
ce ne fut que plus tard seulement qu'il se désola vainement, 
ayant appris le proht qu'il eût pu tirer de son oiseau vivant. 

L'année suivante, pendant l'hiver exceptionnellement ri- 
goureux de 1879 à 1880, cette espèce lit encore son appari- 
tion dans les environs d'Angers. Un jour de marché, j'en 
aperçus un à un étalage d'un marchand de gibier ; j'allai vite 
prévenir notre savant directeur du Musée d'histoire naturelle, 
qui put par là même combler l'un des quatre vides qui, dans 
sa riche collection des oiseaux d'Europe, lui tenaient tant au 
cœur. M'étant informé près du marchand de la provenance 
de cet oiseau, le chasseur lui avait dit avoir tiré sur une 
bande de quatre Cygnes, dont l'un avait été tué et un aulie 
seulement blessé. 

A mon retour chez moi, quel fut mon élonnement de trou- 
ver le susdit chasseur avec son animal blessé! Celait un jeune 
de l'année, encore entièrement gris de plumage, et, bien que 
parvenu à sa grosseur, ayant encore conservé le piaulement 
des poussins. La pauvre bête semblait peu endommagée, mais 
néanmoins guère solide sur ses jambes. Cette allure molle et 
peu assurée était, m'assura-t-on, le résultat de la fatigue et du 
froid extrême; toute la matinée il l'avait eu dans son panier, 
mais il ne doutait pas que, réchauffé un peu, il ne reprît bien 
vite toute la vigueur qu'il avait encore le matin au sortir de 
chez lui. 

Je comprenais toute l'importance de celte acquisition ; 
aussi, ne demandant pas mieux que de me laisser persuader, 
le marché fut vite conclu, et je me hâtai de transporter mon 
malade dans un appartement chaud, où je lui ingurgitai les 
cordiaux les iJusfortitiaats, telsque bouillon, viande crue, etc. 



224 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

D'abord mes soins semblèrent produire d'heureux résultats ; 
mais bientôt il se remit de nouveau à chanceler sur ses jambes, 
et le lendemain matin il était mort. L'ayant alors pesé et ayant 
constaté que son poids était de six livres et demie, je l'en- 
voyai rejoindre son compagnon d'infortune à notre Musée 
d'histoire naturelle. 

Ainsi, pour qu'en deux années seulement il ail été abattu, 
à ma connaissance, cinq Cygnes deBewick, et cela à plusieurs 
reprises différentes, dans un aussi petit rayon, il faut vrai- 
ment que cet oiseau ne soit pas d'une extrême rareté dans les 
contrées septentrionales de l'Europe, et il semble qu'avec les 
puissants moyens que possèdent nos Sociétés d'acclimatation, 
il serait fort possible de répandre cette espèce comme elle 
mérite de l'être. 

II 

Reste à savoir si cette espèce d'un physique si séduisant 
posséderait en captivité les mêmes qualités morales, la même 
sociabilité que ses congénères; là-dessus je demanderai la 
permission de citer ma propre expérience. 

.l'ai dit que les deux premiers Bewick observés en Maine- 
et-Loire l'avaient été dans les deux communes limitrophes de 
la Bohalle et de la Dagenière. 

C'est dans les marais de cette dernière que pendant les 
grands froids de l'hiver s'abattit, fuyant les régions du Nord, 
un couple de cette espèce, et vraisemblablement le mâle et la 
femelle, à en juger par l'attachement témoigné par l'un d'eux 
à son malheureux compagnon, lorsque celui-ci eut succombé 
sous le plomb d'un chasseur de canards. Au lieu de continuer 
seul sa migration vers le sud, de fuir ces contrées inhospita- 
lières, où sans doute d'ailleurs ils n'avaient dû faire qu'une 
simple halte pour reprendre bientôt leur vol vers des régions 
plus tempérées, toute la vallée de la Loire étant couverte alors 
d'une épaisse couche de neige et de glace, pendant plus d'une 
semaine que dura encore cette température rigoureuse, il ne 
quitta point le pays témoin de son infortune; et, quand le 



LE CYGNE DE BEWICK. 225 

froid eut cessé, il était encore là, errant et solitaire, tantôt 
naviguant seul dans ces vastes marais'débordés, tantôt faisant 
d'immenses rondonnées dans les airs. Chaque matin on le 
voyait s'élever à une très grande hauteur, au moins à celle 
du passage des Oies sauvages lors de leurs migrations, telle- 
ment haut, m'ont rapporté les gens du pays, que son cou 
mince disparaissait presque ; on n'apercevait plus guère que 
sa tête en avant de son corps ; on eût dit d'ailleurs une Oie 
sauvage, n'était la longueur démesurée de ce cou et ses ailes 
plus arrondies à leur extrémité. 

Il semblait alors qu'il était parti pour toujours vers les 
régions du Nord; mais quelques heures plus tard on le voyait 
arriver également dans les nues, et après avoir tournoyé 
quelques instants pour descendre, il s'abattait de nouveau, 
ses grandes ailes étendues, superbes à voir se replier lente- 
ment, et seulement après qu'il s'était reposé. Évidemment ce 
sol malheureux, où il avait perdu le plus cher compagnon de 
son existence, lui tenait au cœur; il eût voulu le quitter, il 
ne le pouvait pas, il y cherchait quelque chose qu'il n'y re- 
trouvait plus! 

On se figure combien un tel oiseau, avec ses allées et ses 
venues, devait exciter de convoitises, et comme tous les chas- 
seurs, si nombreux dans cette contrée marécageuse, furent 
sur pied pendant près de trois semaines qu'il resta ainsi dans 
le pays. Il avait des raisons pour être défiant, mais il avait 
affaire à trop forte partie. Déjà manqué une première fois 
près de la gare de la Bohalle, une chevrotine finit par l'at- 
teindre à l'aile sur cette même commune. Cependant il 
n'était que démonté, et il nageait avec une telle vigueur, que 
ce fut avec une difficulté extrême que le bateau à sa pour- 
suite, monté cependant par plusieurs vigoureux rameurs, 
finit par le gagner de vitesse. 

A quelques jours de là, son possesseur arrivait chez moi, 
m'apprenant qu'il m'apportait un Cygne sauvage; il l'avait 
dans sa carriole à ma porte. J'allai voir; effectivement, j'a- 
perçus une tête et un inrimense cou émergeant d'un panier 
recouvert, sur le dessus duquel on avait ménagé un trou. H 

3« SK«iE, T. X. — Avril KSSIJ. "^ ^5 



g 



•226 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

était sale et en mauvais état. Cet oiseau, d'ailleurs nouvelle- 
ment blessé, vivrait-il? Je possédais déjà bien assez de bêtes 
de toutes sortes, pour ma tranquillité, sans y joindre en- 
core calle-là. Je dois ajouter que, ne voyant pas le corps et 
n'ayant nullement remarqué les différences caractéristiques 
du bec, j'étais loin de me figurer avoir affaire à un Bewick. Je 
congédiai donc le plus poliment qu'il me fut possible ce brave 
homme, lui indiquant le directeur de notre Jardin des 
plantes, et à son défaut un marchand d'oiseaux de ma con- 
naissance qui pourrait peut-être le lui acheter. 

Cependant à peine était-il parti que j'étais tourmenté de 
regrets; un simple Cygne sauvage vivant n'est point déjà 
ibier tant à dédaigner. Aussi dormis-je mal, et dès le matin 
['étais au Jardin des plantes, où j'appris avec plaisir que le 
directeur n'avait point non plus su profiter d'une telle oc- 
casion ; de là je me rendis chez le marchand d'oiseaux, où je 
retrouvai ma bête, m'estimant trop heureux de l'acheter le 
triple du prix qu'on me l'eût sans doute faite la veille. 

Maintenant ce noble étranger chez moi survivrait-il à ses 
hlessures, et surtout au chagrin d'être devenu captif? Com- 
bien, hélas ! avais-je perdu de Canards blessés dans les mêmes 
conditions, n'ayant également point voulu survivre à leur 
liberté! Dès le lendemain, je fus rassuré à cet égard : je m'a- 
perçus qu'il avait touché, bien que discrètement, à l'écuelle 
de pain mouillé servie à son intention. Mais une difficulté 
se présentait : pouvais-je toujours le tenir enfermé dans la 
pièce où je l'avais mis sous verrous? Car je ne suis nulle- 
ment enclos; si je lâche cette bête sauvage, qui souffle et 
rhérisse ses plumes à mon approche, elle va s'enfuir dans la 
campagne, s'y perdre ou s'y faire prendre. Pendant plusieurs 
semaines, je l'attachai donc au bord de l'eau par le pied à une 
longue corde, et chaque soir, à son grand déplaisir, je reti- 
.rais la corde et l'animal avec, toujours persuadé que sa der- 
nière heure était venue, et poussant des cris navrants, faisant 
les efforts les plus désespérés pour m'échapper. Je le prenais 
-dans mes bras et l'emportais dans sa chambre. 

Bientôt à sa manière d'être, à son air paisible et tranquille 



LE CYGNE DE BEWICK. 227 

à mon approche dans la journée (car le soir, à ma vue, la 
pensée de se voir attiré de force le mettait toujours hors de 
lui), je vis bien que je pourrais désormais compter sur mon 
prisonnier. Un jour, je cessai donc de l'attacher; il se rendit 
de lui-même à ma pièce d'eau et n'en bougea pas. Restait 
une difficulté ; les chiens et les voleurs m'ont appris à être 
prudent : chaque soir je renferme mes oiseaux d'eau à double 
tour de clef ; mon Bewick voudrait-il se conformer à cette 
étroite partie de mon règlement? Chose singulière, ce Cygne, 
qui, moins d'un mois avant, en pleine liberté, ne connaissait 
que sa volonté, dès ce premier soir emboîtait le pas de mes 
autres palmipèdes, se rendait docilement devant nous à son 
local de nuit. Et il en fut de même les jours suivants. S'il 
était à terre quand on venait le chercher, il n'essayait nulle- 
ment de retourner à l'eau pour nous échapper; s'il était dans 
ma pièce d'eau, il suffisait de frapper quelques coups de 
gaule pour l'en faire sortir aussitôt. 

Néanmoins, en obéissant ainsi, il prenait très fort sur lui- 
même. On voyait que la chose lui coûtait infiniment, qu'il eût 
mille fois préféré coucher sur l'eau, à la belle étoile. 

Aussi, lui qui passait sa journée dans l'eau ou à paître, sur 
les pelouses, au bord, le soir venu cherchait-il à se dissimuler 
de son mieux, et, malgré l'éclat de son plumage, il fallait le 
chercher souvent assez longtemps pour le découvrir ; tantôt 
on le trouvait blotti et sans mouvement derrière un arbuste, 
tantôt dans l'intérieur d'une touffe de jonc, dans une petite 
excavation, et il était étonnant de voir le peu de place qu'il 
y tenait. 

Plus d'une fois je me désolai, le croyant perdu, et j'étais 
presque dessus quand je le retrouvais. Certains jours, soit 
que nous devançassions un peu l'heure ordinaire, soit qu'il 
eût lui-même tardé à se cacher, dès qu'il nous apercevait avec 
nos gaules réglementaires, on le voyait s'aplatir, marcher à 
plat ventre, se dissimuler derrière les buissons jusqu'à ce 
qu'il eût rencontré une cachette favorable, et il faut dire que, 
dans les cas assez rares où il était ainsi pris au dépourvu, il 
semblait faire assez peu de fond de noire intelligence, et il 



^S SOCIÉTÉ X\TIO>'ALE d'aCCLIHATATIO'. 

se tapissait derrière un objet, qui souvent lui dissimulait à 
peine la moitié du corps. Quand il se croyait bien caché 
ainsi, il vous attendait avec la plus ferme confiance, et il fal- 
lait être dessus pour le faire déloger. Alors seulement, voyant 
qu'il était bien certainement vu, il se levait de lui-même et 
prenait tranquillement le chemin de son dortoir, où jamais, 
en y arrivant, il ne se trompait de compartiment. Mais c'était 
seulement des personnes ayant Thabilude de le faire rentrer, 
et à cette heure spéciale de la journée, qu'il se cachait ainsi ; 
à tout autre moment, il ne semblait faire nulle attention à 
notre présence. 

Il rentra ainsi six mois environ avec une extrême docilité ; 
après quoi, comme les serviteurs qui, au bout d'un certain 
temps, confiants dans la mansuétude de leur maître, com- 
mencent à s'émanciper, il cessa de montrer la même bonne 
volonté, puis un soir refusa carrément d'obéir. Comme je 
croyais qu'il y allait de sa vie, tous les bras et toutes les gaules 
disponibles furent mis à réquisition pour frapper l'eau : rien 
n'y fit ; j'espérais que cet entêtement ue serait que momen- 
tané, qu'il reviendrait à des sentiments plus conciliants ; mais 
il fallut dès lors renoncer à tout espoir de le rentrer pendant 
la nuit. 

A part cette question de dortoir, où nous différions entiè- 
rement, et pour laquelle il amis, je trouve, trop d'obstination, 
mon Bewick est vraiment fort aimable. Encore jusqu'à ce 
jour les événements lui ont-ils donné raison; voici plus de 
quatre ans qu'il couche au milieu de ma pièce d'eau (tou- 
jours au juste milieu, par prudence), et il ne lui est arrivé 
aucun fâcheux accident. Sa taille en impose, paraît-il, aux 
Chiens, qui s'acharnent contre mes seuls Canards, et les vo- 
leurs sont persuadés avec raison que sa chair est trop coriace 
pour compenser les graves inconvénients pouvant résulter de 
l'essai de sa capture. Mieux que cela, il m'a rendu et peut me 
rendre encore de signalés services, en m'avertissant au milieu 
de la nuit de la présence de Chiens poursuivant mes Ca- 
nards non rentrés par hasard. 
Quand il pousse un certain cri, je puis être sûrqu'il se passe 



LÉ CYGNE DE BEWICK. 229 

quelque chose d'étrange sur ma pièce d'eau. En cela il diffère 
complèlemenl de mes autres palmipèdes, môme les plus 
loquaces, tels que les Casarkas de Paradis, qu'un vrai dan- 
ger paralyse et rend absolument muets, comme ils m'en ont 
donné la preuve, alors que lui ne cessait d'appeler au secours. 
Môme nouvellement capturé, jamais il n'a été farouche; il 
se laissait approcher à la distance ordinaire des oiseaux de 
basse-cour; mais à son regard peu sympathique, à ses souffle- 
ments, au hérissement de ses plumes, on pouvait voir qu'il 
détestait cordialement les humains, à qui il devait, outre la 
perte de son regretté conjoint, celle de la liberté et d'une de 
ses ailes. Le pain qu'on lui présentait, il refusait obstinément 
même de le regarder ; il fallait qu'il fût absolument seul pour 
y toucher. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que j'étais étran- 
ger à ses malheurs ; qu'au contraire, je ne cherchais qu'à le 
consoler, à lui rendre la vie plus douce, et la confiance en moi 
ainsi qu'en les personnes de la maison lui vint bien vite, jus- 
qu'à venir à nous et à nous avertir par un petit grognement de 
reproche que l'on avait tardé à remplir sonécuelle de pain, car 
cet enfant gâté, à la différence de mes autres palmipèdes, ne 
mange que du pain; encore, pour qu'il veuille bien l'accepter, 
faut-il qu'il soit noir; le blanc lui répugne, et il aimerait 
mieux brouter l'herbe vingt-quatre heures de suite à côté, que 
d'y toucher. Je suis convaincu d'ailleurs que c'est par caprice, 
parce que c'est la première nourriture qu'on lui a servie, à 
laquelle il a pris goût, et qu'il mangerait fort bien comme les 
autres Cygnes de l'avoine et toutes sortes de graines, si on le 
mettait à la diète quelques jours; mais je n'ai pas eu le cou- 
rage de le contrarier à ce point. Il est si sobre d'ailleurs ! Une 
demi-livre de pain noir lui suffit amplement chaque jour ; 
encore là-dessus mes Canards prélèvent-ils bon nombre de 
bouchées, et c'est d'ailleurs l'unique occasion où il se dé- 
partit un peu de sa placidité ordinaire et de sa mansuétude à 
l'égard de ses compagnons de captivité. En effet, comme on 
le sert sur un socle élevé, où ses compagnons plus petits ne 
peuvent atteindre, quand il dîne, tout un peuple de parasites 
et de mendiants font cercle autour de lui, alin de guetter les 



230 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATATION. 

morceaux et miettes pouvant lui échapper, et même de lui 
arracher quelquefois du bec. Là-dessus sa sei,2:neurie n'en- 
tend pas plaisanterie et inflige aussitôt une juste, mais, il 
faut dire aussi, peu sévère correction, consistant, suivant les 
cas, en un léger coup de bec, et, dans les grandes circon- 
stances, à prendre l'impertinent par les plumes du dos et à le 

rejeter en arrière 

Il me resterait encore beaucoup à dire si je voulais faire 
une énumération complète de toutes les aimables qualités du 
rare et bel oiseau dont je suis l'heureux possesseur; mais, par 
cet individu isolé, pris entièrement à l'état sauvage et s'étant 
si parfaitement apprivoisé, il est facile de prévoir que cette 
espèce, l'une des plus belles du genre, ne le céderait nulle- 
ment en sociabilité à ses congénères, et que son acclimatation 
comblerait un vide dans nos jardins et nos pièces d'eau. 



LES IRRIGATIONS 

AU POINT DE VUE DE LA CONSERVATION DU POISSON 

Par M. C. BAVERET-AVATTEL , 

Secrétaire des séances. 



Le départemenL de l'Agriculture, dans sa sollicitude pour 
les grands intérêts qui lui sont conliés, se préoccupe en ce 
moment des voies et moyens de répandre le plus possible 
l'usage des irrigations. Tout en applaudissant à la propaga- 
tion d'une des pratiques les plus propres à augmenter la 
richesse agricole du pays, on ne peut s'empêcher d'entrevoir, 
dans les travaux projetés, une nouvelle cause certaine et très 
active de dépeuplement pour les rivières, si quelques me- 
sures protectrices du poisson ne sont pas prises. 

Assurément, l'utilisation des eaux pour les besoins de l'a- 
griculture, — aussi bien que l'amélioration des voies naviga- 
bles ou la création de forces motrices pour les usines, — 
présente aujourd'hui une importance qui doit primer celle 
de la production du poisson. Mais il est grandement à désirer 
que cette dernière ne soit pas entièrement sacrifiée. Or les 
irrigations ont été et sont encore tous les ioursune des causes 
les plus actives de la disparition du poisson. Les irrigations, 
en effet, ont lieu au printemps, avant la fenaison, et en été,- 
après celte opération. Elles sont arrêtées en juin et en sep- 
tembre pour permettre la rentrée des récoltes, et c'est là 
qu'est le danger. Voici pourquoi : 

Les tout jeunes poissons, les alevins, affluent toujours dans • 
les fossés des prés au moment des irrigations. Ils y sont at- 
tirés par les proies nombreuses et faciles qu'ils y trouvent, et 
aussi par l'instinct de la conservation, qui les pousse à fré-- 
quenter des eaux courantes, dont le peu de profondeur ne 
permet pas aux poissons de forte taille de s'y engager à leur 
poursuite. Au printemps, ce sont les alevins des espèces qui; 



232 SOCIÉTÉ NATIONALE D ACCLIMATATION. 

frayent en hiver, comme la Truite et le Saumon; en automne, 
ce sont ceux des espèces estivales, de la Carpe et des divers 
poissons blancs. Or, pour faucher et faner les herbes, on ferme 
les vannes d'alimentation et toutes les rigoles sont rapidement 
mises à sec. Les jeunes poissons qui y ont pénétré périssent 
alors sans exception, « et cela en telle abondance, que parfois 
des cultivateurs enlèvent ce fretin par brouettes pour nourrir 
leurs porcs, et qu'aux abords des canaux asséchés l'air est 
vicié et infecté par le poisson pourri. C'est ce qui se produi- 
sait notamment pendant les premières années du fonction- 
nement des grands canaux d'irrigation construits dans la 
vallée de la Moselle, et alors que cette rivière était encore 
très poissonneuse ; aujourd'hui même que cette cause perma- 
nente de destruction a fini par ruiner la Moselle, c'est encore 
par milliers qu'à chaque mise à sec on peut ramasser des 
Truitelles de trop] petite taille pour être consommées et qui 
pourrissent dans ces canaux desséchés (1). » 

D'après M. Gauckler, ingénieur en chef des^ ponts et 
chaussées, < il résulte d'une expérience faite à ce sujet que, 
sur un hectare de prairie irriguée, il est mort d'une seule 
fois vingt mille petits poissons environ, dont beaucoup de 
Truites. L'apport des eaux est, de cette façon, fertilisant pour 
les prairies, mais l'irrigation de ces dernières est la destruction 
de la population des rivières. Ajoutons que le poisson blanc, 
la Carpe surtout, recherche, pour frayer, les eaux chaudes qui 
couvrent les gazons. En juin et juillet, il fraye dans les rigoles 
d'irrigation et, en septembre, sa progéniture est détruite (2) », 
quand on met les rigoles à sec (3). 

L'enquête ouverte par la Commission sénatoriale du repeu- 
plement des eaux a fait ressortir, du reste, les inconvénients 

(1) Commission sénatoriale de repeuplement des eaux. — Rapport fait par 
M. George (des Vosges), secrétaire de la Commission. 

(2) Gauckler, La pisciculture et le repeuplement des cours d'eau. Épinal, 
novembre 1878. 

(3) Pour obvier à cet inconvénient, on a parfois songé à garnir de grillages 
rentrée des rigoles. Mais celte mesure a le défaut grave d'obstruer souvent les 
prises d'eau par l'amoncellement sur les grilles des herbes et des débris charriés 
par les eaux. D'ailleurs, efficace en ce qui concerne les poissons d'une certaine 
taille, elle est sans effet pour l'alevin, qu'il importe surtout de protéger. 



LES IRRIGATIONS. 23o 

graves que présentent les irrigations au point de vue de la 
conservation du poisson. Parmi les dépositions recueillies, 
plusieurs ont signalé différentes mesures qui permettraient 
sans doute d'atténuer jusqu'à un certain point les consé- 
quences désastreuses des mises à sec. Ces mesures sont les 
suivantes: 

4" Rendre obligatoire un aménagement des vannes et canaux 
tel, que la fermeture des vannes de tête ne puisse être étanche 
et qu'il reste toujours dans les canaux principaux une lame 
d'eau d'une épaisseur déterminée, et en communication con- 
stanle avec la rivière (1) ; 

2° Prescrire que le fond des canaux soit toujours dressé en 
pente régulière, de façon à ce que le poisson se trouve forcé 
de suivre la nappe d'eau et ne soit pas tenté de rester dans les 
flaques et les petites dépressions où on le prend; 

à" Exiger qu'aucune manœuvre de vannes, de nature à 
produire un abaissement considérable du plan d'eau, ne 
puisse avoir lieu sans que l'administration en ait été informée 
au moins deux ou trois jours à l'avance; de manière à ce 
qu'on puisse envoyer sur place un agent chargé d'empêcher 
les faits de pêche et faire procéder à la mise en rivière de tout 
le poisson resté dans les canaux; imposer, en tout cas, qu'au- 
cune manœuvre ayant pour résultat soit une mise h sec, soit 
simplement un abaissement notable du plan d'eau, ne puisse 
avoir lieu que lentement et par gradation, de façon à per- 
mettre au poisson de s'échapper (2). 



(1) M. Gauckler, ingénieur en chef des ponts et chaussées, considère ce moyen 
comme très efficace, et il s'exprime ainsi sur la question : « Les vannes de prise 
d'eau des rigoles d'irrigation [lourraient toutes être munies d'une échancrure à 
leur partie inférieure. Elle maintiendrait la communication avec le cours d'eau, 
et permettrait aux alevins répandus dans la prairie de le regagner. Un filet 
d'eau, évacué par le canal de colature, devrait continuellement cire maintenu 
dans la rigole d'irrigation. Cette disposition ne nuirait en rien aux travaux de la 
récolte, et empêcherait des émanations insalubres, en conservant la fraîcheur 
du sol. Prescrite dans les Vosges depuis deux ans, elle n'a pas suscité plus d'une 
seule réclamation. » {La pisciculture et le repeuplement des cours d'eau.) 

(2) Une disposition assez simple paraîtrait fournir la possibilité de supprimer, 
au moins en grande partie, les inconvénients ([ui résultent des irrigations pour 
la conservation du poisson. Ce serait d'empêcher, au moyen d'une cloison étanche, 
toute communication directe entre la rivière et les rigoles. La prise d'eau se 



234 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Si les dépositions recueillies varient dans l'indication des 
mesures à prendre, toutes sont du moins d'accord sur la né- 
cessité absolue, — si Ton ne veut pas assister à une destruc- 
tion complète de la population déjà si réduite de nos rivières, 
— de soumettre les prises d'eau à une réglementation spé- 
ciale, à une surveillance toute particulière. 

Il ne paraîtrait donc pas inopportun d'appeler sur cette 
importante question la bienveillante attention de M. le Mi- 
nistre de l'Agriculture, au moment où son département s'oc- 
cupe, avec une sollicitude si éclairée, de répandre en France 
la pratique des irrigations ; car il est très désirable que les 
travaux projetés soient exécutés dans des conditions dénature 
à sauvegarder le plus possible les intérêts de la pêche et de la 
pisciculture. Celte démarche me semble rentrer complète- 
ment dans les attributions de la Société nationale d'Acclima- 
tation, et j'ai l'honneur de prier le Conseil de vouloir bien y 
donner son assentiment. 

Dans sa séance du 10 avril 1883, le Conseil a approuvé les 
conclusions de cette note et décidé qu'elles seraient soumises 
à M. le Ministre de l'Agriculture. 

ferait à Taide d'une conduite en forme de siphon partant presque du fond de la 
rivière et passant sous la cloison étanche pour venir aboutir dans la rigole. 
Les poissons ne s'engageraient pas volontiers dans ces conduites, où l'eau obéi- 
rait aux variations de niveau delà rivière, et dont une clef permettrait de régler 
le fonctionnement à volonté. 



NOUVELLE COMPOSITION DE PICKLES 

Par M. PAILLIEL'X 



S'il est fort difficile de Irouver aujourd'hui des plantes pota- 
gères exotiques qui puissent être ulilement introduites dans 
nos cultures et passer directement du jardin à la cuisine, il en 
est quelques-unes qui peuvent constituer d'heureuses acqui- 
sitions pour nos tables en sortant des mains du confiseur ou 
du vinaigrier. 

Le Physalis Peniviana a fourni elle année un aliment 1res 
intéressant cà Ja confiserie. Peut-être estimerez-vous , après 
dégustation des Pickles que je vous présente, que des res- 
sources nouvelles sont offertes aux vinaigriers. 

Aux colonies, les Acharts; en Angleterre, les Pickles; en 
France, les Cornichons associés à d'autres légumes, sont l'ob- 
jet d'un trafic important. La Société d'Acclimatation ne sorti- 
rail pas de son rôle en indiquant l'emploi qui peut être fait de 
plantes peu connues jusqu'ici ou même absolument incon- 
nues. 

Les spécimens qui sont sous vos yeux ne contiennent, ni le 
Slachys, ni la Capucine tubéreuse; de l'un, je n'avais encore 
rien récolté ; de l'aulre, je ne possédais pas cette année une 
seule touffe dans mon jardin ; mais je me propose de confire 
cet été les divers légumes dont je vais vous parler et de vous 
présenter l'an prochain des bocaux, dans lesquels ils seront 
tous compris. 

OIGNON c.VTAWissA {AlUum fistulosiim, VSlY.) 

L'Oignon Catawissa occupe le premier rang dans la compo- 
sition de Pickles que j'ai l'honneur de vous proposer. Il a 
été considéré jusqu'ici comme étant d'origine américaine, 
mais, tout récemment, en parcourant le livre du docteur 
Ilretschncider intitulé : Early european researches inlo the 



236 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Flora of China, j'ai eu la satisfaction de découvrir sa véri- 
table patrie. 

Un Français, nommé Louis Le Comte, se joignit en 1687 aux 
jésuites missionnaires en Chine et publia à Paris, en 1696, 
un ouvrage en deux volumes intitulé : Nouveaux mémoires sur 
VÉtat de la Chine. 
L'auteur, né en 1655, mourait à Bordeaux en 1729. 
Le Comte parle (1, 178) d'un Oignon chinois particulier dans 
les termes suivants: « J'y ai vu une espèce d'Oignon, qui ne 
vient point de graine comme ceux d'Europe, mais, à la fin de 
la saison, on voit sortir de petits filaments sur la pointe ou sur 
la tige des feuilles, au milieu desquelles se forme un Oignon 
semblable à celui qui germe dans la terre. Ce petit Oignon 
pousse avec le temps des feuilles comme celles qui le soutien- 
nent, lesquelles à leur tour portent un troisième Oignon sur 
leur pointe, de manière néanmoins que leur grosseur et leur 
hauteur diminuent à mesure qu'ils s'éloignent de la terre. » 
Cette description ne serait sans doute pas suffisamment 
probante, si le docteur Bretschneider n'ajoutait pas ce qui 
suit : « Cet Oignon paraît être celui qui avait été décrit sous le 
nom de Lou Iz'tsung (Oignon poussant en étages) dans le Kin 
huang imi ts'ao publié à la fin du quatrième siècle. On y 
trouve aussi une bonne figure. La description porte qu'au 
sommet des feuilles poussent de quatre à cinq petits Oignons, 
et que sur ceux-ci d'autres Oignons se produisent encore, for- 
mant ainsi de trois à quatre étages. Ces Oignons ne donnent 

pas de graines » 

MM. Yilmorin-Andrieux et C ont donné une bonne descrip- 
tion de l'Oignon Catawissa, description que je transcris : «Très 
grande Ciboule, vivace, prolifère, c'est-à-dire produisant de 
petits bulbes au lieu de fleurs, à la manière de l'Oignon Ro- 
cambole. Plantées au printemps ou à l'automne, car la plante 
est parfaitement rustique sous le climat de Paris, ces bulbilles 
donnent la première année des pieds à deux ou trois tiges sur- 
montées de bulbilles, qui, à peine constituées, développent 
elles-mêmes des tiges nouvelles couronnées de nouvelles bul- 
billes, lesquelles donnentfréquemmentnaissance à un troisième 



NOUVELLE COMPOSITION iJE PICKLES. 237 

étage de pousses, le tout s'élevant de 75 à 80 centimètres. 

» Après un ou deuxans, la végétation se modifie. Les touffes 
deviennent très vigoureuses, se composant de vingt à trente 
montants, dont chacun porte de dix à vingt bulbilles, mais 
développant beaucoup moins souvent des tiges secondaires. 

» Le goût des bulbes et des pousses est cà peu près celui de la 
Ciboule commune. Les bulbilles peuvent aussi être consom- 
mées après en avoir cependant enlevé la première enveloppe, 
qui est très dure ». (Vilmorin-Andrieux et V\) 

L'Oignon Calawissa a été importé d'Amérique par M. A. de 
Lentilhac aîné, et mis en vente par M. Gagnaire lils aîné, hor- 
ticulteur à Bergerac. Je l'ai cultivé dès qu'il a été introduit et 
je dirai plus loin ce que j'en pense. Je donnerai d'abord la 
parole à son introducteur. M. Gagnaire s'exprime ainsi dans 
la Revue horticole, année 1875, p. 57 : « Personne n'ignore 
que l'Oignon qui se mange en vert au printemps à Paris 
comme en province, est, d'un côté, le résultat des semis que 
les jardiniers exécutent dans le courant du mois d'août, tandis 
que de l'autre, et notamment dans notre région, l'oignon vert 
est obtenu en mettant en terre, en septembre et octobre, des 
bulbes impropres à la consommation, qui', au printemps 
émettent trois ou quatre tiges vertes, quelquefois plus, que 
l'on détache de la souche selon les besoins de la maison ou de 
la vente. 

« Quels que soient les moyens employés, il n'en reste pas 
moins avéré qu'il faut semer, repiquer et planter annuelle- 
ment à l'automne l'Oignon qu: Ton veut consommer en vert 
au printemps; et si, d'un autre côté, il s'agit d'obtenir au jar- 
din du petit Oignon pour confire, je n'ai pas à dire les soins 
que ce travail exige, sans compter qu'il n'est pas toujours 
facile d'arriver à. des résultats salifsaisants. Or avec l'Oignon 
Catawissa, ces inconvénients disparaissent puisfju'il possède 
la faculté de donner à chaque printemps, et pendant trois ou 
quatre ans, des Oignons verts en abondance, en été des bul- 
billes en quantité pour confire, et qu'il ne demande d'autre 
culture que celle que je vais signaler. 

a L'Oignon Catawissa est une plante potagère, à souche vi- 



238 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

vace, émetlant à la base, au printemps, de vingt à trente liges 
grosses comme des poireaux, longues, tendres etexcellentes à 
manger en vert ; plus précoce d'une quinzaine de jours ou 
même d'un mois que les Oignons plantés à l'automne. On le 
multiplie de bulbilles, que l'on met en place depuis le mois 
d'octobre jusqu'en février et que l'on traite de la manière sui- 
vante : 

» Le terrain destiné à l'Oignon Catawissa ayant été travaillé 
et copieusement amendé préalablement à l'aide d'une forte 
couche de fumier ou d'engrais, on trace au cordeau plusieurs 
sillons espacés de 40 à 50 centimètres chacun, dans lesquels on 
place les bulbilles que l'on distance également de 40 à 50 cen- 
timètres les uns des autres. Cette distance, de laquelle on 
peut tirer aisément parti la première année en cultivant entre 
les rangs des Chicorées, des Laitues, des Carottes, etc., est 
indispensable par la suite à cause du développement que ne 
manquent pas de prendre les souches à la deuxième année de 
plantation. Les bulbilles mises en terre d'octobre à février 
pousseront vigoureusement au printemps, mais elles ne don- 
neront celte première année qu'une seule tige, que l'on main- 
tiendra à l'aide d'un petit tuteur. Dans le courant de l'été, cette 
tige produira au sommet un ou deux étages de bulbilles, que 
l'on utilisera pour la plantation ou desquelles on lire parti en 
les confisant au vinaigre à la manière des Cornichons. 

» Lasecondeannéeest celle de la première récolte. Dès la fin 
de février jusqu'à la fin d'avril, quelquefois même jusqu'en 
mai, à la place des bulbilles que l'on a plantées l'année précé- 
dente, on trouve une touffe d'Oignons verts, gros comme des 
Poireaux, contenant de 20 à 80 tiges d'une saveur et d'une 
qualité qui ne lecèdent enrienauxmeilleursOignonscultivés; 
et comme avec cent touffes d'Oignon Catawissa un ménage or- 
dinaire ne consommera pas, au printemps, les tiges vertes 
qu'elles fournissent, celles qui restent aux pieds se dévelop- 
pent, atteignent une hauteur de 0"',80 à 1 mètre et se cou- 
ronnent au sommet, en été, de un ou deux étages de bul- 
billes, que l'on utilisera comme je l'ai indiqué ci-dessus. 

» A partir de ce moment, les touffes d'Oignon Catawissa pro- 



NOUVELLE COMPOSITION DE PICKLES. 239 

duiront pendant deux, trois ou même quatre ans, et à chaque 
printemps, des tiges en abondance, en été des bulbillcs en 
quantité, et cela sans autres soins que quelques binages appli- 
qués pendant le cours de la végétation et un bon labour au 
printemps, un peu avant l'apparition des tiges 

» L'Oignon Catawissa est d'une rusticité sans égale puisqu'il 
supporte sans altération 20 à 30 degrés au-dessous de zéro. » 

La note de M, Gagnaire est suivie de quelques observations 
de M. Carrière, qui a reconnu que l'Oignon Catawissa est abso- 
lument distinct de l'Oignon Rocambole: ce qui était contesté. 

Je n'ajouterai rien à ce qui précède relativement à la culture 
de rOignon Catawissa, si ce n'est pour l'approuver. Quant à 
ses usages, il en est un dont je ne puis mesurer l'importance. 
Je sais qu'il se consomme une grande quantité d'Oignons verts 
dans certaines parties de la France, mais je n'en ai jamais 
mangé. Je ne puis dire si les tiges du Catawissa ont la saveur 
de l'Oignon commun, mais je puis affirmer avec M. Gagnaire 
que ses souches sont d'une grande fécondité. 

Je me bornerai à apprécier le mérite et l'utilité de ses bul- 
billes. Le Catawissa s'appelle Oignon dans le commerce, 
Ciboule en botanique et peut-être Echalote en cuisine. 11 serait 
plus vrai de dire que VAlliuni chinois a une saveur qui lui est 
propre et qui n'est précisément ni celle de l'Oignon, ni celle 
de la Ciboule, ni celle de l'Echalote. C'est ce qui m'en fait 
conseiller la culture. En effet, les bulbilles du Catawissa, con- 
fites dans le vinaigre, sont excellentes et diffèrent de toute 
préparation analogue. 

De plus, la plante est très curieuse. On en trouvera une 
figure, très exacte, accompagnant une noie de M. Carrière, 
dans la Revue horticole, année 4875, p. 453. 

coNCO.MBRE ANGOURiE {Cucumis Atiguria Linné) 

Le petit volume de ce Concombre et les épines molles dont 
il est hérissé lui donnent l'apparence d'un marron d'Inde. La 
plante figure depuis longtemps dans les catalogues sous le 
nom de Concombre Arada, qui ne lui appartient pas. 



240 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

Le Concombre Arada, décrit par Descourtilz, lire son nom 
d'une conformation particulière, qui le fait ressembler, en 
un certain point, aux femmes de la tribu des nègres Aradas. 
Je n'ai pas réussi jusqu'ici à me le procurer. C'est le Cucumis 
compressus de Linné. 

Le Concombre Angourie croît partout naturellement aux 
Antilles et principalement dans les savanes sèches et près des 
rivières dont les bords offrent une riche végétation. On le ren- 
contre dans la Nouvelle-Grenade, au Brésil, près de Bahia, 
dans toute l'Amérique du Sud, principalement dans sa partie 
orientale, où il est fréquemment cultivé dans les potagers. 

La culture de l'Angourie ne présente aucune difticulté. Cinq 
mois s'écoulent entre la date du semis et celle de la récolte. 
On sème sous châssis en mars; on met la plante en pots en 
avril; on la met en place, sous cloche du 15 au 25 mai. On ré- 
colte du 10 au 15 août. 

La fructification est d'une abondance extraordinaire. On 
peut compter sur une centaine de fruits par pied; mais, si les 
plantes reçoivent la pluie pendant plusieurs jours, la récolte 
est entièrement détruite. On n'est assuré de récolter qu'autant 
qu'on préserve la plantation de l'eau du ciel au moyen de châs- 
sis vitrés. L'Angourie n'exige pas de couche neuve ou vieille. 
Il suffit de la planter en poquets, garnis d'un peu de fumier 
consommé. 

Le 10 août 1876, j'ai présenté à la Société centrale d'horti- 
culture des Angouries admirablement bien venues, semées le 
16 mars et chargées d'une multitude de fruits, à point pour la 
récolte. Sous le climat de Paris, c'est une plante d'amateur 
que j'ai pris grand plaisir à cultiver. 

Dans le Midi, sa culture serait certainement rémunératrice 
comme on en pourra juger par ses usages. 

Les fruits de l'Angourie se mangent en salade. 

A la Basse-Terre. (Guadeloupe), nos soldats d'infanterie de 
marine les recueillent dans leurs promenades autour de la 
ville et les ajoutent à leur ordinaire. On prépare de diverses 
manières ce joli petit Concombre, en sauce, en conserves 
au vinaigre, notamment dans celles qui portent aux colonies 



NOUVELLE COMPOSITION DE PICKLES. 241 

le nom à'Acharts. Selon Descourtilz, {Flore des Anlilles), 
pour le préparer, on le coupe par le milieu et on enlève les 
graines qu'il contient en nombre infini ; puis, on le fait cuire 
seul, ou avec du jambon, ou des crabes, ou des tomates, ou 
bien encore avec de la morue. Pour le confire au vinaigre, 
selon Fauteur que je cite, il faut le dépouiller de ses graines 
et ajouter des tiges, des pampres et des fruits verts de piment. 

M. le docteur Sagot, dans notre Bulletin, 1872, p. 550, nous 
dit que le jeune fruil cuit du Cuciimis Anguria est tendre et 
très agréable. La plante, dans un bon terrain, fructifie beau- 
coup. C'est le Pepinhodo mato des colonies portugaises. M. Nau- 
din, dans les Annales des sciences naturelles, a publié sur le 
C. Anguria une note instructive et intéressante, à laquelle 
nous renvoyons le lecteur. Selon lui, la plante est bien d'ori- 
gine américaine, ce dont il avait douté d'abord ; elle est consi- 
dérée comme potagère et cultivée comme telle dans une grande 
partie de l'Amérique. Il semble que sous ce rapport on en ait 
tiré quelque parti en Italie, dans le siècle dernier, comme 
nous l'apprennent, dit-il, Gilii elXuarés dans un opuscule au- 
jourd'hui fort rare {Osservatione fitologice, etc.), qui fait partie 
de la bibliothèque de M. Delessert et de celle de l'Institut. 

Je conserve dans du vinaigre, préparé avec fleurs de sureau, 
piments, etc., les fruits du C. Anguria sans leur enlever 
leurs graines. Je considère cette opération comme inutile et 
j'emploie les fruits entiers saus les couper. 

Cette conserve est très jolie, très bonne. Il ne faut pas con- 
fondre l'Angourie avec tous ces légumes insipides et mous, 
véritables éponges à vinaigre, qu'on a l'habitude d'associer aux 
Cornichons. On devra cueillir les fruits avant leur entier déve- 
loppement; leur peau durcit assez vite. 

Pour conclure, je recommande vivement la culture de l'An- 
gourie aux amateurs de la région de Paris et aux horticulteurs 
ou maraîchers du midi de la France. La vente de ses fruits me 
semble assurée. 



3* SÉRiK. T. X. — Avril 18S:{. Ki 



242 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

MiÔGA {Amomum Miôga Thunb.) 

(Fam. des Zingibéracées.) 

Le Miôga est originaire du Japon. Il a été décrit par Kaem- 
pfer dans son ouvrage intitulé : Amœnitatuni exoticarum...^ 
p. 826. 

Il a été recueilli par Thunberg, Siebold et autres botanistes 
près de Nangasaki. Il croît spontanément-, mais il est généra- 
lement cultivé. 

Dans le livre intitulé : le Japon à VExposition imiverselle 
de 4878, je lis : « Le Miôga est une plante dont on mange les 
jeunes tiges et les fleurs. Les fibres de ses tiges peuvent aussi 
servir à faire des cordes. » 

M. le docteur Hénon m'écrivait, le 11 avril 1879 : « Je vous 
envoie une petite racine d'une espèce de Gingembre appelée 
au Japon Miôga et par Thunberg Amomum Miôga. On en 
mange les inflorescences avant l'épanouissement des fleurs ; 
c'est assez bon, 

» Bien que toutes les Zingibéracées soient considérées ici 
comme de serre chaude, cette plante passe parfaitement les 
hivers chez moi depuis trois ans en pleine terre, plantée à 
10 centimètres de profondeur et recouverte en hiver d'un peu 
de feuilles sèches. Elle a bien fleuri l'été dernier ; si le mor- 
ceau que je vous envoie est un peu petit, c'est que je ne l'ai 
encore guère multipliée ; s'il ne reprenait pas, je vous en en- 
verrais de nouveau en automne. » 

Le docteur m'écrivait encore le 7 juin de la même année : 
« Mes pieds de Miôga ont parfaitement passé l'hiver en pleine 
terre et poussent de tous côtés. Si le trop petit pied que je vous 
ai envoyé ne poussait pas, je pourrais vous en envoyer autant 
que vous le désireriez, l'hiver prochain. » 

Je n'ai pas demandé un second envoi à mon obligeant cor- 
respondant, le tronçon qu'il m'avait donné avait si bien végété 
que je pourrai, cette année, faire une plantation de 400 pieds. 

Mon Miôga, on le voit par la date à laquelle je l'ai reçu, a 
supporté le grand hiver. Il était, il faut le dire, protégé par 



NOUVELLE COMPOSITION DE PICKLES. 243 

une épaisse couverture de neige; mais en 1880-81 et en 
1881-82, 1882-83, rien ne le défendait contre lelVoid. Je suis 
donc arrivé sans échec à ma cinquième année de culture. 

11 n'existe pas, je crois, de plante plus rustique que le Miôga, 
ni qui se multiplie plus rapidement. Je ne l'ai vu atteint d'au- 
cune maladie, attaqué par aucun insecte. 

Je plante les tronçons de rhizome dans une planche de jar- 
din large de 1"\30, sur deux lignes parallèles distantes de 
50 centimètres. Il reste donc un espace de 40 centimètres 
entre les lignes et les sentiers, ce qui n'empêche pas les plantes 
de porter sous ceux-ci leurs tiges et leurs inflorescences. 

Il ne se montre dans la planche que fort peu de mauvaises 
herbes, dont un binage ou deux font justice. Arrosage facultatif. 
Il ne faut pas biner après le 31 juillet. On risquerait de couper 
des turions et des inflorescences. On peut sarcler à la main. 

Vers le 15 août, commence la récolte, on surveille la plan- 
tation comme celle de l'Asperge ; comme les turions de l'As- 
perge, on coupe tout près de la racine dès que l'inflorescence 
laisse voir sa pointe aiguë à la surface du sol. 

Je n'ai jamais récolté les turions, sauf quelques-uns seule- 
ment pour les déguster, de peur d'amoindrir la multiplication 
On les récolte comme les inflorescences et je n'ai pas trouvé 
de différence appréciable entre la saveur des uns et celle des; 
autres. . ' 

Je suppose qu'il convient d'attendre deux ans avant de ré- 
colter les turions d'une plantation et de ne les couper qu'au 
printemps, bien qu'il s'en produise aussi pendant l'automne. 
On aurait donc régulièrement, ce me semble, une récolte d'in- 
florescences d'août à septembre, et une récolte de turions pen- 
dant tout le mois d'avril. Il ne serait sans doute pas prudent 
de prolonger la coupe au delà de ce mois. 

Je n'insisterai pas sur la rusticité du iMiôga et sur sa rapide 
multiplication. Je parlerai de l'usage qu'on peut faire de. ses 
turions et de ses inflorescences. 

J'ai dégusté ces dernières préparées au gratin comme le 
macaroni en couches alternantes de légume et de Pai:mesan 
râpé; c'est assez bon. i .. .. . 



244 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Je les ai mangées en salade après les avoir simplement blan- 
chies à l'eau bouillante. Je lésai trouvées excellentes. Un léger 
goût de résine disparaît à la deuxième ou troisième bouchée 
et la saveur légèrement piquante du légume se marie on ne 
peut mieux avec celle de l'huile. 

Enfin j'ai associé, pour faire des Pickles, les inilorescences 
de Miôga aux Angouries des Antilles, aux bulbes de l'Oignon 
Galawissa, etc. 

Le résultat m'a pleinement satisfait et les spécimens que je 
vous présente seront dégustés et appréciés par vous. 

J'espère qu'on essayera, avec un peu de persévérance, 
diverses préparations culinaires de ce légume absolument 
nouveau. Il reste beaucoup à faire. 

A ceux qui me demanderont si le Miôga ressemble à telle ou 
telle autre plante potagère de nos jardins, je répondrai : non, 
il n'a le goût, ni du Chou, ni du Gardon, ni de la Tomate, ni 
d'aucun de nos légumes... il a le goût du Miôga. 

CAPUCINE TUBÉREUSE (Tropœohim tuberosiim Ruiz et Pavon). 

Plante vivace de l'Amérique méridionale. Ses graines mû- 
rissent très rarement sous notre climat. La multiplication a 
lieu par les tubercules. 

Dans l'ouvrage intitulé les Plantes potagères, que MM. Vil- 
morin-Andrieux et G'" viennent de publier, la culture et les 
usages de la Gapucine tubéreuse sont ainsi décrits : « Les- 
tubercules de la Gapucine tubéreuse se plantent en avril ou 
mai, en pleine terre, à 50 centimètres en tous sens; il con- 
vient de donner quelques binages, jusqu'au moment où les 
tiges, en s'étendant sur la terre, l'ont couverte entièrement ; 
l'arrachage ne doit se faire qu'assez avant dans l'automne^ 
après les premières gelées, les tubercules ne se formant sur 
les racines que tard dans la saison, et ne craignant pas les- 
effets du froid tant qu'ils sont en terre. 

» Guites dans l'eau, comme les Garottes ou les Pommes de 
terre, les racines de la Gapucine tubéreuse sont aqueuses et 
ont un goût assez désagréable, quoique parfumé. En Bolivie, 



NOUVELLE COMPOSITION DE PICKLES. 245 

OÙ la plante est très cultivée dans les districts montagneux 
élevés, on en fait geler les tubercules après les avoir cuits. 
Dans cet état, ils sont regardés comme une friandise et très 
recherchés. Ailleurs, on les expose au grand air dans des sacs 
de toile, et on les mange à demi desséchés. 11 ne faut donc 
pas s'étonner que le tubercule frais ne nous paraisse pas ex- 
cellent, puisque, même dans le pays d'origine, on ne le mange 
que préparé. » 

Dans une note du docteur Weddell sur quelques tubercules 
comestibles {Revue horticole, 1852, p. 448), se trouvent des 
détails intéressants sur l'usage de la Capucine tubéreuse ou 
Ysano : « C'est donc cuits et gelés que l'on doit manger les 
tubercules du Tropœolum, et encore faut-il les manger avant 
qu'ils ne dégèlent, c'est-à-dire croquants. A cet état, je puis 
affirmer, car j'en ai fait l'essai maintes fois, qu'ils constituent 
un mets assez agréable. 

» Il n'y a guère de jour qu'on ne voie sur le marché de 
La Paz une ou deux rangées de marchandes, qui ne vendent 
autre chose que ces Ysanos gelés, qu'elles profègent contre 
l'action du soleil en les enveloppant d'une étoffe de laine ou 
de paille. Les femmes de La Paz en sont toutes extrêmement 
friandes, et elles ont rhabitud(3 de les prendre comme rafraî- 
chissement, pendant la chaleur du jour, en les trempant dans 
de la mélasse. » 

Comme on le voit parles extraits qui précèdent, la Capucine 
tubéreuse ne pourrait guère être utilisée chez nous, s'il fal- 
lait, pour manger ses tubercules, les dessécher à demi, ou 
bien les cuire, les faire geler ensuite, puis enfin les tremper 
dans de la mélasse ; il était donc très désirable de lui trouver 
un emploi autre que celui qu'elle reçoit dans son pays natal. 

Lorsqu'en 1875 la pensée m'est venue de la confire dans le 
vinaigre, je croyais être le premier à le tenter ; mais mon ami, 
M. Bois, a trouvé et m'a communiqué une note, publiée dans 
la Revue horticole de 1845-46, p. 17, par M. Neumann, qui 
m'a prouvé que j'avais été devancé, .l'en extrais ces quelques 
lignes : « J'ai essayé de mariner ces tubercules au vinaigre, 
comme les cornichons, mais sans avoir été satisfait du résultat. 



*24G SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

Un abonné de la Revue horticole a eu la même idée et en a 

apprécié aiUremenl le produit Que faut-il en conclure? 

C'est encore apparemment qu'il ne faut pas disputer des 
goûts, ou bien que mon terrain ne convenait pas à la plante. 
Notre abonné a laissé mariner ses tubercules pendant trois 
mois, n'a ajouté aucun assaisonnement et a trouvé que « dans 
cet état ils offraient une espèce de Cornichons beaucoup plus 
agréables au goût que les véritables, outre que le vinaigre a 
acquis un parfum convenable pour servir dans les sauces et 
dans les salades. » 

Je n'hésite pas à dire que c'est Y abonné qui a raison. Lors- 
que j'ai confit la Capucine tubéreuse dans le vinaigre, je l'ai 
associée à tous les condiments d'usage; elle a cependant con- 
servé son goût propre, simplement atténué. J'ai dégusté celle 
préparation en famille, et je l'ai soumise à l'appréciation de 
diverses personnes, qui en ont fait l'éloge ; je ne suis donc nul- 
lement surpris que, selon le dire de V abonné, les tubercules 
de la Capucine tubéreuse communiquent au vinaigre, sans 
addition aucune, un parfum des plus agréables. 

STACHYS AFFINIS 

Je vous ai dit, le 30 janvier dernier, tout ce que je savais 
sur celte plante. 

M. le docteur E. Bretschneider nous a appris que les Chi- 
nois mangeaient ses tubercules. Ceux qu'il nous a envoyés, et 
que j'ai plantés, paraissent devoir se multiplier rapidement. 
Ils ont bien passé l'hiver en pleine terre. 

Je ne sais pas comment les Chinois les préparent pour la 
table, mais les Japonais mangent le Stachys Sieboldii, très 
voisin du S. af/înis, après l'avoir confit dans du vinaigre de 
prunes. 

Je crois donc pouvoir introduire ce dernier dans la compo- 
sition de mes Pickles. 



II. EXTRAIT DES PROCÈS VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 13 AVRIL 1883. 
Présidence de M. E. GossoN, vice-président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. 

— A l'occasion du procès-verbal, M. le Président signale l'utilité qu'il 
y aurait à ce que les documents publiés par la Société, concernant la 
destruction des animaux nuisibles et la conservation des oiseaux, soient 
adressés au ministère de l'Instruction publique, qui saisirait de cette 
question les instituteurs, et leur ferait connaître les lois et arrêtés en 
visfueur. A leur tour les instituteurs les feraient connaître aux élèves des 
écoles et leur en inspireraient le respect. 

Des dispositions dans ce sens seront prises par le Conseil. 

- 31. le Président proclame les noms des membres nouvellemeni 
admis par le Conseil, savoir: 

MM. PRÉSENTATEURS. 

,.. . .r. , T^ -j , f A. Berthoule. 

Blocman (Henri), 18, rue des Pyramides, a ^ . „ . , 

^^"^- ( Raveret-Watte . 

Rrousset (Pierre), négociant, 15, rue de la { A. Berthoule. 

République, à Cette (Hérault), et à Tunis, ! Maurice Girard 

rue Szazaia. ( i- Grisard. 

. ,„ , , ^ , ( Saint- Yves Ménard 

Dalaut (François), 43, avenue de la Grande- ) j^^veret-Wattel 

Armée, à Paris. ( L.' Vaillant. 

. „,,. ^ , , ,, . ,' A.Geoffroy Saint-Hilaire 

Deltour (Paul-Feli.v), 8, rue Labordere, a \ „ „ 

Neuilly (Seine). ( j^,^^^^^i^ j^ g^,^.^ 

r. , . . • s r. • w I ' . ^ Leblond. v 

Dujardin (Frédéric), 19, rue du Marche, a gaint-Yves Ménanl. 

. ^"^«"'"y (Seine). ( L. Vaillant. 

_ ., , ( A. Berthoule. 
Kern (Edouard), banquier, 7, rue Scribe, a ) , p^- „,.. 

L. Vaillant. 

Berson 
Le Pargneux (Albert), propriétaire, au châ- \ a. Geoffroy Saint-Hilairc. 
teau de Beauregard, près Caen (Calvados). / g^i^j.y.g, Renard. 

,,.,,,,,. , , ,. ^ [ A.Geoffroy Saint-Hi lai re. 

Pauliau (Louis-Andre), y, rue Labordere, a V „ j, 

V II /c • \ 1 *' • ' 3SS\. 

Neuilly (Seine). / ., • . o^i.,^ 

j ^ ' [ Marquis de Se ve. 



24-8 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

MM. PRÉSENTATEURS. 

Ornano (comte Ludovic d'), au château de J. Cornély. 
la Brauchoire-sous-Ghambray, par Joue- | Comte d'Epremesnil. 
les-Tours (Indre-et-Loire). ( Marquis de Selve. 

Rivière (J.-B.), négociant, 95, avenue de ( ^^l^^^ ^ . „.. . 
Neuilly, à Neuilly (Seine). } A- GeoffroySa.nt-H.laire. 

•' J V / [ Saint-\vesMénard. 

RivoiRON (Emile), pisciculteur, à Sewayette, ^ / p ■ ", 

commune de Miribel-les-Échelles (Isère), i * 

^ \ Raveret-Wattel. 

Robert (Hippolyte), docteur en médecine, ai ,' . , 
I ■ \\i i^ S J- Grisard. 

Ligny (Nord). f „ -.,- . 

" "^ ^ ^ V Raveret-^Valtel. 

RouLLAND (Claude), principal clerc de notaire, \ „' . ^i, ,. i 
' r .' /m • \ i • > Raveret-Waltel. 

a Geste (Maine-et-Loire). f . ,, .,, 

c /. X ,- T^ . . •. [ Saint-Yves Ménard. 

OCELLIER (de), il, rue Parmentier, a Asnieres \ <., 

,£, • V l Sturne. 

(seine). f , ., ... 

^ ' V L. Vaillant. 

ViEViLLE (Etienne), batteur d'or, président' A.GeoffroySaint-Hilaire. 

de la chambre syndicale, 209, rue Saint- ? Saint-Yves Ménard. ' 

Maur, à Paris. ' A. Porte. 

\T ,j • \ c^r, , ,, -i. . XT -11 , A. Gaudinot. 

YzAC(Louis), 83, avenue de Neuilly, a Neuilly \ », .. 

(Seine). 

\. Lacroix. 

— M. le Président fait part à l'assemblée de la perte regrettable que 
la Société vient de faire de deux de ses membres : M. le prince Marc de 
Beauveau, vice-président honoraire, qui dès l'origine de la Société, lui 
avait apporté un concours des plus actifs et des plus utiles, et M. Pierre 
Carbonnier, qui s'occupait avec tant de zèle et de succès de l'introductio 
et de racclimatation de poissons exotiques. 

-- M. Camille Dareste adresse la lettre suivante : « Je ne sais s'il sera 
possible de faire une rectification au procès-verbal de la séance du 19 
janvier. Je n'avais pu malheureusement assister à la séance et, par 
conséquent, demander moi-même cette rectification au Secrétaire. Mais 
tel qu'il est rédigé, le procès-verbal, en ce qui concerne mes paroles, 
est absolument incompréhensible. J'avais parlé, dans ma lecture, de 
l'apparition des monstruosités comme étant le signe d'une modification 
nuisible, dans les conditions de l'incubation. 

» M. Fornet, dans sa seconde réponse, dit que les faits que je prenais 
pour des monstruosités n'étaient que des altérations pathologiques, et 
qu'il n'y avait de monstruosité véritable que lorsqu'il y avait fusion de 
deux embryons primitivement distincts. 



PROCÈS-VERBAUX. 249 

> J'ai répondu à M. Fornet, que tout en considérant les monstruosités 
simples comme de véritables monstruosités, et non comme des déforma- 
tions pathologiques, dans la discussion actuelle, cette distiaclion n'a- 
vait point d'importance. En effet, quel que soit leur mode de formation, 
pathologique ou tératologique, l'apparition des monstruosités simples 
est pour moi l'indice de toute modification dans les conditions de l'incu- 
bation, et non seulement, comme le disait M. Fornet, d'élévation insolite 
de la température. » 

— MM. Brousset et Feuilloy adressent des remerciements au sujet de 
leur récente admission. 

— M. le U"^ Adrien Sicard fait parvenir deux exemplaires de ses études 
sur l'huile antiphylloxérique Roux. 

— M. Marins Galfard, d'Oraison (Basses-Alpes), prie la Société de 
vouloir bien lui procurer le traité sur l'élevage de VAttacus Yama-maï 
par M. Personnat et de lui adresser, en même temps, le programme des 
prix encore à décerner. 

— Des demandes de cheptels sont adressées par MM. Blancheton, 
Derré et Emile Riom. 

— M. Henri Fabre remercie du cheptel de Cygnes noirs qui vient de lui 
être accordé, et demande à recevoir des Grenouilles-Bœufs. 

— M. E. de Laubépine, de Marcigny-sur Loire (Saône-et-Loire), prie 
la Société de vouloir bien lui fournir des renseignements sur l'installa- 
tion des pêcheries de Saumon dans les fleuves. 

— Le Comité central d'exposition de l'île de la Réunion adresse 
Ja note suivante, relative à différentes questions se rattachant aux 
travaux de la Société nationale d'Acclimatation et intéressant la colonie, 
savoir : 

« [''Maladie du Café. — La colonie est très préoccupée des conséquences 
que peut avoir dans un avenir plus ou moins prochain, une maladie qui a 
fait son apparition, l'année dernière, sur les feuilles des Caféiers. Aussitôt 
qu'elles sont adultes, elles se marquent de taches circulaires d'un brun 
jaunâtre, qui finissent par les envahir presque totalement; elles se des- 
sèchent et tombent ; en peu de jours les sujets atteints sont tout à fait dé- 
pouillés et beaucoup de fruits n'arrivent pas à maturité. Celte maladie est 
attribuée concurremment à un ver, VElachista cofj'eela, et à un cham- 
pignon, l'Hemî/e/avastainaî. Jusqu'ici on n'a pu y opposer que quelques 
palliatifs, tels que la taille des arbusies malades et l'incinération des 
feuilles et des branches; il s'agirait de trouver un remède efficace. 
Dans la session actuelle, le Conseil général a voté une somme de 
1000 francs pour aider aux expériences. 

» 2° Extraction des fibres des plantes textiles. — Nous possédons 
un grand nombre de textiles ; mais depuis quelques années, il a été intro- 
duit et l'on commence à cultiver sur une grande échelle difiérentes 
Orties; la variété préférée de beaucoup est celle dite Bœhmeria utilis. 



250 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Malheureusement il nous manque une machine à décortiquer les tiges à 
l'état vert, au moment même de la coupe, parce que cette plante prospère 
surtout dans les régions élevées de l'intérieur, dont le climat pluvieux et 
l'humidité presque permanente sont un obstacle insurmontable à sa 
dessiccation. Il est beaucoup question dans le moment d'une machine, 
dite de Berthet, du nom de son inventeur, laquelle, parail-il, rempli- 
rait ce but. Un des députés de la Réunion, M. Bureau de Vaulcomle, 
s'occupe très activement de cette question d'un grand intérêt pour le 
pays. 

» Tout récemment noire service des Eaux et Forêts, dirigé par 
M. Echernier, directeur des Domaines, à qui la colonie est redevable de 
la reconstitution en très bonne voie déjà de son couvert forestier, a 
introduit et s'applique à propager le Sanceviera Ciibana (famille des 
Liliacées). Cette plante, originaire des Antilles, donne des fibres plus 
fines, plus soyeuses et aussi résistantes que celles de l'Aloès. Le Comité 
central de l'Exposition serait très reconnaissant à la Société d'Acclima- 
tation de lui faire connaître, si possible, d'autres textiles de qualité su- 
périeure. 

ï> Nous devons lui signaler ici, d'une manière toute particulière, les 
efforts tentés dans ces derniers temps par M. Eugène Veyrières pour 
l'extraction des fibres d'un grand nombre de textiles indigènes. 

» 3" Introduction et propagation des arbres et lianes à caout- 
chouc. — L'introduction de la meilleure variété que nous possédions 
actuellement, VHevea Gîiyanensis, est due à M. Julien Potier, directeur 
du Jardin colonial. Du reste, à notre Exposition intercoloniale de 1881, 
M. Julien Potier a obtenu une médaille d'or pour introduction du plus 
grand nombre de plantes utiles pendant les années 1879-1880 et 1881. 
La colonie trouverait dans la préparation du caoutchouc un produit 
important ; elle recevrait avec reconnaissance des semences des espèces 
préférées. 

» i" Fabrication des chapeaux de paille. — C'est encore là une 
industrie qui tend à se développer ici en se perfectionnant. Un grand 
nombre de familles pauvres y trouvent depuis longtemps des moyens 
d'existence. Mais les chapeaux, fabriqués avec les feuilles du latanier, 
sont grossiers et peu recherchés. On doit au D' Eugène Jacob de Corde- 
moy et à M. Julien Potier l'introduction du Carludovica palmata (fa- 
mille des Pandanées), avec lequel, dit-on, se fabriquent les vrais panamas. 
Le D-^ E. Jacob de Cordemoy a le mérite d'avoir le premier indiqué et 
introduit cette plante dans la colonie ; mais sa tentative n'a pas réussi ; 
M. Julien Potier en a introduit d'autres plants, les a cultivés avec le plus 
grand soin et en a distribué déjà un grand nombre dans plusieurs de nos 
localités. Toutefois des doutes se sont élevés sur le point de savoir si 
c'est bien avec les feuilles du Carludovica palmata que se fabriquent 
les panamas. C'est un point qu'il nous importe d'éclaircir et, à cet eflet, 



PROCÈS-VERBAUX. 251 

nous faisons appel aux lumières de la Société. » — Renvoi à la seclioii 
des Vésrétaux. 

— A l'occasion de cette communication, M. Vavin demande si l'on ne 
pourrait pas essayer, contre la maladie du Caféier, l'emploi de la lleur 
de soufre, qui donne de si bons résultats dans le traitement des Vignes 
atteintes de l'Oïdium. 

— M. Millet fait connaître que ce mode de traitement a été signalé à 
la réunion de la section des Végétaux. 

— M. Lucien Jlerlato écrit d'Aïn-Marmora à M. le Secrétaire général : 
« C'est avec une vive et légitime satisfaction que je m'empresse de vous 
annoncer le bon résultat du commencement de l'incubation artificielle 
des œufs d'Autruche au parc de la Société française pour l'élevage de 
l'Autruche en Algérie. Vous n'ignorez pas que cette Société a bien voulu 
me confier la direction de son exploitation. 

» Les premiers flés, au nombre de trois, sont éclos d'eux-mêmes, sans 
aide; sont d'une conformation parfaite et mangent et courent depuis leur 
quatrième jour d'âge; ils ne présentent, jusqu'à présent du moins, au- 
cune des difficultés qui ont été signalées dans l'élevage de l'Autruche 
couvée artificiellement en Algérie. 

» Considérant que, au dire des plus vieux habitants du pays, l'hiver 
que nous venons de traverser a été un des plus durement éprouvés depuis 
au moins vingt-cinq ans, j'espère acquérir bientôt la ferme conviction 
que, à quelques modifications près, l'élevage industriel de cet oiseau est 
tout aussi pratique dans cette colonie que sous d'autres latitudes. 

» Je me ferai un devoir de vous tenir au courant des progrès que la 
Société française est appelée à faire faire à cette industrie en Algérie. » 

— M. E. Leroy écrit de Fismes (Marne) : « Les Perdrix du Boutan ne 
m'ont donné jusqu'ici que deux œufs, puis à la suite des grands froids 
elles ont interrompu leur ponte et défait le nid. Les deux œufs sont en 
incubation sous une Poule. Depuis quelques jours, le nid est refait et 
hier la Poule Boutan jetait des pailles avec son bec par-dessus son dos. 
Il n'y avait pas d'œuf cependant, mais la ponte est imminente, je crois. 
Ce qui a arrêté les oiseaux, ce n'est pas le froid, c'est, à mon avis, le 
manque de vers. Ces oiseaux sont avides de lombrics et bouleversent le 
sol de leur volière pour en trouver. Je vais leur en distribuer, ainsi que 
j'ai déjà commencé à le faire, et le Coq les ramasse, appelle sa femelle 
et les lui offre. Je vous tiendrai au courant. 

» . ..Il y a ce matin, 3 avril, deux œufs au nid. J'avais mal vu hier, 
mais c'est si profond, et j'ai eu peur d'être indiscret. » 

— M. A. Delaurier aîné, d'Angoulème, écrit en date du 5 avril à M. le 
Directeur du Jardin zoologique d'acclimatation : « J'ai la satisfaction de 
vous annoncer que les deux Poules Tragopans de Blylh ont commencé 
leur ponte, l'une hier, l'autre aujourd'hui. Les œufs seront bien fécondés, 
je n'en doute pas. Le Coq très excité fait entendre assez fréquennnent 



252 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

des appels ressemblant assez aux miaulements d'un chat sur une note 
plus forte et plus grave; les Poules y répondent sur un ton plus sourd et 
moins fort. Les deux oeufs pondus sont de la grosseur des œufs de Lopho- 
phores. Je crois que la ponte sera abondante. Ils absorbent en ce moment 
des quantités de verdure et de lentilles d'eau. Une des paires Tragopans 
de Hastings est en amour, la Poule va pondre incessamment. Je ne suppose 
pas la fécondité de cette espèce semblable à celle des Blyth. Jusqu'à pré- 
sent, ceux-ci me paraissent des oiseaux d'avenir, après l'élevage je serai 
fixé et je vous dirai mon sentiment. La paire Faisans d'Elliotest en par- 
fait état, mais rien encore ne me fait supposer une ponte imminente. 

» Toutes mes Perruches de la Nouvelle-Zélande à front pourpre, auri- 
ceps et alpinus couvent ou élèvent. J'ai déjà obtenu depuis décembre 
dernier 31 jeunes des trois paires de la première espèce. Les Perruches 
Erylhroptères s'accouplent. Les Colombes poignardées et Lophotès ont 
leurs premiers jeunes. P.ien encore des deux paires Colins de Sonnini, 
dont une paire a passé l'hiver dehors et paraît avoir moins souffert que 
celle que j'ai rentrée en appartement. » 

— M. le Directeur du Jardin d'acclimatation communique la lettre sui- 
vante, qui lui est adressée par M. le D^ Rabé, de Maligny (Yonne) : « Je 
pense vous intéresser en vous annonçant les résultats que j'ai obtenus 
avec les Oies d'Egypte que vous m'avez envoyées il y a deux ans. 

» L'année dernière, la femelle n'a pas pondu ; cette année, malgré un 
froid de 4 degrés en moyenne qui un jour est descendu à 10 degrés, mal- 
gré la neige sur le dos, la femelle a couvé bien régulièrement, et quatre 
petits sont éclos, sur six œufs; des deux autres, l'un était clair, l'autre 
contenait un oisillon mort à terme dans la coquille. 

» Aujourd'hui mes quatre oisillons ont dix jours, courent sur les pe- 
louses avec les parents, qui ne les quittent pas, et se mettent à l'eau très 
volontiers. 

» Je suis moins heureux avec les Oies du Canada. Le mâle, qui m'est 
parvenu en 1881, par le même envoi que les Oies d'Egypte, pour une 
raison que j'ignore (sa trop grande jeunesse probablement), n'est pas 
supporté par la femelle que j'ai depuis six ans et qui depuis trois ans 
pond sans résultat (depuis la venue de ce mâle). Avant lui, d'autres 
mâles l'avaient fécondée et tous deux sont morts phtisiques (tuber- 
cules dans les os, cavernes dans les poumons); j'en avais fait l'autopsie. 

» Cependant je ne désespère pas complètement ; j'ai vu ce mâle s'ac- 
coupler avec une Oie de basse-cour. 

ï Pour celte année je n'ai rien encore à attendre ; la femelle couve des 
œufs inféconds. » 

— M. de Confévron écrit de Langres : « Je viens de lire avec la plus 
grande attention le projet de loi sur la chasse, qui a été présenté le 
12 mai 188"2 à la Société nationale d'Acclimatation par la Commission y 
relative. 



FROCÈS-VERBAUX. ^ÔS 

» Les dispositions de cette loi sage et bien conçue, auraient certaine- 
ment, appliquées avec vigilance, discernement et fermeté, donné d'excel- 
lents résultats il y a quinze ans, alors que le mal n'avait pas atteint le 
degré auquel il est arrivé. Mais je doute qu'elles soient suffisantes, main- 
tenant que le mal est à son comble. 

» A une situation désespérée il faut un remède héroïque et j'eslime 
que la suppression absolue de toute chasse pendant plusieurs années ne 
serait pas de trop. 

» Dans les environs de Paris, où l'on a des chasses gardées avec des 
réserves, on ne peut se faire une idée de l'état de choses en province, 
où les rares couples de Perdrix existants pourront à peine suffire au 
repeuplement. Non seulement il faudrait ne plus tuer un seul de ces 
oiseaux, mais encore il conviendrait d'en mettre et de les défendre. 

» Une vérité, dont il serait désirable qu'on fût bien pénétré, c'est que 
les exceptions introduites dans une loi comme celle dont nous nous occu- 
pons, sont des portes largement ouvertes aux abus et aux infractions. 
C'est pourquoi je voudrais que la chasse, une fois fermée, fût absolument 
interdite, sans distinction du gibier de passage ou autre. Cette distinc- 
tion, très délicate à établir du reste, rend la surveillance et la répression 
presque impossiïjles. En effet, sous prétexte de chasser des oiseaux d'eau 
ou de passage, on s'écarte un peu, on est tenté, l'occasion fait le larron 
et on détruit toutes espèces d'autres gibiers. Les Ramiers payent pour 
les Bécasses absentes. 

» La latitude laissée aux préfets (art. 3) d'ouvrir et de fermer la 
chasse, sur leur seule initiative, me paraît trop large et je crois qu'il 
serait sage de demander que ces décisions ne fussent prises qu'après 
consultation d'une commission recrutée parmi des personnes compétentes 
dans les questions d'histoire naturelle. 

ï Les dispositions du paragraphe 5 de l'article 4 me semblent aussi 
beaucoup trop élastiques. 11 est nécessaire de prohiber d'une façon gé- 
nérale et absolue la destruction de tous les nids. 

» Les gardes champêtres ou autres agents ne peuvent, en eff'et, distin- 
guer à quelles espèces appartiennent les nids trouvés entre les mains des 
maraudeurs. Il faudrait leur supposer des connaissances assez avancées 
en ornithologie et qu'ils n'ont certainement pas, pour croire qu'ils pour- 
ront reconnaître la nature du nid, des œufs ou même des petits oiseaux 
non encore emplumés. L'interdiction complète présente moins de dan- 
gers que la latitude laissée. 

» Les constatations prescrites par le paragraphe 4 de l'article 5 de la 
loi primitive sont très difficiles et ne recevront certainement pas sou- 
vent une sanction efficace. La nouvelle rédaction vaut beaucoup mieux. 
» A mon humble avis, toute condamnation pour contravention aux lois 
sur la chasse devrait entraîner, pour celui qui l'aurait encourue, la pri- 
vation d'un permis. 



254 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

» Toutes chasses de nuit ou avec nappes, filets, raquettes ou engins 
quelconques devraient être interdites, la chasse au fusil étant seule 
permise. 

» La nouvelle loi manque aussi d'une disposition interdisant sur le 
territoire français le transport de Cailles vivantes, prises au départ ou à 
l'arrivée sur les côtes et s'expédiant par milliers en Angleterre ou en 
Belgique. Ces agissements doivent nécessairement amener dans un temps 
limité une destruction absolue de ces charmants oiseaux. 

» Quant aux oiseaux migrateurs, très improprement appelés de pas- 
sage, il ne faut pas perdre de vue qu'ils ne sont à l'état de passants que 
pour se rendre là oîi ils nichent. Or, s'ils sont détruits pendant la route, 
la reproduction ne peut avoir lieu. Je ne pense donc pas que cette dis- 
tinction entre les oiseaux de passage et ceux qui ne sont pas considérés 
comme tels, doive avoir lieu. D'ailleurs la chasse de beaucoup d'entre 
eux s'effectue au moment des nichées. C'est ainsi que lâchasse à la passe 
de la Bécasse est, fort à tort, permise pendant les mois de mars et 
d'avril, qui sont ceux pendant lesquels les oiseaux entrent dans leur 
saison d'amour, se recherchent, s'accouplent et nichent dans nos con- 
trées, étant des plus précoces. Ils voltigent alors en se poursuivant au- 
dessus des taillis et c'est là ce qu'on appelle la passe. Tuer une Bécasse 
en mars produit donc, au point de vue de la destruction, le même effet 
que tuer une Perdrix en mai. 

s Le paragraphe 5 de l'article 9 est un de ceux que j'ai voulu désigner 
comme ouvrant la porte aux abus. Le paragraphe 7 du même article 
laisse aussi une bien grande latitude aux préfets, ainsi qu'aux Conseils 
généraux dont les membres ne sont pas tous ornithologistes. 

-» Le paragraphe 9 abandonne les oiseaux d'eau qui fréquentent les 
bords de la mer à une destruction complète. Ils méritent cependant bien 
une protection quelconque et ont aussi leur époque de reproduction, qui 
s'effectue non loin des rivages. 

» Article 12. A partir de la fermeture de la chasse, tout chien ren- 
contré faisant acte de chasse et accompagné ou non, devrait être mis en 
fourrière et donner lieu à un procès-verbal contre son propriétaire. 

» Les savants non chasseurs, ou les personnes notoirement connues 
pour s'occuper de questions scientifiques, devraient seules pouvoir bé- 
néficier des dispositions additionnelles de l'article 11. 

» Maintenant permettez-moi une digression. 

j On cherche, dans les écoles primaires, à inspirer aux enfants 
l'amour des oiseaux et à réagir contre leur penchant naturel à la des- 
truction des nids. On ne peut trop appaludir à ces bonnes dispositions, 
dont les oiseaux et les enfants ne peuvent que tirer profit. Mais on doit, 
dit-on, faire une distinction entre les oiseaux utiles et les oiseaux nui- 
sibles. Là est le danger. Outre que cette distinction subtile ne peut guère 
être que relative, qui l'établira? Comment les agents ou fonctionnaires 



PROCÈS-VERBAUX. 255 

reconnaîtront-ils l'espèce des nids saisis entre les mains des délinquants, 
à quels oiseaux ils appartiennent ? Qui dira, ce nid est de Tourterelle, 
ce", autre d'Émérillon? puisque, selon le cas, ils constitueront un corps 
de délit, ou seront le témoignage d'une bonne action. Enfin, qui peut 
déclarer d'une façon certaine que tel oiseau est nuisible ? Dans cette 
catégorie on range le Corbeau, or celui-ci détruit les vers blancs en 
grande quantité. A ce point de vue donc il est utile et je ne vois pas 
que d'un autre côté il commette beaucoup de méfaits. Les Pies-griècbes, 
qui mangent les peiits oiseaux, mangent aussi des vers blancs, des in- 
sectes, et d'autres oiseaux déclarés nuisibles détruisent bon nombre de 
rongeurs. Comment donc déterminer d'une façon certaine si le bien 
qu'ils font d'une part ne balance pas le mal dont ils sont coupables d'autre 
part et si, somme toute, il n'y a pas compensation. Les rongeurs eux- 
mêmes n'ont-ils pas leur bon côté? Les Loirs détruisent un nombre 
incalculable de Hannetons. Faut-il donc, me direz-vous, ménager ces ani- 
maux? Non, je ne vais pas jusque-là, car ils font plus de mal que de bien, 
par les déprédations auxquelles ils se livrent sur les nids des oiseaux, 
sur ceux des Lapins même et par les pertes qu'ils occasionnent en atta- 
quant les plus beaux fruits. 

» Quant aux oiseaux, je ne pourrais guère parmi eux désigner, à coup 
sur, comme nuisible que la Pie, et encore ! 

i Beaucoup d'oiseaux, sans doute, sont coupables de méfaits au point 
de vue des récoltes, des fruits ou même des autres oiseaux. Mais ils 
racbètent cela en aidant au repeuplement de nos forêts, dont ils dissé- 
minent les graines, ou par d'autres services. 

■» Je trouve donc très dangereux de dresser une liste des proscription;s 
et de dire aux enfants : Ceux-ci sont utiles, ceux-là nuisibles, allez, 
épargnez les uns, massacrez les autres sans merci! On peut parfaite- 
ment ainsi faire fausse route, sans compter que la distinction des nids 
n'est pas toujours facile pour des enfants inexpérimentés. Rien des inno- 
cents seraient, de bonne foi ou non, sacrifiés pour les coupables. 
■ ï Avant tout il faut se bien pénétrer de cette vérité : que, dans l'élat 
de nature, tout se trouve dans une harmonie parfaite et dans d'admi- 
rables proportions, qu'aucune espèce animale ou végétale n'est envahis- 
sante au détriment des autres. Les animaux se faisant récipro(iuemenl 
la guerre pour l'existence et se nourrissant aussi des plantes, il en ré- 
sulte que tout se maintient dans un équilibre constant, que l'homme, 
avec sa civilisation, ses besoins, sa vie en agglomération vient seul 
déranger. 

» Loin de moi la pensée que, pour son plus grand bien, l'homme 
devrait vivre à l'état de nature, dans la barbarie et la sauvagerie, res- 
pectant les animaux fauves ou se laissant manger par eux. Nul ne goûte 
plus que moi les bienfaits de la civilisation et n'est plus partisan de ses 
progrès. Mais, lorsqu'il s'agit de conservation ou de propagation des 



256 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

animaux, on ne saurait tenir trop grand compte de leurs conditions na- 
turelles d'existence, pour s'en rapprocher le plus possible et pour com- 
battre les perturbations qui y sont apportées par l'humanité, jetant 
nécessairement un trouble dans la pondération primitive. Ceci bien 
compris, il ne faut pas une abstraction intellectuelle bien grande pour 
se rendre compte qu'en détruisant une espèce animale quelconque, fût- 
ce la plus infime, on apporte à l'ordre naturel une modification dont ou 
ne peut deviner les eftets et mesurer les conséquences. 

» Ainsi donc ne détruisons qu'avec une extrême circonspection el 
beaucoup de réserve les oiseaux, même ceux qui nous semblent nuisi- 
bles, car nous ne savons pas bien ce que nous faisons, ni la répercussion 
infinie que la suppression d'une espèce peut avoir dans la nature. 

» Mais efforçons-nous, au contraire, de conserver et de propager les 
espèces qui nous sont utiles ou agréables, par tous les moyens à notre 
disposition, et pour cela ne dédaignons pas les enseignements que nous 
donne l'observation de l'état naturel de choses. 

» En ce qui concerne la chasse et la conservation du gibier, ayons 
une loi bien nette, bien précise, bien compréhensible, disposant d'une 
façon générale, n'ouvrant pas la porte aux exceptions, ne se prêtant pas 
aux interprétations ni aux distinctions subtiles. Surtout, faisons-la ob- 
server. 

» Telles sont les réflexions [qui m'ont été suggérées par le projet de 
loi sur la chasse et par mon désir de voir prendre des mesures pratiques 
pour la conservation du gibier et des oiseaux. » 

— M. Léo d'Ounous demande à prendre part aux distributions d'œufs 
de Salmonidés faites par la Société.- 

— M. Henneguy adresse plusieurs exemplaires d'une note qu'il vient 
de publier sur une épidémie qui a détruit, cette année, tous les jeunes 
alevins de Truite du laboratoire du Collège de France. 

— M. Rivoiron accuse réception el remercie des œufs de Saumon des 
lacs qui lui ont été adressés. 

— M. Rathelot écrit du Grand-Montrouge: « l^es œufs de Saumon des 
lacs que vous avez bien voulu me faire remettre, sont tous éclos dans les 
journées des 10 et il avril ; je n'ai éprouvé qu'une perle de 7 œufs sur 
les 800 que vous m'avez donnés. Les œufs de Truite que j'avais mis en 
incubation le 19 décembre ont mis de 95 à 107 jours pour éclore, à la 
température moyenne de + 5 degrés. » 

— M. Cloquet écrit de Sèvres : « J'ai reçu de la Société, à la fin 
d'avril 1882, 600 el quelques œufs d'Attacus Pernyi. Comme je vous 
l'avais annoncé dans mon accusé de réception, j'avais partagé mon édu- 
cation en deux parties, une en chambre, l'autre à air libre. Le 1" mai, 
vers huit heures du' malin, l'éclosion commençait et durait ainsi tous 
les jours suivants de huit à onze heures du matin. L'éclosion a été en 
augmentant de jour en jour. Le premier jour, apparaissaient 7 larves, 



PROCÈS-VERBAUX. 257 

le lendemain, 9, et ainsi de suite en augmentant. Le 20 mai, l'éclosion 
était de 30, elle se maintenait ainsi dans une moyenne de 30 à 35 pendant 
trois ou quatre jours et redescendait ensuite à une moyenne de 15 jus- 
qu'au 26 mai. A partir de ce jour il n'y avait plus aucune éclosion ; il 
était né 371 vers, quelques-uns étaient morts à la sortie de l'œuf. Les 
œufs restant se déprimèrent rapidement. Je fus étonné de la grande 
quantité d'œufs mauvais (environ 250). Je ne sais à quoi attribuer cela, 
L'éclosion avait lieu dans une pièce au midi (20 à 22 degrés). Les vers 
ne mangeaient pas tout de suite, ils ne commençaient guère que dans 
la nuit suivante. 

ï. Au bout de quatre ou cinq jours, vers le 1« juin, lorsque je jugeai 
la température suffisante, je plaçai dans mon jardin exposé au soleil, 
dans une cage vitrée et grillée, la partie que je me proposais d'éle- 
ver à air libre (200 environ). Les autres furent laissés dans la pièce 
d'éclosion. Le 3 juin, les premiers nés entraient dans leur premier som- 
meil et les autres successivement. Malheureusement pendant le premier 
sommeil, une nuit, un violent orage s'abattait sur le pays, la cage mal 
consolidée fut renversée par le vent, et l'eau entrant dans la cage, dé- 
truisait les trois quarts de mes chenilles. Le lendemain je n'en retrouvais 
qu'une trentaine qui avaient échappé au désastre. Je les transportai 
aussitôt dans la chambre d'éclosion avec les autres et je renonçai pour 
cette année-là à l'éducation à air libre. 

» Les variations de température pendant l'année 1882, comme vous 
le savez, ont été assez brusques et le thermomètre a peu monté. Le so- 
leil a été assez rare. Quoique l'éducation ait marché assez régulièrement, 
les sommeils ayant lieu à espaces réguliers de neuf à dix jours et durant 
de quatre à six jours en moyenne, avant le quatrième, pour une cause 
que je ne m'explique pas et que je n'ai pu trouver, j'ai perdu une grande 
(juantité de chenilles. Je leur ai toujours autant que possible fourni les 
feuilles les plus fraîches possible. J'avais choisi dans le parc de Saint- 
Cloud un petit taillis de chênes, où j'allais faire ma récolte de feuilles, 
ne choisissant ni les jeunes ni les trop vieilles feuilles et ne voulant pas 
changer d'arbres. Aucun oiseau, aucun insecte n'a pu m'en détruire. 
Les chenilles mouraient ou disparaissaient par grandes quantités. Enfin, 
vers les premiers jours d'août, les quelques vers qui avaient échappé 
commençaient leur cocon. J'en ai obtenu une quinzaine et j'ai pu éviter 
l'éclosion des papillons et aussi une seconde éducation. Je compte re- 
commencer cette année, si mes papillons viennent bien et s'accouplent, 
mais je doute de ce fait ; il ne s'est encore rien produit dans les cocons. 
11 me semble pourtant que le moment serait arrivé. 

» Si la Société peut encore cette année disposer de graines, je deman- 
derai la faveur d'être compris dans cette distribution pour une toute 
petite quantité, espérant n)ieux réussir celte année que la précédente. 
» J'ai semé cette année du Soya liispida. Placé dans un terrain sec, 

3' SÉRIE, T. X.— Avril 1883. 17 



258 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aGCLIMATATION. 

crayeux, il a parfaitement réussi et a été d'un rapport très considérable. 

)i J'avais aussi obtenu de la Société une petite quantité de graines de 
Sagyina (Sorgbo). Semé en ligne comme du Maïs, il a parfaitement 
réussi. Les épis sont très bien venus, le grain était très beau et très 
bien formé, mais il n'est pas arrivé à complète maturité. J'attribue cela 
au peu de soleil et aux mauvais temps que nous avons eu l'été dernier. 
Les tiges sont d'une liauteur de 2 mètres à peu près, bien fournies, et 
donnent une très bonne paille qui peut remplacer la paille de Mais. 
La croissance est assez rapide et la maturité a eu lieu vers la fin de 
septembre. 

» J'avais donné une petite quantité de graines de Soya et de Saggina 
à une personne habitant Montgeron, chez laquelle elles ont aussi très 
bien réussi. 

» Une personne habitant Juvisy m'a appris hier qu'il y a quelques 
jours on avait capturé dans la Seine un Saumon pesant 23 livres et me- 
surant environ 80 centimètres de long. Je crois être utile à la Société 
en lui signalant ce fait, qui n'est pas rare, à ce qu'il paraît, dans ce 
pays. » 

— M. Alfred Wailly adresse de Tudor Villa, Norbiton (Angleterre), 
un rapport sur ses éducations de Bombyciens séricigènes pendant l'an- 
née 1882. 11 y joint un article sur les Lépidoptères anglais et européens, 
extrait du Land and Watei-. « J'attends, écrit M. Wailly, une caisse de 
Cocons Mylitta (grande race de l'Himalaya), la seule que j'ai réussi à 
élever en ltS79. Ils me sont expédiés de Calcutta et le navire est à Lon- 
dres depuis vendredi dernier. Si les Cocons sont tous bien vivants, j'en 
aurai bon nombre, car j'en attends d'autres de Ceyian et de Bombay ; 
mais on ne peut compter que sur ce que l'on tient eu bon état. » 

— M. Pontet, président de la Société d'Horticulture et d'Acclimatation 
du Cantal, adresse une demande d'oeufs de Vers à soie du chêne. 

— M. Mollinger adresse de Godesberg, près Bonn (Allemagne), un 
petit lot de cocons de différentes espèces de Vers à soie : Telea Poly- 
phemus, Attacus cynthia, Samia cecropia et Samia Promethea, tous 
de provenance américaine. — Uemerciements. 

— M. Charles Baltet prie la Société de vouloir bien lui faire parvenir 
des œufs de plusieurs espèces de Vers à soie. 

— MM. Fabre père, Le Guay, Jean Burky, Duplantier, V. Fleury, 
Guy aîné, Lecointre, Mathey, Emile Meunier et Mollinger demandent à 
orendre part à la distribution de graines annoncée dans la Chronique. 

— MM. Mathey, Gnecchi et Mollinger remercient des envois de graines 
qui leur ont été faits. 

-- M. Fréd. Bomanet du Gaillaud prie la Société de vouloir bien lui 
procurer, s'il est possible, du plant de Tradescantia erecla. 

— M. Fréd. Palmer demande si la Société possède des renseigne- 
ments sur une nouvelle variété de Pommes de terre dite du Brésil. 



PROCÈS-VERBAUX. 259 

— M. A. Derré de Sablé (Sarlhe)' rend compte des résultats donnés 
par différentes graines et plantes provenant de la Société. 

— M. de Saint-Quentin écrit de Cette : « Le Cytisus proliferiis, dont on 
a distribué récemment des graines et dont j'avais reçu quelques se- 
mences il y a cinq ou six ans, sous le nom de Tagasaste, je crois, vient 
parfaitement dans la région de Cette. J'avais partagé mes graines avec 
quelques propriétaires, qui n'ont pas su ou voulu s'en occuper. Sur cinq 
que j'avais gardées et qui ont levé, j'ai perdu, par accident, quatre 
plants. Un seul existe encore ; il a 2 mètres de haut, il est très étalé 
et a toujours résisté aux tentatives que j'ai faites pour le faire monter, 
en lui formant un tronc central. La tige que l'on dresse contre un tu- 
teur ne se développe plus et les branches latérales deviennent plus 
vigoureuses. Il n'a jamais fleuri. Cette année, je viens de le tailler dans 
l'espérance que cette opération provoquera des fleurs au printemps. 

» J'avais reçu à la même époque des graines d'un Psoralea peu dif- 
férent de ceux du pays, et qui vient aussi assez bien à Celte. Il portait le 
nom de Tédéras dans l'envoi. Cette plante résiste moins bien à la sé- 
cheresse de nos régions que le Cytise prolifère. Elle paraît avoir les 
feuilles plus serrées et plus abondantes que la Psoralée commune ; elle 
est aussi d'un vert plus gai. Peut-être n'est-ce qu'une race de la vul- 
gaire. Je ne crois pas qu'ici elle puisse être d'une grande utilité. 

» J'avais encore reçu des graines de Mclaleuca parviflora à peu près 
en même temps, sinon antérieurement. Cette plante résiste ici en pleine 
terre. J'en ai même un pied assez grand, puisqu'il a 1m,80 environ; 
mais l'aspect de ce végétal est misérable et désordonné. Les branches 
retombent sans grâce dans tous les sens, et le feuillage est maigre et 
ténu. En outre, depuis plusieurs années que je le soigne, il ne m'a ja- 
mais donné une fleur. » 

— M. Romanet du Caillaud écrit à M. le Secrétaire général : « J'ai 
bien reçu la lettre par laquelle vous avez eu l'obligeance de m'accuser 
réception des graines de Spinovitis Davidi à raisins blancs et à rai- 
sins rouges, vignes originaires du Chen-Si (Chine). La variété à raisins 
blancs est cette année introduite en Europe pour la première fois. 

» J'ai offert ces graines de Vignes chinoises à la Société d'.Vcclimata- 
lion de la part de S. G. M'J"" Pagnucci, l'évêque coadjuteur du vicariat 
apostolique du Chen-Si. 

î Depuis trois ans M'J' Pagnucci m'envoie des graines de vignes de 
sa province. 

> Cette année, il m'avait en outre adressé des graines d'un Chêne à bois 
très dur et d'autres graines fort utiles ; mais, sans doute par suite d'un 
accident dans le transport par voie de terre sur un parcours de 800 à 
1000 kilomètres, cet envoi ne m'est pas encore parvenu. 

> La Société a bien voulu, l'année dernière, récompenser ma bonne 
volonté par une médaille de bronze. Peut-être cette année jugera-t-elle 



260 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

convenable de récompenser également le zèle de M'J' Pagnucci, auquel 
j'attribue tout le succès de mes tentatives d'acclimatation. » 

M. de Gonfévron écrit de Langres: « Il est reconnu et admis que 

le o^reffage, le bouturage et autres procédés par lesquels on multiplie 
les différentes variétés d'arbres fruitiers, ne constituent pas des sujets 
nouveaux ayant une existence propre. Les arbres ainsi obtenus ne font 
que continuer, en quelque sorte, la vie du sujet principal d'où ils éma- 
nent et dont ils ne peuvent être considérés que comme des membres sé- 
parés à l'infini, comme des enfants nés vieux de l'âge de leur père, pour 
ainsi dire, et ne pouvant arriver à un âge bien plus avancé que lui. Il 
y a bien un petit regain de force, mais momentané et résultant d'une 
sève un peu rajeunie par le bouturage ou par la vigueur du sujet nour- 
ricier auquel on confie la greffe. 

» De cette théorie il résulte qu'une espèce obtenue par graine, puis 
multipliée par greffe, par écusson ou par bouturage, ne peut avoir beau- 
coup plus de longévité que le sujet primitif. 

î Ceci explique la disparition ou la dégénérescence par vétusté ou ané- 
mie sénile, d'une grande quantité d'excellentes espèces de fruits, dont 
l'obtention par graine remonte à 100 ou 200 ans. 

» Ce fait est surtout remarquable pour les espèces de Poires dont les 
unes ont disparu, d'autres deviennent rares, d'autres sont presque 
introuvables, d'autres enfin encore existantes ne sont plus représentées 
que par des arbres chélifs, vieux, rabougris et ne donnent que des fruits 
en petit nombre et de qualité inférieure. 

3) Ces bonnes espèces, qui n'ont point été remplacées, ne peuvent être 
retrouvées et rajeunies que par l'obtention d'arbres nouveaux, c'est-à-dire 
obtenus par graine. 

» On n'arrivera pas à ce résultat sans difficultés, dont la patience et 
la persistance peuvent seules triompher. 

» Il est, en effet, presque aussi difficile de retrouver par semis une 
espèce perdue, que de la produire pour la première fois. 

» Il me semble cependant qu'avec un peu de soin et d'entente on peut 
arriver à un bon résultat : en utilisant, par exemple, les semences des 
variétés dont on a encore des échantillons et en employant la fécon- 
dation artificielle par des espèces analogues. Quant aux espèces entière- 
ment perdues, on tâcherait de les retrouver par celles s'en rapprochant 

le plus. 

» Citons quelques-unes des Poires disparues ou en train de disparaître 
et qu'il y aurait intérêt à retrouver : les Saint-Germain, Cressane, Beurré 
gris. Bon chrétien d'hiver, Doyenné blanc. Doyenné de la Pentecôte, 
Rousselet fin, Bezy Chaumontel, Martin sec, Messire Jean, etc. 

j Le travail auquel il faudrait se livrer pour arriver à bonne fin, se- 
rait intéressant et fort utile, mais peu productif. C'est pourquoi il me 
semble que cette recherche devrait être encouragée par l'attribution 



PROCÈS-VERBAUX. 261 

d'une récompense de la Société d'Acclimatation à celui qui aurait ob- 
tenu par graine les espèces les plus recommandables de fruits en train 
de disparaître ou entièrement disparus. 

» Ce que j'ai dit des Poires peut, bien entendu, s'appliquer à d'autres 
fruits, à tous les arbres et surtout aux fleurs doubles qui ne se renou- 
vellent pas par graine. » 

€beittcN. — M. de Fays écrit de Templeure : « J'ai perdu cette nuit, 
de la diphtérite, la femelle du couple d'Éperonniers chinquis qui m'a été 
envoyé en cheptel le 6 courant. J'ai écrit, il y a quelques jours, au Jardin 
d'acclimatation pour lui signaler l'état des oiseaux. Ceux-ci m'avaient 
paru tristes dès leur arrivée, mais comme ils avaient été près de trois jours 
en route, je mettais leur bouderie sur le compte des fatigues du voyage. 
Néanmoins, je les ai soumis à un régime préventif, qui n'a pu empêcher 
Je développement du mal. » 

— M. V. Fleury écrit de La Drouetière : «Mon cheptel de Poules de 
Dorking, pris de diphtérite à peine arrivé, me semble aller mieux. Une 
Poule est complètement guérie; le Coq est mieux; mais l'autre Poule est 
encore assez malade. Nous les soignons assidiàment et leur faisons prendre 
d'énergiques reconstituants et antidiphtéritiques. Ces oiseaux devaient 
avoir le germe de la maladie en arrivant ; car je les ai trouves au dé- 
ballage fort tristes et sans activité et depuis un an, nous n'avons pas 
perdu une seule Poule de cette maladie, qui est toujours fort rare dans 
notre basse-cour. Cette basse-cour est fort spacieuse, 1200 mètres carrés 
environ ; 4 jeunes poulets de février étaient seuls avec eux et l'un d'eux à 
leur contact a pris la diphtérite et est mort. Nous n'avonssauvè les autres 
qu'en les enlevant immédiatement et en les mettant en liberté dans le parc.» 

— M. Mathey annonce le renvoi des oiseaux survivants de son cheptel 
de Poules de Uorking. 

— M. Coignard écrit de Sablé (Sarthe) : « J'avais eu l'honneur de vous 
annoncer dans une lettre précédente que la femelle Ccréopse avait couvé 
six œufs qui étaient mauvais. Aujourd'hui je suis heureux de vous an- 
noncer qu'une seconde Poule a mieux réussi. Sur cinq œufs j'ai cinq 
petits, qui me paraissent très vigoureux. Je les nourris avec des œufs 
durs, de la laitue hachée, du son et du pain. 

» Mes Cygnes noirs me paraissent devoir être encore improductifs 
cette année, les accouplements sont cependant fréquents. » 

— M. Martel-Houzet, de Tatinghem (Pas-de-Calais), rend compte de 
la perte accidentelle de la femelle de son cheptel de Canards Casarkas. 

— M. Le Guay fait connaître que son cheptel de Canards mandarins est 
en bon état et que ses deux Chèvres naines lui ont donné chacune une 
chevrette. 

— M. Maisonneuve écrit de Challans (Vendée): « Mes Paddas n'étant 
pas parfaitement blancs, m'ont donné des produits mélangés, et des gris 
très purs, ainsi, du reste, que j'en avais la conviction. L'an dernier, les 



262 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

couvées n'ont pas réussi, et aujourd'hui parents et enfants ont des œufs, 
mais ne couvent pas régulièrement. Enfin j'ai perdu la rnère au mois 
d'octobre dernier. Quant au père, je ne saurais le distinguer de ses 
enfants. Je renonce à l'élevage des Paddas blancs, et dans quelques mois 
je retournerai 7 à 8 oiseau.x à la Société. » 

— M. Jules Grisard donne lecture d'une lettre adressée à M. le Secré- 
taire général par M. Bouchereaux, qui rend compte des résultats inté- 
ressants obtenus par l'emploi d'une couveuse artificielle pour l'incubation 
d'œufs de Casoar (voy. au Bulletin). 

— M. Saint-Yves Ménard désirerait savoir s'il existe des observations 
antérieurement faites et déjà connues, concordant avec l'opinion émise 
dans cette lettre par M. Bouchereaux, à savoir: que, pour des oiseaux du 
volume du Casoar, la température de la couveuse doit être inférieure à 
celle qui convient pour des œufs d'oiseaux de plus petite taille. 

— M. Dareste ne croit pas que des observations de ce genre aient été 
faites jusqu'à ce jour. Pour les œufs de Poule il faut une température 
de 35 à 40 degrés. Un fait très intéressant, mais non encore étudié d'une 
manière convenable, c'est que, dans l'œuf delà Poule, il y a vers le 8*^ ou 
le 10* jour de Tincubalion, apparition de la respiration embryonnaire et, 
par suite, production de chaleur. Pendant les deux dernières semaines 
de l'incubation, l'œuf développe de la chaleur. Aussi, quand on opère 
avec une étuve contenant un certain nombre d'œufs, peut-on diminuer 
la chaleur fournie par l'appareil. L'expérience apprendra si le fait peut 
s'appliquer à des œufs plus gros que les œufs de Poule. 

— M. Saint- Yves Ménai'd fait remarquer que l'observation de M. Bouche- 
reaux constate une durée variable de l'incubation pour des œufs qui parais- 
sent avoir été placés dans des conditions identiques; une éclosion s'est 
produite au bout de 56 jours, une autre au bout de 64, soit 8 jours de 
différence. 11 serait intéressant de savoir si d'autres observations ont 
jiermis de constater des durées d'incubation aussi variables. Pour les 
œufs de Poule, dont l'incubation ne dure, il est vrai, que "21 jours, les 
différences qui se produisent ne s'étendent guère au delà d'une journée, 

• et ne sont même, en général, que de quelques heures. 

— M. Dareste pense que les différences constatées tiennent à ce que 
les œufs ne sont pas tous exposés à une même température dans la cou- 
veuse artificielle, où certains points peuvent être moins chauffés que 
d'autres. 

— Telle est également l'opinion de M. Saint-Yves Ménard, qui rappelle 
toutefois que sur des œufs de Casoar soumis à l'incubation naturelle au 
Jardm d'acclimatation, on a également constaté des différences de 6 à 
8 jours dans la durée de l'incubation; l'explication du fait est encore 
à trouver. 

— M. Camille Dareste dit avoir constaté sur des œufs soumis seule- 
ment à un commencement d'incubation que, chez quelques-uns, le déve- 



PROCÈS-VERBAUX. 563 

loppement initial se fait avec une rapidité très grande, alors qu'il est 
d'une extrême lenteur chez d'autres placés exactement dans les mêmes 
conditions. L'évolution embryonnaire est aussi avancée pour les uns, au 
bout de vingt-quatre heures, que pour les autres au bout de trois jours. 
Il y aurait intérêt à rechercher si cette inégalité de développement au 
début entraîne des différences dans l'époque de l'éclosion. 

— L'assemblée décide le renvoi de la lettre de M. Bouchereaux à la 
Commission des récompenses. 

— A l'occasion d'une note de iM. Merlato, publiée dans le numéro de 
janvier du Bulletin, sur l'élevage de l'Autruche, M. Camille Dareste dit 
qu'il ne saurait partager l'opinion émise dans ce travail, à savoir : que, 
dans l'œnf, l'autruchon ne perce pas la chambre à air avant d'éclore. 
a. Toutes les personnes qui s'occupent d'incubation artificielle, ajoute 
M. Dareste, savent que, le plus ordinairement, lorsque le poulet a la tète 
tournée vers le gros bout de l'œuf, il ne peut éclore qu'après avoir percé 
la chambre à air et commencé à respirer dans l'intérieur de la coquille. 
Les observations de M. Bouchereaux montrent que le Casoar ne fait pas 
exception à cette règle d'éclosion, et que cet oiseau perce la chambre à 
air et commence à respirer par les poumons avant de briser la coquille. 
11 est donc permis de supposer, par la très grande ressemblance de l'Au- 
truche avec le Casoar, qu'il y a quelque erreur d'observation dans les 
faits qui nous ont été indiqués par M. Merlato. » 

— M. A. Leroy donne lecture d'une note sur le dépeuplement et le 
repeuplement des rivières de France (voy. au Bulletin). 

— M. Baveret-Wattel signale, à l'occasion de celle communication, 
le tort considérable causé aux rivières par l'insuffisance de certaines 
dispositions de la législation sur la pêche; par le braconnage; enfin par 
la souillure des eaux, qu'empoisonnent les matières résiduaires d'iui grand 
nombre d'usines. 

— M. le Président dit qu'indépendamment de ces différentes causes de 
destruction du poisson, il en est une autre sur laquelle on ne saurait trop 
appeler l'attention : c'est le curage à franc bord prescrit par l'admi- 
nistration pour tous les petits cours d'eau. Les rives deviennent des pa- 
rois absolument verticales; toutes les plantes sur lesquelles frayent le 
poisson disparaissent. Or c'est précisément dans les petits cours d"eau, 
affluents des rivières principales, que se développent surtout les alevins. 
Aussi le curage à franc bord, quand il n'est pas absolument nécessaire 
pour faciliter l'écoulement de l'eau et assurer l'alimentation des usines, 
devrait-il être proscrit comme une des causes profondément regret- 
tables de la disparition du poisson. Cependant, loin d'être une exce|>tion, 
ce curage est actuellement une pratique absolue et obligatoire. Ile là 
une destruction effrayante du poisson. 

— M. Millet rappelle que la question du dépeuplement et du repeuple- 
ment des cours d'eau a été fréquemment l'objet d'une attention toute par- 



264 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

ticulière de la part de la Société d'Acclimatation, qui a vu plusieurs des 
mesures qu'elle proposait pour remédier au mal, adoptées par l'admi- 
nistralion (1). Parmi ces mesures ligure la création de réserves de pêche, 
dont on a obtenu d'excellents résultats. Plus de 820 kilomètres de 
rivières flotlables ou navigables sont actuellement constitués en réserves, 
dans lesquelles toute pêche, même celle à la ligne flottante, est interdite 
pendant cinq années consécutives. 

— Tout en reconnaissant les bons effets des réserves, au moins sur 
certains points, M. Raveret-Wattel estime qu'il convient de ne pas s'exa- 
gérer l'efficacité de cette mesure. En effet, les réserves protègent aussi 
bien les espèces carnassières et destructives que celles qui ne le sont 
pas; or la pullulation de la Perche et du Brochet a beaucoup contribué 
dans ces dernières années à la disparition des autres espèces. 

— M. Millet ne croit pas que le Brochet fraye dans les réserves. Quant 
à la Perche, il est facile de détruire les chapelets d'œufs qu'elle attache 
aux herbes aquatiques. 

— L'assemblée prononce le renvoi à la S" section de la communica- 
tion de M. Leroy. 

Le secrétaire des séances, 

C. Raveret-Wattel, 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 27 AVRIL 1883. 

Présidence de M. A. Geoffroy Satnt-Hilaire, secrétaire général, 
puis de M. le marquis de Sinétv, vice-président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté après une 
observation de M. Millet. 

— M. le Président proclame les noms des membres récemment admis 
par le Conseil : 

MM. PRÉSENTATEURS. 

. , , „ , , A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

Boursier, Charles, aviculteur a Houdan \ ^ ^^^^^^ 

(Seine-et-Oise). ( le marquis de Sinéty. 

DOULADOURE (J.-L.), directeur général de la / ^ Geoffroy Saint-Hilaire 
Société la € Garantie fédérale ., assurance \ ,^ ^^^^^.^^.^ ^^ ^.^^.^^, 
contre la mortahlé des bestiaux, 38, rue ^^^^^^^^^ j^j^^^rd. 
des Bourdonnais, à Paris. \ 

^ , ,. ' Maurice Girard. 

Lataste, Fernand, 7, avenue des Gobehns, \ j Grisard. 

^ P^ris. ^ ]g n^arquis de Sinéty. 

(1) Rapport sur les mesures relatives à la conservation et à la police de la 
pêche, par M. Millet (Bulletin, 1865, p. 2G3). 



PROCÈS-VERBAUX. 265 

MM. PRÉSENTATEURS. 

I • r. 11 .• eo ^ E. Dupin. 

Le;fevre, François-Joseph, rentier, 53, avenue \ . r. «■ c • . ui • 

1 AT M .' -VT 11 /r^ • X 1 A. Geoffroy Saint-Hilaire. 

de Neuillv, a Neuilly (Seine). / , ■ j o- -. 

■' ' V le marquis de Sinety. 

I n ^ 1 ^ ' ■ . i fo c [ MuSSOn. 

LOUVENCOURT (Jules de), négociant, 146, fau- \ ,, ,, . , 
. c ■ . n • ' n ^ \ Yves-Menard. 

bourff Saint-Denis, a Pans. / , . , _. , 

° [le marquis de Sinety. 

,, ., , .,, . . n • . ( A.Geoffroy Saint-Hilaire. 

ViGNAUT, Alphonse, propriétaire, a Saint- \ , , j „, , 

_ ,^- ,n . 'i Ifc comte de Montlezun. 

Sauvy, par Ginioiit (Gers). / ,. ... , 

•" ^ ^ ' ( \ves Menard. 

— M. le Secrétaire procède au dépouillement delacorrespondance. 

M. Bouley, président, et M. Raveret-Wattel, secrétaire des séances, 
s'excusent de ne pouvoir assister à la séance. 

— Des comptes rendus de leurs cheptels sont adressés par MM. Dode- 
mont-Delloye, Claude Lefèvre, Leprévost-Bourgerel, Em. Baré, Ed. Vil- 
ley et Jean Kiener, ainsi que par la Société d'agriculture de la i.ozère. 

— M. Ludovic Joffrion adresse une demande de graines de Vignes chi- 
noises. 

— M. Pays-Mellier écrit de la Pataudière (Indre-et-Loire) : 

« Je lis dans le Bulletin mensuel de la Société, de décembre dernier, 
qu'un tapissier de Périgueux, M. Briand, a obtenu la reproduction du 
petit Singe ouistiti. 

» J'ai eu, moi aussi, il y a quelques années, un couple de ces animaux, 
qui ont eu deux jeunes, mâle et femelle, qu'ils ont parfaitement élevés. 
Le père surtout en prenait grand soin et les portait sur son dos avec la 
sollicitude la plus touchante. 

» En ce moment, j'ai à la Pataudière un fait assez rare, je crois, lin 
couple de Grands-ducs a fait son nid par terre, en creusant un trou dans 
le sable, et la femelle seule couve ses trois œufs depuis le 29 mars. 

» J'ai aussi obtenu la reproduction des Porcs-épics : ces animaux ont un 
jeune mâle, âgé déjà d'un mois et demi. » 

— M. Maisonneuve, pharmacien, à Challans (Vendée), écrit à M. le 
Président : 

< Quiconque s'est livré à l'élevage des oiseaux dits de luxe, et des Fai- 
sans, Colins en particulier, est unanime à reconnaître combien il est 
difficile, pénible môme, de se procurer en temps voulu, ou en quantité 
suffisante, des œufs de fourmi. Voilà pourquoi, de divers côtés, des 
tentatives ont été faites par les éleveurs, afin de se soustraire à cette 
obligation. La Société, du reste, a parfaitement compris qu'il y avait là 
une question intéressante au premier chef; aussi, dans le but de stimuler 
les recherches des éleveurs, offre-t-elle une prime à l'inventeur d'un 
genre de nourriture artificielle, économique, destinée à remplacer les 
œufs de fourmi. Je ne sais si la question est complètement résolue 



266 SOCIÉTÉ NATIONALE D'aCCLIMATÂTION. 

aujourd'hui ; dans tous les cas, permettez-moi au moment oîi le commerce 
commence à fabriquer des compositions spéciales, permettez-moi, dis-je, 
de revendiquer en faveur d'un aviculteur bien connu de la Société d'Ac- 
climatation, la priorité d'une formule de nourriture essentiellement 
pratique, économique, à base de sang. Sous ce rapport, mon confrère 
M. Dauleville n'a rien innové. 

» En effet, depuis plusieurs années déjà, M. l'abbé Bertin, curé de Mo- 
chelles (Maine-et-Loire), réussit parfaitement, à l'aide d'une nourriture 
animale dont il est l'inventeur, l'élevage des Faisans, Perdreaux, sans le 
concours des œufs de fourmi, ainsi du reste que la Société d'Acclimata- 
tion pourra s'en convaincre par une enquête si elle le juge à propos. 

» Je vous signale ce fait et je laisse à votre impartialité bien connue 
le soin de le communiquer, si vous le jugez utile, à la Commission des 
récompenses. » 

— M. Merlato écrit d'Aïn-Marmora (Algérie) à M. le Secrétaire général: 
« Comme suiteà ma lettre du 25 mars, je me fais un devoir de vous an- 
noncer que le nombre des naissances d'Autruches à ce jour, est de seize, 
toutes vivantes et bien portantes. — Les premiers-nés, dont je vous 
entretenais dans ma précédente lettre, ont un mois d'âge. — Tous pro- 
viennent d'éclosions artificielles, car la saison ne permet pas encore de 
faire couver les animaux. > 

— M. l'ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, à Guéret, écrit à 
iM. l'Agent général : 

« Les œufs fécondés de Salmo-Namaijcush ne sont pas arrivés en très 
bon état; l'emballage formé par une simple couche de mousse a été in- 
suffisant pour proléger les œufs contre la gelée, et 852 œufs blancs ont 
été trouvés gelés. Les autres ont été déposés dans les bassins de Sainte- 
Feyre, oîi leur éclosion a parfaitement réussi. » 

— M. le Chef de l'exploitation des chemins de fer de l'État adresse deux 
exemplaires de l'ordre de service par lequel il a appelé l'attention du 
personnel du réseau de l'État sur les précautions à prendre pour le trans- 
port des œufs vivants de poissons expédiés par la Société. 

— MM. Louis et Delorange font connaître les résultats des éclosions 
d'œufs de Salmonidés américains qu'ils ont reçus de la Société. 

— M. Abel Leroy adresse une note en réponse aux objections faites à sa 
communication lue dans la séance du 13 avril. 

— M. Jules Fallou écrit à M. le Président : 

« Je suis heureux de vous informer que, par décision du 29 mars 1883, 
U. le conservateur des forêts de l'État a bien voulu m'autoriser à pla- 
cer dans la forêt de Sénart mes nouveaux abris pour l'éducation en pleine 
forêt de VAttacus Pernyi. 

» M. Uich, inspecteur de cette même forêt, est venu me témoigner Fin. 
térêt qu'il prenait à mes tentatives d'acclimatation de ce précieux pro- 
ducteur de soie, et m'a mis aussitôt en rapport avec un garde de l'État. 



PROCÈS-VERBAUX. :267 

5) Le moment venu, je serai en mesure de commencer une nouvelle édu- 
cation; mes efforts tendront à la meilleure réussite possible, et je serai 
des plus satisfaits si je puis vous rendre compte d'un heureux résultat. » 

— M. 3Ioïse Bertoni, de Lotligna (Suisse), appelle l'attention de la So- 
ciété sur l'intérêt que présente la culture du Noisetier (voy. au Bulletin). 

— M. de la Rochemacé écrit de Couffé (Loire-Inférieure) : 

« Je ne me suis jamais occupé de Vers à soie, je crois pourtant savoir 
que certaine espèce élevée sur le chêne de nos pays manque d'aliments 
au premier printemps, en raison de la pousse tardive de nos Chênes. 

» Or il se trouve que je possède un Chêne devançant tous les ans les 
autres d'au moins trois semaines dans l'épanouissement de ses feuilles; 
par ce même courrier, je vous en envoie un échantillon, adressé rue de 
Lille. 

B A cet échantillon j'ai joint celui du Chêne contigu, même exposition, 
pour faire mieux apprécier la différence. 

» Le plus précoce est en pleine floraison; il emplit l'air de pollen dès 
qu'on le touche. 

» S'il y avait intérêt à multiplier ce Chêne, qui est d'une belle végétation, 
je pourrais en recueillir les glands à l'automne et les envoyer à la Société. 

» J'ai trouvé moyen de faire supporter à mes Eucalyptus en plein vent 
7 degrés sans arrêt de la végétation ; si le sujet vous intéresse, je pour- 
rais vous adresser une notice ad hoc. » 

— M. Brierre écrit de Sainl-Hilaire-de-Biez (Vendée) : 

« Depuis deux ans, j'ai acheté ici les excédents des chemins de fer pour 
y" faire des essais sur toutes les façons de plantation de Vignes que j'ai eu 
lieu de remarquer dans les diverses contrées que j'ai habitées et les- 
quels essais j'aurai l'honneur de vous détailler le plus tôt possible. » 

— M. de Confévron écrit de Langres à iM. l'Agent général : 

< Je crois devoir appeler l'attention de notre Société sur la pourriture 
des Pommes de terre, qui est une question d'acclimatation au premier 
chef. Toute espèce nouvelle importée donne d'abord de très bons ré- 
sultais, puis au bout d'un certain nombre d'années les tubercules pour- 
rissent un peu d'abord, beaucoup ensuite; on change, et les mêmes cir- 
constances se produisent avec l'espèce suivante. En plantant avec les 
tubercules de même espèce récoltés dans un village voisin et changeant 
aussi fréquemment la semence, la pourriture se produit moins vite. Je 
suis porté à croire que la pourriture provient de la dégénérescence et 
qu'il y aurait lieu de prendre fréquemment les semences au pays de 
production naturelle et à rectifier la culture d'après les conditions cli- 
matériques de ce pays. Quant à l'humidité et à l'excès d'engrais, je pense 
qu'ils ne sont ([ue des causes accessoires de pourriture. 

> A cette observation relative aux Pommes de terre, je veux en ajouter 
une autre analogue, concernant les Luzernes ; 

» Les Luzernes provenant de graines récoltées dans la Haute-Marne, 



268 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

durent de moins en moins longtemps; quelques cultivateurs commen- 
cent à acheter leurs semences à Paris et disent s'en bien trouver. 

)>0n a d'abord attribué la diminution de durée à ce que les Luzernes 
succédaient dans la même terre, après un certain nombre d'années, à 
une première Luzerne, qui avait diminué la richesse du sol pour cette 
culture. Mais il a fallu constater que les Luzernes, semées avec les 
graines du pays, dans les terrains les plus favorables, n'Rymt jamais 
produit de récoltes de cette nature, ne donnaient pas de meilleurs ré- 
sultats. Je crois qu'il faudrait songer à revenir à la graine de production 
spontanée. Notez bien que dans l'Est il est difficile d'obtenir la graine 
de Luzerne, on échoue souvent. 

«Autre remarque, relative aux forêts. J'ai maintes fois constaté que 
des arbres provenant de plantation ne font le plus souvent que végé- 
ter là où leurs semis donnent des résultats surprenants. Un arbre réus- 
sira, sur dix plantés : son semis sera admirable et on le disposera facile- 
ment. Sous ce rapport, en fait d'acclimatation, nous devons encore être 
à tâtonner: c'est pourquoi, à tous les éléments de comparaison, il ne 
serait pas inutile d'ajouter la nature dex sous-sols. » 

— M. A. Geoflroy Saint-Hilaire fait une communication sur les importa- 
tions d'animaux faites de l'Inde par M. William Jamrach, qui vient d'opé- 
rer son 37"= voyage depuis 17 ans. 

De ce voyage, M. Jamrach a rapporté : deux espèces de Perdrix fort 
intéressantes : l'une est la Perdrix du Boutan {Perdrix albogularis), 
des montagnes neigeuses de l'Lide, dont il a déjà été parlé dans le Bul- 
letin: l'autre la Perdrix d'Hoogson {Bambusicola longirostris), importée 
pour la première fois, qui habite les mêmes zones. L'éducation et la mul- 
tiplication de ces oiseaux présentent un intérêt sérieux, car ils seront 
probablement d'une rusticité parfaite ; — puis des Lophophores, des 
Tragopans de Hasting et de I5lyth,des Pucrasia, etc. Mais l'intérêt prin- 
cipal de l'iniportalion de cette année est celle du Sanglier des jungles, 
Forcida Salviani. 

Le Jardin zoologique d'acclimatation a acquis huit exemplaires de 
cette espèce, dont la taille n'excède pas celle d'un gros lapin bélier. 

Les Sangliers nains adultes pèsent environ 6 kilogrammes ; ils me- 
surent du bout du nez à la naissance de la queue 0™,725 leur hauteur au 
garrot est de 0™,"25. 

Cette espèce a été importée vivante en Europe pour la première fois 
en 1882. Le Jardin zoologique de Londres en a acquis plusieurs exem- 
plaires. 

Les Porcula Salviani ont été capturés dans les jungles du Boutan 
(Inde anglaise). 

A l'état sauvage ces petits animaux ne se montrent pas dans le jour ; 
ils vivent dans les broussailles et vont la nuit au gagnage dans les ri- 
zières et les autres cultures. 



PROCÈS -VERBAUX. 269 

Pour les capturer, on forme des sillons profonds sur le sol, dans les- 
quels sont teodus des lacets, puis on fait grand bruit ; en fuyant, les 
animaux se prennent. 

Les Indiens prétendent que les Sangliers nains sont très querelleurs 
et s'attaquent volontiers à des animaux beaucoup plus forts qu'eux. 

Cette introduction nous met en possession d'une espèce qui mérite 
d'être étudiée. Si elle reproduit en captivité, comme nous devons l'espé- 
rer, elle pourra donner à nos basses-cours un animal intéressant par 
la qualité de sa chair, qui est bonne, et qui, vu sa petite taille, ne tiendra 
pas plus de place que le lapin. 

M. le Secrétaire général a eu outre appris de M. Jamrach un fait cu- 
rieux d'acclimatation : les Perruches ondulées d'Australie sont aujour- 
d'hui tout à fait naturalisées à Calcutta ; elles habitent la ville même, 
où elles peuplent beaucoup de grands arbres et oîi elles paraissent se 
trouver à merveille du climat. 

M. Geoffroy Saint-Hilaire donne ensuite connaissance à la Société d'une 
lettre du Père Gauthier, missionnaire au Kouang-Si, annonçant l'envoi 
de deux variétés de Riz de montagne, sur lesquelles ce missionnaire entre 
dans des détails intéressants (voy. au Bulletin) . 

— A l'occasion de cette communication, M. le marquis de Sinéty rappelle 
qu'il avait reçu de la Société, il y a fort longtemps, un échantillon de riz 
sec, qui, semé dans les meilleures conditions, avait parfaitement végété, 
mais n'avait pas donné de graines. 

— M. Ed. Pienard rappelle qu'à son retour de Chine il avait été chargé 
par le Ministre du Commerce de faire des essais de culture de cette 
plante à Arcachon. Le Piiz venait bien, mais des coups de veut déraci- 
nèrent complètement les plants, et la tentative échoua. Notre confrère ne 
croit pas, du reste, qu'en présence de la cherté de la main-d'œuvre il 
soit possible de lutter en France avec les Hiz de Cochinchine.qui sont les 
meilleurs et les moins chers du monde entier. 

— M. Carvallo cultive le Riz en Espagne sur une très vaste échelle ; il a 
pu faire des observations fort exactes sur la somme de chaleur nécessaire 
pour mûrir les récoltes. 

Les semailles se font au commencement d'avril et la récolte a lieu dans 
les derniers jours d'août ; pendant celte période la température moyenne 
est de 23 à 21 degrés. Notre confrère en conclut que partout où l'on ne 
peut atteindre cette température, la culture du Riz est impossible: il 
monte en herbe et ne mûrit pas. 

— M. Maurice Girard donne lecture, au nom de M. Wailly (de Lon- 
dres), d'un mémoire sur les éducations de liombyciens séricigènes eu 
1882 (voy. au Bulletin). 

— M. de Barrau de Muratel donne connaissance à l'Assemblée du pro- 
cédé, suivi dans le Tarn, pour l'élevage des Poulets et la conduite des 
jeunes Canards (voy. au Bulletin). 



270 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

— A propos de la reproduction du Ouistiti, M. Maurice Girard dit que 
ce fait n'est pas nouveau ; au Muséum, les Ouistitis d'Audouin, qui ont 
donné lieu à beaucoup d'observations intéressantes, y ont reproduit. 

— A l'occasion de la lettre de M. de la Rochemacé, M. de Carrau de 
Muratel fait remarquer que, dans tous les bois de Chênes, il y a toujours 
des sujets plus précoces que d'autres. 

— M. Maurice Girard cite le Marronnier du 20 marsaux Tuileries, qui est 
souvent lui-même dépassé par d'autres de la même espèce. 

— M. Vavin recommande comme moyen propre à éviter la maladie des 
Pommes de terre le séchage après la récolte; on place ensuite les tu- 
bercules dans une pièce exposée au soleil et où il ne gèle pas l'hiver. La 
pousse est à peu près nulle et les Pommes déterre se conservent saines. 

— Il est offert à la bibliothèque de la Société : 

l^La Forêt, conseils aux indigènes (extraits du Code forestier). Alger, 
imp. Fontana et G'', 1883, 1 brocli. in-8". Ligue du reboisement. 

2" Etude de l'écorcedu Sapotillier, par Bernou, pharmacien aide- 
major de 1"^' classe à l'hôpital du Dey {Journal de médecine et de phar- 
macie de l'Algérie, 1881). D"- Berlherand. 

3" Lu Question forestière en Algérie, conférence faite au théâtre na- 
tional d'Alger, par J. Reynard, sous-inspecteur des [forêts. Alger, imp. 
Casablanca, 1882, 1 broch. in.8°. Ligue du reboisement. 

à° L'Arboriculture forestière mise à la portée de tous, par Vérot- 
Félix, pépiniériste-colon, à Hammam-Righa. Alger, docks de l'Impri- 
merie, 1882, 1 broch. in-8'. Ligue du reboisement. 

5" L'Agriculture dans le département d'Oran. Rapport sur le con- 
cours des exploitations pour la prime d'honneur en 1877, par L. Bastide. 
Oran, imp. J. Gérard, 1878, 1 vol. in-8°. (L'Auteur.) 

6" Courte description de l'Algérie, du département d'Oran et de 
Sidi-Bel-Abbès, par L. Bastide. Oran, typographie Ad. Perrier, 1878, 
1 broch. in-8«. (L'Auteur.) 

7° Chemin de fer de Tlemcen (Comparaison entre la ligne directe et 
la ligne par Bel-Abbès), par L. Bastide. Oran, typographie Ad. Perrier, 
1878, 1 broch. in-8°. (L'Auteur.) 

8° Etablissements agricoles de L. Bastide, propriétaire cultivateur 
à Sidi-Bel-Abbès. Oran, 1878, 1 broch. in-8». (L'Auteur.) 

9" Précis de l'histoire et de la géographie de Bel-Abbès et de so.i 
arrondissement, par L. Bastide. Oran, typographie Ad. Perrier, 1881, 
1 vol. in-8''. (L'Auteur.) 

10^ Nouvelli' industrie de la Ramie, par P. A. Favier. 2" édition, 
Avignon, imp. A. Gros, 1882, 1 vol. in-8° M. d'Arnaud-Bey. 

11" Service forestier de l'Algérie. Rapport adressé à M. le gouver- 
neur de l'Algérie, par Tassy, conservateur des forêts. Paris, typographie 
A. Hennuyer, 1 broch. in-S". Ligue du reboisement. 

12° Rapport de M. Tisserand, membre de la Commission technique 



PROCÈS-VERBAUX. 271 

sur la brochure de M. Vérot, Arboriculture forestière mise à la portée 
de tous, in-8°. I>igue du reboisement. 

13» Restauration des forêts et des pâturages du sud de l'Ak/érie 
(province d'Alger), par J. Uaynard, sous-inspecteur des l'orèts, avec une 
carte. Alger, 1880, typographie Adolphe Jourdan,! broch. in-8°. 

(L'Auteur.) 

1-4" Etudes sur les causes du déboisement en Algérie et les moyens 

d'y remédier, par A. Chitier, inspecteur des forêts de Miliana. 1882, 

imp. Legendre, éditeur, 1 broch. in-12. Ligue du reboisement. 

15° Notes sur la vigne en chaintres en Algérie, par Romulus De- 

jernon. Constantine, imp. et lib. J. Beaumont, 1880, 1 broch. in-12. 

(L'Auteur.) 

16° Bêtes à cornes et fourrages de Constantine, par Romulus Dejer- 

non. Constantine, typographie L. Arnolet, Ad. Braham, successeur, 1881, 

1 broch. in-12. (L'Auteur.) 

17" Rapport à M. le préfet de Constantine (sur la Vigne) par M. De- 

jernon. Bône, imp. typographique Alexandre Carie, 1878, 1 broch. in-S".. 

(L'Auteur.) 
18° Note sur la destruction du Puceron lanigère et par extension du 
Phylloxéra vastatrix, par le docteur Cramoisy (communication faite à 
1 Académie des sciences le 23 janvier 1883). Union générale de la librairie, 
Ch. Bayle, Paris, etc., 10 et 11 , rue de l'Abbaye, 1 broch. in-S". (L'Auteur.) 
19° Visite à la villa Touiasse, à Pau (Basses-Pyrénées), le 3 no- 
vembre 1880, par M. Charles Baltet, horticulteur à Troyes. Troyes, 
imp. et lithographie Dufour-Bouquot, 1881, 1 broch. in-8''. (L'Auteur.) 
20" Semis d'arbres fruitiers pour la recherche de nouvelles variétés, 
par Ernest Baltet, horticulteur à Troyes. Troyes, imp. et lithographie 
Dufour-Bouquot, 1883, 1 broch. in-8''. (L'Auteur.) 

21" Les roses du \i\^ siècle. Catalogue annoté des roses horticoles 
mises en culture pendant les cinquante dernières années, par M. Shirley 
Hibberd, membre de la Société royale de Londres (extrait du Bulletin 
de la fédération des sociétés dliorticulture de Belgique, 1881). Liège, 
Boverie, n° 1, 1882, 1 broch. in-8\ 

22' Les produits du Tong-King et des pays limitrophes, par F. Ho- 
manet du Caillaud (extrait du Bulletin de Géographie commerciale de 
Paris). Challamel aîné, lib. -éditeur, Paris, 1882, I broch. in-8°. 

(L'auteur.) 
23° Etudes sur l'huile antiphylloxérique Alexis Roux., par le docteur 
A. Sicard. Marseille, 1883, chez Camoin, lihraire, 1 vol. avec dix photo- 
gravures. (L'Auteur.) 
240 Note sur l'horticulture en Espagne et en Portugal, par Ch. Joly 
(extrait du Journal de la Société nationale et centrale d'horticulture, 
3^ série, i. V, 1883, p. 119-132). Paris, imp. de l'Etoile, rue Cassette, 1, 
1 broch. in-8°. (L'Auteur.V 



272 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION, 

25° Travaux de submersion, par M. de Leybardie (extrait du compte 
rendu général du Congrès inlernational phylloxérique). Bordeaux, 1882, 
Ferat et fils, éditeurs, 15, cours de l'inlendance, 1 broch. in-8". 

26^ Considérations sur la forme et la coloration des oiseaux, par 
F. Lescuyer. Reims, imp. Coopérative, 1883, 1 broch. in-8°. (L'Auteur.) 

'2.1" Pisciculture. Rapport lu au Conseil général de la Creuse à la séance 
du 17 août 1880, par le docteur Maslieurat-Lagémard. Paris, imp. Edm. 
Roussel, 26, rue Cadet, 1880, 1 broch. in-8°. (L'Auteur.) 

28° Fondation de la Société de statistique de Marseille, 55* année. 
Compte rendu 1882, Rapport sur les concours. Marseille, typographie et 
lithograpiiie Cayer et C'% 1883, broch. in-8». D' Ad. Sicard. 

29" Compte rendu de la deuxième Exposition nationale de la Fédéra- 
tion horticole italienne à Turin, par M. Ch. Joly (extrait du Journal de 
la Société nationale d'horticulture, 3° série, t. IV, 1882, p. 730-736), 
1 broch. in-8°. (L'Auteur.) 

30" L'Horticulture elles engrais chimiques, expériences faites àSaint- 
Ouen-l'Aumône (Seine-et-Oise), par Alfred Dudoùy, rapport présenté à 
l'assemblée générale des agriculteurs de France le 31 janvier 1883, par 
M. Ch. Joly. Paris, à l'Agence centrale des agriculteurs de France, 38, 
rue Nolre-Dame-des- Victoires, Paris, 1 broch. in-8". (L'Auteur.) 

'Si° De Danskehav-fiskerier ai k.Feddersen. Copenhague,! 883, in-4". 

(L'Auteur.) 

32" Aménagement cultural des eaux pluviales. Réductibililé agri- 
cole des inondations, par M. de la Rochemacé. Nantes, imp. Bourgeon, 
1882, 1 broch. grand in-8". (L'Auteur.) 

33" Des effets du drainage breton, par M. de la Rochemacé. Nantes, 
imp. Bourgeois, 1881, 1 broch. in-8°. (L'Auteur.) 

34" Sur la reproduction du Saumon de Californie à l'aquarium du 
Trocadéro, par iM. Raveret-Wattel, mars 1883 (extrait des Comptes ren- 
dus de l'Académie des sciences), 1 broch. grand in-8". (Les Auteurs.) 

35° Sur un infusoire flagelléci ectoparasite des poissons, par M. L. 
F. Henneguy (extrait des Comptes rendus de l'Académie des sciences), 
] broch. grand in-8°. (L'Auteur.) 

36" British versus european lepdopitera, — What is a British sub- 
ject? by A. Wailly, reprinted form « Land and Water », march 10, 
1883. (L'Auteur.) 

— Remerciements aux donateurs. 

Pour le secrétaire des séances, 
Jules Gris\rd, 

Agent général. 



III. EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DES SECTIONS 



PREMIERE SECTION 

SÉANCE DU 13 MARS 1883. 
Présidence de M. de Barrau de Muratel. 

M. Gautier, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la dernière 
séance, lequel est adopté sans observation. Le Secrétaire présente à la 
section un volume offert à la Société par son auteur, M. Gadeau de 
Kerville, intitulé : Liste des Mammifères sujets à Valbinisme. La 
section vote des remerciements à 31. Gadeau de Kerville, et charge M. le 
vicomte d'Esferno de lui faire un rapport sur cet ouvrage. 

Le Secrétaire présente ensuite un article intéressant du journal V Al- 
gérie agricole, sur l'espèce Caprine ; cet article est renvoyé à M. Gautiei-, 
qui s'est chargé de présenter à la section un travail sur la question. 

M. le Président annonce à la section que le questionnaire fait par elle 
dans sa dernière séance sur la Chèvre va être incessamment envoyé. 

Le Secrétaire, 
Jules Gautier. 

TROISIÈME SECTION 

SÉANCE DU 21 MARS 1883. 
Présidence de M. Vaillant, Président. 

Lecture est donnée du procès-verbal de la dernière séance, qui est 
adopté sans observation. 

M. le Secrétaire donne lecture : 1" d'une lettre adressée par M. Leroy, 
sur le dépeuplement des cours d'eau: 2° d'une lettre de M. Menant, no- 
taire àConches-les-Mines, sur la maladie des Écrevisses. 

A la suite de cette conununication, .M. Hédiard parle d'une Écrevisse 
à longue queue, de grande dimension, qui se rencontre parliculièrement 
aux environs de Bône (Algérie), qui pourrait être mise en conserve et 
expédiée comme colis postal; ce serait, dit-il, un bon aliment dont on 
pourrait utilement faire usage. 

M. de Barrau de Muratel approuve le dire de M. Hédiard, et il propose 
d'en faire venir un échantillon pour l'année prochaine. 

M. le Secrétaire donne ensuite lecture d'un rapport fait par .M. Char- 
pentier sur la pisciculture de M. A. Lofèvre, établissement situé aux 
3"" SÉRIE, T. X. — Avril 1883. 18 



27'/ SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCUMATATION. 

environs d'Amiens, où il y élève les Salmonidés et les poissons de luxe. 

M. le Président fait remarquer que le plus souvent les alevins manquent 
de nourriture naturelle, et que ce défaut est un empêchement à la mul- 
tiplication des Salmonidés. 

M. Raveret-Watlel appuie l'opinion de M. le Président, et il ajoute que 
la quantité considérable d'écluses et de barrages non pourvus d'échelles 
à Saumons nuisent beaucoup à la propagation du poisson ; ce manque 
d'échelles empêche les poissons voyageurs de remonter vers les sources 
qu'ils recherchent à l'époque du frai pour déposer leur progéniture. 
Us se trouvent arrêtés par des obstacles que l'industrie a multipliés dans 
les eaux; et ne pouvant les franchir, ils accomplissent leur reproduction 
dans des conditions tout à fait défavorables, et très peu d'alevins voient 
le jour. l<es échelles à Saumons mamiuent dans la 'j)Iupart des cours 
d'eau, et il serait peu coûteux d'en établir davantage; on obtiendrait 
ainsi des résultats très appréciables. 

M. Millet exprime l'avis qu'une surveillance plus complète des rivières 
favoriserait beaucoup le repeuplement des cours d'eau, et qu'il serait 
utile de favoriser ou d'augmenter les réserves dans certains endroits. 11 
a pu constater, sur certains points où ces réserves ont été établies, des 
résultats surprenants. 11 signale également le préjudice causé au repeu- 
plement des eaux par les nombreuses usines et industries qui fonction- 
nent sur leur cours; ces établissements y déversent leurs dépotoirs et 
des résidus empoisonnés. L'industrie tient une place trop importante 
dans notre pays pour la sacrifier aux besoins de la pisciculture ; mais, 
néanmoins, la question du repeuplement des eaux est assez considérable 
pour prendre en considération les efforts (pii seront tentés pour le favo- 
riser. 

M. Millet appelle ensuite l'attention sur le déversement des égouts dans 
es rivières, surtout dans le voisinage des grands centres, et qui est en- 
core funeste à la reproduction. 

M. Haveret-Waltel rappelle qu'au congrès d'Edimbourg la question de 
la purification des eaux près des usines a été soigneusement étudiée; il 
a été fait emploi d'un sel dont il ne connaît pas exactement la compo- 
sition. 

M. Millet dit qu'au dernier congrès d'hygiène qui s'est réuni à Bruxelles, 
on s'est beaucoup occupé des procédés à employer pour le filtrage des 
eaux; la plupart des moyens proposés entraînent malheureusement à de 
fortes dépenses. Cette importante question esta l'élude, spécialement eu 
Belgique et en Angleterre. 

M. le Président ajoute qu'il faut s'appli(|UL'r à lier les deux intérêts de 
l'industrie <;l de l'empoissonnement, et qu'il espère que les études faites 
à ce sujet finitoiil |)ar les concilier. 

M. Raverel-WallLd constate que les irrigations sont ealièrement con- 
traires à la inii! i .l:c;ition du poisson, et lorsqu'elles ontl ieu, celui-ci. 



PROCÈS-VERBAUX. 27 



i) 



poussé par son instinct, suit le courant des eaux détournées; il en résulte 
que des quantités quelquefois considérables de poissons se répandent 
dans les prairies; il est impossible de remédier à cet inconvénient au 
moyen de grilles placées à cet effet, attendu qu'elles se trouvent facile- 
ment bouchées par les herbes qui finissent par s'amonceler. M. Raveret- 
Wallel indique un moyen assez pratique, qui consiste à ménager à la 
base des vannes une entaille qui laisse toujours couler un filet d'eau assez 
volumineux pour permettre au poisson de rejoindre le cours d'eau dès 
qu'il s'aperçoit qu'il s'est fourvoyé. Ce moyen est pratiqué d'une manière 
très efficace dans les Vosges. 

M . le Président approuve cette mesure. 

M. Hédiard demande que la pisciculture soit enseignée dans les écoles ; 
il exprime l'avis que ce ne serait pas une mesure fort coûteuse, et il se- 
rait facile de propager ainsi en France les connaissances piscicoles. 

M. Raveret-Wattel fait remarquer qu'en Saxe les cours de pisciculture 
sont ti'ès suivis et beaucoup plus répandus qu'en France. 

iM. iMillel dit (jue dans le nord de la France la pisciculture a fait dos 
progrès; il a pu constater que dans certaines localités où on a établi de 
petits étangs pour abreuver le bétail, on a mis une certaine quantité 
de Carpes et de Tanches en stabulation. .\ujourd'hui, on peut y remar- 
quer la présence d'une grande quantité d'alevins, qu'on pourrait utiliser 
pour l'empoissonnement des localités avoisinantes. M. Millet ajoute que 
jusqu'ici on ne s'est guère occupé que de la reproduction des Salmo- 
nidés, et qu'à tort on a beaucoup négligé celle des Cyprins et autres 
poissons. 

M. Raveret-Wattel entretient l'assemblée des avantages de la nourri- 
turc naturelle à donner aux jeunes alevins. H développe le système em- 
ployé avec succès par M. Lugrin, qui possède un établissement de pisci- 
culture à Gremat. Celte nourriture a un double but : d'abord d'être peu 
coûteuse, et ensuite d'éviter la mortalité des jeunes élèves, qui ont ;\ 
souffrir de l'emploi de la nourriture artificielle. 11 ajoute qu'il n'est pas 
partisan de créer des obstacles dans les bassins ou canaux destinés à 
l'élevage des Salmonidés. Ces obstacles ou refuges constituent un danger 
pour les sujets peuplant ces bassins, qui se livrent parfois des combats 
qui peuvent devenir mortels. 

M. Millet cite à l'appui l'avis de M'. Rico, qui s'est prononcé dans le 
môme sens. 

M. le Secrétaire demande la parole à M. le Président pour donner lec- 
ture d'un rapport qui a été fait sur les établissements de pisciculture 
de Virelles (Belgique) et de Cliaulieu (Manche). A la suite de celte lec- 
ture, M. Millet demande s'il n'y a pas erreur au sujet de la température 
des eaux de Cbaulieu, dont il est parlé dans ce rapport; il observe que 
4 degrés centigrades constituent une' température très basse, de beau- 
coup au-dessous de la moyenne, 



276 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

M. le Secrétaire répond qu'il prendrca de nouvelles informations, et 
qu'à la prochaine séance il sera en mesure de donner des renseigne- 
ments très précis. 

M. le Président exprime le désir que le Rapport fait sur la pisciculture 
de Chaulieu soit lu en séance générale. Cette proposition est adoptée. 



Le Secrétaire, 

Banmeyeu. 



QUATRIÈME SECTION. 

SÉANCE DU 3 AVRIL 1883. 
Présidence de M. Jules Fallou, Vice-Président. 

M. X. Dybowski, vice-secrétaire, lit le procès-verbal de la dernière 
séance. Le procès- verbal, mis aux voix, est adopté. 

M. M. Girard rend compte de la conférence qu'il a faite sur le Phil- 
loxera, le 23 février dernier, à Soissons. 

Il V avait plus de trois cents auditeurs. Les projections étaient de 
M. Duboscq; c'étaient, du reste, celles qui avaient servi à la conférence 

de M. Barrai. 

Les conférences avec projections ont été inaugurées cette année dans 
le déparlement de l'Aisne. L'année prochaine on les reprendra dans le 
département de l'Aisne, et on en fera d'autres, en outre, dans Seine-et- 
Oise, Seine-et-Marne et l'Oise. 

On peut avoir, au Ministère de l'Instruction publique, la liste de tous 
les sujets dont on a fait faire les clichés pour les projections en vue des 
conférences. 

M. de Barrau de Muratel dit que, dans le département du Tarn, le 
Phylloxéra a paru, il y a quatre ans, en divers endroits, surtout aux 
environs des chemins de fer, et malgré la température assez élevée il y 
fait des progrès très lents. Ces progrès sont encore moins sensibles dans 
les vignobles situés sur des hauteurs où la température est plus basse, 

M. Maurice Girard constate qu'en effet ce sont les chemins de fer qui 
sont les propagateurs les plus actifs du Phylloxéra. Les femelles ailées 
se collent aux wagons et sont projetées ensuite dans les vignes. 

Le Tarn n'est pas un département très ciiaud, aussi le parasite n'y 
fait-il pas de grands progrès; mais au contraire les vignobles des dépar- 
tements des Pyrénées-Orientales, de l'Hérault, etc., ont été détruits en 
deux ans, parce que la température y est très élevée. 

M. Fallou, à propos des chemins de fer considérés comme véhicules 
pouvant importer des insectes d'une façon spontanée, rappelle qu'à 
Fontainebleau il a pris à la station du chemin de fer un coléoplère, le 



PROCÈS-VERBAUX. 277 

Noinhis Grœciis, qui ne se trouve qu'au Mexique. Cet insecte a été 
transporté par un navire quelconque et est venu jusqu'à Fontainebleau 
par chemin de fer. 

M. Grisard dépose sur le bureau, de la part de M. Adrien Sicard, une 
brochure sur une huile antiphylloxérique. 

M. M. Girard demande si cette huile est un remède secret, car dans 
ce cas il n'y aurait pas lit-u d'en récompenser l'inventeur. M. Girard se 
charge d'ailleurs d'examiner l'ouvrage et d'en rendre compte. 

M. Fallou annonce qu'il a reçu l'autorisation du conservateur des forêts 
d'installer des abris dans la forêt de Sénart, destinés à protéger une 
éducation en plein air d'Attacus Pernyi qu'il a l'intention de faire en- 
core cette année. 

Le Vice-Secrétaire, 
Xav. Dybowski. 



CINQUIEME SECTION. 

SÉANCE DU 10 AVRIL 1883. 
Présidence de M. Paillieux, Vice-Président. 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté sans obser- 
vation. 

M. le Secrétaire donne lecture de diverses notes émanant du Comité 
central d'exposition de la Réunion (voy. au Bulletin, p. 249), savoir : 

1° Sur la maladie du Caféier. 

M. Millet pense que l'on pourrait recommander au Comité l'emploi de 
la fleur de soufre. 

2» Sur l'extraction de diverses fibres textiles. 

Un membre signale comme intéressantes à propager VAbromn an- 
gusta et l'Hibiscus esculentus; ce dernier végétal, appelé Lalo à Mau- 
rice, en même temps qu'il donne un produit textile, fournit encore un 
légume estimé dans les colonies sous le nom de Gombo. 

M. Grisard pense que le Comité de la Réunion pourrait puiser d'utiles 
renseignements dans la Nomenclature des fibres textiles de 31. Bernar- 
din, du Musée de Melle (Belgique); cinq cent cinquante espèces y sont 
énumérées. 

A ce propos M. Paillieux donne lecture d'une lettre de M. Perret, di- 
recteur du Pénitencier agricoledelaDumbéa (Nouvelle-Calédonie), faisant 
connaître l'appréciation d'un Chinois sur la Ramie qu'il trouve mieux 
blanchie, mais aussi moins solide que celle employée dans son pays. 

3° Sur les arbres à Caoutchouc. 

M. Grisard signale l'excellent ouvrage publié par M. James Collins, 
intitulé : Report on the Caoutchouc of commerce, qui renferme les ren 



278 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACGLIMATATION. 

seignements les plus complets sur cette intéressante question : distribu- 
lion géographique, espèces, culture, etc. 

Un membre fait observer que les arbres à Caoutchouc poussent natu- 
rellement dans plusieurs de nos colonies, notamment au Congo et sur les 
bords du Niger, et qu'il est peut-être superllu de s'occuper de leur pro- 
pagation. 

M. le Secrétaire fait remarquer que l'exploitation abusive que l'on a 
faite de ces arbres en a fait baisser considérablement le nombre et qu'au- 
jourd'hui l'exportation de cette gomme a subi une baisse sensible, il y a 
donc un réel intérêt à propager les arbres qui la produisent. 

Ce que les Anglais ont fait pour le Quinquina, ils le font en ce moment 
pour le Caoutchouc et la Gutla-percha, c'est un bon exemple à suivre. 

M. Cbappellier dit qu'on ne saurait trop étendre cette culture en rai- 
son des nombreux emplois auxquels ces produits donnent lieu dans l'in- 
dustrie, notamment pour la fabrication des câbles sous-marins. 

M. Hédiard cite comme source de renseignements l'Exposition perma- 
nente des colonies, et M. de la Chassagne les Chambres de commerce 
ainsi (pie les Sociétés de géographie commerciale de Paris, Bordeaux, 
Marseille, etc. 

4° Sur la fabrication des chapeaux dits de Panama. 

M. Grisard fournit à ce sujet les explications suivantes : 

C'est avec la feuille du Carludovica palmata que se fabriquent les 
chapeaux appelés improprement Panamas. Le principal centre de fabri- 
cation est dans l'Equateur. On emploie pour cet usage la feuille jeune, 
celle qui n'est pas encore ouverte et conserve encore sa forme d'éventail 
fermé. On la coupe au ras du pétiole et à l'aide de l'ongle du pouce on 
la divise en lanières plus ou moins larges, suivant la linesse du tissu 
qu'on veut obtenir; la partie épaisse composant la nervure centrale est 
rejetée. Ces lanières sont successivement trempées dans l'eau bouillante, 
l'eau tiède acidulée avec du jus de citron et l'eau froide; on fait sécher 
après ces diverses opérations et en dernier lieu on expose au soleil; 
sans perdre de sa souplesse, la paille acquiert ainsi une force plus 
grande. 

Un chapeau bien fait doit être d'une seule feuille et demande plusieurs 
mois pour sa confection. Les prix varient entre 1 fr. 50 et 150 francs cl 
même 200 francs la pièce. 

M. Vavi'.i communique la note suivante : 

«M. Balcarce, ministre plénipotentiaire de la République Argentine, a 
eu l'heureuse idée d'introduire en France l'Alkekenge Physalis cdulis, 
qui vient parfaitement en pleine terre, sous notre climat. 

» Je vais en quelques lignes en signaler la culture pour ceux de nos 
collègues qui pourraient l'ignorer, ainsi que la recette pour faire un 
sirop excellent pour guérir les maladies des voies respiratoires. 

» A la fin de mars ou au commencement d'avril, on sème les graines 



PROCÈS-VERBAUX. 279 

sur couche cliaude, sous châssis, puis ou repique le plant à bonne expo- 
sition, aussitôt que les gelées ne sont plus à craindre. Ch.ique pied doit 
être espacé de 60 centimètres; il faut avoir soin, aussitôt que les tiges 
ont atteint une certaine hauteur, de les attacher à des tuteurs, ou mieux 
de tendre des fils de fer pour les soutenir, car ces tiges sont très 
tlexibles et vigoureuses et forment un vérilahle buisson de 1"',30 de 
haut; il faut couvrir la terre d'un fort paillis qui conserve l'humidité 
convenable à cette plante. Lorsque les tiges ont atteint tout leur déve- 
loppement, il faut en pincer l'extrémité ; après la floraison, succèdent 
les fruits qui sont portés sur des pédoncules minces et flexibles, lais- 
sant pendre les baies ou fruits. Le calice violacé, jusqu'à la moitié en- 
viron de son développement, couvre presque entièrement le fruit et il 
ne se déchire que lorsque celui-ci arrive à maturité. Le fruit qui est rond 
est d'un jaune très pâle et verdùtre, lisse, couvert d'une matière un peu 
visqueuse, dégageant faiblement l'odeur de la tomate; la peau qui re- 
couvre le fruit est extrêmement fine; elle contient une partie grasse et 
mucilagineuse, très serrée, qui renferme de nombreuses graines plates, 
lisses, jaune pâle. La faiblesse du pédoncule et le poids des baies les 
font détacher spontanément de la plante, si on ne les récolte pas assez 
vite; il est donc important de les surveiller, si on ne veut pas les 
perdre ; il faut beaucoup arroser pendant la végétation et donner les 
mêmes soins qu'aux tomates. 

» Ces petites tomates sont très apéritives et diurétiques. 
» Mais, ce qui fait surtout le mérite de ces tomates, c'est qu'elles ser- 
vent à faire un sirop qui est en grand usage au Mexique, dans les mala- 
dies des voies respiratoires et des bronchites. 

j Voici la recette du sirop de Physalis edulis : Prendre 210 grammes 
de fruits bien mûrs, coupés en plusieurs morceaux ; faire bouillir dans 
un litre d'eau jusqu'à réduction de moitié; presser dans un linge fin, 
bien blanc, en serrant un peu ; joindre à ce jus 500 grammes de sucre 
et faire cuire à consistance de sirop. 

» Les fruits qui ne sont pas arrivés à maluriié peuvent se préparer au 
vinaigre, comme les cornichons; beaucoup de personnes les préfèrent à 
ces derniers. » 

MM. de Barrau de Muratel et Hédiard rendent compte de la dégusta- 
tion qu'ils ont faite des Pickles présentés par M. Paillieux dans la der- 
nière séance. L'Angourie a été trouvée bonne, les Oignons Calawissa 
parfaits; le Miôga a un goût particulier, qui le distingue des conserves 
ordinaires; il est à regretter que le vinaigre employé ait été trop fort. 

Le Stacfii/s a f finis est agréablement croquant, mais sans goût spé- 
cial. 

M. Paillieux distribue une notice sur le Daikon, qu'il regrette ne pou- 
voir accompagner d'un sachet de graines, les dernières gelées ayant 
€omplètement compromis sa récolte. Cette espèce demande à être semée 



280 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

au commencement d'août, plus tard les pieds montent à graines et les 
racines ne donnent aucun produit. 

M. le Président distribue ensuite des flacons de sirop de Physalh 
Peruriana ; c'est un bon succédané du sirop de gomme, qui a au moins 
le mérite de varier la boisson des malades. 

M. de la Chassagne fait une intéressante communication sur le vin de 
Sorgho et, sur la demande de M. le Président, veut bien promettre unt- 
note qui sera lue en séance générale. 

A ce propos, M. le Président dit qu'on rapporte une curieuse remarque 
faite par les Anglais à l'île de Chypre; les vignes cultivées par les habi- 
tants étaient infestées de mauvaises herbes et notamment de Sauge 
qu'on s'empressa de détruire ; depuis, le phylloxéra a envahi ces vignes 
ainsi nettoyées, tandis que les anciennes cultures en sont indemnes. 

M. Hédiard distribue des graines de divers végétaux sur lesquels il 
donne les renseignements suivants : 

Concombre turc, variété qui lui a été très recommandée par un ama- 
teur du pays, mais dont il ignore au juste la qualité. 

Margosse, petit concombre amer de l'île de la Réunion, dont le fru.t 
vert ressemble à un gros marron d'Inde ; il est très apprécié des créoles 
des Indes ; par son principe amer et agréable, il est digestif et stoma- 
chique. 

Cette espèce paraît être le Momordica operculata. 
Letchis de la Réunion. M. Hédiard en a fait venir les graines sur la 
demande du Jardin d'essai d'Alger. 

C'est une culture à essayer dans le Midi ou en Algérie; le Letchis est 
un arbuste qui a besoin d'être greffé pour s'améliorer. 

Mimosa scandens de la Guadeloupe. C'est une liane qui pousse dans 
les grandes forêts des Antilles; la gousse de couleur brune est divisée 
par cellule contenant chacune une graine en forme de cœur; cette graine 
peut germer ici en la plantant au mois de mai en pleine terre, mais il 
vaut mieux la faire germer en serre. Notre confrère en a donné au jardin 
lu Luxembourg, où il y en a un pied qui a déjà plus de 1"',50 de liau 
leur ; il serait très intéressant d'obtenir ici les fleurs et peut-être les 
fruits en serre. 

Ces gousses atteignent la longueur de 1 mètre à i"',50. Leur ba- 
lancement dans les grandes forêts fait un grand bruit; delà le nom vul- 
gaire donné de "NYouawoua. Ces graines sont très dures et contiennent 
une amande que l'on peut vider; on fait avec ces graines diverses fan 
taisies que l'industrie parisienne pourrait très bien utiliser. 

Carabassette du Pérou, de la famille des Cucurbitacées. Le fruit a la 
forme d'un cornet à bouquin. On peut cultiver cette espèce dans les en- 
virons de Paris. La chair en est jaune et très parfumée ; on la prépare 
soit en soupe, beignets ou confiture. 
Melon vanille dit de Tunis. Celte variété se cultive aux environs de 



PROCÈS-VERBAUX. 281 

Marseille ; la chair en est très fondante, sucrée et a beaucoup de parfum ; 
forme concombre. 

Melon de Cavaillon. Espèce à couleur verte un peu brodée ; la chair 
est blanche, légèrement rosée au milieu ; c'est la variété que notre con- 
frère a trouvée la meilleure dans les Melons dits de Valence ou de Ca- 
vaillon. 

Piment doux gros carré d'Espagne. Cette graine est prise sur de 
gros piments reçus de Valence. La chair de ces piments est très épaisse 
et savoureuse. 

Le Piment doux est employé en Espagne dans toute espèce de prépa- 
ration culinaire. 

M. de Muratel oifre des graines d'une Courge ayant la forme de celle 
dite de Naples, mais dont le volume est trois fois plus fort. 

Le Secrétaire, 

Jules Grisard. 



IV. FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE 



Le Hoiseticp 

{Corylus Avellana). 

Recherchons les espèces étrangères, mais n'oublions pas les indigènes 
dont la culture et l'amélioration peut nous donner de bons résultats. 
Parmi celles-ci je place le Noisetier ; je crois que sa culture aura un 
jour une grande importance. 

Les auteurs disent qu'il ne mtîrit pas ses fruits dans le nord de la 
France. 11 s'agit ici à coup sûr de la variété grosse ronde de l'Italie et 
<le l'Espagne qu'on trouve ordinairement dans le commerce. Mais cette 
variété n'est pas la seule, ni peut-être la meilleure. Dans notre région, 
(jui embrasse, sur le versant sud des Alpes, des climats très différents, 
elle est cultivée dans les parties plus chaudes, et je ne l'ai jamais vue au 
nord de l'isotherme de 12" de moyenne annuelle. 

Une autre variété mérite de fixer notre attention. Son fruit est un peu 
plus petit que celui de la précédente, et de forme oblongue finissant 
presque en pointe. Elle est cultivée. Sous le rapport du gotit elle est su- 
périeure à la précédente, son produit est très abondant, et ses fruits 
mûrissent plus au nord. Je donnerai sur ce dernier point quelques dé- 
tails. La température moyenne est à Lottigna de 10o,3 cenlig. Or voici 
les résultats donnés par les Noisetiers de cette variété cultivés tout près 
de l'observatoire météorologique (660 m.): 

Année. Date de la rtoraison. Date de la maturité. Clialeur totale. 

188-2 5 janvier 21 août 2645» 

1881 9déc.l880 7 août 2532» 

1880 29 janvier 15 août 2387» 

187!» 28 janvier l"sept. 2i69» 

1877 29déc. 1876 15 août 2181° 

Moy. Sjanvier 18 août 2503" 

Ainsi donc cette culture peut être faite partout où, avant les fortes 
gelées, on peut avoir 2.503» de chaleur totale, ce chiffre étant obtenu en 
additionnant toutes les températures moyennes journalières supérieures 
à 0» centig. En calculant d'après ces résultats, dans un pays qui aurait 
une moyenne annuelle de 9»,3 centig., la maturité arriverait ordinaire- 
ment lel" septembre ; par une température moyenne de 8»,3, elle arri- 
verait le 19 septembre ; enfin, là où la moyenne ne serait que de 7»,3, la 
maturité n'arriverait pas avant le 17 octobre. On ne peut aller plus 
loin ; c'est bien là la limite de la culture, et je crois que même seulement 
à 7'',0 on n'aurait plus des résultats salisfaisanls que dans les meilleures 
années. Mais, comme on le voit, la rusticité de celte variété est plus que 
suffisante pour qu'on puisse la cultiver dans tout le nord de la France. 

Observons cependant que pour faire ces calculs il faut se méfier des 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 283 

résultats donnés par les observateurs placés au centre des villes, et des 
grandes villes principalement. Ainsi, pour Paris, tandis que les observa- 
lions faites à l'île Saint-Louis ont donné 11°, I pour moyenne de cette 
ville, et que même à l'Observatoire, pourtant très bien placé par rapport 
aux vents, on a obtenu 10°,5, la campagne environnante n'a qu'une 
moyenne d'environ 9", 9. 

La culture des Noisetiers s'est peu généralisée dans notre région, et 
cela à raison des immenses étendues couvertes par les Noisetiers sau- 
vages et de l'état ex(;essivement peu avancé de notre agriculture. Ces 
derniers s'étendent depuis la région de l'Oranger jusqu'à environ 
3000 mètres d'altitude. Nous avons ici une autre donnée pour la recherche 
de la limite extrême de la culture de cet arbuste. Sur le mont Siman, 
qui surplombe directement l'observatoire de Lottigna, en 1882 les Noise- 
tiers ne donnèrent des fruits mûrs que jusqu'à IMO mètres. Or, étant 
donné que la température moyenne de Lottigna pour 1882 a été de 9", 8, 
et que 180 mètres d'élévation correspondent à 1" d'abaissement, on a 
7", 3 comme température moyenne à 1110 mètres. Ce résultat confirme 
le précéilent. Un autre calcul. Les derniers arbustes croissent à 1350 mè- 
tres ; là ils ne peuvent mûrir leurs fruits que dans les années plus chaudes ; 
ces années ont à Lottigna 11°, 1 (3 sur 10 ont cette moyenne); dansée 
cas on a 7», 2 comme moyenne à 1350 mètres. Je suis entré dans ces dé- 
tails non seulement pour prouver l'existence de variétés absolument 
rustiques dans tout le nord, de la France, mais aussi pour montrer l'exac- 
titude à laquelle ces calculs peuvent arriver quand ils reposent sur des 
observations exactes et faites dans les conditions voulues. 

Un fait curieux est que, non seulement ces variétés sauvages sont tout 
à fait rustiques, mais que l'abondance de leur produit croit directement 
avec l'altitude, pour rejoindre son maximum à leur frontière même la 
plus élevée. Vers 200 à 300 mètres leur production est pres(|ue nulle ; 
elle est insuffisante de 300 à 500; ce n'est qu'au-dessus de GOO «ju'ellc 
devient importante à mesure qu'on s'élève. Le développement ligneux est 
au contraire à son maximum vers GOO mètres ; aux deux extrêmes de 
leur royaume les Noisetiers ne sont que des arbustes de petite taille. 

Les Noisetiers sauvages appartiennent à plusieurs variétés. Parmi les 
principales il y en a deux qui se distinguent particulièrement. La pre- 
mière est distinguée par un grand calice charnu plus long que la noisette 
et à lobes presque foliacés, et par une noisette allongée et plus large en haut 
qu'en bas, toujours petite. On la rencontre dans tonte la région. Dans 
l'autre au contraire le calice est mince, court et ne rejoint souvent pas 
la moitié de la noisette ; celle-ci est toujours ovale et assez grosse ; on 
en trouve d'aussi grosses que les plus belles avelines cultivées ; celle 
variété se divise en outre en deux variations, l'une à coque très dure, 
l'autre à coque mince. Cette variété quoique croissant dans toute la 
région, est surtout commune dans les montagnes élevées. Une troisième 



284 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

variété, la plus commune, porte des noisettes ovales plus ou moins acu- 
minées. Enfin une quatrième en donne de presque parfaitement sphé- 
riques. Ces variétés sauvages — que je propose d'appeler longisepala, 
alpina, communis et sphœrica, en appelant hispanica et acuminata 
les deux espèces cultivées, car il vaut mieux créer des noms que répéter 
des phrases —se croisant jusqu'à l'infini, ont donné lieu à des variations 
et à des formes si nombreuses, qu'il serait impossible de les décrire 
toutes. Tout ça à l'état sauvage : qu'on juge ce qu'aurait pu en tirer la 
culture et la sélection attentive qui a transformé des espèces telles que 
nos Poiriers et nos Pommiers ! Si on compare les Noisetiers sauvages à 
ces dernières dans les mêmes conditions, l'avantage est tout aux premiers, 
sous le rapport de la qualité du produit, du nombre des variétés, etc. 

Comme aliment les noisettes ont leur importance. Sur la table leur 
place est indiquée. Mais elles sont susceptibles d'un emploi bien plus 
utile. Finement broyées et délayées dans l'eau sucrée, elles donnent un 
aliment qui se rapproche du lait par sa composition, d'un goût très 
agréable, d'une digestion facile et d'un pouvoir nutritif supérieur, et 
par conséquent très utile pour les enfants principalement. Il est facile 
du reste d'en faire l'expérience en petit. Il faut observer que si les 
noisettes sont difficiles à digérer et que conséquemment leur pouvoir 
nutritif est diminué, tout cela vient du broyage imparfait auquel elles 
sont soumises, nos dents ne pouvant pratiquement suffire. J'ai dit que 
cet aliment se rapproche du lait. Il peut même lui être supérieur dans 
certains cas ; car il joue le rôle de l'huile de foie de morue, avec l'avan- 
tage sur cette dernière d'un goût beaucoup plus agréable et d'une double 
alimentation, étant un aliment de calorification par la grande quantité 
d'huile qu'il contient, et un aliment direct par les autres substances 
nutritives qui font défaut dans l'huile de foie de morue. 

Mais le produit principal est naturellement l'huile, i 00 kilogrammes 
d'amandes séparées de leurs coques, donnent aisément 55 kilogrammes 
d'huile. Ce résultat, qui est déjà satisfaisant, peut être dépassé. En effet 
on l'obtient chez nous par les procédés les plus primitifs. D'abord le 
broyage et le pressage sont imparfaits. 31ais ce qui est plus important, 
on ne fait aucune sélection. Les Noisetiers cultivés, étant en petit nombre, 
n'y entrent pour rien. Les paysans vont dans les montagnes chercher les 
noisettes sauvages. Or celles-ci, au point de vue de la précocité, sont aussi 
variables que sous le rapport de la forme. On en récolte donc à tous les 
degrés de maturité, et il n'y en a souvent pas la moitié qui soient dans 
l'état le plus convenable pour l'extraction de l'huile. 

L'huile de noisette est fine, douce et parfumée ; son goût rappelle 
franchement son origine; elle a été toujours considérée comme une huile 
supérieure, et son prix est assez élevé. Dans le pays on l'utilise pour la 
table, pour l'éclairage et pour la médecine. Pour la table elle est excel- 
lente. 11 est ici du reste question de goût et d'habitude. On sait qu'il y a 



FAJTS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 285 

des pays qui préfèrent les plus mauvaises huiles à l'huile vierge d'olive. 

Quant à la culture, n'ayant pas fait des expériences spéciales, je dois 
me borner à signaler dans quelles conditions la plante se montre et se 
développe spontanément. J'ai lu quelque part que le Noisetier aime 
l'exposition du nord. C'est tout à fait inexact, et il suffit de dire que sa 
patrie favorite est le côté sud des Alpes. La vérité est que, pourvu que le 
sol lui soit favorable, il vient à toutes les expositions. A cause de la di- 
rection des vallées, les expositions les plus communes sont l'est et l'ouest ; 
mais on le voit prospérer sur des coteaux arides et exposés en plein midi 
aux ardeurs du soleil ; et il est même probable que, dans cette dernière 
condition, les fruits sont plus huileux. 

Le Noisetier ne vient jamais spontanément dans la plaine, ni dans les 
endroits sablonneux le long des fleuves. Cependant les Noisetiers cultivés 
dans la plaine paraissent s'y trouver assez bien. Il se plaît surtout dans 
les terrains légers, secs et pierreux qui couvrent les flancs des coteaux, 
des collines et des montagnes. 11 parait craindre l'humidité; en revanche 
il supporte les sécheresses les plus prolongées. 

Sa culture ne demande presque aucun soin. Ou se borne à supprimer 
les branches trop vieilles et qui ne portent presque plus de fruits. Une 
plantation de Noisetiers donnera toujours une certaine quantité de bois 
à briller, qui est de qualité excellente. Un produit secondaire plus im- 
portant est donné par les feuilles sèches, qui sont la meilleure litière du 
pays et qui se ven(^ent de 3 à 4 francs les 100 kilogrammes. Un grand 
nombre de propriétaires qui possèdent des étendues couvertes de Noise- 
tiers sauvages et qui ne s'occupent pas des fruits, se contentent de ce pro- 
duit seul, et il leur serait impossible de s'en passer utilement. 

En résumé, rusticité parfaite, produit abondant et de qualité excellente 
culture facile et dépense minime. Le Noisetier sera peut-être un jour 
l'Olivier du nord. 

Pour établir une plantation de Noisetiers un peu en grand, il faut avoir 
recours aux semis. Ceux de la variété cultivée acuminaia, donneront 
un résultat probablement plus sûr et plus régulier. Les variétés sau- 
vages ont de leur côté l'avantage de présenter plusieurs sous-variétés 
ce qui permettrait de choisir celles qui s'adapteraient mieux ;ila contrée. 
En tout cas il n'est pas prudent de s'adresser à une seule vai-iété ; il 
faut être à même de faire son choix. Ensuite on remplace par la grefl'e 
les individus qui ne donnent pas de bons résultats. 

On donne les variétés de Noisetiers comme se reproduisant toujours 
de graines. Si quelques-uns des membres veulent en faire l'essai, je serai 
heureux de mettre à leur disposition une partie de la prochaine ré- 
colle. - 

Moïse Bertoni. 
à Loltigna (Lombardie). 



286 SOCIÉTÉ NATIONALE D' ACCLIMATATION. 

Culture des Enealyptns en Californie. 

D'après les calculs les plus approximatifs, huit ou dix millions de pieds 
d'Eucalyptus ont été jusqu'ici plantés en Californie, et les neuf dixièmes 
appartiennent à la variété Globulus. 

On préfère cette espèce à cause de sa croissance rapide et de la 
résistance avec laquelle elle supporte la sécheresse. 

Les semis d'Eucalyptus se fout en pépinière, et l'on repique g-éiié- 
ralemeiit entre trois et dix mois. On continue d'ailleurs à cultiver le 
sol pendant deux ou trois ans après cette dernière opération. 

C'est dans une très faible proportion seulement que ces arbres ont 
été employés pour créer des massifs forestiers ; la plus grande partie a 
été disposée le long des routes ou avenues pour briser la force des vents 
ou pour obtenir de l'ombre. 

La surface de massifs compacts couverte d'Eucalyptus n'excède pas 
certainement 2500 acres et la raison en est que la culture forestière n'est 
pas encore regardée comme une entreprise sérieuse et rémunératrice, 
grâce aux ressources encore à peu près suflisantes des produits luilu- 
rels des forêts. 

Les plus larges plantations ont été faites, à titre d'essai, par des pro- 
priétaires fonciers et des compagnies de chemins de fer. La plus grande 
partie, pour ne pas dire le tout, se trouve dans les limites du climat de 
la (ôte, oîi les brouillards d'été fournissent une certaine quantité d'hu- 
midité et où l'hiver est tel, qu'il n'y a, en réalité, aucun dommage à 
craindre des gelées. 

Cependant l'Eucalyptus peut être cultivé, avec plus ou moins de suc- 
cès, jusqu'à 60 ou 70 milles plus au nord, mais ici VEucalyptus globu- 
lus se trouve être trop délicat, car â/i-" Fahrenheit (4^.5 centigrades) 
constituent l'extrême limite que peuvent supporter ses pousses sans cesse 
croissantes. C'est pourquoi on lui préfère les espèces viminatis et 
rostrata, lesquelles sont connues sous le nom vulgaire de « lied Gum », 
Gommier rouge. 

Ces deux dernières variétés sont très branchues et leurs sommets 
s'étendent assez loin, tandis que le Globulus, au contraire, se termine 
par une tige unique, longue et très élancée. Ils atteignent, dans un sol 
fertile, une moyenne de 80 pieds, vers leur dixième année. Près de Santa 
Barbara, certains pieds isolés ont, dans le même espace de temps, pu 
dépasser 100 pieds d'élévation, avec six pieds de circonférence, à une 
hauteur de huit pieds au dessus du sol. 

Sur la baie de San-Francisco, VEucalyptus globulus n'atteint, après 
dix ans, qu'une grandeur variant de 40 à 70 pieds, selon les conditions 
du sol et de l'exposition. On doit dire que lorsqu'on s'en est servi pour 
créer des massifs de (|uelque importance, on a placé les arbres trop près 



FAITS DIVERS ET EXTRAITS DE CORRESPONDANCE. 287 

les uns des autres, c'est-à-dire à une distance de 8 à 10 pieds seule- 
ment, ce qui leur donne une tendance à s'élever plus haut que s'ils 
étaient plus espacés. 

Avec l'expérience acquise, l'on étudie les meilleures et les plus 
productives méthodes de culture des Eucalyptus en forêts ; toutefois, 
très peu de bois ont encore été abattus en masse. La plupart du temps, 
on en coupe pour les éclaircir, et ceux ainsi sacriOés sont employés 
comme bois de chauffage, au fur et à mesure que le besoin s'en fait 
sentir, beaucoup de familles au milieu des plaines dénudées de la vallée 
du San-Joaquin n'ayant aucun autre moyen de s'en procurer. 

V Eucalyptus globulus, quoique tendre et spongieux lorsqu'il est 
encore vert, conséquence de sa croissance rapide, fait cependant un 
excellent bois de chauffage lorsqu'il est séché, mais on le brûle souvent 
vert et sans difficulté. 

Quand on comprendra mieux les bénéfices que l'on peut retirer de la 
culture de l'Eucalyptus pour bois de chauffage, on s'y livrera certaine- 
ment sur une large échelle, car les ressources de ce genre diminuent de 
plus en plus rapidement. 

En ce qui concerne les profits que l'on peut retirer de la culture de 
l'Eucalyptus, d'un rapport lu ù la Société d'horticulture de l'État de Ca- 
lifornie, il ressort qu'à Alameda, près de San-Francisco, un fermier a 
planté, en 1869-1870, vingt acres en Eucalyptus, à raison de 082 arbres 
à l'acre et à une dislance de huit pieds les uns des autres. Il n'a donné 
des soins à cette plantation que la première année. Ces vingt acres, au 
bout de onze ans, lui ont rapporté un profit net de $ 3806, soit environ 
$ 20 par acre, pour chaque année. 11 a calculé que la même terre, cul- 
tivée en grain, ne lui aurait rapporté que $ 5 par acre. 

Dans le comté de Santa-Barbara, un fermier qui a planté des Euca- 
lyptus dit que les terres qu'ils occupent ne valaient que de g 10 à $ 25 
l'acre et qu'aujourd'hui elles valent g 400 l'acre. 

En ce qui touche à leur emploi, c'est à peine si l'on a cherché à adap- 
ter le bois d'Eucalyptus à un usage autre que celui du combustible, car, 
généralement, on s'en était servi avant qu'il ne fût parfaitement sec et 
l'on n'a encore fait aucun choix entre les ditférentcs variétés. Comme 
traverses de chemins de fer, Y Eucalyptus globulus n'a pas donné de 
satisfaction parce que son bois ne peut retenir les chevilletles ; il se fend 
et se déjette, mais il paraît durer dans le sol, lorsqu'on l'emploie parfai- 
tement sec, et, dans cet état, retiendrait probablement ces clieviilettes. 

Beaucoup de ces arbres ont été plantés le long de la voie du « Sou- 
thern Pacilic Railroad » dans le sud de la Californie. 

Lorsqu'on cultive l'Eucalyptus comme arbre d'ornement ou pour 
briser la force du vont, on remarque que les racines s'en éiendcnt fort 
loin de tous côléi, de 25 à 35 pieds de distance, et absorbent toute l'hu- 
midité ainsi que les principes fertiiisanis du sol au grand détriment de 



288 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

toute autre végétation. C'est pourquoi on les remplace par des arbres 
pour ainsi dire moins voraces. D'un autre côté, dans les districts maré- 
cageux ou infectés par la Malaria, ses qualités pour rétablir la salubrité 
ont été aussi manifestes en Californie que dans toute autre partie du 
monde et il deviendra sans doute en faveur dans toutes les contrées ainsi 
affligées, aussi bien que dans celles où une irrigation constante doit 
certainement développer les effluves fatals de la Malaria. 

Il est probable que la côte, aux alentours et vers le sud de la baie de 
San-Francisco, sera le centre de la culture de l'Eucalyptus, pour de là 
s'étendre vers la vallée du San-Joaquin. 

D'après les tenlatives déjà faites, il paraît que cet arbre peut réussir 
jusqu'à près de 1500 pieds au-dessus du niveau de la mer sous la lati- 
tude de San-Francisco et sans doute à une plus grande hauteur dans le 
Sud. 

Aujourd'hui une grande partie des collines qui avoisinent la côte sont 
dépourvues de toute espèce de bois, et le terrain, quoique très fertile, 
est trop tourmenté pour pouvoir être mis en culture, dans les conditions 
présentes, mais, si l'on y plantait les différentes variétés d'Eucalyptus 
que l'on sait pouvoir s'adapter à cette latitude, le changement de ce sol 
dénudé en un sol couvert de forêts ne pourrait manquer d'exercer une 
heureuse influence sur Je climat et sur la formation des pluies, mainte- 
nant si rares et si incertaines. 

Les ressources naturelles des forêts de chênes et de « Red woods », 
((. Séquoia Sempervirens » s'épuisent rapidement et le Séquoia est d'une 
croissance trop lente au gré des désirs impatients d'une population si 
imprévoyante, aussi l'Eucalyptus paraît-il s'adapter exactement à son 
tempérament. 

On a tout dernièrement planté, à titre d'essai, dans l'enclos de l'Uni- 
versité de Californie, quelques pieds de l'Eucalyptus marçiinata ou 
Jarrah, mais il s'est montré trop tendre pour supporter les hivers, même 
si tempérés de ce pays. Il pourrait, sans doute, réussir dans les parties 
plus au sud de l'État et serait d'une grande valeur pour son bois si l'on 
parvenait à l'y acclimater. 

La majeure partie des renseignements qui précèdent sont extraits de 
notes communiquées au Consulat par M. Hilgard, professeur d'agricul- 
ture à l'université de Berkeley, État de Californie. 

Le Consul de France à San-Francisco, 
A. Vauvert de Méan. 



Le gérant : Jules Grisard. 



Imin-imcries rcuiucs. A, luc Mijjnon, 2-, Paris 



I. TRAVAUX DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



RAPPORT 

SUR LA 

SITUATION DE LA PISCICULTURE A L'ÉTRANGER 

d'après les documents recueillis à l'Exposition internationale 
de produits et engins de pêche de Berlin 

EN 1880 

Par M. C. BIVERET-MTATTEL 

Secrétaire des séances. 

(Suite.) 



MATÉRIEL DE LA PISCICULTURE 

APPAREILS d'ÉCLOSION 

Les appareils d'éclosion dits du « système Coste » (augettes 
en terre cuite ou en métal, avec claies en baguettes de verre 
pour recevoir les œufs) furent à peu près partout les seuls 
employés tout d'abord. Mais si, en France, ces appareils sont 
encore aujourd'hui d'un usage presque exclusif, à l'étranger 
on a beaucoup renoncé à leur emploi, qui ne répond qu'im- 
parfaitement aux besoins d'exploitations importantes, et au- 
quel on reproche d'ailleurs certains inconvénients,notamment : 
la fragilité des claies; l'écartement incommode des baguettes 
de verre, entre lesquelles les alevins courent le risque de 
rester engagés quand ils éclosent ; enfin la nécessité de n'em- 
ployer dans les appareils qu'un faible courant d'eau, qui ne 
fournil pas toujours aux œufs une quantité suffisante d'oxy- 
gène, si l'on se sert d'eau de source, et qui laisse fréquem- 
ment déposer des sédiments nuisibles, si l'on emploie de 
l'eau de rivière. 

En Angleterre, en Suisse, en Allemagne, et surtout en Amé- 
rique, où l'on a souvent plusieurs millions d'œufs à mettre en 
incubation à la fois, on a, depuis longtemps, substitué aux 

'd' SÉRIE, T. X. — Juin 1883. 19 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 

aiigettes Coste, de dimensions beaucoup trop exiguës, des 
rigoles en bois ou en ciment, formant de véritables ruisseaux 
artificiels, dans lesquels les œufs sont généralement placés 
sur des claies en toile métallique. 

Les rigoles en bois s'établissent à peu de frais ; mais elles 
facilitent le développement des conferves, qui couvrent les 
parois d'une végétation exigeant de fréquents nettoyages. Les 
rigoles en ciment sont plus coûteuses, mais très saines et 
faciles à entretenir dans un état de propreté parfaite. A ce 
point de vue, elles méritent donc la préférence. 

Les unes et les autres s'installent, soit sur le sol même du 
laboratoire (fig. 2), soit (ce qui est toujours préférable, quand 
le niveau de la prise d'eau qui alimente l'établissement le 
permet) sur des tréteaux (fig. 3) ou supports à hauteur 
d'appui (1). Avec cette dernière disposition, la surveillance 
et le nettoyage des œufs n'obligent pas l'opérateur à se tenir 
courbé dans une position fatigante. 

On donne généralement aux rigoles 4-0 à 50 centimètres de 
largeur sur 30 centimètres de profondeur, et 4 ou 5 mètres 
de longueur. Il est bon de ne pas dépasser beaucoup cette 
dernière dimension, cà moins de disposer d'un fort courant 
d'eau; car si le nombre des œufs mis en incubation est consi- 
dérable, l'eau abandonne rapidement son oxygène aux œufs 
qu'elle rencontre les premiers sur son passage en entrant dans 
la rigole, et elle n'en fournit plus suffisamment à ceux qui se 
trouvent placés à l'extrémité opposée. 

Pour économiser l'espace, on peut superposer dans la 
rigole deux ou trois couches ou rangées de claies chargées 
d'œufs. Des clous galvanisés, à tète, plantés dans le cadre des 
claies (fig. 4), remplissent l'office de pieds ou de supports, 
et maintiennent entre chaque rangée un intervalle de 2 à 
3 centimètres (fig. 5), suffisant pour livrer passage à un 
ourant d'eau convenable. 

On dispose les claies à côté les unes des autres, en ne lais- 

(1) La figure 3 représente le laboratoire de iVîlabllssement de pisciculture dit 
Si'wny Pishery, situé près Dumfiies (Ecosse), établissement que nous avons 
d jà mentionné plus haut, et sur lequel nous aurons à revenir. 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



293 



sant entre elles que juste l'espace voulu pour pouvoir les saisir 
sans difficulté. 

Quelques pisciculteurs ont l'habitude de placer sous les 
claies de la rangée inférieure des taquets mobiles, qu'ils sup- 




FiG. 4. 



priment quand les alevins commençant à éclore viennem 
s'accumuler dans le fond de la rigole. Ces taquets servent à 




FiG. 5. 

empêcher le passage sous les claies d'une certaine quantité 
d'eau qui ne serait pas utilisée. Dans le même but, lorsque 
les claies n'ont pas exactement la largeur de la rigole et lais- 
seraient passer l'eau sur les côtés, il convient de les placer 
obliquement (fig. 6), pour que les œufs profitent de toute la 
largeur du courant. 

Les claies sont formées de cadres en bois d une épaisseur 



294 



SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 



de 15 à 20 millimèlres, sur lesquels on fixe, à l'aide de clous 
galvanisés, de la toile métallique également galyanisée (1). 
Si les mailles de celte toile sont carrées, il est bon que leur 
largeur ne dépasse pas 2 millimètres et demi ; car, au moment 




FiG. e. 



de leur éclosion, es embryons courraient le risque de s'y en- 
gager et de rester pris entre les fils. Aussi préfère-l-on, en 
général, donner aux mailles une forme rectangulaire : 5 mil- 
limètres de largeur sur 15 à 18 millimètres de longueur. Cet 




FiG. 7. 

écartement des fils convient parfaitement pour les œufs de 
Saumon et, quand l'éclosion se produit, les alevins passent 
sans difficulté à travers les mailles et tombent dans l'auge ou 
rigole d'incubation. 

(1) En Améri'iue, au lifu d'employer la toile galvanisée, qui n'évitt" pas tou- 
jours la roi ille, on prélère enduire la claie de trois couches successives d'un 
vernis à l'asphalte. Ce même vernis est aussi emploj*^ en Allemagne pour beau- 
coup d'appareils d'incubation, notamment pour l'auge californienne, dont nous 
parlerons plus loin. 



LA PISCICULTURE A l'ÉTRANGER. 295 

M. Charles G. Alkins, directeur de l'important établissement 
de pisciculture de Grand Lake Stream (État du iMaine) cl 
membre adjoint de la Commission des pêcheries des États- 
Unis, a, depuis 1875, adopté une disposition particulière pour 
les claies, disposition qui permet de taire opérer l'incubation 
aussi bien en pleine rivière que dans les auges ou rigoles 
d'un laboratoire. Les claies (fig. 7, />) superposées au nombre 
de sept ou huit, sont maintenues dans une sorte de châssis 
mobile a, à charnières. Toutes les claies sont garnies d'œufs, 
sauf celle du dessus, qui sert de couvercle, et l'intervalle entre 
chaque claie, suffisant pour le libre passage de l'eau, est trop 
étroit pour que les œufs puissent s'échapper. 

Chaque claie ne reçoit qu'une seule couche d'œufs. 

En tenant compte de l'espacement des claies, une rigole de 
3 mètres de longueur, avec la largeur indiquée ci-dessus, 
peut recevoir environ quinze mille œufs, si l'on ne met qu'une 
seule rangée de claies. Ce nombre est naturellement doublé 
ou triplé si Ton en superpose deux ou trois rangées ; mais, à 
moins d'employer une eau très aérée et de ne conserver les 
alevins dans les rigoles que juste le temps nécessaire pour la 
résorption de la vésicule ombilicale, il est prudent de limiter 
à deux le nombre des rangées, car les alevins seraient trop 
nombreux pour l'espace qui leur serait attribué, et s'y trou- 
veraient promptement à l'étroit. Les tout jeunes poissons ont 
d'ailleurs l'habitude de se masser en foule compacte sur cer- 
tains points, et ils pourraient s'étouffer mutuellement, ce qui 
doit encore engager à ne pas les laisser en nombre trop con- 
sidérable dans un même bac. La nourriture serait aussi plus 
difficile à leur distribuer. Pour éviter, du reste, les trop 
grandes agglomérations, on a généralement soin de diviser 
les rigoles en plusieurs compartiments, au moyen de cloisons 
transversales mobiles, lesquelles sont de petits cadres en bois 
garnis de toile métallique, que l'on fixe à l'endroit voulu 
à l'aide de minces coins en bois exerçant une pression contre 
les parois de la rigole. On doit espacer ces cloisons de 60 cen- 
timètres au moins et de l'",50 au plus. 

Pendant la durée de l'incubation, ces séparations ne pour- 



296 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

raient être que nuisibles. Mais, après l'éclosion, elles son. très 
utiles. Il est même souvent avantageux de couper les rigoles 
de distance en distance par des cloisons pleines ou barrages, 
qui servent à l'aération du courant en déterminant de petites 
chutes d'eau. Ces cloisons pleines, soutenues par des tasseaux 
verticaux, comme on le voit dans une des rigoles de la 
figure 2, doivent toujours être précédées, en amont, d'une 
cloison à claire-voie en toile métallique, qui empêche les ale- 
vins de franchir le barrage en suivant le courant. Quand ce 
couran. est un peu fort, il convient même de remplacer la 
cloison à claire-voie par un petit appareil bien simple yfig. 8), 







FiG. 8. 



qui évite la perte de beaucoup d'alevins. En effet, quand la 
toile métallique est placée verticalement, les tout jeunes pois- 
sons vont souvent s'y heurter, entraînés par le courant, et ils 
s'y font des blessures généralement mortelles. Quand, au con- 
traire, la toile métallique est disposée horizontalement, comme 
le représente la figure 8, les alevins, alourdis par leur vési- 
cule ombilicale, ne s'en approchent guère. Cette toile métal- 
lique doit être placée à 3 ou 4 centimètres au-dessous de la 
crête de la cloison pleine formant barrage. 

Lorsque les œufs sont tous éclos, il faut enlever les claies 
et veiller à ce que les alevins ne s'entassent pas sur certains 
points, comme ils sont toujours enclins à le faire. C'est alors 
que les cloisons mobiles rendent des services. Quand on veut 
déplacer les jeunes poissons, disperser quelque attroupement 
trop considérable ou faire évacuer une partie de la rigole qu'il 
s'agit de nettoyer, par exemple, on peut le faire aisément à 



LA PISCICULTURE A L'ÉTRANGER. 



297 



l'aide d'une palette (fig. 9) qui rend souvent de grands ser- 
vices. C'est une mince planchette un peu plus courte que la 
rigole n'est large, avec une entaille à chaque extrémité, comme 
on le voit dans la figure, pour empêcher tout froltementcontre 
la paroi intérieure de la rigole, et éviter de blesser ou d'é- 




FiG. 9. 

craser l'alevin contre cette paroi. La palette étant plongée 
verticalement dans l'eau, si on la déplace dans un sens, il se 
produit aussitôt dans le fond de la rigole un courant en sens 
inverse qui entraîne les alevins. Quand on veut enlever ceux-ci 
de la rigole, soit pour leur donner un autre gîte, soit pour 
tout autre motif, on peut les pêcher rapidement en grand 




Fig 10. 



nombre, à l'aide d'une sorte de filet ou plutôt de poche peu 
profonde en canevas ou en toile d'emballage, montée sur un 
cadre (fig. 10) un peu plus étroit que l'intérieur de la rigole. 

Pendant la durée de l'incubation, il importe découvrir les 
rigoles pour protéger les œufs contre l'action nuisible de la 
lumière et contre toute chance d'accident. Les alevins nouvel- 
lement éclos ont également besoin d'obscurité. On se sert gé- 
néralement de couvercles en bois fixés par des charnières ou 
tout simplement posés sur les rigoles. 

D'une installation peu coûteuse, les rigoles d'incubation 
économisent l'espace et permettent d'y laisser grandir les aie- 



298 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

vins pendant quelque temps. Mais elles participent à l'un des 
inconvénients reprochés aux aiigettes Coste, comme d'ail- 
leurs à tous les appareils à courant d'eau horizontal, à sa- 
voir, que le mouvement de l'eau ne doit pas y être très 
rapide, car il roulerait les œufs et les entraînerait en les accu- 
mulant vers l'orifice de sortie. Or, si l'eau est un peu trouble 
(et l'eau de rivière l'est presque toujours plus ou moins, sur- 
tout en hiver et au printemps, les filtrages rapides qu'on lui fait 
subir ne lui donnant qu'une limpidité relative), cette eau laisse 
déposer sur les œufs des sédiments nuisibles, qui néces- 
sitent de fréquents nettoyages et occasionnent des frais de 
main-d'œuvre. 

Ces' pour obvier à cet inconvénient qu'ont été imaginés les 
appareils à courant vertical, ascendant ou descendant, dans 
lesquels l'eau, traversant de bas en haut ou de haul en bas les 
claies chargées d'œiifs, tend moins, dans son mouvement, à 
déplacer ceux-ci. On peut donc donner une rapidité plus 
grande à l'eau qui, par cette raison, et surtout à cause de son 
mouvement dans le sens vertical, laisse déposer infiniment 
moins de sédiments. Si d'ailleurs une légère couche vient à 
se former, elle ne séjourne pas; car les œufs, oscillant, tour- 
nant, pour ainsi dire, sur eux-mêmes, au milieu du courant, 
se débarrassent immédiatement des particules terreuses qui 
viennent à se déposer à leur surface. 

Les avantages incontestables des appareils à courant ver- 
tical en ont promptement fait généraliser l'emploi en Amé- 
rique, où ils sont aujourd'hui pres(|ue exclusivement employés. 
Dans plusieurs parties de l'Allemagne, on les a également 
adoptés. Certains de ces appareils, qui atteignent de grandes 
dimensions, sont établis à demeure et conviennent surtout 
aux exploitations très importantes ; les autres, mobiles, se 
prêtent à toutes les combinaisons et peuvent être employés, 
même lorsqu'on n'a que quelques centaines d'œ-ufs à faire 
éclore. 

Le plus simple de tous ces appareils est celui qu'en Alle- 
magne, — où l'usage s'en est très répandu depuis quelques 
années, — on désigne sous le nom d'auge californienne, 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



299 



parce que le modèle en a été envoyé de San Francisco par le 
consul i^énéral d'Allemagne. 

Cet appareil, employé pour l'éclosion de toute espèce d'oeufs 
non adhérents, présente différents avantages. Il est solide, 
économique et d'un usage commode, tient peu de place et 
permet d'éviter les inconvénients qui résultent, avec les autres 
appareils, de l'emploi d'une eau insuffisamment filtrée. 

La figure 11, A, représente cette auge perfectionnée par 
M. Max von dem Borne, de Berneuclien. L'appareil, soit en 




FlG. il. 



zinc, soit en tôle émaillée ou vernie, se compose d'une caisse c 
de0"',25de longeursur 0'",30 de largeur et 0",15 de hauteur, 
pourvue d'un goulot ou ajutage e et d'un fond en toile métal- 
lique (1) formant tamis, sur lequel se placent les œufs. La 
caisse extérieure h est de 10 centimètres plus longue et plus 
haute ; elle est munie, elle aussi, d'un goulot dans lequel s'a- 
dapte exactement celui de la caisse c. Cette dernière est garnie 
dans le haut d'un l'ehord horizontal qui dépasse le bord su- 
périeur de la caisse extérieure, quand on les place l'une dans 
l'autre. Pour que les deux goulots se joignent bien herméti- 
quement, sans laisser pénétrer l'eau, on place entre eux un 
morceau de frise de laine ; néanmoins, la caisse c doit avoir 



(1) Ce fond peut aussi être fait d'une feuille de zinc percée d'une multitude 
de petits trous, comme une passoire. 



300 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

assez de jeu pour pouvoir être facilement mise en place ou 
retirée de la caisse b. 

Il importe que la toile métallique du fond soit d'un tissu 
suffisamment serré pour que ni les œuls, ni les embryons au 
moment de l'éclosion, ne puissent passer au travers; six fils 
par centimètre donnent la grandeur voulue aux mailles du 
tissu, lequel est soigneusement verni ou galvanisé pour éviter 
toute oxydation. 

L'eau qui alimente l'appareil est amenée par un robinet 
a (1) dans la caisse b ; elle traverse en remontant d'abord la 
caisse c, ainsi que la couche d'œufs qui repose sur le fond de 
la toile métallique, puis la caissette d, également à fond de 
toile métallique, dont il sera question plus loin, et va sortir 
par le goulot e. 

Un couvercle placé sur la boîte protège les œufs contre la 
lumière et contre toute chance d'accident. Afin de laisser pé- 
nétrer l'eau, ce couvercle n'a que la longueur de la boîte in- 
térieure c. 

Une auge des dimensions indiquées ci-dessus peut recevoir 
à la fois jusqu'à dix mille œufs de Truite ou de Saumon et 
quinze mille œufs de Gorégone (2). Mais ces chiffres sont des 
maxima en deçà desquels il est toujours préférable de se 
tenir, l'appareil n'en fonctionnant que mieux avec des quan- 
tités moindres, et pouvant aussi bien servir pour quelques 
centaines d'œufs seulement. Il importe d'insister toutefois sur 
ce fait, que l'on peut sans inconvénient garnir la boîte de plu- 
sieurs couches d'œufs superposées, ce qui économise beau- 
coup la place. Le courant ascendant qui traverse les couches 
d'œufs, et auquel on donne une force suffisante, soulève légè- 

(1) Pour des œufs de Truite ou de Saumon, le débit de ce robinet doit être, 
au minimum, de 2 l/2 à 3 litres par minute. Pour des œufs de Gorégone, il 
peut être réduit à un demi-litre environ par mmuie. 

(2) Le nombre des œufs doit toujoui s être subordonné, du reste, à la tempé- 
rature de l'eau qui alimente l'appareil. Avec une tau Je -|- 8 ou 9 degrés cent., 
il ne serait pas prudent de mettre des quaniilés d'œufs aussi considérables que 
celles indiquées ci-dessus. L'inventeur de l'appareil, qui est un îles pisciculteurs 
les plus distingués de l'Allemagne, dit toutefois avoir mis sans inconvénient 30 000 
œufs, soil de Saumon soit de Truite, ou 10 000 alevins, dans une seule auge 
qu'alimentait de l'eau à 0" Reaumur. A 8 degrés, il a dû réduire le nombre des 
alevins à 500. (Max von dem Borne, Die Fisckzuchi), 



LA PISCICULTURE A L'ÉTRANGER. 301 

rement les œufs el les empêche de s'entasser. La seule pré- 
caution à prendre, c'est de répartir les œufs uniformément, 
pour qu'il y en ait partout une égale épaisseur. 

Tant que les œufs ne sont pas embryonnés, (c'est-à-dire 
tant qu'on n'aperçoit pas les yeux de l'embryon à travers la 
coque de l'œuf), il faut éviter de les remuer. Mais, après 
celte première période, il faut les visiter chaque jour et en- 
lever tous ceux qui deviennent blancs ou opaques, signe cer- 
tain de la mort de l'embryon. Pour examiner ceux des cou- 
ches inférieures, on saisit la caisse au-dessus du point c et on 
la soulève avec précaution pour la laisser redescendre vive- 
ment. Tous les œufs sont alors déplacés par l'eau montant 
avec force, et il devient facile d'enlever ceux qui blanchis- 
sent. 

Si, malgré la direction ascendante du courant, les œufs, 
par suite d'un filtrage tout à fait insuffisant de l'eau, venaient 
à se couvrir de sédiments, on pourrait, après les avoir mis à 
sec (en fermant momentanément le robinet et en vidant la 
caisse avec un siphon), les laver par un copieux arrosage en 
pluie fine. Mais il faut éviter de recourir à cette opération 
tant que les yeux de l'embryon ne sont pas visibles. 

Quand les éclosions commencent à se produire, il est pru- 
dent, pour éviter que les alevins ne soient entraînés par le 
courant, de mettre en place le tamis ou caissette à fond de 
toile métnllique d, dont le goulot s'engage dans ceux des 
caisses b et c. Toutefois, comme ce tamis arrête au passage 
les coques vides des œufs éclos qu'entraîne le courant de 
l'eau, on préfère souvent se dispenser de son emploi en pla- 
çant sous le goulot e un second appareil B, dont la disposition 
générale est la même que celle de l'appareil A. La caisse f 
reçoit les alevins qui s'échappent de la caisse c, et le tamis g 
les retient captifs, fluand il s'agit d'alevins de Corégone, qui 
commencent à nager rapidement très peu de temps après leur 
éclosion, et qui se tiennent de préférence à la surface de 
l'eau, il convient de leur donner le plus d'espace possible en 
les laissant dans la caisse f, qu'on choisit d'ailleurs d'un grand 
modèle, comme nous l'indiquerons i)lus loin. Il en est de 



:]0'i SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

même pour les alevins d'Ombre {Thymallus). Mais quand il 
s'agit d'alevins de Truite ou de Saumon, il est préférable de 
les conserver dans la caisse c, où ils se trouvent dans de meil- 
leures conditions hygiéniques, à cause du courant ascendant 
qui traverse l'appareil. Pour les retenir dans cette caisse c, 
on laisse en permanence la caissette ou tamis gf, dès que toutes 
les coques des œufs éclos ont été enlevées. Le tamis propre- 
ment dit, c'est-à-dire le fond de toile métallique, doit présenter 
une surface de 250 centimètres carrés, pour que la violence 
du courant n'entraîne pas les alevins contre ce grillage. 

Un des avantages qui, dans l'emploi de l'auge californienne, 
résultent de la direction ascendante et verticale du courant 
(lequel est d'ailleurs divisé par la toile métallique et réparti 
sur toute l'étendue du fond de laboîtec), c'est qu'après l'éclo- 
sion, les alevins ne se réunissent pas en masses compactes, 
comme ils le font dans les appareils à courant horizontal, où 
ils se portent presque constamment vers le point d'arrivée de 
l'eau, s'entassant les uns sur les autres au point de se nuire 
mutuellement d'une façon très réelle. 

M. Robert Eckardt, de Liibbinchen, avait exposé à Berlin 
un appareil de son invention, qui se rapproche beaucoup de 
l'auge californienne. Cet appareil (fig. 12) consiste en une ou 




FiG. 12. 



plusieurs augettes a, b, c, dans lesquelles les œufs sont mis 
en incubation sur un tamis ou double fond entoile métallique. 
L'eau entre par un des côtés de la boîte, passe sous le tamis, 
traverse la couche d'œufs par un courant ascendant et va 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



SOS 



sortir par le côté opposé de la boîte, où des ouvertures sont 
ménagées à une hauteur convenable pour maintenir constam- 
ment le niveau de l'eau à 3 ou 4 centimètres au-dessus des 
œufs. Un fin grillage qui règne dans toute la largeur de l'au- 
gette empêche les alevins de s'échapper par les ouvertures. 
Comme on le voit dans la figure, les augettes peuvent être 
disposées en gradins, à l'imitation de celles du système Coste ; 
de sorte que l'eau passe successivement des unes dans les 
autres. On économise ainsi l'eau et l'espace. 

L'auge californienne peut, avec une petite modification bien 
simple, être employée pour l'éclosion des œufs en pleine eau. 
Elle dispense ainsi de toute installation, et peut être utilisée 
partout. Il suffit d'avoir à sa disposition une source ou un 
ruisse^iu d'eau bien courante. La paroi b de la caisse exté- 
rieure A (tig. 13) présente, dans toute sa largeur et une partie 
de sa hauteur, une ouverture qui est garnie d'une toile mé- 




FiG. 13. 



tallique et qui se ferme à volonté au moyen d'un panneau à 
couHsse. L'appareil est plongé suffisamment dans l'eau pour 
que le goulot e soit immergé, et l'on place l'ouverture grillée 
h face au courant. L'eau entre dans la caisse A par cette ou- 
verture, traveise le fond en toile métallique de la caisse c, où 
se placent les œufs, et va sortir par le goulot e, en passant à 
travers le tamis rf, qui clôt l'appareil et s'oppose aussi bien à 
la fuite des alevins qu'à l'entrée d'animaux nuisibles. Le pan- 
neau à coulisse, que l'on baisse plus ou moins, permet de 
régler le débit de l'eau suivant la vitesse du courant. Dans le 



304 SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

nord de la Prusse, on utilise cet appareil en l'installant en 
pleine eau, au milieu d'un cadre servant de flotteur et formé 
de quatre planches reposant à plat sur l'eau. Dans ce cas, on 
n'immerge généralement que la moitié du goulot e. Un petit 
toit en chaume, dans le genre de ceux employés pour les 
ruches, recouvre l'appareil, qu'il protège contre la lumière, 
la poussière, etc. Bien que solidement fixé, de manière à ré- 
sister au vent, ce toit doit pouvoir s'enlever facilement pour 
permettre une visite fréquente des œufs. 

Les quantités considérables d'reufs sur lesquelles ils opèrent 
en général ont amené les pisciculteurs américains à rechercher 
des appareils d'éclosion occupant le moins d'espace possible 
dans les laboratoires. 

M. Marcellus G. Holton, attaché à l'établissement de pisci- 
culture de Calédonia, à Rochester (New-York), est l'inventeur 
d'un des premiers appareils construits dans cet ordre d'idées. 
C'est une caisse ou boîte rectangulaire en bois, ayant un fond 
concave, au centre duquel débouche le tuyau qui amène l'eau. 
Celle-ci entre donc par le fond pour s'échapper dans le haut, 
par un bec ou goulot latéral. Dans la boite se trouvent super- 
posés (selon les dimensions plus ou moins grandes que l'on 
donne à l'appareil) de sept à dix-huit tamis rectangulaires en 
toile métallique, portant chacun une couche d'œufs. Ces œufs, 
que baigne un courant abondant, rapide et ascendant, peu- 
vent absorber une grande quantité d'oxygène et ne se cou- 
vrent que très peu de sédiments, car les particules terreuses 
que charrie l'eau vont s'amasser dans le fond de la caisse, où 
un petit tuyau de sortie ménagé à cet effet, et qu'on débouche 
de temps en temps, permet un nettoyage facile par le simple 
écoulement de l'eau. Deux poignées ou tiges métalliques ver- 
ticales, de même hauteur que la boîte et fixées au tamis infé- 
rieur, sur lequel se superposent les autres, permettent d'en- 
lever le tout en bloc quand il s'agit de visiter les œufs. 

Les cadies en bois des tamis, d'une épaisseur de 2 à 3 cen- 
timètres, ont, le plus ordmairement, de 30 à 35 centimètres 
de côté, dimensions qui permettent d'étaler sur chaque tamis 
environ un millier d'œul's de Saumon, quinze cents à dix-huit 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



305 



cents œufs de Truite, et un nombre plus considérable encore 
d'œiifs de Corégone, l'appareil pouvant également servir à 
réclosion des œufs de cette dernière espèce de poisson. 

L'appareil Holton, breveté en Amérique, est d'un emploi 
courant dans plusieurs établissements importants, notamment 
dans celui de Calédonia, appartenant à M. Selh Green, qui 
apprécie beaucoup ce système et en recommande tout parti- 
culièrement l'emploi. 

M. John Williamson, secrétaire de la Société d'acclimata- 
tion de Californie, a combiné l'emploi des rigoles avec celui 
des boîtes à éclosion. Dans une rigole longue de 5 mètres 
environ, large de 0'",50 et profonde de 0™,52, il place, cà la 
suite les unes des autres, des boîtes rectangulaires, à fond à 
claire-voie, dans chacune desquelles sont superposés de 4 à 
5 claies ou tamis en toile métallique portant les œufs. 

Les figures U et 15 ci-contre font connaître la disposition 




FiG. li. 




FiG. 15. 



des tamis dans les boîtes, et celle des boîtes dans la riqole. 
Les flèches indiquent la direction de Tenu, qui, formant un 
courant alternativement descendant et ascendant, entre par 
le fond des boîtes pour en sortir par le haut. Ce mouve- 

3e SÉRIE, T. X. — Juin 1883. 20 



306 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

ment est déterminé par la hauteur différente des bords à 
l'avant et à l'arrière des boîtes. 

L'appareil Williamson est spécialement employé par la 
Société d'acclimatation de Californie, dans son établissement 
de Point Pedro (comté de San-Mateo), 

M. Nelson W. Clark, de Clarkston (Michigan), est l'inven- 
teur d'un appareil également à courant vertical, mais dans 
equel l'eau traverse les boîtes de haut en bas, au lieu de bas 
en haut. Du reste, au point de vue du nettoyage automatique 
des œufs, le résultat est absolument le même. 

Les boîtes, garnies d'un fond en toile métallique, sont 
fermées par un couvercle perforé d'une multitude de trous 
qui servent à diviser le courant comme le ferait une pomme 
d'arrosoir, et qui permettent à l'eau de s'aérer copieuse- 
ment. Le courant s'échappe par le fond de la boîte ; mais, 
arrêté dans la rigole par une cloison transversale, il se relève 
pour franchir cet obstacle, se déverse alors dans la boîte sui- 
vante, qu'il traverse comme la première, et ainsi de suite 
jusqu'à l'extrémité de la rigole. 

Comme ceux qui précèdent, cet appareil permet, avec peu 
d'eau, de faire éclore des quantités considérables d'œufs ; 
comme eux, il économise beaucoup d'espace et ne présente 
aucune difficulté pour le nettoyage des œufs. 

En général, pour visiter ceux-ci, on retire les tamis des 
boîtes et on les place momentanément dans une petite rigole 
ad hoc, de peu de profondeur comme on le voit à la droite de 
la figure 2. Cette rigole, où il n'y a que 2 ou 3 centimètres 
d'eau, est toujours placée dans un endroit bien éclairé du la- 
boratoire, afin de rendre facile le nettoyage et l'enlèvement 
des œufs gâtés. 

L'appareil Clark est employé aussi bien pour les œufs de 
Corégone que pour ceux de Truite et de Saumon. 

En raison de la quantité très considérable d'œufs (de 10 à 
14 millions) que l'on a souvent à mettre en incubation à la 
fois dans l'établissement créé par la Commission des pêche- 
ries des États-Unis, sur les bords de la rivière Mac-Cioud, 
pour la propagation du Saumon de Californie, on s'est vu 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



307 



dans la nécessité de simplifier le plus possible les appareils, 
et l'on a recours, depuis 1874-, à un système imaginé par 
M. VVoodbury, collaborateur de M. Livingston Stone. Précé- 
demment, on employait l'appareil Williamson, décrit plus 
haut; mais l'usage des claies nécessitait ti'op de travail pour 
la quantité d'œufs à manipuler. Au lieu donc de répartir 
ceux-ci sur des claies, qui ne peuvent en recevoir qu'une 
seule coucbe, M. Woodbury essaya de les mettre tout simple- 
ment, en bloc, dans des cages ou paniers en toile métallique 



:V|'ïi'i;!||'''|:';!:!!'i|if;]'iiii:t:|nr|Vi:M.[M|i'j 




FiG. 16. 



(fig. 16) de 0'",60 de long, sur O^j^S de large. Ces paniers 
peuvent contenir 9 litres d'œuts qui, bien que superposés sur 
12 ou 15 couches d'épaisseur, réussissent parfaitement si le 
courant d'eau qui alimente l'appareil est suffisant. M. Livings- 
ton Stone se montre très satisfait de ce système un peu pri- 
mitif en apparence. Mais il convient de rappeler que dans 
l'établissement on se borne seulement à embri/onner les œufs. 
Quand on veut amener révolution embryonnaire jusqu'à féclo- 
sion, il est indispensable de ne pas entasser les œufs en aussi 
grand nombre. 

Un appareil très élégant et qui fonctionne fort bien est celui 
inventé par M. Thomas B. Ferguson, commissaire des pêche- 
ries du Maryland et membi'e de la Commission des pêche- 
ries des Étals-Unis. C'est un seau en verre de 0'",20 de dia- 
mètre environ (fig. 17), muni de deux tubulures opposées 
l'une à l'autie, l'une au fond pour l'introduction de l'eau 
l'autre près du bord pour la sortie. Le seau est garni d'une 
pile de 9 à 10 tamis circulaires en toile métallique sur les- 
quels on étale les œufs. L'appareil est traversé par une co- 
lonne d'eau ascendante qui lave les œufs et tend à enlever 
toutes les impuretés pour les emporter au dehors. Générale- 
ment on relie plusieurs seaux au moyen de tubes en caout- 



308 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



chouc, comme le montre la figure, et le même courant ali 
mente la série entière. 

Si l'eau est trouble, on peut employer le premier seau 
comme appareil de filtrage, en le remplissant de gravier ou 
d'épongés, qui arrêtent les matières terreuses en suspension 
dans l'eau. 

Il est bon de recouvrir les seaux de chapes en fort papier 
ou en carton, dans lesquelles on ménage des échancrures pour 



fil MMillIllllllllllllililllli !!!!»^ 




"l.i.ij.i.i ii.ilii \ ~.ntfu I I iiiiiil.iiimliiii nul |.i I ^ ^ZZZ 



ij.|Hi|i;pfiiiiiiii MMMiiMuiii8iEuuHmiitii«iiMUHii^inumma!iiiiiHl^ii:ii'i 5âia^ 

F]G. 17. 



le passage des conduits en caoutchouc. Ces chapes ont pour 
but de maintenir les œufs dans l'obscurité. 

Les appareils de M. Ferguson ont l'avantage de faciliter la 
surveillance des œufs. Un coup d'œil suffit pour voir si tout 
marche bien : Quelque dépôt s'est-il formé dans le fond ; des 
alevins sont-ils nés? En enlevant un instant le conduit de 
caoutchouc fixé à la tubulure inférieure, on vide l'appa- 
reil qui se nettoie complètement sans qu'on ait besoin de 
déranger les tamis. M. Ferguson est si satisfait du fonction- 
nement de ces appareils, qu'il n'en emploie plus d'autres au 
laboratoire de Druid-Hill Park (Baltimore), dont les rigoles 
d'éclosion ne servent plus que de bacs d'alevinage. 



Pratiquée aujourd'hui en Amérique sur une échelle consi- 
dérable, la multiplication artificielle de l'Alose a présenté au 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



309 



début les plus grandes difficultés, l'éclosion des œufs ne pou- 
vant avoir lieu dans les appareils employés pour les Salmo- 
nidés. Toutes les tentatives échouaientou ne donnaient que des 
résultats insuffisants. C'est à M. Seth Green que revient l'hon- 
neur d'avoir résolu le problème par l'invention de boîtes flot- 
tantes inclinées, qu'on place en rivière au milieu du courant. 

Ces boîtes, longues de 2 pieds, sur 18 pouces de largeur 
et 15 pouces de hauteur, sont munis d'un fond en toile métal- 
lique et maintenues flottantes au moyen de deux planches 
latérales. Chaque boîte peut recevoir de cinquante mille à 
cent mille œufs. 

Dans un premier essai, M. Seth Green s'était servi de boîtes 
flottant horizontalement comme celles de Jacobi ou de M. Ban- 
nister (fig. 18). Mais la force du courant accumulait tous les 




FiG. 18. 



œufs vers une des extrémités de la boîte et gênait leur évolu- 
tion. L'habile pisciculteur eut alors l'heureuse idée de fixer 




Fie. ly. 



obliquement les deux flotteurs, ce qui, en maintenant la boîte 
dans une position inclinée (fig. 19 et 20), détermine à fin- 



MO 



SOCIETE NATIONALE D ACCLIMATATION. 



térieur une circulation suffisante pour empêcher les œufs de 
rester dans une immobilité qui leur serait funeste. 
Moins le courant de la rivière est rapide, plus l'inclinaison 




FiG. 20. 

de la boîte doit être prononcée. M. Seth Green a constaté 
qu'avec un courant de deux milles (un peu plus de 3 kilom.) 
à l'heure Tinclinaison convenable est de 60 degrés. 

Les mailles de la toile métallique qui forme la paroi infé- 
rieure des boîtes ne doivent guère avoir plus d'un millimètre 




FiG. 21. 



de largeur, car elles pourraient laisser échapper les alevins 
nouvellement éclos, lesquels sont extrêmement petits, l'œuf 
d'Alose n'ayant que deux millimètres et demi de diamètre 
environ . 

Généralement, on attache les boîtes à la file les unes des 
autres le long d'un petit câble solidement assujetti au moyen 
d'une ancre dans le milieu du courant, c'est-à-dire dans l'en- 
droit où l'eau est le moins exposée à des variations de tem- 
pérature extrêmement nuisibles aux éclosions. Chaque cilble 
peut servir à fixer au moins cinq ou six boîtes. 



LA PISCICULTURE A L'ÉTRANGER. Mi 

Un autre modèle de boîle flottante a été imaginé par M. E. 
Slilwell, commissaire des pèciies du Maine, et M. Charles 
Atkins, de l'établissement de pisciculture de Buksport. Les 
ligures 21 et 12 représentent cette boîte dans la position 
qu'elle prend lorsqu'elle est mise en rivière. Dans la figure 19, 




FiG. 25. 

un des côtés de la boîte a été enlevé en partie afin d'en laisser 
voir l'intérieur. L'eau suit la direction indiquée par les flèches 
et procure aux œufs le mouvement qui leur est nécessaire. 
11 est à remarquer que l'angle formé avec la suiface de l'eau 
par le fond de cet appareil est précisément inverse de celui 
que forme la boîte Seth Green. 

On doit à MM. Frederick Mather et Charles Bell l'invention 
d'un appareil qui dispense de mettre les œufs d'Alose en pleine 
rivière, et qui permet d'obtenir l'éclosion de ces œufs en la- 
boratoire. Cet appareil que nous avons déjà mentionné plus 
haut, se compose d'un entonnoir en métal (fig.23), de 0'",30 
de haut, sur O^'j^ô de diamètre (1) auquel est soudée une bor- 
dure en toile métallique de0"',03 de hauteur. A l'extérieur un 
large rebord forme une rigole circulaire qui porte un ajutage 
latéral pour la sortie de l'eau. 

(1) La dimension importe peu ; on se sert souvent d'appareils beaucoup plus 
grands ; Timportant c'est que les proportions relatives soient conservées. 



31 î2 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Vers le fond de renlonnoir, à l'endroit où le diamètre n'est 
plus que de 0™,05, se trouve une cloison horizontale en fine 
toile métallique (de préférence en laiton), sur laquelle on 
place les œufs, et qui sert à tamiser le courant d'eau qu'amène 




FiG. 23. 



dans l'appareil un tube en caoutchouc fixé au bas de l'enton- 
noir. Ce courant entraîne les œufs de bas en haut et dans une 
direction excentrique, vers la bordure de toile métallique, à 
travers laquelle l'eau s'échappe en nappe circulaire. Mais 
comme, en s'élargissant, le courant perd de sa force, il n'est 



LA PISCICULTURE A L ETRANGER. 



313 



plus suffisant, lorsqu'il arrive près du bord (si l'on a réglé 
convenablement le débil), pour continuera soutenir les œufs. 
Ceux-ci retombent sur la paroi oblique de l'entonnoir; ils 
roulent vers le fond, et sont repris de nouveau par le courant 
pour retomber encore, et ainsi de suite. Cette agitation con- 
tinuelle les entretient en parfait état de propreté, et l'évo- 
lution embryonnaire s'accomplit dans d'excellentes condi- 
tions. 
Ce système qui est aujourd'hui très généralement adopté et 




riG. 21. 



qui rend les plus grands services, a été, dès le début, appliqué 
sur une grande échelle par M. le major Thomas B. Ferguson, 
commissaire des pêcheries du Maryland. 

Tout en apportant à l'appareil quelques légères modifica- 
tions, M. Ferguson eut l'heureuse idée d'utiliser ce système à 
bord d'un petit steamer (le Lookout), en créant ainsi un 
établissement de pisciculture mobile, qui peut se rendre d'a- 
bord sur les lieux dépêche, pour recueillir les œufs à mettre 
en incubation, puis sur les divers points où les alevins obtenus 
doivent être distribués. 



314 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

Les appareils sont installés sur le pont. Ce sont, comme 
l'appareil de MM. Fred. Matlier et Gh. Bell, de grands cônes 
renversés (fig. 2-4) ou entonnoirs en métal (généralement en 
cuivre étamé) qu'on peut fermer à volonté dans le bas et em- 
ployer, après l'éclosion, comme appareils de transport pour 
les alevins. 

Afin que ces cônes restent toujours dans une position bien 
verticale et qu'ils puissent fonctionner sans interruption, 
malgré les mouvements de roulis ou de tangage du navire, 
ils sont à suspension de Cardan, c'est-à-dire qu'ils sont sou- 
tenus, à la manière des boussoles marines, par deux cercles 
horizontaux et concentriques, mobiles sur des axes perpendi- 
culaires l'un à l'autre. 

Les cônes Ferguson ont une hauteur de 0"\68 et un dia- 
mètre de0'",50. L'eau y pénètre en traversant, comme dans 
l'appareil Mather,une sorte de lamis a, qui divise le courant, 
et elle en sort parla gouttière d, à laquelle s'adapte un tuyau 
en caoutchouc de 0"',0â de diamètre, semblable au tuyau 
d'amenée. L'anneau, ou garniture intérieure b, f, de 0"", 10 de 
hauteur, est destiné à retenir les œufs et les alevins ; la par- 
tie inférieure / est en fer-blanc, tandis que la partie supé- 
rieure b est en toile métallique. C'est à travers cette toile 
métallique que s'échappe l'eau pour sortir par l'ouverture d. 
Un tampon porté à l'extrémité d'un long manche (voy. à droite 
de la figure 24) sert ta boucher plus ou moins le tamis a et à 
régler la force du courant. Les œufs morts devenant presque 
immédiatement plus volumineux et par cela même plus légers 
que les autres, se rassemblent dans l'appareil à la surface de 
l'eau ; on les enlève à l'aide d'une truble ou mieux d'une 
sorte d'écumoire à trous d'un diamètre tel, que les œufs sains 
y passent sans difficulté tandis que les œufs gâtés, plus gros, 
restent pris. Le fonctionnement de l'appareil a du reste été 
amélioré encore par F. A. Clark qui, à l'aide d'une grille c 
placée devant la gouttière d, a trouvé le moyen de régler par- 
faitement le débit de celle gouttière. En donnant par à-coup 
un courant plus fort, on expulse tous les œufs gâtés qui sont 
immédiatement entraînés. 



LA PISCICULTURE A L'ÉTRANGER. 315 

A bord du Lookout, une petite pompe à vapeur puise 
l'eau un peu au-dessous de la ligne de flottaison du navire et 
remplit constamment un réservoir, d'où partent les tuyaux 
de distribution qui vont s'adapter à la partie inférieure de 
chaque entonnoir. Au sortir des appareils, qui sont ainsi tra- 
versés par un courant continu, l'eau est rejetée par-dessus 
bord. 

Dés la première année de sa mise en service (1878), le 
Lookout servit à recueillir et à mettre en incubation 
-21502 000 œufs d'alose qui donnèrent 15 546 500 ale- 
vins. 

Des résultats aussi satisfaisants ont engagé la Commission 
des pêcheries des États-Unis à adopter ce système et k l'ap- 
pliquer sur une échelle encore plus importante. Un navire à 
vapeur, le Fish-Hawk, a été construit tout exprès poui' 
servir de laboratoire d'études et d'établissement mobile de 
pisciculture. C'est un steamer à hélice de 485 tonneaux, de 
45 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, avec un tirant 
d'eau de 2"", 20. Son outillage lui permet de mettre à la fois 
en incubation près d'un milliard d'œufs d'Alose, de Morue, 
de Hareng ou de Maquereau. 

Les appareils du Fish-Hawk sont de deux modèles diffé- 
rents, savoir : les cônes ou entonnoirs ci-dessus mentionnés 
du système Ferguson, et les tonnes immergées ou à bascule, 
dues au même inventeur. 

Ces tonnes sont des cylindres, ordinairement en fer battu, 
étamé ou galvanisé, de 0'",50 de diamètre sur 0"',00 de hau- 
teur, qu'on peut porter par une anse comme des seaux. Elles 
sont fermées à la partie inférieure par un disque en toile mé- 
tallique bordé d'un cercle de cuivre qui se fixe au cylindre au 
moyen d'écrous. 

Les tonnes, garnies des œufs à faire éclore, sont suspendues 
sur chaque flanc du navire à un mât horizontal (fig. 25) et 
plongent à moitié dans l'eau. Ce mât qui est actionné par une 
machine à vapeur dont l'arbre de couche porte un excentri- 
que, imprime constamment à l'ensemble des tonnes un mou- 
vement alternatif de haut en bas et de bas en haut, lequel 



316 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

procure aux œufs l'agilation nécessaire à leur développe- 
ment. 

Un fond étanche, fixé par des écrous, peut être substitué 
au disque de toile métallique qui ferme le bas de chaque cy- 
lindre. On transforme ainsi l'appareil d'éclosion en bac de 
transport pour les alevins. Sur le pont du navire se trouvent 




FiG. 25. 



installées quatre séries de cônes Ferguson auxquels l'eau né- 
cessaire est fournie |iar une pompe qui alimente un réservoir 
muni d'un appareil de filtrage. Après avoir traversé les cônes, 
l'eau peut être soit écoulée hors du navire, soit recueillie par 
des conduites spéciales, puis renvoyée, à l'aide de la pompe, 
dans le réservoir d'alimentation en formant ainsi un courant 
continu. Cette disposition permet d'opérer l'incubation des 
œufs d'Alose aussi bien quand le navire est en marche que 



LA PISCICULTURE A l'ÉTRâNGER. 317 

quand il est stationnaire, et soit qu'il navigue en eau douce 
ou en eau salée. 

L'aménagement du Fish-Haivk permet, en outre, d'utiliser 
ce navire pour la propagation de différents poissons de mer. 
La dépense d'installation s'est élevée à 50 000 dollars 
(250 000 francs). 

(A suivre.) 



OBSERVATIONS 

SUR 

UN LÉPIDOPTÈRE IIÉTÉROCÈRE SÉRICIGÈNE 

L'AyTUER.£A FRITHII (Moore) 
FAITES EiN 1882 A CHAMPROSAY (Seine-et-Oise) 

Par n. J. FALLOU 



Le 2 mai de cette année 1882, M. Geoffroy Saint-Hilaire a 
bien voulu me confier, pour en observer l'éclosion, quaranle- 
huit cocons et un certain nombre d'œufs provenant d'un envoi 
fait par M. Moquin-Tandon, de la Gochinchine. 

Ces cocons ont beaucoup d'analogie avec ceux des Attacus 
Yama-maï, Pernyi et Mylilta; ils sont fermés, de forme 
ellipsoïdale, allongés aux deux extrémités. Ils sont constitués 
par une soie d'un blanc jaunâtre, dont la couche supérieure 
est très résistante. 

Ces cocons ne sont pas entourés d'une soie lâche et vague 
comme celui de VAtlacus Pernyi; k certains d'entre eux sont 
encore adhérents des débris de feuilles des végétaux qui ont 
servi à la nourriture des chenilles, ce qui, peut-être, pourra 
servir à faire connaître leur plante nourricière. 

Dès le 9 mai, ces cocons ont été suspendus dans une cage 
spacieuse, déposée dans une vaste pièce non habitée, située 
au deuxième étage, prenant jour et lumière aux expositions 
sud-ouest et nord-est; les fenêtres n'ont été fermées que la 
nuit. 

Jusqu'à la fin de juillet, tous les papillons éclos, mâles et 
femelles, ne sont pas sortis de la boîte où je les surveillais, 
alin de voir s'il y avait accouplement ; mais mâles et femelles 
ont été sacrifiés pour n'obtenir que des œufs non fécondés, ce 
qui se reconnaît facilement huit ou dix jours après les pontes. 

Dans les premiers jours du mois d'août, j'ouvris les portes 
de la cage contenant les cocons, afin que les nouveaux venus 
pussent prendre leur essor dans la chambre même ; du 2 au 



UN LÉPIDOPTÈRE HÉTÉROCÈRE SÉRICIGÈNE. 319 

4 aoLit sont cclos un maie et une femelle ; je les trouvai le 
matin près l'un de l'autre, sur les rideaux en mousseline de 
la fenêtre nord-est; mais je m'aperçus plus tard que la femelle 
n'avait pas été fécondée. Enfin, du 15 au 16 du même mois, 
un nouveau couple est éclos, et l'accouplement eut lieu du 16 
au 17 et a duré environ quinze heures. La ponte de deux cent 
vingt œufs se fit sur les rideaux de la même fenêtre que la 
précédente. 

Un fait digne de remarque^ c'est que tous les papillons qui 
se sont échappés de la cage ont toujours été se poser à la fe- 
nêtre du nord-est; pas un au sud-ouest. 

Les papillons sont éclos à des intervalles très espacés, et 
en quelque sorte par périodes. 

A l'ouverture de la caisse d'envoi, 2 mai, je trouvai six 
papillons, trois mâles et autant de femelles, mais tous avortés 
ou avec les ailes mal développées, ce qui sans doute a tenu au 
manque d'espace, aucun cas semblable ne s'étant reproduit 
aux éclosions qui eurent lieu successivement après celle-ci. 

Du 9 au 19 mai sont éclos 1 mâle, 9 femelles. 

Deuxième période ;du 12 au 15 juillet, 1 mâle, 4 femelles ; 
du 29 au 31^ 2 mâles, 5 femelles; du 1" au 18 août, 5 mâles, 
3 femelles. 

Troisième période : du 5 au 7 septembre, 2 mâles ; indiqué 
plus haut du 2 mai, 3 mâles, 3 femelles. 

Total : 38 papillons, 1 i mâles, 24 f(;melles. 

Ainsi le nombre des femelles est donc presque double de 
celui des mâles. 

Il reste dix cocons qui, par leur légèreté, me font supposer 
qu'ils ne donneront pas leurs papillons. Cependant je les 
observerai; il est possible qu'il en vienne encore l'an pro- 
chain. Il en est peut-être de ces Attaciens comme de bien 
d'autres Lépidoptères, c'est-à-dire que les Chenilles provenant 
de la même ponte ne donnent pas toujours l'insecte parfait à 
la même époque; nous avons des exemples de cette particu- 
larité chez bon nombre de nos Lépidoptères indigènes, il y 
en a qui restent à l'état léthargique une et quelquefois plu- 
sieurs années. 



320 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

D'après le résultat des éclosions de l'espèce qui nous oc- 
cupe, il est difficile de se former une idée juste de l'époqne à 
laquelle a lieu l'éclosion de VAntherœa Frilhii dans son pays 
natal. On pourrait supposer qu'une température plus ou moins 
élevée puisse avoir de l'influence sur les éclosions ; mais ce 
n'est certainement pas la chaleur des mois de juillet et d'août 
que nou? avons eue sous le climat de Paris, mois qui ont été 
relativement froids et humides, qui a fait que les éclosions 
ont été plus nombreuses pendant ces deux mois, ni que les 
sujets nés durant cette période ont leurs couleurs plus vives 
et sont d'un ton plus chaud que ceux éclos au printemps ; de 
là je serai porté à conclure que le milieu de l'été est la prin- 
cipale époque d'éclosion de VAnthœrea Frithii. 

Un seul accouplement obtenu sur un si grand nombre de 
sujets peut étonner, mais c'est certainement la seule fois que 
l'éclosion d'un mâle et d'une femelle ait eu lieu dans la même 
nuit. Or on a observé que chez les espèces demi-sauvages des 
Anthœrea asiatiques, il faut, pour la fécondation, une éclosion 
presque simultanée des mâles et des femelles ; les individus 
de sexe différent se repoussent s'ils sont nés à quelques jours 
de distance. C'est peut-être le motif qui fait que je n'ai con- 
staté qu'un seul accouplement. 

Les papillons de A. Frii/^u offrent, ainsi que leur congé- 
nère A . Mylitta, de fréquentes variations pour le fond de la 
couleur des ailes; le mâle les a généralement rougeâtres; il 
y en a qui ont le fond jaune. Les femelles sont beaucoup plus 
variables que les mâles ; leurs ailes sont grises, passant de 
cette couleur à celle rosée, souvent jusqu'au jaune. 

La vitalité chez cette espèce est de quatre à cinq jours pour 
les mâles et cinq à sept pour les femelles. Les œufs sont du 
type de A. Mijlitta, et comme ceux-ci entourés de deux lignes 
noires, un peu comprimés et d'une couleur blanchâtre. 

De ceux pondus le 19 août sont sortis, du A au 6 septembre, 
des chenilles d'une couleur jaune d'ocre annelées de noir, la 
tête et le collier de cette même couleur, les pattes grisâtres. 

Jusqu'à ces temps derniers, j'avais cru reconnaître que les 
papillons qui avaient donné naissance à ces chenilles appar- 



UN LÉPIL^OPTÈRE HÉTÉROCÈRE SÉRICIGÈNE. 321 

tenaient à A. Mylitla. C'est pourquoi je me suis abstenu de 
prendre la description plus complète de celles qui venaient 
de naître, sachant que celles du Mylitta avaient été décrites 
à fond par M. A. Wailly, description reproduite dans le Traité 
élémentaire d'entomologie de M. Girard (tome III, fasc. 1, 
J.-B. Baillièreetfds, 1882). 

Je regrette donc de ne pas avoir examiné avec plus d'at- 
tenlion nos nouvelles venues, et de ne pouvoir en donner ici 
qu'une description trop succincte. 

Ce n'est que dernièrement que nous avons appris que l'es- 
pèce intéressante qui nous occupe n'était pas A. Mylitta ni 
A. Felderi (Boisduval), mais bien VA nthœrea Frithii Moore, 
espèce décrite dans lesProceeding Zool. Soc, 28 juin 1859, et 
dont le maie seul est figuré. Le sujet représenté provient du 
voisinage de Darjeeling. 

A la naissance des chenilles, vu la saison avancée, je leur 
offris, outre le chêne, comme plantes nourricières, des végé- 
taux à feuilles persistantes : 

Evonymus (Fusain) Japonicus, 

Ligustnim (Troène) Californicum et Japoniciun, 

Viburnum (Laurier-tin) Tinus. 

Les chenilles que j'ai persisté à laisser sur ces végétaux 
sont toutes mortes sans en attaquer aucun ; le contraire a eu 
lieu pour le chêne, qu'elles ont aussitôt mangé. 

Leur première mue eut lieu avec peine du 17 septembre au 
4 octobre, et la moitié environ sont mortes en l'opérant. Celles 
qui ont pu l'accomplir n'ont vécu que jusqu'au i6 octobre. 

Pendant l'inlervalle de temps qu'a duré la surveillance de 
mes pensionnaires, j'ai été à même de faire quelques remar- 
ques intéressantes, dont voici la plus importante : 

En 1881, j'ai récolté sur mes Poiriers plusieurs chenilles 
àeVAttacus Pyri, qui ont formé leurs cocons dans une ca^e 
disposée à cet effet. 

Du 10 au 15 mai sont écloses plusieurs femelles, et, à la 
même épo([ue, deux femelles de A. Frithii. Le temps étant 
beau, j'avais laissé ouvertes la nuit les fenêtres de la pièce où 
étaient ces dernières. Le 15, au matin, je fus étonné de voir 

3» SÉRIK, T. X. — Juin 1883. il 



322 SOCIÉTÉ NATIONALE d' ACCLIMATATION. 

sur les parois extérieures de la boîte cinq mâles de A. Pyri 
qui avaient fait infidélité aux femelles de leur espèce, quoique 
pourtant ils fussent très proches d'elles. J'invitai ces amou- 
reux à entrer dans la cage, où ils sont restés, ainsi que les 
femelles, dans un état de torpeur complet, dont ils ne sont 
sortis qu'à l'entrée de la nuit ; à ce moment, tous ont pris leur 
vol. Le lendemain matin, je ne trouvai que des êtres complè- 
tement détériorés, sans observer d'accouplement; les femelles 
n'ont pondu que des œufs clairs. Ainsi, malgré l'attrait de ces 
femelles, qui avaient attiré les mâles peut-être d'une grande 
distance, à ma connaissance il n'y avait pas eu rapproche- 
ment. 

J'ai déjà été à même d'observer un cas à peu près analogue 
vers le 10 ou le 12 juin 1879. A cette époque, j'avais provoqué 
les deux sexes en présentant un mâle de A . Pyri à une fe- 
melle de A . Pernyi, puis, à l'inverse, un mâle Pernyi à une 
femelle A. Pyri, sans qu'il y ait eu acte de copulation, ces 
femelles n'ayant pondu que des œufs non fécondés. Les 
exemples de cette année ne font que confirmer ce que j'ai déjà 
fait remarquer dans une note sur diverses espèces de Lépi- 
doptères, insérée au Bulletin de la Société cV Acclimatation, 
année 1880, page 717, c'est-à-dire que les tentatives de croi- 
sement entre espèces paraissant très rapprochées, mais pro- 
venant de pays tout différent, ne se réalisent pas aussi aisé- 
ment qu'on peut le supposer tout d'abord. 



II. TRAVAUX ADRESSÉS ET COMMUNICATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ. 



NOTE 

SUR LES NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS 

DE LA MÉNAGERIE DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE 
Pendant les mois de janvier, février, mars et avril] 1883. 

Par M. nUET 

Aide-naturaliste chargé de la ménagerie. 



Quoique les premiers mois de l'année ne soient pas très 
favorables pour les naissances, nous avons cependant à enre- 
gistrer celle d'une femelle de N)'\Qixu]i (Portax picta). 

Née le l" janvier, nous pensions, à cause de la mauvaise 
saison, que cette éducation ne réussirait pas; mais, malgré 
les longues nuits d'hiver et la température humide que nous 
avons eue, cette jeune bête s'est parfaitement développée, et 
maintenant nous n'avons plus de craintes pour sa santé. 

Le 10 janvier est née une femelle d'Eleotrague, ou Anti- 
lope Isabelle (Eleotragus reduncus); ce qui porte à huit le 
nombre de ces charmants animaux, obtenus d'un mâle et de 
deux femelles, données au Muséum par M. Brière de l'Isle, en 
1878 et 1880 : la mère a mis bas à la Rotonde, où elle a 
passé l'hiver avec son jeune; quant aux six autres, ils sont 
restés dehors et ils n'étaient renfermés que pendant la nuit, 
dans une cabane rustique, dont les parois sont construites 
en terre soutenue par des branches. 

Le 11 janvier et le 19 mars, nous avons eu aussi la nais- 
sance de deux Guibs {Tragelaphas scriptus), mais ils sont 
morts à l'âge de cinq semaines. Voici la seconde année que 
nous essayons d'élever ces jeunes animaux en plein air; mais 
il faut y renoncer, car, lorsque la température descend vers 
5 degrés au-dessous de zéro, ils s'engourdissent, n'ayant plus 
la lorce de se relever pour tcter, ils meurent en deux ou trois 



324 SOCIÉTÉ NATIONALE d'ACCLIMATATION. 

jours; il est donc indispensable, lorsque l'on a des femelles 
pleines à la fin de décembre, de les renfermer dans un en- 
droit où l'on puisse entretenir une chaleur de 8 à 10 degrés; 
dans ces conditions, on est certain d'élever les jeunes, qui, 
une fois qu'ils mangent seuls, deviennent tout de suite plus 
vigoureux et peuvent alors supporter, sans en souffrir beau- 
coup, des températures plus basses. 

Nous n'avons jamais eu d'accidents provoqués par le froid, 
jiarmi les adultes que nous tenons dans une cabane à l'air, et 
il suffit de les renfermer pour la nuit, ou bien lorsque le 
froid devient trop vif, pour les conserver en bonne santé. 

Enfin, il est né aussi un Zébu de Madagascar, trois Chèvres 
d'Islande, deux Chèvres d'Angora et une Chèvre mélisse, 
issue d'un Bouc et d'une Chèvre, hybrides d'un Bouquetin et 
d'une Chèvre ordinaire. 

DONS FAITS A LA MÉNAGERIE 

1 Sanglier commun (Sus scrofa), don de M. Symon. 
1 Raton laveur (Procyon lotor), don de lAI. Bigiion. 
1 Snjou capucin {Cebiis capiiciniis), don de M. Abadie. 

1 Macaque (Macacus cynomolgus), don de M. Pressa. 

2 Tatous de Pentagonie (Dasi/pus minutus), don de M. Hatt. 

1 Cerf des champs {Cervus campestris), Brésil, don de M. Collot. 
t Paradoxures soyeux (Paradoxurus setosus), don de M. Harmand, 
consul de France à Siam. 

1 Civette Zibetli (Vivorra zlbclha), - id. 

2 Mélogales {Melogale orientalis), id. 

1 Callitriche {Callitrichus rufo-viridis), don de M. Miston 

ACQUISITIONS 

1 Coati brun {Nasua fmca). 

3 Cercocèbes enfumés (Cercocebus fuUginosus). 
1 Sajou Capucin [Cebus capucinus). 

1 Sajou à gorge blanche (Cebus hypoleucas). 

X Ratel du Cap (Mellirora Capcnsis). 

1 Éléphant d'Afrique (Elepluis Africanus). 



NAISSANCES, DONS ET ACQUISITIONS DU MUSÉUM. 325 



OISEAUX 

Dans l'ordre des Palmipèdes, nous avons à signaler 
l'éclosion, le 15 février et le 18 mars, de six Cygnes noirs 
(Cygnus atratus). 

Le 26 mars, celle de six Oies de Magellan (Bernicla Ma- 
gellanica) . 

Le 16 mars et le 15 avril, nous avons eu deux couvées 
•d'Oies des Sandwich {Bernicla Sandwicensis) , quatre jeunes 
de la première et deux de la seconde. 

Ces oiseaux, comme ceux que nous avons élevés l'année 
dernière, se sont développés rapidement, et à condition de 
manger de la verdure, quelle qu'elle soit, et en grande quan- 
tité, en six semaines, ces jeunes oiseaux atteignent la taille 
des parents, sans que l'on ait besoin de leur donner des soins 
particuliers. 

Les Oies des Sandwich doivent attirer l'attention des ama- 
teurs, et nous ne doutons pas que, dans un avenir prochain, 
nous ne comptions ce charmant palmipède au nombre des 
oiseaux acquis à la domesticité. Son caractère, relativement 
doux, en fera un habitant de nos basses-cours, dans les- 
quelles il pourra vivre au milieu des autres volailles, sans 
aucun danger pour elles. 

Les Oies de Magellan sont aussi des oiseaux dont l'éduca- 
tion est facile, mais il faut les tenir séparées des autres vola- 
tiles, surtout au moment où la femelle couve et lorsque les 
Jeunes sont éclos, l'amour du mfde pour sa famille est poussé 
â un tel point, que, si un indiscret s'en approche de trop près, 
il le pourchasse avec fureur, et, s'il en a la force, il le tue. 

DONS 

1 Buse variété blanche {Falco biiteo), don de M. Bienné. 

2 Caracaras {Polijborus BrasiUensis), don de M. Lebrun. 
I IMgeon Polonais noir, don de M"« llusterhollz. 

3 Colombes à collier, don de M'«ei)esmonneret. 



MQ SOCIÉTÉ NATIONALE d'aCCLIMATATION. 

1 Colombe blanche, don de M"»* Desmonneret. 

\ Aigle Bonelli {Nisaëtus fasciatus), don de M. l'abbé Cappy. 

1 Chouette Effraie {Strix flammea), don de M. Dugenest. 



ACQUISITIONS 

i Busard des Marais {Circus œruginosiis), de l'Inde. 

1 Faisan de Mongolie {Phasianus Mongoliens). 

i Canard de la Caroline [Aix sponsa). 

8 Cacatoès nasiques {Licmetis tcnuirostris), de la Nouvelle-Hollande. 

200 Sénégalis de différentes espèces. 

1 Autruche d'Amérique {Rhea Amcricana). 

2 Grues de Paradis {Tetrapteryx Paradisea). 



LA RAMIE 

ORTIE DE CHINE (CHINA-GRASS) 

COMMUNICATION FAITE EN SÉANCE GÉNÉRALE 
Par nn. REXAUT, BERTII^ et BOSCHI 

Extrait du compte rendu sténographique. 



M. Renaut: Messieurs, dès l'année 1857, la Société d'Accli- 
matation s'était préoccupée de la Ramie et avait fait venir de 
Chine des graines et des plants qu'elle avait répandus autant 
qu'elle avait pu dans l'agriculture. 

11 y a deux ans, à pareille époque, je ne connaissais même 
pas la Ramie de nom. J'ai appris à la connaître depuis et j'ai 
su par des savants comme M. Vétillart, que ce textile était 
déjà employé il y a plusieurs milliers d'années, puisque 
l'analyse lui a démontré que les fines bandelettes qui entou- 
rent les momies égyptiennes étaient en fibres de Ramie. 

Si cette plante était connue il y a des milliers d'années 
des F]gyptiens, il est très certain également que les Chinois 
l'utilisent depuis des temps immémoriaux, j'en ai eu l'affir- 
mation parles ambassadeurs chinois qui sont venus voir fonc- 
tionner nos machines à décortiquer, et qui en ont été très 
satisfaits, ils ont parfaitement reconnu la plante dont la culture, 
nous ont-ils dit, est générale en Chine. 

Notre correspondant de Shang-Haï nous a envoyé les échan- 
tillons que j'ai l'honneur de vous soumettre ; ces différents 
tissus servent à la confection de vêtements du peuple, et leur 
solidité est telle que les blouses en fil de Ramie se transmet- 
tent de père en fils. 

Depuis 1845, je crois, M. Decaisne a fait cultiver au Jardin 
des Plantes trois espèces de Ramie dont les fibres ont une 
égale force; il a nommé l'une d'elles utilis, parce qu'il l'a 
trouvée plus propre que les autres à la culture ou qu'il l'a 
regardée comme devant donner des résultats meilleurs. En 
effet l'espèce ainsi dénommée et dont voici des échantillons^ 



328 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION. 

croît beaucoup plus vite qu